Suspect y soupçonneux
Youloit tout gouverner, ; et pour sauver sa vie fut contraint d'habandonnerla court et se rendre fugitif en Bretagne ; et cuydant vaincre fortune qui luy estoit trop rebelle, combattist malheureusement contre Farmée du roy. Lui aiant mis pied à terre à la teste de ses advanturiers, pour les faire mieux combattre, il fut deffaict, lui et ses gens, à Sainct Aubin du Cormier*, et pris prisonnier et mené en la grosse tour de Bourges, où il demeura assez longtemps en continuelle crainte de mort. Puis mis en délivrance par la bonté du roy son frère, fut contrainct de faire le voyage de Naples avec luy; lequel, en son absence, ne vouloit, pour quelque suspition, le laisser en France: auquel voyage fut en plusieurs périlz et dangers, tant sur le combat qu'il fit*, et sa victoire qui facilita fort la conqueste du roy, que pour la fiebvre qu'il y eust, et le soufTreteux siège de Novarre, où il mangea jusques aux chats et aux rats. Puis, en souffrant patiemment tous ces coups de fortune, il en demeura vainqueur par la succession de ce beau royaume de France, qui luy escheut sans qu'il l'eust jamais pensé, et dont en demeura paisible jusques à son déceds. Estant roy tel, il borna et ressarra sa fortune et son courage plus à l'estroict que son prédécesseur, qui, sans aucune borne ny terme, ne couchoit pas moins que de la conqueste de tout l'empire d'Orient ; et ainsy qu'il l'avoit dict et conceu, il l'eust faict, sans sa mort par trop soudaine. »
2. Le 8 septembre 4494, le duc d'Orléans avait, avec Taide de sa flotte, battu à Rapallo les Aragonais , mais il n'y eut pas de bataille navale. Voyez Guichardin, livre I, et Commines, livre VIL
Mais le roy Louis ne voulut que retirer le sien^ se contenta de la conqueste de sa duché de Milan , qu'il fit fort aisément, par sa valeur, bonne et sage conduicte de lui et de ses bons capitaines qu'ila eu en son temps, les meilleurs qu'eut jamais roy de France despuis les douze pairs de Charlemagne ; où il eust pourtant des traverses, car il la gaigna, il la perdit, il la reperdit^ il la regaigna; et puis la garda paisible l'espace de douze ans , ayant pris ses concurrans prisonniers.
Il reprist encor Gennes*, qui s'estoit révolté de lui, lui tousjours en personne : ainsi qu'il fit aussi en la battaille d'Aignadel, qu'il donna contre les Vénitiens, qu'il gaigna, les deffit et prit leur général Barthélémy d'Alviano, grand capitaine", et ce qui s'en sauve il le poursuitjusquessurle bord de la mer à la Chafousine*; et de là, contemplant à son aise la ville de Venise, et ne pouvant aller à elle à cause de son large fossé de mer, advant que s'en tourner, faict bracquer, en signe de triumphe et trophée, six longues coulevrines, dont les trois estoient des leurs prises, et autres trois françoises, ainsy que je tiens et d'italiens et de François, et faict tirer à coup perdu cinq ou six cens volées dans la ville, afin qu'il fût dict pour l'advenir que le roy de France I-ouys XII avoit canonné la ville inexpugnable de Venise.
Le cardinal Ascagne^ frère de Louis Sforce, duc de Milan, se sauvant en Alemagne après la routte de son
i. En 1307.