En juillet i538. Voyez P. Jove, liv. XXXVIU
devant l'empereur (comme j'ay ouy dire à aucuns vieux) : « Seigneur André, il faut que l'empereur mon « frère et moi facions une réconcilliation éternelle et « que nous facions une. belle armée de mer pour ruy- « ner le Turc; et vous en serez le général de tous ti deux » ; ce que l'empereur trouva très bon. '
De plus, j'ay ouy dire (mais je ne le tiens pas pour vray) que le seigneur André dist à l'empereiu', à l'oreille, s'il vouloit qu'il fist lever l'ancre et faire voylle et force à ses forçatz, et par ce moyen mettre fin à la guerre ; ce que l'empereur refiusa et détesta. Je croy que c'est un conte faict à plaisir ; et ceux qui l'ont trouvé l'ont voulu faire sur le patron du lieutenant du jeune Pompée, qui luy vint dire à l'oreille, lorsqu'il donnoit à soupper au triumvirat' dans sa gallère : « Veux-tu que je te face, dist-il, monarque de tout le monde, et que je rompe la guerre? » A quoy Pompée respondit que cela se devoit faire avant le dire. Pompée fut un sot d'avoir reffusé ce party, dont il s'en fust mieux trouvé toute sa vie. Aussi à trompeur trompeur et demy, et de payen à payen et demy n'y a mal, mais non de chrestien à chrestien. Voylà pom-quoy l'empereur fit là un traict d'un grand qui craignoit son Dieu, bien contre son naturel et de plusieurs grandz, quand il y va de leur ambition.
Or, qui voudroit escrire les faicts dudict André, il faudroit qu'il allast ez mers de Levant et de Barbarie, voire à nos mers, et en prendre des mémoires: lesquelles toutes raisonnent de ses plus notables actes et
i. OcUve, Antoine el I>épi(le. Voyez Plutarque, ^le d^An^ tnine^ ch. xxxix.
34 GRAIHDS CAPITAINES ESTRANGERS.
victoires qu'il a eu sur les ennemis de la foy ; comme à la Collette, à Coron, à Modon, à Alger en Barbarie, en la prise de la ville d'Affrique^ et plusieurs autres lieux. Si dict-on pourtant qu'il entreprit un peu soudainement sur Affrique, ny sans l'avoir bien recognue. Et ne faut point doubter, sans le bon secours et assistance de dom Jouan de Vega ', pour lors gouverneur de la Scicille, et de dom Carcye deToUedo', avecques tant de braves maistres de camp, capitaines et soldatz espaignolz, italiens et chevalliers de Malte, à grand peine l'eust-il prise, car il fallut que luymesme allast en Scicille quérir vivres et munitions de guerre, ce pendant que les autres travailloyent*. En fin la ville fust prise de force, où ces braves Espaignolz et chevalliers de Malte combattirent selon leur valeur accoustumée ; aussi y perdirent-ilz beaucoup de gens de bien et de valleur, dont ce fut un très grand dommage. L'ayant prise, il se mit à la chasse pom* Dragut, qu'il faillit, ainsi que je diray.
i . Africa, Mehdije, ou Mahdia,$ar la Méditerranée, à 36 lieues S. de Tunis. Elle fut prise par André Ooria en septembre 1550. Brantôme s'est beaucoup servi, comme il le dit lui-même dans la vie de Dragut (voyez p. 48), d'une petite relation espagnole de ce siège. Elle est intitulée : Conquisia de Africa^ donde se haUa'ran agora nuevamente recopiladas par Diego de Fuentes tîtucliasjr niay notables hazanas de particulares cavalieros. En Anvers* En casa de Philippo Nutio. 1570, 35 feuillets in-8.
C'est de cet opuscule que Brantôme a tiré quelques-uns des noms de capitaines espagnols i]iii figurent dans la liste donnée au tome I, p. 330-334.
2. Vice-roi de Sicile. Il commanda en chef l'expédition. Voyez de Thou, liv. VII.