‹ Œuvre complètesChapitre 63 sur 267 · DOM CHARLES, PRINCE D'ESPAIGNE · texte numérisé non relu

DOM CHARLES, PRINCE D'ESPAIGNE

PaoTre en son habondance, il brouilla les François ; Feit mettre à mort leur roy, vioUa toutes les loix , Ores jouet des mortz et des vivans la fable.

Or, si ce grand roy a aymé Tespée de la guerre , il a bien autant aymé, ou plus et trop, Tespée de la justice , en suivant bien la doctrine de l'empereur qu'il luy donna, de l'aymer et embrasser^ comme cy-devant j ay dict; voire tellement Ta-il aymée et révérée, qu'il ne Ta espargnée sur son propre filz , Dom Charles, prince d'Espa.igne , ayant eu plus de considération à la garde de son estât qu'à la vie de son filz ; ce que ne fist ce grand Charlemaigne à l'endroict du sien*.

Je ne veux entreprendre dire les raisons pourquoy Dom Charles, ce prince dom Charles mourut , car elles me sont pVince closes, et aussi qu'on en parle fort diversement. Bien '^^^P^'^^® • dict-on qu'il y en avoit de très justes et pertinentes, et de nombre trente-deux, dont la moindre estoit qu'il avoit voulu faire mourir son père. Cela se disoit pour lors en nostre court de France , mais c' estoit en risée*.

J'ay ouy raconter à un grand personnage espaignol

1. Pépin le Bossd, fils naturel de Cbarlemagne, conspira contre son père (792) et fut relégué dans un monastère.

2. Don Carlos, fils de Philippe II et de Marie de Portugal, né le 9 juillet 1545, mort en prison le 24 juillet 1568. Il existe dans le ras. 721 de la collection Dupuy la traduction en français dVme lettre de Philippe II au duc d'Albe sur la mort de don Carlos. Elle est datée du 26 juillet 1568. Voyez aussi deux pièces italiennes sur la prison du prince, fonds S. Victor, n" i068, 4*».

3. Var. Que pouvoyent doncq estre les autres? (Ms. 6694, P» 97 r».) — Ce qui suit jusqu'à la p. 1 02, in fine. Ceux qhi Vont <vi#, manque dans la première rédaction.

102 GRÂimS CAPITAmES ESTRANGERS.

que le roy d^Espaigne le tenant prisonnier, il assembla un jour son conseil pour sçavoir ce qu'il en fairoit*. Les uns opinarent qu'il ne le devoit faire mourir ny respandre son propre sang, qui , possible un jour, crieroit vengeance devant Dieu, mais qu'il le falloit mettre dans une prison austère et perpétuelle. Les autres dirent qu'il le faUoit bannyr et confiner en Flandres, et là luy bailler exercice à son haut courage, qui tant desiroit la guerre, pour la faire là aux rebelles hérétiques et les du tout exterminer , ou bien l'envoyer aux réaumes de Naples et deScicille et les luy donner en partage , et luy amollir le cœur par un si beau don et bienfaict , provenant d'un bon naturel d'un doux père qui luy pardonnoit sa faute. D'autres dirent qu'il le falloit ptustost envoyer à Oran, et l'en faire roy, et là se comporter avec les Mores ou bien ou mal, comme il luy en viendroit la fantaisie. A quoy respondit à tous le roy d'Espaigne : que pour le tenir en prison, n'y avoit point de raison , d'autant qu'à un tel enragé et endiablé de lion il ne se pourroit trouver de cage (fust-elle de fer) assez forte pour l'y retenir en seurté qu'il n'en eschappast. Pour l'envoyer en Flandres, il n'y seroit pas plus tost qu'il s'accorderoit avec les rebelles, les pardonroit^ et les accosteroit en quelque façon que ce fust pour se faire encor plus rebelle qu'eux et luy faire la guerre ; de luy donner les réaumes de Scicille et de Naples, c'estoient deux trop petis morceaux et réaumes pour ressasier et borner son ambition, d'autant qu'en hautesse de courage naist souvant convoitise de régner,

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