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Voyez tome T, p. 205 et suivantes

LE MARESCHAL D'ESTROZZR. 281

u avoir esté jamais attainct de ces craintes et frayeurs, ainsi que fit jadis ce grand Anibal^ lequel, comme raconte Tîte Live' , après avoir araisonné bravement avecScipion advant sa dernière battaille,et perdu tout espoir de paix, et retourné vers ses gens, jamais on ne le vist si assuré, jamais mieux choisir son champ de battaille, jamais mieux ordonner ses gens, mieux les exorter à bien faire, mieux les mener au combat, jamais mieux les secourir au grand besoing^ et remplacer les rangs lorsqu*ilz s'esclarcissoient, jamais mieux les rallier, et, qui plus est, jamais mieux combattre de sa personne, et faire acte de soldat et de capitaine ; bref, jamais moins s'estonner, et puis après tout faict et désespéré de la victoire, jamais mieux se sauver et sortir de sa perte, sans aucune pœur et appréhention qu'il tumbast vif entre les mains de ses ennemis, qui l'eussent fait mourir très cruellement, de mesmes, ou possible pis, que ceux de sa nation avoient faict auparadvant au pauvre Régulus. Ce sont des jugemens ceux-là, bons, bien sains et assurez, comme fut tout pareil celuy de M. l'admirai, dont je parle en sa vie.

Il faut aussi considérer une chose : qu'en ces grandz hasardz et désordres il faict très bon de se recommander à Dieu auparadvant, qui sçait donner les sens et assurer les espritz en ces extrêmes nécessitez, quand on l'invocque*; comme faisoit mondict sieur l'amiral, qui, outre qu'il fust un grand capitaine, il estoit fort dévost et nullement comptempteur de Dieu, comme

i. Livre XXX, ch. 32 et suivants.

2. Les vingt et un mots qai snivent sont biffés sur le ms. 3262 (P»î70v»).

beaucoup d'autres bons capitaines que l'on a veu se présumant taut d'eux-mesmes, que sans l'ayde divine il leur sembloit pouvoir battailler et vaincre tout le monde. Mondict sieiu* le mareschal Strozze estoit bien de ce nombre ; aussi, par permission divine, le bonheur n*accompagn^ guières les belles et très illustres quallitez qu'il eut d'un très grand capitaine.

Or c'est assez parlé de luy, puisque j'en parle encor ailleurs. C'est aussi assez parlé des bons capitaines et grandz personnages estrangers. 11 faut maintenant venir à nos braves François, qui vallent bien les autres, selon qu'on le verra par la preuve. Et pour mieux accommencer , je viens à nostre brave et gentil roy Charles VDP du nom.

Fin DES 61UT9DS CAPITAINES BSTRANGERS«

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