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La véritable image

4. Var, Enfin ce fut grand dommage de sa mort, qn'nng diacan sçait, car il vouloit redresser.... (Ms. 6694, f'iiS.)

et aux potentats d'Italie à tourner mieux au baston qu'ilz n'avoient faict *; qui fut cause qu'ils ne le regrettèrent guières, et par despit lappellèrent, comm' ilz font encor aujourd'huy, cabezzucco^ qui est autant à dire testu et opiniastre; mais plustost faut-il dire qu'il estoit résolu, courageux et déterminé en ses entreprises et actions ".

1. Far. Et ne luy faire plus de mauTais tours. (Ms. 6694, fMi8.)

i. P^ar, Pour grand' preuve de sa vaillance, j'ay leu dans ung vieux roman, comme luy tenant le Castel-Nove assiégé, il estoit tousjours aux tranchées et y faisoît porter ordinayrement son disner, et disnoit là oîi le prince de Tarente le vint trouver et faire la révérence, et parlèrent longuement ensemble et fort famillièrement, et s'esbaîst fort de le veoir en ung tel lieu scabreux, louant fort son courage, car ledict prince estoit notable et bon bonmie de guerre. Il estoit venu dedans une gallère qui flotoit devant le logis du roy; ayant donné Sa Majesté en ostage, jusques au retour du prince, le seigneur de Ligny,le sieur de Guise et le maistre d'ostel, Charles de Brillac. Voiant donq les assiégés dudict Castel-Nove comme le roy s'affectionnoit et s'oppiniastroit à ce siège, et qu'il ni espargnoit nullement sa personne, ilz se rendirent à bonne composition et honnesté que le roy leur fist, et tout fort bien. II fut de mesmes an Castel de TOve l'aiant assiégé (tant^il estoit vaillant et 1)ardy, il disnoyt toujours aux trenchées), qui se rendist comme l'autre, et n*aiant vouleu fayre son entrée triumphante dans Naples que' ces deux chasteaux ne fussent pris et en sa possession. Le roy Françoys en fist de mesmes à Mylan, sur cest exemple, n'y ayant voulu entrer jusqu'à ce que don Pedro de Navarro eust pris le chasteau.

Il l'ha fist ceste entrée de ceste façon, comme dist ce vieux roman : il estoit vestu en habit impérial d'un grand manteau d'escaria te, à mode des consuls et empereurs romains en leur triomfe, à un grand collet renversé et fourré, mouchetté de fines hermines, tenant la pomme d'or ronde et orbiculayre en sa main droicte et à l'autre main son riche sceptre impérial, et sur sa teste une couronne d'or à rimpérialle fort richement garnie de riches et pré-

Ce mesmes Jacques de Bergame^ que j'ay allégué cy devant, dit que la renommée de ses valeurs estoit si très tant divulguée de là parmi le monde, qu'il en faisoit trembler non seulement l'Europe, mais l'Asie; en telle sorte que le Grand-Turc, pour lors Bajazet, eut telle frayeur de luy qu'il Tallast chercher jusques

cieases pierres. Car le pape para vaut de Romme l'avoyt créé et eslea empereur de Constantinople, et ainsin monté sur nng beaa cheTal bien enharnaché entra dans la ville aveq une grande joye de toat le monde, estant appelle de toutes les voix Auguste.

Il estoit soubs un riche poisie d^un fin drap d'or porté par des plus grands de la seigneurie de Naples et à Tentour de luy avoit tous ses lacquais vestus de drap d'or. Le prévost de son hostel estoit devant luy accompaigné de tous ses archiers et chascun à pied. Puis près de luy estoit le seigneur de Beaucayre représentant le connestable de Naples, ce qui n' estoit guières beau ; car il ne venoit que d'estre son vallet de chambre, et luy veoir porter Tespée de connestable.... (il y a ici quelques mots omis). Toutesfois, il fut toujours le principal conseiller de ce voiage. Ung peu devant Iny estoit le seigneur de Montpensier, comme visce-roy es peys de là. Apprez luy estoit le prince de Salleme avecq plusieurs antres princes et seigneurs-chevaliers de Tordre, parans du roy, comme lé seigneur de Bresse, le sieur de Foix, le sieur Louis de Loxambourg, lesquelz estoient vestus de grands manteaux comme le roy. Le sieur de Piennes et le maistre de la monnoie de Naples * avment la charge de ordonner, conduire et mettre en bon ordre ceste belle et noble entrée sollempnelle. Les rues estoient toutes tendues et parées de riches tapisseries, les feus de joye allumez partout, plusieurs esbatz faictz et dressez en grand' magnificence et excellence de triumphe. £z belles places de la ville estoient les dames de la ville et du pais tant bien acoutrées, si bien en point et si belles qu'il n'i avoit rien si beau à veoir. (Ms. 6694, fol. H8, r°.) Voyez la suite plus haut, p. 290.

