Voyez tome I, p
i80 GRANDS CAPITAINES ESTRANGERS.
visé ( que Ton tenoit de ces temps le plus digne mareschal de camp qui fust point, ainsi que j'en parle ailleurs), d'avoir là manqué sur ce poinct tant important. D'y avoir bien combattu ne s'en faut enquérir, car il y fit ce que vaillant, hardy capitaine et soldat pouvoit faire; et y fut fort blessé, n'en pouvant plus.
A aucuns j'ay veu dire que, possible, quant ce vint l'heure du combat, il se troubla, et luy vint telle appréhention que, si par cas il venoit à estre pris et tumber entre les mains du duc de Fiorance, son ennemy mortel, qu'il n'en eschapperoit jamais, et le fairoit mourir de mort cruelle; et, pour ce, perdit le jugement. Il en arriva de mesmes au marquis del Gouast à la battaille de CerizoUes, venant de fraiz du massacre des ambassadeurs du roy, qui, tombé entre ses inains^ n'en eust pas eu de miséricorde, non plus qu'il eut des autres. J'en ay parlé ailleurs'.
Telles appréhendons certainement ostent souvant les sens, les jugemens et les résolutions aux grandz capitaines qui sont entachez de pareilz crimies; se perdent et ne sçavent que faire, fors ce brave M. l'admirai de Chastillon, lequel bien qu'il sceust et cogneust bien que, s'il venoit à estre pris en ses combatz et battailles qu'il donnoit, infailliblement il fust esté tué de sang-froid sur le champ de la battaille ou auprès, ou, qui est le plus certain, fust esté exécutté par le glaive de la justice, comm' il parut despui3 après sa mort, et son corps porté ignominieusement au gibet; en quoy il est digne de louange immortelle pour