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Oa gaillardet, pavillon échancré à deux pointes

3. D'autres disent qu'il s'appelait non pas Lanfranc, mais Olïfroy.

Teust bien poursuivie comme il falloit, Constantin nople trembloit, et estoit aussi tost conquis. Mais la jslouzie de nos princes chrestiens gasta tout, et mesmes d'aucuns que je scay , lesquelz je ne nommeray point, qui, ne désirans la grandeur d'atttruy, et portans envie à dom Juan, on suscita de la guerre ailleurs où n'y avoit ni propos ni raison, puis qu'il y alloit du faict de la chrestienté. J'ay grand peur que Dieu s'en soit irrité despuis sur ces perturbateurs.

Les' Vénitiens, de l'autre costé, se faschans de la guerre, priarent le roy de France de moyenner la pais envers le Grand-Seigneur, où fut envoyé M. Tévesque de Dax*, de la maison de Nouaille en Lymosin, fort grand et digne personnage de cesle charge, les Vénitiens, l'ayant esleu et demandé au roy ; lequel d'autres fois , du temps du roy Henry second, avoit esté ambassadeur envers eux et bien venu d'eux, comme je l'y ay veu. Il fit un très heureux voyage poiur eux vers le Grand-Seigneur, et en obtint la bonne pais qu'ilz desiroient.

Et par ainsi, de très bonnes occasions et bons eflectz qui n'eussent manquez d'en sortir pour la chrestienté faillirent à l'appétit des malheureuses envies, jalouzies et divisions. Ainsi jadis se perdit la noble Terre-Saincte ,' laquelle , tant que les princes direstiens furent d'accord, fleurissoit et aumentoit de jour en jour; mais venans à se divisor et s'envier totft à coup, elle nous eschappa ^illainemenf des mains.

i . François de Noailles. Voyez plus haht, p. 63, note 2. La paix ayec Venise fut signée à Constantinople, le 7 mars 1573.

422 GRANDS CAPITAmES ESTRANGERS.

Grand'honte, certes, à nous autres, et de ce temps là et d'aujourd'huy ! car, pour le seur, si les princes chrestiens se fussent bien entenduz et accordez, infailliblement Ton eust faict un grand eflbrt sur Tempire de rOrient; car j'ay ouy dire à gens qui estoient à Constantinople pour lors que les nouvelles y furent apportées de ceste grande defiaicte que le Grand-Seigneur, tout son conseil de sa Porte et les gens de guerre estoient si estonnez, que, si Ton eust veu seulement cinquante gallères cbrestiennes paroistre, ilz qùictoient la ville.

Une chose fust bien contre nous et pour les ennemis, c'est que fut en kyver et au mois d'octobre que fut cet escheq; et pour ce, à cause du mauvais temps d'hyver et des vents et orages qu'il produist, la belle occasion se perdit. Mais si cela fust arrivé en may ou juing, la victoire se fust poursuivie (autrement ce fust esté un grand blasme et grand' bonté aux vainqueurs), en renvoyant les mallades et blessez, les vaisseaux cassez et rompus, et brisez, d'où ilz estoient venus, pour les remettre et reffaire, puis faire un' eslection tant d'hommes que de vaisseaux sains et gaillardz, et puis donner voille, comme j'en ay ouy discourir aux grandz discoureurs. 11 est bien vray que Tannée après se fist mi nouveau armement, mais il ne fist ny servist de rien, sinon qu'on alla en la Morée et assiéger Navarmn ; njais on le faillit à cause du grand secours qui vint.

Voylà que c'est que d'avoir donné loisir de respirer et de prendre halayne et courage à l'ennemy. Cela arrive souvant parmy les grandz capitaines, qu'après une grande victoire ne sont pas tousjours sages et bien

DOM JUAN D'AUTRICHE. it3

advisez, et font tousjours quelque faute lourde, et, qui pis est, sont si insolents et aises de leur victoire, qu'il leiur tarde à tout' heure qu'ilz ne soient tournez tti leur patrie pour se monstrer, faire leur parade et entrer en triumphe, ainsi que fit M. Antonio Columno, à qui le pape donna le triumphe % et voulut qu'il entrast dans Rome triumphant, ny plus ny moins et en la mesme sorte que les anciens consulz et grandz capitaines romains, ainsi que j'ay ouy dire à ceux qui le virent et estoient à Rome pour lors, et que c'estoit une très belle chose à voir. J'estois lors à la court quand ces nouvelles y vindrent; mais j'y en vis aucuns grandz se mocquer de « ce sot triumphe, » qu'ilz appelloient ainsi. Cela fustesté mieux encor si l'on en eust faict de mesmes à dom Juan, le grand général , et qu'il fiist esté suivy de M. Anthonio, du général des Vénitiens, de Jehan-André Dorio, et de tous ses autres grandz capitaines, tant de mer que de terre, qui avoient si bien faict et qui méritoient de triumpher aussi bien que Mare-Antboine , jusques aux braves et vaillants soldatz, advanturiers et mariniers qui avoient si bien faict : car, en telles choses, il faut que l'honneur soit desparty esgallement à un chascun de ceux qui ont bien faict. Voylà ce que pour lors on en discouroit.

Sur quoy il me souvient d'avoir leu en un livre espaignoP que le roy dom Ferrant d'Arragon, après que ses capitaines, où M. le marquis de Pescayre estoit

i. Voy^ Advis de la magnifique et triomphante entrée du seignewr Marc-Antoine Colonna, capitaine général de Sa Sainteté^ fairte en la ville de Rome^ le tiers jour de décembre dernier^ Paris, J. DalHer, 4572, 8 feuillets in-8, non paginés.

2. Ce livre est toujours Thistoire du marquis de Pescaire, par

des plus advancez, eurent gaignë ceste battaille contre les Vénitiens et leur général Barthélémy d'Alviano, auprès de Vincense*, et fort heureusement, il récompensa tous les capitaines et soldatz selon leur mérite ; et, outre plus, fit mettre par escrit dans les livres des thrésoriersy nom par nom, tous les capitaines et soldatZy jusques au dernier qui avoit esté en ceste battaille» ensemble tous ceux qui estoient mortz, récompansant leurs parens; si bien que, parmy les papiers et registres de la chambre des comptes d'Espagne, ce papier se trouve et y est enregistré, de sorte ffu'il demeura là pour insigne mémoire à jamais de leur valeur et mérite ; en quoy ce roy mérite d'estre à louer et qu'on le sèryist. De mesme il ne devoit, en ceste belle battaille d'Élepantho , estre ny capitaine, ny advanturier, ny soldat, ny marinier, tant petit fust, que leurs noms ne fussent enrooUez et escritz dans quelque beau papier et livre qui servist à jamais de souvenance de la valeur de ces braves hommes , tant de ceux qui moururent que de ceux qui en escbapparent vifz.

Cela devoit avoir esté faict, de par Dieu, ainsi que j'ouy un jour à Malte discourir un gentil capitaine espaignol, que Ton devoit amasser tous les os des Tijrcz qui estoienl morts en ce siège', et estre curieux jusques là de n'en oublier un seul , et les mettre tous en un .monceau, etiàep dresser une montaigne, af^i qu'elle servist à jamais d'étemelle mémoire et insigne

Vallès, et, sans aucun doute, Brantôme en. écrivant ceci avait sous les yeux le passage qui se trouve au f^ â8, r".

i. Vîcence. Voyez tome I, p. 185«

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