‹ Œuvre complètesChapitre 37 sur 267 · Arraïs ou reïs, capitaine de navire · texte numérisé non relu

Arraïs ou reïs, capitaine de navire

lico, ayant soubz sa charge aucunes gallères qui gardoient le golfe de Venise. Il le chargea si bien, que la fortune si bonne pour luy fut qu'il en prit une partie, et avec Tautre ledict sieur magniHique fut contrainct se sauver à la volte * de Corfou. Dragut se retire avec sa prise aux Gerbes'. Et, d'autant qu'il n'avoit pas encore les moyens assez bastans pour entretenir si grand train ny si grand estât de gallères, il fit defTaire celles qu'il avoit gaîgnées(fors une qu'il arma pourtant siu" le coup; mays après Jannetin Dorio la luy prit, comme j'ay dit';) et du bois et du fer en fit faire quatre galliottes très bonnes et belles, ainsi qu'il lu y pleust; et, avecqu' une très bonne que luy avoit donné Barberousse , c'estoient cinq , il se niist en cours ; ayant assemblé avec luy de compagnie d'autres corsaires, ilz furent unze bonnes galliottes, et avec lesquelles ne faut point doubter des maux qu'ilz firent le long des costes chrestiennes.

Le seigneur André Dorio ne pouvant souffrir ces voUerîes et maux qu'on luy venoit dire tous les jours que faisoit ce Dragut, ayant assemblé toutes ses gallères genevoises et celles de Scicille, ausquelles commandoit pour lors un gallant cavallier espagnol, nommé dom Berenquel de Requessens^, il se mit à la

i. Kolie, route.

2. L'Ile des Gerbes, de Gelbes, Dscherbe, Djerbah on Zerbi, Girha, Voyez tome I, p. 327, note 2.

3. Les deux lignes qui précédent ont été rajoutées en marge de la main de Brantôme. Voyez plus haut p. 43.

4. Don Berenger de Requesens, pris au siège de Zerbi » fut emmené .à Gonstantinople et mis en liberté le 10 août 1962. Il mourut quelque temps après. Voyez de Thou, liv. XXVI.

chasse de Dragut et vers Scicille et vers Sardaigne, et partout. Enfin il vint à Ck)rsègue, en un port dict Gyrelate *, entre Calvy et la Ayaza, là où s'amusant pour despartir entre luy et ses compaignons le butin qu'il avoit faict, et sur tout les pauvres âmes chrestiennes, il fut chargé si vivement, qu'ayant un peu rendu de combat et tiré son artillerie, il fut investy,et pris, luy et tous ses vaisseaux, fors une fuste et une gallère qui se sauvarent, et aussi tost mis à la chaisne luy et ses capitaines, et tous ses gens. Pour ce, il ne perdit courage, comme j'ay ouy racontera M. Parisot, grand maistre de Malte, qui, le voyant un jour ainsi à la cadène% advant qu'il fust grand maistre, et luy aussi qui l'a voit veu ainsi auparavant à la cadène, M. le grand maistre luy dictr Senor Dragut^ usança djr guerra '/ luy respondit : Y mudançade fortuna^. Tant y a qu'il ne chauma pas en sa captivité ; ôar il fit si bien et beau, etmesnageases affaires si bien, que Barberousse luy presta trois mill' escus pour sa rançon, qu'il paya : et par ainsi il sortit , en promesse et serment faisant que jamais il ne fairoit la guerre en la Rivière de Gênes.

Yoylà conmient il sortit, qui fust une grand' honte pour ceux qui le laissaient aller par telle avarice et pour si peu d'argent encor, luy, dis-je, qui avoit desjà faict tant de maux à la chrestienté, et estoit prest et

1 . La Girolata, port de Corse entre Calvi et Ajaocio. C'est celte dernière localité que désigne de Thon , et dont Brantôme écrit 1« nom comme l'auteur espagnol.

Page 1