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Imbercourt

404 GRANDS CAPITAUNES FRANÇOIS.

des Suisses, en combattant et faisant si vaillamment cpi'il y ayda bien à la victoire.

J'ay ouy raconter à aucuns anciens, et mesmes qui disoient l'avoir ouy dire au roy François, que ce brave chevalier avoit une complexion en luy que, toutes les fois qu'il vouloit venir au combat, il falloit qu'il allast à ses affaires et descendist de cheval pour les faire ; et pour ce portoit ordinairement des chausses a la martingalle, ou autrement à pont-levis, ainsy que j'en ay veu autresfois porter aux soldats espaignols portans le corselet et la picque, afin qu'en marchant ils eussent plustost faict, sans s'amuser tant à deffaire leurs aiguillettes et s'attacher, car en un rien cela estoit fait. De dire que le proverbe eust lieu à l'endroict de M. d'Imbercourt, en ce faict qu'il dict : ce il se concilie de peur n, ce seroit mal parler et l'adatter très faucement à luy, ce disoit le, roy, car c'estoit l'un des plus vaillans et hardis de son royaume, et après qu'il avoit esté là et qu'il avoit le cul sur la selle, il combattoit comm' un lion ; mais on tenoit que l'animositë ^ et le courage grand qu'il avoit de combattre lui esmouvoit ainsy les entrailles et le ventre. Je m'en rapporte aux médecins pour en dire là dessus leur raison. J'ay ouy parler de quelques uns qui avoient ceste mesme complexion'.

Ce. seigneur avoit aussi un' autre humeur , c'est qu'il se plaisoit d'aller par pays ordinairement, ou à la guerre, au plus chaut du jour, et ne le craignoit nullement; et n'aymoit point aller aux matinées ny

1 . Far. L'animosité, l'ardeur et le courage (ms, 6694, foiio 435, V).

2. Henri IV, suivant Tallemant, était aussi atteint de cette infirmité, et c'est peut-être à lui que Brantôme a voulu faire allusion.

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serées, ny prendre tant ses aises aux frescheurs, ayant opinion que telles aœoustumances nuisoient fort à un homme de guerre. Il pouvoit alléguer autres raisons, ou que telle fut son humeur et caprice et bizarrerie. Tant y a qu'alors et despuis ce proverbe couroit : a Vous allez à la frescheur de M. d'Imbercourt », quand on alloit par pays au plus grand' chaud du jour. Et vous diray comment j'ay sceu ce proverbe et interprétation, par ce petit conte que je vous feray en forme d'incident.

Du temps du roy Henry II*, y avoit en sa court une très grande dame et la plus belle de la court (possible, quand je dirois de la chrestienté ne mentirois-je) : ce fust madame de Guise' ; et un jour, elle allant de Paris jusques à Sainct-Germain, où estoit la court, montée sur son hacquenée, et n'ayant avec elle qu'une seule damoiselle, un page et deux grands lacquais (car au matin ell' estoit allée à Paris faire un tour et puis s'en tourner aussi tost), et chevauchoit leplusroide qu'elle pouvoit, et à la plus grande chaleur du jour, pour se trouver au soupper de monsieur son mary, elle vint à rencontrer un honneste gentilhomme, capitaine qui estoit au service d'un beau-frère de monsieur son mary. Le gentilhomme, qui estoit courtois et ne faisant que venir fraischement du Piedmont, et aiant demeuré un an sans venir à la court, et ne cognoissant pas la livrée qu'elle portoit, pour l'avoir changée despuis son parlement, vint accoster ceste grande dame et l'arraisonner, pensant que ce fust un' autre dame de la court, non si grande comme celle-là ; et d'abor-

i, Anne d'Esté. Voyez plus haut, p. 368, note 2*

dade luy va dire qu'elle chevauchoit fort roide, et comm' elle alloit par pays à la fraischeur de M. d'Imbercourty et que la chaleur lui feroit mal. Elle fit de l'ignorante de ce proverbe et lui en demanda Tinterprétation. Il la luy dict^ et de propos en propos il l'entretint tousjours en cheminant, jusques à lui présenter son service, et quelquefois faisant semblant de lui vouloir toucher la jambe, qu'il ne voyoit que trop belle et trop tentative pour lui. Elle lui laissoit faire à demy ce qu'il vouloit, mais avecques toute modestie, et l'escoutoit parler (car il disoit très bien) de l'amour, non pourtant sans riresoubs son touret^ de nez ; car, dès ce temps, les masques n'estoient encor en usage pour cheval.