1. Tout cet alinéa est copié textuellement dans Bonrdigné (fol. 181) qui cite, il est vrai, Jacques de Bergame» Voyez plus haut, p. 316, notel.

* Il ft'appeloit MorMtt. Voyn le Fergier (TkonMeur, p. 548.

LE RÔY CHARLES VIIL 343

chez luy et le chasser de son empire, comme fort bien il Tavoit résolu, qu'il se mist incontinent sur ses gardes^ fit amas de grandes forces et munitions; cependant luy envoya un' ambassade magnifique pour requérir son amour et bénévolence : ce qu'il refusa tout à plat; car pour certain ce brave çt très chrestien roy avoit résolu et conclu par sentence irrévocable (disent les histoires) d'aller conquérir le royaume de Hiérusalem et tout l'empire d'Orient, et s'en faire couronner roy et empereur : mais la mort par trop cruelle, le prévint et l'en engarda.

Hélas ! il ne mourut point en un lieu où son généreux cœur le portoit, mais au chasteau d'Amboise, au plus vil lieu * qu'y fust, dans une gallerie, voyant jouer à la paume, comme dict Philippe de Commines*.

i . F'ar. Ad plus vil lieu du chasteau, dans une salle gallerie . (Ms. 6694, fol. 423, v«.)

S. « Le roy, le septiesme jour d'apvril 4498, veille de Pasques flories, partit de la chambre de la reine Anne de Bretaigne, sa femme, et la mena quant et luy pour veoir à la paulme ceux qui joaoyent aux fossez du chasteau, et il ne Ty avoit jamais menée que ceste fois. Et entrèrent ensemble en une gallerie, qu'on appeloit la gallerie Hacquelebac, parce que cestuy Hacquelebac Tavoit eue aultresfois en garde : et estoit le plus déshonneste lieu de léans, car tout le monde y pîssoit et estoit rompue à l'entrée : et s'y heurta le roy du front, contre Thuys, combien qu'il fust bien petit, et puis regarda une grant pièce les joueurs; et devisoit à tout le monde.... La derrenière parolle qu'il prononcea jamais en devisant en santé, c' estoit qu'il dict qu'il avoit espérance de ne faire jamais peschè mortel, ne véniel s'il pouvoit; et en disant ceste parolle, il cheut à l'envers et perdit la parolle (il ne povoit estre deux heures après midy ) , et demoura là jusques à onze heures de nnict. Trois fois luy revint la parolle; mais peu luy dura.... Toute |>ersonne entroit en ladicte gallerie qui vouloit, et le trouvoit-on couché sur une pauvi*e paillasse, dont jamais il ne partit jusque:»

324 GRANDS CAPITAINES FRANrX>ïS.

Si que l'on peut dire de lui comme dict Paulo Jovio du roy François 1 : Et sic jnaximus orbis rex in infimo totius Galliœ i^ico periit; m Ainsy mourut le plus grand t< roy du monde en le plus petit village de la France^ » Ce qui n'est, car la maison, le chasteau et le bourg sont très beaux, grands, illustres et fort renommez en France ; mais il falloit que ledict Paulo Jovio parlast ainsy. Mais il sera mieux dict de nostre roy Charles : Et sic mcLximus * rex totius orbis in vilissimo totius suœ aulœ loco periit ; « et ainsy le plus grand roy du (c monde est mort au plus vilain et sale lieu de sa w cour; » ainsy que dict Philippes de Commines, et, s'il vous plaist, en voyant jouer à la paume : spectacle certes bien différent à celui qu'il s'estoit propose : mourir en voyant ses belles entreprises et conquestes faire et achever devant luy.

Certes, ce sale lieu fut trop indigne de ce grand et très illustre roy et de sa fortune. Ou du tout dèslecommancement le devoit quicter là, ou bien puisqu'elle l'avoit entrepris, ne le deyoit abandonner, ainsle par-

à ce qa^il east rendu Tàme, et y fut neuf heures.... Et ainsi despartit de ce monde si puissant roy, et en si misérable lieu, qui tant avoît de belles maisons et en faisoit une si belle : et si ne sceut à ce besoing finer d'une povre chambre. (Liv. VIII, ch. zxt.)

1 . Ce n'est pas, bien entendu, dans son Histoire que P. Jotc a pu parler de la mort de François P', puisqu'elle s'arrête à l'année 4544. Je ne sais si dans quelques-uns de ses nombreux ouvrages il s'est servi des expressions que rapporte Brantôme ; je puis dire seulement que dans son Elogia virorum hellica virtuie illusirium^ on trouve à l'article du roi la phrase suivante : c Cum ignobili in vico cui Rambuleto (Rambouillet) nomen est regum nobilissimus defecisset.... (Édit. de Florence, 1550, fol., p. 303.)

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