BARBEROUSSE
capitaines et corsaires ausquelz la fortune aye si bien dict et si mal aussi, et s'en estre si bien relevez I Voyez les histoires de ces temps, tant italiennes qu'espaignoUes.
S'il est vray qu'il soit esté François*, comme j'ay dict ailleurs, il a faict honneur au nom François; et, s'il ne l'est, il est à louer d'où il soit ; car il a non seullement espouvanté les chrestiens, mais les Arabes et les Mores, ayant faict la guerre aux ims et aux autres, et par mer et par terre, les ayant rendus tributaires.
Un des beaux exploictz qu'il fist contre les chrestiens fut le siège et prise de Castro-Novo *, où y avoit dedans en garnison trois mille braves Espaignolz naturelz, desquelz estoit maistre de camp ce vaillant capitaines Sarmento', qui, quelques années advant, avoit esté esleu des soldatz amutinez en Lombardie, dont je
i . Suivant P. JoTe (liv. XXXIII), il était fils d'un Grec mahométan de Mételin.
2. Le 7 août i539. — Castro-Nuovo, situé dans le golfe de Çutaro, avait été pris neuf mois auparavant par les Espagnols, unis aux Vénitiens.
3. Brantôme a mal interprété, ici et t. I, p. 334, le texte de P. Jove en représentant à tort Francesco Sarmento comme chef des soldats espagnols qui s'étaient soulevés en Lombardie , non pas quelques années avant, mais Tannée précédente, en 1538. Ce qui a causé son erreur, c'est que P. Jove dit qu'après la prise de Castro-Nuovo par les chrétiens « Sarmento fut mis dedans pour capitaine, avec quatre mille soldats de ces vieilles bandes qui par leur méchante rébellion avoyent gasté toute la contrée de la ville de Galera (Gailarato) sur le Milannois. > (Uv. XXXVIII, traduc^ tîon, p. 604-^05.) Dans le récit qu'il fait de la révolte de ces soldats , même livre, l'historien italien ne prononce pas une fois le nom de Sarmento.
7« GRANDS CAPITAINES ESTftANGERS.
parle ailleurs. Il mourut là en combattant vaillamment sur la bresche ; et Barberousse estant après fort curieux de recouvrer sa teste pour Tenvoyer en don auGrand- Seigneur, quelque dilligence qu'il y peust faire, ne se peut jamais trouver parmy lesmortz, tant il y en avoit de tuez et amoncelle? les uns. sur les autres. C'estoit combattu et soubstenu une bresche et un assaut vaillamment cela I Voye/ les liistoires italUennes et espaicolles, vous y verrez force faictz merveilleux*.
Il mourut fort vieux et cassé, et roy d'Alger absolu, la seconde année que le roy Henri II commença à régner'. 11 avoit un compagnon qu'il avoit fort aymé, qui fut Synan', surnommé le Juif, qui fut un très renommé corsaire aussi et grand honune de mer; et pour ce le grand sultan Soliman l'envoya son admirai en la mer Rouge. C'est assez parlé de ces corsaires. Le marquis Et pour finir les bons capitaines de l'empereur et de du roy d'Espaigne, j'y mettray encor le marquis de Sainte Croix', car il a esté très bon. Je l'ay veu général des gallères de Naples, d'où le roy d'Espaigne le retira, et pour sa suffisance s'en servit à la grand'
i. Voyez P. Jove, liv. XXXVIH.
2. Brantôme se trompe : Henri II monta sar le trône le 31 mars 1547, plus de huit mois après la mort de Barberousse.
3. Ce Sinan, qu'il ne faut pas confondre avec celui dont il est question plus haut (voyez p. 61 , note â) était un renégat croate (ou dalmate), frère du grand-vizir Rustem-Pacha. Il fut fait capitan-pacha par Soliman, et mourut en 1554.
4. Don Alvarez de Bassano, marquis de Santa-Cruz, amiral sous Charles-Quint et Philippe II, mort en 1587.
5. Var, Parmy ces grands cappittaynes de mer, fant aussi mettre le marquis de Santa-Crux, car il ha esté très bon. Je Tay veu.... (Ms. 6694, f* 87 i-».)
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Santa-Crux
LE liCARQUIS DE SANTA-C31UX. 7i
mer océane contre le millord Dracli \ angloys, le plus fameux homme de dessus ceste mer qui ayl esté il y a plus de deux cens ans, et qui a bien donné de Taffaire à l'Espaigne. J'espère en parler ailleurs. C'a esté aussi ledict marquis qui deffit M. d'Estrozze vers la Tercère*. Voylà pourquoy je ne mestendray sur ses louanges, encor qu'il en mérite plus hautes que les miennes ; mais il me siéroit mal de dire tant de bien deceluy qui a faict mourir le plus grand de mes amis, et faict mourir et trencher la teste à tant d'honnestes gentilz-hommes François qu'il fît à ce voyage.
Or maintenant, après avoir parlé du père, qui est Dom Phillipe l'empereur, il faut parler ast'heure^ du fik, qui est ce *^y grand roy d'Espaigne dom Phillippe, roy très cathol- ^'^P"g"* • lique; lequel, encor qu'il n'ayt mis le pied tant de fois à l'estrieu et paru à la campaigne, ny monté sur mer, comme Tempereiu* Charles son père, si est-il un grand roy et un grand capitaine, puisque plusieurs roys et capitaines ont estez autant louez et estimez d'avoir faict de belles conquestes et mené de grandes guerres aussi bien assis en la chaire de leurs conseilz comme en leurs selles d'armes. Sans m'amuser à l'allégation de plusieurs exemples, je n'allègue que celuy de nostre roy Charles cinquiesme, lequel eut le surnom de Sage,
i. Far. Drap (ms. 6694, f» 87 i*).— François Drake, célèbre amiral anglais, né en 4545, mort en 1596.
â. En i 582. Voyez dans un autre volume la vie de Philippe SCrozzi.
3. Philippe II, fils de Charles Y et d'Isabelle de Portugal , né en 1527, saccéda à son père sur le trône d'Espagne en 1556 et mourut le 13 septembre 1 598.