C'est- à-dîre, et à la coar de la rMne de Navarre
ANDRÉ DOHIO. 29
touché quelque mot ailleurs : je ue puis me souvenir de tout. Retournons au grand chemin.
Or, si Tempereur a eu de grandz hommes et bons André capitaines sur terre, il en a eu aussi de très bons sur ^"*^ '• mer, desquelz il faut mi peu parler, comme André Dorio; lequel, du commancement, fut au service du roy de France, et le servit très bien et très fidellement; et, tant qu'il le servit, le roy estoit maistre de de la mer, aussi bien^que l'empereur despuis, voire mieux ; car qui n'est seigneur de Gènes et maistre de la mer, on ne peut guières bien dominer l'Italie.
Et ce fut ce que je dis une fois au feu roy Cliarles, moy indigne, me faisant raconter combien de gallèresj'avois veu au roy d'Espagne à la conqueste du Pignon de Belys, d'où je venois de fraiz. Je luy en contay un grand nombre jusques à cent, et qu'il les faisoit bien plus beau voir toutes ensemble en si grande et belle quantité que ces quinze gallères qu'il avoit seulement pour lors*. « Et qu'en fairois-je de tant (me dist-il)? « N'en ay-je pas ast 'heure prou, d'autant que je ne « faictz poinct la guerre contre l'estranger, que j'en. a ay assez pour garder mes costes, et que je n'ay non « plus la guerre contre le Turc, mon confédéré comme « .le roy d'Espaigne ?» Je luy respondis: « Il est vray, « Sire, mais pourtant vous en seriez plus redoubté, « aussi bien par mer comme vous estes par terre; et a si les roys vos prédécesseurs eussent faict cas de. la JE marine comme de la terrç, possible auriez-vous en-
I . André Oona. Toyez la note 3 de la p. 235 du tome L 3. Henri II* en avait treate-sept en 1548. Voyez-en la liste dans le ms. Béthone, n** 8641, f» 83.
30 GRAIVDS CAPITAINES ESTRANGERS.
i< cores Gènes, Testât de Milan et le royaume de Na- « pies, lesquelz estatz l'Ëspaignol a conservez plustost « par les moyens de la nier que de la terre. » M. le chevalier de Scève, despuis grand-prieur de Champaigne, estant là présent , prit la parolle et dist : <f Sire, « Branthôme vous dict vray » ; et puis alla sur ce subject fort bravement discourir, comm* il estoit un trèshabile et grand discoureur, et qui avoit veu et battu les mers et costes de Levant.
Voylà donc que sert Testât de la marine à la France. Si bien que, si le sieur André Dorio ne se fust desparty mal content du roy, Naples estoit à nous; mais le roy Talla mescontenter et luy oster la charge et générallité de ses gallères, poiu* la donner à un homme qui ne sçavoit que c'estoit qu'une mer, vm port et une gallère, non pas une fuste', qui estoit M. de Barbezieux', lequel certainement estoit un bon homme de guerre et bon capitaine pour la terre ; mais il y a différence de la guerre de mer et de terre.
■ André Dorio avoit le cœur grand. Se voyant ainsi mal traicté, changea de party, et ainsi que le roy luy eut envoyé demander les prisonniers qui avoient esté pris au combat naval de Naples par Philipin Dorio* , et sur son mescontentement s'estant laissé gaigoer au marquis del Gouast et autres prisonniers (que c'est que le vainqueur se laisse aller aux paroUes et per- * suations du vaincu !) luy manda qu'il luy en avoit
1 . « Petit vaisseau long et de bas bords qui va à voiles et à rames. > (fiietionnaire de Tréooux.)
2. Antoine de La Rochefoucauld , seigneur deBarbezieux, mort en «537.