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LE MARESGHAL DE RIEUX

sceut bien reprocher ceste faute audict mareschal de Gyé; et en eurent de grandes picques de parolles, jusques quasi de venir aux mains ; mais le roy accorda tout. £t quand tout est dict, il fasche fort aux vaillans et hardys faire toute la force d'un combat, à la \eue des autres qui en ont tout Tesbat et leur plaisir à leur bel aise, comme gens gagez pour cela. 11 s'en feroit de fort beaux discours sur ce subject, que je remets aux grands capitaines^ ainsy quejelevis faire à ce grand capitaine M. de Guise, comme j'ay dict: je m'en raporte à eux.

Une faute grande fit aussi ledict mareschal quand il s'advança si fort en la conduite de ceste advant-garde, et tirant tousjours avant à grandes journées^ sans regarder qui me suit; si qu'il se trouva à trente mille loing du roy, le pressant pourtant tousjours de se haster (cela estoit bon à dire): de sorte que le roy mit trois jours à le rejoindre. Voylà ce qu'en dict messire Philippes de Commines^ : mais le retardement provint à cause de son artillerie, où il eut grand peine à la passer, qui fut conseillé de la faire rompre; mais le roy pour beaucoup n'y voulut consentir (ce dict cet autheur)'; en quoy il monstre bien, certes, son noble et généreux courage de ne se vouloir fère ce tort, comm' un homme timide, de dissiper et gaster son beau attirail; car tel qu'il avoit mené il le vouloit ra-

i. « Le mareschal de Gié qui estoit à trente milles de nous, pressoit le roy de se haster, et mismes trois jours à le rejoindre. » {Uv. VIII, ch. 6.)

2. • Plusieurs eussent esté d'advis de rompre toute la grosse artillerie pour passer plus tost, mais le roy pour rien ne le vouloit consentir. » (Liv. Vlll, ch. 7.)

mener. Si ce mareschal eust faict ceste grande traicte de chemin que j ay dict, il Teut faict en intention que faisoit ce grand empereur Charlemagne, que plusieurs ont tenu et creu jadis qu'il faisoit tousjours combattre son advant-garde un jour advant la bataille ; cela fut esté bon, et la personne du roy ne fust esté tant bazardée; mais Dieu ne le voulut pas, po.ur le couronner d'une gloire immortelle.

Enfin tout alla bien ; et pour tout cela ledict mareschal ne laissa d'emporter le renom d'avoir esté un bon capitaine et pour la guerre et pour la paix, ainsy qu'il le fit bien parestre en cela, et ce coup mesmes où il désassiégea et désengagea M. d'Orléans de Novarre*, et autres grandes affaires d'estat où il a esté employé des roys Charles et Louis XIP, ses bons maistres, dont il s'en est très bien acquicté, et se sont fort bien trouvez de son conseil. J'en parle encor ailleurs. M. de M. de Lîgny, aussi de la maison de Luxem-

Lïgny • bourg, parent et fort favory du roy, le gouverna fort en ce voyage, où il espousa la princesse d'Altemore, une fort belle et très riche vefve, que le roy Charles luy avoit faict espouser. EU' y avoit de fort belles places, qu'estoient Venouze, Canouze , Monnervineel autres.

i. Voyez plus haut, p. 319, note i .

2. Louis de Luxembourg, prince d'AItamura, duc d'Andria et de Yenosa, comte de Ligny, grand chambellan de France, mort le 31 décembre 1505. Il ne laissa pas d'enfants d'Eléonore deGuevarra de Baux, princesse d'Altamura, fille de Pierre de Guevarra, marquis de Vasto, grand sénéchal du royaume de Naples. U était fils du connétable de Saint-Paul et de Marie, fille de Louis, duc de Savoie.

M. DES QUERDES. 355

Il méritoit bien une telle récompense de son roy, car il le servit très bien et très fidellement en tout ce voyage : aussi le roy l'aymoit fort, et il regretta fort aussi leroy, n'ayant pas trouvé leroy Louis XII%qui vint après, un si bon maistre; car, le roy envoyant une armée au royaume de Naples, soubs la charge de M. d'Aubigny, M. de Ligny en demanda la charge et en pria le roy, qui luy refusa tout à trac : en quoy lui fut faict grand tort, car, à cause des alliances et maisons de sa femme^ il estoit raison qu'il y allast ; aussi que pour ce subject il y pouvoit avoir de grandes intelligences, mais surtout qu'il estoit bon capitaine, brave, vaillant, jeune et très beau ; dont il en conceut par tel refus un si grand despit, qu'il en mourut de regret, comme madame son honeste et très belle femme mourut aussi de regret quand il la laissa pour s'en retourner en France : cela se dit, et l'ay veu escrit*.

