‹ Œuvre complètesChapitre 238 sur 267 · Loyal serviteur^ ch. lxv · texte numérisé non relu

Loyal serviteur^ ch. lxv

4. Gabriel, baron d'Alègre, chambellan de Louis XII, maître des requêtes (1509), prévôt de Paris (IK13), bailli de Caen. Il était le second fils d'Yves d'Alègre, tué à Ravenne, dont il a été parlé plus haut (p. 373, note 5).

retirast de peur de Tennemi, et qu'il le recommandasl au roy son maistre, bien marry qu'il ne le pouvoit plus servir davantage; qu'il le recommandast aussi a tous les princes de France, à tous messieurs ses compagnons, et généralement à tous les gentilshommes du royaume, quand il les verroit. Voyez l'ambition belle et douloureuse de ce bon chevallier, de se recommander ainsy sur sa fin à tous ces gens là, et y bastir dans leurs âmes une mémoire de lui !

M. du Bellay dict que M. de Bourbon, le voyant en passant, luy dict: « Monsieur de Bayard, vrayement « j'ay grand' pitié de vous. — Ahl Monsieur, pour ce Dieul n'en ayez point de pitié, mais ayez la plustost (c de vous qui combattez contre vostre foy et vostre a roy ; et moy je meurs pour mon roy et pour ma ce foy\ » Je croy que ce mot picqua un peu M. de Bourbon; mais et lui et tous estoient si aspres à donner la chasse et suivre la victoire, que M. de Bourbon ne s'en soucia autrement, et aussi qu'il voyoit bien qu'il disoit vray.

La fin de ce brave chevallier a esté pareille à sa vie. On lui a donné ce tiltre noble de chevalier sans peur et sans reproche \ aussi l'a-il sceu très bien entretenir : et qui en voudra voir la preuve lise le vieux roman ;

\ • Void le tpxte de Martin da Bellay : « Le duc de Bourbon le vint troaver et dit audit Bayar qu'il avoit grand pitié de luy, le voyant en cest estât, pour avoir esté si vertueux chevalier. Le capitaine Bayar lui feit response : c Monsieur, il n*y a point de « pitié en moy, car je meurs en «homme de bien; mais j'ay pitié c de vous, de vous veoir servir contre vostre prince et vostre pa- « trie et vostre serment. » {Mémoires de Martin du Bellay, année i52^, p. 185.)

mais tout vieux roman qu'il est, ne parle point mal et en aussi bons mots et termes qu'il est possible : il y en a deux, mais le plus grand est le plus beau*.

Ses premières armes furent vers le royaume de Naples, où il se fist fort signaller, et mesmes en son combat contre le senor Alonzo de Sotto Major, dont je parle ailleurs*. Il fit aussi très vaillamment au Garillan, où mon père estoit avec lui, faisant son premier apprentissage soubs lui, et y fut fort blessé, et M. de Bayard l'en ayma fort despuis et l'estima fort : il cuida mourir de ce coup. Belleforest, en son histoire, le raconte et y nomme mon père', sans que j'en parle davantage; mais il me souvient d'en avoir ouy faire à mon dict père force beaux et bons contes de luy, dont ne m'en souvient pas bien de tous, et le louoit jusques au tiers ciel.

J'ay veu plusieurs s'esbahir de lui qui aiant esté si grand et si renommé capitaine, qu'il n'ait eu en sa vie de plus grandes charges qu'il n'eust ; car vous ne trouvez point, ny au livre de sa vie ny ailleurs, qu'il ait mené en chef aucune armée, ny qu'il ait esté jamais lieutenant de roy, sinon dans Mézières. Bien dict son histoire qu'il le fut en Dauphiné*; mais c'estoit pour gouverner le pays, et non pour faire la guerre. Aucuns

1. Les deux vieux romans de Bayard sont, l'un (le plus grand), rhistoire du chevalier ^ar le Loyal serviteur ; l'autre, le livre de Sympborien Champier que nous avons cité plus haut.

2. Dans le discours sur les duels. — Voyez le Loyal serviteur^ ch. XX, XXI et xxii.

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