‹ Œuvre complètesChapitre 60 sur 267 · La relation de d'Aubigné l'appelle Jean Rayer de Velasco · texte numérisé non relu

La relation de d'Aubigné l'appelle Jean Rayer de Velasco

el luy dist : « Vous souvenez -vous pas d'un petit « cofFre que je vous ay donné à garder il y a quelque « temps? — Ouy, Sire, » respondist-il. Lors il luy dist qu'il luy apportastledict coffre, qui estoitfort petit; et estant ouvert, ilz en tirarent une pierre qui estoit de très grande valleur, laquelle Sa Magesté commanda estre donnée à l'infante, et luy dist : (c Ma fille Ëllizabeth^ « ma chère Eugénie, reçois ceste bague que ta mère « m'apporta. Je te la donne pour mon partement de « ce monde. » Et, se tournant vers le prince, il luy dist : a Mon filz , as-tu agréable que je la donne à ta w sœur? — Ouy, monsieur (dist-il), voire tout ce « que j'ay. » Le roy fit beaucoup de cas de ceste parolle, et lors Sa Magesté recommanda que l'on cherchast un' autre papier qu'il avoit là; et le donnant au prince , il luy dist : a Tu verras par là par quel « moyen tu as à gouverner ton royaume*, d II fist aussi tirer un fouet de discipline , qui estoit sanglant par les boutz, et, le tenant en haut, il dist : « Ce sang « est de mon sang, non toutesfois proprement du « mien, mais celuy de mon père (que Dieu absolve 1), tt lequel avoit accoustumé se servir en ceste discia pline. Et afin que l'on en sçache la vérité et com- « bien il estoit dévoclieux, je l'ay bien voulu décla- « rer. » Il fit tirer aussi un papier de dessoubz son

i . Isabelle-Glaire-Eugénie, née en 1 566, mariée le 2 décembre 1578 à Albert, archiduc d'Aatrichey auquel elle apporta en dot les Pays-Bas, m«rte en 1633.

2. Cet écrit a été publié sous le titre de Coppie des instructions secrettes laissées au roy Philippes III d Espagne^ par Philippes 11^ son père, MDXCVIII, sans nom de lieu ni d'imprimeur, 24 p. in-d. Il en existe un exemplaire dans la collection Dupuy, ms. 605.

chevet de lict, lequel fust leu par ledict Kayer, et contenoit ce que dessoubz :

«Nous, dom Phillippes, par la grâce de Dieu, roy « de Castille^ etc. , ayant par l'espace de quarante ans « gouverné deux royaumes, le LXXi" an de mon aage «je le remetz et résigne à mon Dieu , à qui il est, et « mon âme en ses très bénistes mains , afin que sa «divine magesté face d'elle ce qu'il luy plaira; et « veux qu'après qu'elle sera sortie de ce corps il soit « embaumé et vestu en habit royal , et mis dedans le « cercueil de bronze qui est icy ; et après y avoir tenu « mon corps autant de temps qu'il est accoustumé, « que l'on le porte au sépulchre de ceste façon :

« Que le guidon de l'archevesque marche devant, « puis la croix, les moines et le clergé; après, l'ade- M lantado*, vestu en deuil, avec l'estandard royal tral- « nant en terre. Le duc de Nagera* portera la cou- « ronne en un grand bassin couvert d'un voille , et le «marquis d'Aquilar' portera l'espée; et mon corps « sera porté par huict de mes serviteurs en chef, ha- « billez de deuil , avec leurs torches allumées ; et ce l'archevesque marchera après, les grandz et nostre « héritier universel derrière avec son deuil allant à « l'église. Que mon corps soit mis en un tumbeau w qui se faira; et après que le service sera dict par « le prélat, on me mettra en la cave qui sera ma « dernière maison pour jamais.

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