‹ Œuvre complètesChapitre 175 sur 267 · Alexandre VI · texte numérisé non relu

Alexandre VI

6. Voy. Belleforest, Histoire des IX roys Charles y 1568,in-fol., liv. XIV, p. 377.

phant; luy-mesmes armé de toutes pièces, la lance sur cuysse, comme s'il eus! voulu aller à la charge, x^e qui estoit beau, et à donner entendre : a S'il y a rien « qui branslcy me voicy prest^ avec mes armes et mes « gens, pour charger et foudroyer tout. » Si que ceste façon d'entrée ne sentoit nullement sa pompe ny bravement, mais un vray tremblement ou foudre de guerre*.

Âinsy donc, marchant en bel et furieux ordre de de bataille^ trompettes sonnans et tabourins battans, entre et loge par main de ses fourriers là où il luy plaist, faict assoir ses corps de garde, et pose ses sen-^ tineUes par les places et quantons de la noble ville , avec force rondes et patrouilles ; planter ses justices, potances et estrapades en cinq ou six endroictz; ses bandons faicts en son nom; ses édicts et ordonnances publiées et criées à son de trompe, comme dans Paris. Allez-moy trouver jamais roy de France qui ayt faict de ces coups, fors que Charlemagne? encor pensè-je qu'il n'y procéda d'une authorité si superbe et impérieuse.

Que restoit il donc à ce grand roy de plus ', sinon

i. Voy. Paul Jove, liv. II.

2* Far. Que restoit-il davantage, sinon qu'il s'impatronisast de cette ville et s'en couronnast roy comme il devoyt fayre, disent aucons ; mais il ne le vouleut, car il estoit homme de Dieu, de relligion, d'honneur et de conscience, et que pour ung tel royaume, il n'eust vouleu faire ofiBuicer Dieu ni son lieutenant en terre. Que d'autres n'eussent heu ce respect pourtant, voiant si beau jeu, veu les mauvais tours que le pape luy avoit faict, et pouvoit bien cognoîstre qu'il luy en feroit bien d'antres ; mais il ne roulent nullement sortir de son debvoir ; car tant s'en faut, il luy rendist tout hoDDeur et respect et luy presta l'obédience accoutumée, en luy

i88 GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

qu'il s'impatronisasl bien à plein de ceste glorieuse ville, qui avoit dompté tout le monde autresfois, comm* il estoit en sa puissance, et comme, possible, il Teust bien voulu, selon son ambition et selon aucuns de son conseil ? Mais le violement de la saincte religion le retira, et le reproche qu'on luy eust peu faire d'avoir ofTensé la Saincteté^ bien qu'elle luy eust donné l'occasion : et se douloit-on bien qu'il* luy en donroit un* autre, comm' il fit. Et pour ce, force gens l'y poussoient à luy rendre la [jareille, (|uand ce ne fut esté que pour se tenir sur ses gardes ; mais tant s'en faut : il lui rendit tout honneur et obéissance, en luy baisant en toute humilité sa pantoufle.

Il tire puis après droict à Naples, à ses belles petites journées, entre dedans, sans aucun effort, par une porte , le roy Ferdinand *, son ennemy , sortant par l'autre , en disant ce verset de David : « Si Dieu ne « garde la cité, en vain veille celuy qui la garde. • » Il trouve pourtant les chasteaux qui se mettent en deffence; mais les ayant assiégez etbattuz, estant luymesnies en personne dans les trenchées ordinairement, et y faisant apporter son disner, se rendent*.

baisant sa pantouffle fort religieusemenr. Puis faisant mentir et attrister plusieurs personnes qui en attandoient un sac, part de Romme aveq la bonne grâce de tout le monde, ainsin que j'ay oay dire à Romme mesme à ung vieux juif de près de cent ans, nommé Jacob, qui l'y vit; tire droict à Naples. (Ms. 6694, f" H7, v».)

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