Voyez tome 1, p. 134, et le LoxcU serviteur, çh. xxv
4. ■ Il fut lieutenant pour le roy son maistre au Dauphiné, ouquel si bien gaigna le cneur, tant des nobles que des roturiers, qu*ib feussent tous mors pour luy, » {Loyal serviteur ^ ch. lxvi.)
ont dict qu'il n'avoit esté jamais ambitieux de telles charges, et que de son naturel il aimoit mieux estre capitaine et soldat d'aventure et aller à toutes hurtes' et adventures, à la guerre où il lui plairoit, et s'enfoncer aux dangers y que d'estre contrainct par une si grande charge et gesné de sa liberté à ne combattre et mener les mains quand il vouloit ; aussi qu'il y a des honmies qui sont très malheureux en ces grandes charges, et ailleurs ils y sont très heureux et y font des mieux, comme j'en dirois d'aucuns : et sont à comparer à ces mullets et chevaux de charge, lesquels, pour les trop surcharger, plient soubs le faiz; mais, leur baillant la charge ordinaire, triumphent de porter : j'en nommerois bien aucuns là dessus que je sçay.
Bien avoit-il cet heur qu'oncques général d'armée de son temps ne fit voyages, entreprises ou conquestes, qu'il ne fallust tousjours avoir M. de Bayard avec lui, car sans lui la partie estoit manquée; et tousjours ses advis et conseils en guerre estoient suivis plustost que des autres : par ainsy l'honneur lui estoit très grand, voire plus, si on le veut quasy bien prendre, pour ne commander pas à une armée, mais pour conmiander au général; c'est-à-dire que le général se gouvemoit totalement par son advis.
Ce qui me faict souvenir de ce grand roy Charles Martel, lequel ne voulut onoques estre roy de France, estant bien en son pouvoir ; mais il aima mieux d'avoir ceste gloire de conunander aux roys. Et ne faut douter que M. de Bayard, s'il eust eu telles grandes charges,
i . Hurtes^ heurts, coups.
qu'il ne s'en fut acquicté aussi dignement qu'il fit dans Mésdères \ là où entrant et la trouvant très foible et très estonnée, l'assura et la defiendit si bien que le conte de Nanssau' y perdit sa leçon : et comm' il l'envoya sommer de la rendre à l'empereur, M. de Bayard fit responce qu'avant qu'en sortir il vouloit faire un pont de corps morts de gens de son armée, et qu'après il sortiroit plus à son aise par dessus ; car autrement il ne pourroit bonnement sortir*.
A ceux qui Font veu j'ay ouy dire que c'estoit l'homme du monde qui disoit et rencontroit le mieux : tousjours joyeux à la guerre, causoit avec les compagnons de si bonne grâce qu'ils en oublioient toute fatigue, tout mal et tout danger. Il estoit de moyenne taille, mais très belle et fort droicte et fort disposte, bon homme de cheval, bon homjine de pied. Que luy restoit-il plus? Il estoit un peu bizarre et haut à la main quand il falloit et alloit du sien.
Lorsqu'il eut ceste camizade à Rebec\ ce fut une petite disgrâce pour luy. Ce ne fut pourtant sa faute/ mais celle de l'admirai Bonnivet qui lui avoit* promis de le couvrir; mais il n'en fist rien. Si n'y perdit-il que bien peu de âes gens ; car il les sauva quasy tous à Biagras '. Bien est-il vray que leiu* bagage et quelques