BARBEROUSSE
Ad vaut ces deux grandz capitaines et corsaires Barberoussc* Dragut et L'Ouchaly, l'ung faict de sa main (comme j ay dict), et lautre non, avoit esté ce grand Barberousse, le surpassé de'tous deux, duquel, bien que j'aye escrit de luy en mon livre des couronnelz de France, si faut-il que j'en die encor quelque petit mot,affîn que le monde sçache que jamais des Romains ny des Grecz, grandz conquerpeurs de réaumes et de terres, il n'y en a eu de tel.
Il prit et conquesta, par sa protiesse et industrie, deux réaumes: celuy d'Alger; il est vray que son frère aisné en fit le premier fondement, mais aussi il luy ayda en la conqueste, et le garda très bien après sa mort. L'autre réaume fut celuy de Thunys*. Qu'estoit cela, sinon qu'en peu de temps il conquesta une seconde Carthagé, que ces braves et vaillans Romains consommarent tant d'années pour en avoir la raison et la mettre à bas? Et ce Barberousse en un rien la conquist ; et, pour la conserver, fit teste à ce grand et redoubté enipereur Charles V, y estant en personne*, qui, sans la révolte de ses esclaves qui. estoient dans la rocque*, et la surprise qu'ilz y firent, on ne sçait en quoy l'empereur eust esté, et eust, possible,
1. Khaîr-Edyn, dit Chérédin ou Hariadan, connu chez les chrétiens sous le nom de Barberousse ^ fut Tun des plus grands hommes de mer du seizième siècle. Il succéda (1548) à son frère Aroudj . sur le trône d'Alger, reconnut la suzeraineté des sultans de Constantinople, et devint en iS36, capitan-pacha. Il mourut à Gonstantinople en juillet 4546. Voyez sur lui P. Jove, liv. XXXIII.
%. En 153^. Voyez P. Jove, liv. XXXHI.