Le canal de la Cantara. {Ibid
56 GRANDS CAPITAmES ESTRANGERS.
du canal y et empesche par ce moyen Tentrée aux chrestiens, d'autant qu'il y avoit faict descendre trois à quatre grosses pièces qui tiroient incessamment sur les gallères chrestiennes. Cependant il forge en soy une astuce, ny millitaire, ny renarde, mais du tout diaboUique, parquoy il amasse le plus de gens du pays qu'il peut, qui pouvoient monter jusques à cinq cens, les paye très bien, et avec sa chiorme et sessoldatz et mariniers, par une belle nuict jelte ses gallères hors de l'eau et les met en terre, les faisant couller et roul- 1er par des rouUeaux environ trois lieus; et fit si bien par la main des travailleurs, qu'elles s'allarent jet ter de l'autre costé dans l'eau, en un autre canal, là où il les arme et reffaict soudain. Cependant ses gens de son fort de terre faisoient tousjours bonne mine et ne cessoient de combattre. Quand Dragut vist qu'il estoit temps, il envoya ses gens désengager, et leur manda de quicter le fort de nuict et se venir embarquer ; ce qu'ilz firent si excortement et dilligemment, que André Dorio n'en sçeut jamais rien jusques à ce que Dragut commança à paroistre en pleine mer avec ses gallères, qui avoient passé de l'autre costé. Qui fust estonné ? ce fut André Dorio, qui se mit à la poursuitte; mais il n'estoit plus temps, car il estoit fort loin, et si ne craignoit-il pas tant son ennemy qu'il ne prist par rencontre (quasi à la vue d'André Dorio) une gallère qui venoit de Scicille et portoît quelques vivres et cinquante soldatz à l'armée chrestienne. Dragut rafïla et friza tout cela, et puis se sauva.
J'en a v ouv faire le conte aune infinité de mariniers et soldatz, qui le disent encor par toutes les costes, et comme André Dorio s'estonna de ceste escapade; si