Enfin, estant arrivée à Sainct Germain, la dame, prenant son chemin pour aller descendre au chasteau, le gentilhomme lui dist : « Madame, vous allez des- (c cendre au chasteau et moy en mon logis*. Dieu « vous doint très heureuse et longue vie, je suis vostre a serviteur I d Aussitost la dame, baissant son touret de nez, dict au gentilhomme : « Mon gentilhomme, « je vous remercie de vostre compaignie; je suis à a vostre commandement : à jamais je me souviendray (c de la frescheur de M. d'imbercourt, pour l'amour a de vous. »

Le gentilhomme fut si estonné de voir ceste dame, qu'il ne pensoit estre celle-là, que soudain, sans dire mot, il tourne bride en arrière au grand gallop d'où

1 . Tourety espèce de petit masque qui ne cachait que le nez.

2. Le copiste a omis la phrase qui précède dans le ms. Dnpay. Nous la tirons du ms. 6694, f» 136, r*.

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il estoit venuy pensant avoir offensé ceste dame, et qu'elle luy en voudroit mal. Mais la dame despuis cognent en lui qu*il pensoit avoir grandement failly et péché envers elle; en fit le conte à son beau-frère, à qui le gentilhomme estoit. Elle le pria lui mander de venir, et qu'elle n'estoit nuUement faschée contre luy, mais très contente et satisfaicte de luy et de sa compagnie, qu'ell' avoit trouvée très bonne et belle, et qu'un' autre fois ne la refuseroit pour le prix. Il vint donc, et la dame le voulut voir, lequel luy demanda pardon ; mais elle, qui estoit toute courtoise et honneste, lui octroya, n'aiant esté ofTencée de luy; mais bien s'offrist à lui de s'employer en quelque affaire qui se présentast pour lui ; et par après lui fist très bonne chère tousjours quand elle le voyoit, et quelquefois lui faisoit la guerre de la fraischeur de M. d'Imbercourt.

Ce gentilhomme m'en a faict le conte plusieurs fois, car il estoit fort mon amy, et que l'entretien d'une si belle et honneste dame lui faisoit bien oublier le chaut et si le mettoit en chaleur. Je luy demanday si c'estoit à bon escient qu'il la mescogneut (comm' il y en a. aucuns qui ont bien faict de telz traicts en faisant leurs naïfs), ou bien qu'il le fit à poste et purement et naïfvement, sans y penser; mais il me jura cent fois qu'il la mescognoissoit du tout. Il a fallu que j'aye faict ce petit incident; aucuns le trouveront bon et à propos, autres non : on ne peut pas à tous plaire.

Ceux de ce temps là qui firent le tumbeau de ce grand capitaine M. d'Imbercourt n'y mirent que ces deux mots : Ubi honos partusy ibi tumulus erectus; comme voulant dire « que là où il avoit gaigné bon-

a neur et gloire, que là avoit esté érigé son tumbeau;» qui estoit dans le champ de bataille, qui certes est la plus belle sépulture qu'un grand capitaine et homme de guerre sçauroit souhaitter et choisir, quelque marbre, porphire, jaspe, airin, cuivre, qu'on leur pourroit dresser, en quelque lieu que ce soit. M. de Nos chroniques de France font peu de mention

Montoison *. ^j»yjj ^k)^ chevalier et vieux capitaine qui estoit du temps des roys Charles VIII et Louis XII, (à quoy elles ont tort, car il méritoit bien de bonnes louanges) qui estoit M. de Montoison, de Dauphiné, bonne et ancianne maison, dont sont sortis beaucoup de gens de bien et d'honneur; et y en a encor aujourd'huy qui ne font déshonneur à leurs devanciers.

Ce bon seigneur servit très bien ses roys aux guerres de Picardie, de Bretagne, de Naples et Lombardie. Il estoit compagnon de M. de Bayard' : aussi estoient-ils de mesme patrie; mais il estoit )>ien plus vieux et cassé, car il avoit desjà eu une compagnie de gens d'armes au voyage du petit roy Charles à Naples.

Il fut en partie cause, avec M. du Lude, de Bayard et de Fonterrailles *, d'une belle deflaicte que firent les François sur les gens du pape JuUes II à la

i. Philibert de Clermont, seigneur de Montoison, chambellaD de Charles VIII et de Louis XII, mort en 151 1 . — Voyez le Laboureur, Additions aux Mémoires de Castelnau^ i659, t. II, p. 790.

2. Voyez le Lnyal serviteur^ ch. lxv, et Symphorien Champier, les Gestes de Bayard, dans les Archives curieuses^ tome I, p. i 79 et sniv.

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