Ainsy se servent les roys comm' il leur plaist^ laissans les uns, et prenans les autres, selon leurs fantazies et non des autres.

Le roy avoit mené avec luy M. des Querdes', qui M. des

Querdes.

i . « Quant le feu roy Charles conquesta le royaulnie (de Naples) il maria son cousin le seigneur de Ligny à une grant dame du pays appellée la princesse d'Altemore; mais guères ne vesquit; car quant ledit roy voulut retourner en France, amena avecques luy ledit seigneur de Ligny, dont bieutost après, ainsi que le bruit fut, ladictedame mouiiitde deuil. {Loyal senfiteury ch. i8.) Cf. Symphorien Champier, les Gestes du chevalier Bayurdj dans les < Archives curicusesy tome I, p. 95.

!2. Philippe de Crèvecœur, seigneur des Querdes, maréchal de France, gouverneur de Picardie, mort en 1494. Il était ordinairement appelé non pas des Querdes, mais des Cordes, C'est sous ce dernier nom qu'il est désigné dans Commines.

estoit un très grand et ancien capitaine, et estoit le principal conseil du roy; mais il mourut à Lion, au moins à La Bresle*: lequel le roy regretta si trestant que, renvoyant son corps pour estre enterré à Nostre- Dame de Bouloigne, où il avoit demandé, le roy commanda que, par toutes les villes et places où il passeroit, qu'on luy fit pareil honneur qu a luy.

M. de II estoit parent de M. de Piennes, lequel fut aussi

Piennes*. yjj ^^s sage et bon capitaine de fort grande et ancienne maison, et que le roy aymoit fort, et qui le servist bien en tout son voyage. Il fut gouverneur de Picardie, qu'il gouverna très sagement et sans reproche.

Après qu'il fut mort, M. de Yendosme' eut sa place. Si on l'eust creu à la journée des Espérons , il ne fust pas arrivé ce qu'il arriva : ce que sceut bien reprocher le roy à tous, pourquoy ils ne l'avoient creu, car il en avoit bien veu d'autres, et mesmes ceste mémorable battaille de Fornovo.

' Or, si je me voulois amuser à parler de tant de braves et vaillans capitaines qui ont si bien servy ce roy, jamais je n'aurois faict, en faisant leur reveue des uns après les autres, et que les livres parlent fort d'aucuns d'eux ; je me contenteray de les avoir nommez et en parler d'autres cy après, pour venir au roy

4 • L'Arbresle, à quatre lieues 0. de Lyon. — Ceci est pris dans la Mer des histoires ^ fol. 246.

2. Louis de Hallwin , seigneur de Piennes, chambellan du roi, gouverneur et lieutenant général de Picardie (1512).

3. Charles de Bourbon, comte, puis duc de Vendôme, père d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre. -^ Brantôme lui a consacré un article.

Louis XIP^ qui succéda à Charles sans aucune contra- Le roj diction ny que aucun s'y opposast, en luy mettant à sus ^^^^ ^'^' • le port d'armes contre son roy et sa patrie*. Belleforest, en sa Chronicque^j faict assez d'excuse sans que j'en die: dont il s'en fut bien passé de remuer ceste pierre pour toucher à d'autres; aussi quec'estoit en se deffendant et non en assaillant; car, et que pourroit moins faire un cœur généreux, que de se deffendre, quand il est assailly ?

Il vouloit avoir le gouvernement du royaume, comm' à lui appartenoit, mais en fut déboutté ; et s'il eust voulu un peu fleschir à l'amour de madame Anne de France, il y avoit bonne part; car ell' en estoit un peu assez esprise, ainsi que je tiens de personnes qui le sçavent bien; aussi qu'il n'y a rien qui despite tant une honneste dame, quand elle aime, qu'on n'en faict cas et qu'on la desdaigne.

S'il fust esté du naturel de Louys, duc d'Orléans, dont il portoit le nom, son ayeul, qui fut tué à la porte Barbette*, il s'en fût mieux trouvé ; car celui là estoit un galant, et trafiquoit de toute frette', comm' un bon marchant et marinier. Il ne fit point difficulté d'aymer

i, Louis XII, fils de Charles, duc d'Orléans, et de Marie de Clèves, ne en 1462, succéda à Charles VIII, et mourut le i" janvier i515. Marié (1476) à Jeanne, fille de Louis XI, il parvint à faire casser son mariage (i498), et épousa ensuite Anne de Bretagne (1499), puis Marie d'Angleterre (1514).

2. C'est-à-dire en évoquant contre lui le souvenir de sa révolte pendant la minorité de Charles VIII.

3. Voyez Belleforest, Annales et Chroniques de France (édition de 1621), fol. 4S8.

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