Ç«'/7, Louis XL
son père. Il le traictoit selon la maladie qu'il avoit eue, tant il estoit jaloux de son estât, et de sa personne encores plus ; et pourtant telle mauvaise nourriture ne luy offensa jamais son généreux courage , qu'il avoit extraict de tant de braves roys, ses prédécesseurs : si bien qu'après la mort de son père, et hors de son joug, il ne songea et ne couva rien moins, et, ne se contentant ny voulant se borner de son grand et très ample royaume, et si esteudu (duquel estoit la totalle ambition du roy son père, sans attenter ny vouloir ajamber sur un autre), voulut avoir celuy des deux Scicilles, et par ce moien se faire couronner empereur de tout TOrient.
Qui eust jamais pensé et prédict si grand courage et si grande ambition en ce jeune roy, véu sa nourriture ? Car le vieux proverbe de jadis, disoit que la nourriture passe nature, et aussi qu'elle façonne les hommes, s'il fault croire l'exemple de Licurgus, lorsqu'il monstra à ses Lacédémoniens deux cliiens d'une mesmes ventrée, qu'il avoit faict nourrir, l'un aux champs, l'autre à la ville, qui tous deux firent divers et nouveaux effets (ce conte est trop commun), le tout attribuant à la nourriture, et non à la nature. Mais cela .faillist en ce roy magnanime ; car sa mauvaise nourriture n'endommagea en rien son généreux naturel et brave courage, (|ui estoit nay avec luy, et qui le rendit un des grandz roys de la France, voire de la chrestienté.
Ayant donc conceu en soy, dès ses tendres ans, ses belles ambitions, il entreprit le voyage et la conqueste de Naples, contre le conseil pourtant de tous ses grands capitaines, et l'opinion d'aucuns de ses estats, voire
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sans argent, qui pis est, estant' le nerf de la guerre. Il partit de son royaume, et, n'ayant pas faict la moitié de son chemin, l'argent luy faut; dont fut contrainct d'emprunipter les bagues de madame la duchesse de Savoye et de madame la marquise de Montferrât % toutes deux très bonnes françoises, royales et charitables, qu'il engagea très bien'. Et, par ainsy un peu remplume, poursuit son chemin d'une audace très asseurée, espouvantant toute l'Italie du seul sentiment de sa venue ; envoyé ses mareschaux des logis et fourriers devant, lacroye^ en la main^ marquer les logis comm' il leur plaist, sans aucune rencontre ny résistance de porte fermée ; chacun lui faict place. Le pape* s'enhardit certainement de luy faire barrière par ses fulminations et excomumnications ; mais il passe outre, et marche droictvers Rome, luy faisant response gentiment que, dès longtemps il avoit faict un vœu (hé! quelle gentille invention et feintise de vœu!) à Monsieur sainct Pierre de Rome, et que nécessairement il falloit qu'il Taccomplit au péril de sa vie*.
Lé voylà donc entré dans Rome, bravant et trium-
i. Far. Carc'est le nerf de la guerre. (Ms. 6694, P» 117.)
2. Blanche de Monferrat, veave de Charles duc de Savoie, morte en 1509. — Marie de Servie, veuve de Boniface V, marquis de Mooferrat, frère de la duchesse de Savoie.
3. Pour 24 000 ducats. — Voy. Commines, liv. VU, chap. vi, et Paradin, Chronique de Swftïye^ 15(50, liv. III, chap. lxxxvi, p. 374.