LE MARE29€HAL D'ESTROZZE
Strozze*, qui fut dame d'honneur de la reyne-mèpe, après la princesse de la Roche-sur-Ion ". Il eut une sœur* relligieuse et abbesse d'une abbaye en Italie, une très honneste dame , très sçavante en lettres divines et humaines, et surtout en poésie latine. Elle fit en vers latins plusieurs beaux hymnes et cantiques spirituelz, qui se sont chantez autres fois aux églises d'Italie par grand' admiration et dévoction : encor ay-je ouy dire qu'ilz se chantent en aucunes églises.
Eir eut aussi un' autre sœur, la segnora Madalena Strozze, très habile, spirituelle femme, hors du commun, et belle, que j'ay veue de mon jeune temps à Rome. Elle avoit espousé le senor Flaminio, conte de TAnguilare*, qui commandoit à deux gallères avec le prieur de Cappue, son beau- frère : il fut filz de ce brave conte de l'Anguilare qui fut tué au service du roy François premier.
Si faut-il que je die encor cecy de ce grand M. d'Estrozze, que le roy Henry II fit une grand' faute, comme je tiens d'un grand personnage de ce règne là, lors qu'il luy donna ceste guerre de Sienne à manier; d'au-
i . Elle avait épousé Scipion de Fiesqae , comte de Lavagne, chevalier d'honneur de Catherine de Médicis.
2. Philippe de Montespedon, femme de Charles de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon, morte le iS avril 1578.
3. Brantôme se trompe : Laurence Strozzi était soeur non de Pierre Strozzi, mais d'un autre noble florentin, Quiric ou Kiric Strozzi. Elle était née en i5i4, se fit dominicaine et mourut le 10 septembre 1591 .
4. Flaminio, comte de TAnguillara, général des galères de TÉgUse. Il mourut dans Texpédition de Zerbi en 1560. Voyez Sansovbo, Del/a origine et dei fatti délie famiglie illtistri dUtalia^ 1609, 4% f^l58.
tant que le duc de Florance ^, se voyant assailly de luy, son ennemy mortel et son banny^ et qui ne le menassoit rien de moins que de le déposséder de son estât et de sa duché, mesmes qu'il Tavoit desjà promis à la reyne, sa bonne parente, de l'y remeltre dedans, ou il mourroit en la peine; car ce brave homme n'avoit point faute de discours, de dessains et belles entreprises; ce qui fut cause que la reyne pressa fort le roy de luy donner ceste charge ; ce très habile duc se mit à adviser mieux à son affaire que devant, d'autant qu'en la première guerre et révolte de Sienne, cela ne le touchoit tant comm' à l'empereur, estant ville impérialle. Il en prit donc l'affirmative. Et, à communs fraiz et despans , mettent leurs forces et moyens en campaigne, dont la fin s'en ensuivist telle que l'on a veue, et que j'ay dict ailleurs. Il eust mieux valu certainement que le roy èust continué ses deux généraux, messieurs le cardinal de Ferrare et de Termes, ou qu'il y eust mis de nouveau quelqu' autres François point passionnez, et qui ne se fussent point amusez ailleurs qu'à faire la guerre ez pays et terres de l'empereur, et non aux autres.
En ceste guerre, mondict sieur Strozze fit plusieurs belles choses; et si la fortune ne luy eust manqué non plus que le courage, infailliblement il fust parvenu à ses dessains, ou bien à la moytié, pour beaucoup de raisons que j'en alléguerois. Il avoit mis fort son espérance en quelque battaiUe gaignée ; et possible en eust-il eu la victoire, s'il fust esté secouru de quelques nouvelles forces du costé de la France , ou de
i . Gosme de Médicis.
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M. le mareschal de Brissac, dont il Ten requéroit, ou par sa valeureuse présence, ou par quelqu'un de ses vaillans capitaines. D'un costé cela ne se pouvoit, n'estant son devoir d'habandonner sa charge; de l'autre, se pouvoit; mesmes qu'il* luy offroit luy rendre la pareille par m^sme secours qu'il luy demanderoit un' autre fois; voire jusques là que, ne pouvant mieux, riroit servir quelques mois en simple soldat, Tharquebuz ou la picque sur l'espauUe. Il eut beau dire et faire , il ne peut rien obtenir de luy, car il avoit assez affaire pour luy et pour son gouvernement sans dissiper ses forces; dont M. d'Estrozze s'en mescontenta fort, et ne l'en ayma jamais guières, ny la reyne non plus, pour perdre si belle occasion; car elle ne fut jamais qu'elle ne fust très ambitieuse et courageuse. Enfin mondict sieur Strozze fut contrainct de donner la battaille et la perdre*.
J'ay ouy dire à aucuns vieux capitaines de ces temps que ce fut pour n'avoir pas bien choysy et ordonné sa place de battaille, et mise parmy des fossez, où l'harquebuzerie certes pouvoit mieux jouer son jeu que ses picquiers et sa cavallerie. Je m'en raporte aux grandz mareschaux de camp, qui est le meilleur, combattre ainsi, et comme fit dom Pedro de Navarre à la battaille de Ravanne, ou en plaine raze, comme j'en parle ailleurs '.
Tant y a que plusieurs bons capitaines et autres se sont fort estonnez de ce grand capitaine, sage et ad-