‹ Œuvre de DuclosChapitre 16 sur 25 · H1ST01IU · texte numérisé non relu

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pays, et le détiennent encore ; lesquelles choses ont été faites en rompant tout notre fait, et nous empêchant de résister à rencontre des Anglais, nos anciens ennemis , lesquels , sous ombre de ce , se sont mis et mettent sus pour conquérir sur nous et pour empêcher le fait de la paix générale de notre royaume , et la délivrance de notre très-cher et très-amé frère et cousin , le duc d'Orléans , et en mettant la guerre , et pillerie , et roberie sur les pays et sujets en nous obéissans , à quoi , à l'ayde de notre Seigneur, avons intention de brief pourvoir, et pour ce tirer présentement es pays et marches de par de là , pour nolredit fils et les autres seigneurs dessusdits réduire et remettre en notre subjection et obéissance , ainsi que être doivent ; pour ce est-il que vous mandons et commandons par ces présentes , et un chacun de vous, qu'à notredit fils le dauphin , ni à aucun des seigneurs dessusdits , n'obéissiez ni souffriez être obéi en notredit Dauphiné , en aucune manière , et faites crier , publier et défendre solemnellement et à son de trompe par toutes les bonnes villes et lieux de notredit Dauphiné , accoutumés à faire cris et publications , qu'aucuns de nos sujets dudit Dauphiné , soit nobles ou autres, sur peine d'être réputés envers nous déloyaux, rebelles et désobéissans, et de confiscation de corps et de biens , ne voisent aux mandemens de notredit fils le dauphin , de nosdits cousins de Bourbon , d'Alençon et de Vendôme , ni d'aucuns leurs adhérans , alliés et complices, et ne leur obéissent en quelque manière que ce soit, et n'ajoutent aucune foi à chose quelconque qui de par eux leur soit écrite ou donnée à entendre, et ne fassent ou souffrent eux, ni leurs gens , auteurs ou adhérans , avoir entrée en leurs villes, ni leur baillent aucuns vivres, harnois , artillerie, ou autres biens quelconques ; et vous-mêmes ne leur faites ou souffrez en aucune manière ; et que tous les nobles et autres tenans de nous en fiefs ou arrière-fiefs , et auront accoutumé d'eux armer, se mettent sur les armes et se tiennent prêts pour nous venir secourir sitôt que nous leur manderons et ferons sçavoir : et en outre , si aucunes lettres sont de par notredit fils . ou aucuns des dessusdits envoyées en nolredit Dauphiné , que preniez et faites prendre et arrêter les messagers , eticeux gardez fermement sans en faire aucune délivrance, jusques à ce que par nous soit autrement ordonné , et nous envoyez les ferres, et de la réception des présentes nous certifiez duèment. Donné à Gueret , le second jour de may , l'an de grâce, mil quatre cent quarante , et de notre règne le dix-huitième. Parle roi dauphin . ■>n son conseil , Dijon.

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v Charles VII , ayant fait grâce à son fils, lui céda le » Daupbiné. (P. 18.) »

Cession du Dauphiné.

Cjharles, par la grâce de Dieu roi de France, dauphin de Viennois , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Sçavoir faisons , que comme notre très-cher et très-amé fils Louis, dauphin de A iennois, par la grâce de notre Seigneur, soit venu en âge suffisant pour avoir connaissance et soi employer es besognes et affaires de notre royaume , et d'avoir état et gouvernement , et aucunes terres et seigneuries dont il se puisse aucunement ayder et soutenir son état et dépende ; nous, ce considéré , voulant â ce pourvoir, et élever et alimenter nolrerlit fds en honneur et état , ainsi qu'il appartient, à icelui notre fils avons baillé, cédé, transporté et délaissé, baillons, cédons, transportons et délaissons par ces présentes notre pays, terres et seigneuries du Dauphiné de \ iennois , avec toutes les villes, cités, châteaux et châtellenies , cens, rentes , revenus ordinaires , et autre domaine quelconque d'icelui Dauphiné, pour en jouir et user, et en prendre dorénavant lesdits cens, rentes, revenus ordinaires et autre domaine, pour lui ayder à soutenir sa dépense, en cassant et anulant tous gages, dons, pensions et crevé- extraordinaires , autres que les gages anciens et ordinaire* des oniciers dudit pays. Pourveu toutes voyes que les officiers dudit pays qui sont à présent, demeureront en leurs offices tant il* vivront, et n'en pourront aucuns être dépointés, s'ils ne les forfont ; et que les lettres de justice, et autres lettres patentes dudit Dauphiné , seront scellées duscel d'icelui Dauphiné, que notre chancelier gardera au nom de notredit fils le dauphin. Si donnons en mandemeot par ces mêmes présentes , à nos amez et féaux le gouverneur ou son lieutenant , et les gens du conseil et des comptes dudit Dauphiné , et à tous nos autres justiciers et officiers d'icelui ou à leurs lieutenans , et à chacun d'eux , si et comme appartiendra , que notre fils ou ses gens et commis pour lui , ils mettent et instituent en possession et saisine d'icelui Dauphiné , et à lui et à ses gens , commis et députés , obéissent et fassent obéir et entendre diligemment, en contraignant réaument et de fait à ce faire et souffrir tous ceux qui pour ce seront à contraindre ; car ainsi nous plaît-il, et voulons être fait par cesditesprésentes .auxquelles, en témoin de ce, nousavonsfait mettre notre scel établi pour notredit Dauphiné. Donné en notre ville de Giarlicu, le vingt-huitième jour de juillet , l'an de grâce i44°j et de notrerègne ledix-huitième. Par le roi en son conseil. Boude.

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« Louis fit frapper au coin delphinal des écus d'or , etc. » (P. 18.) »

Charles VII ayant, par lettres du 12 aoûti/jjS, permis au dauphin Louis, son fils, de faire battre de la monnaie en Dauphiné, à ses armes de.Dauphiné, pour avoir cours avec celle» de France (1) , Louis donna, quelques années après, l'ordonnance suivante) ;

J-jouis, aîné, fils du roi de France, dauphin de Viennois, comte de Valentinois et de Diois , à nos amez et féaux conseillers , le gouverneur ou son lieutenant, gens du conseil des comptes et trésorier de notre Dauphiné, salut et dilection. Comme nos monnayes de nos pays du Dauphiné et comté ja par long-temps ayent été et encore sont de présent en chômage tellement que rien ou peu y a été fait ni ouvré , dont le pays est fort vuidé de monnaye, en notre grand préjudice et dommage, et de nosdits pays et sujets d'iceux , et plus serait au temps avenir , si par nous n'y était pourveu. Pourquoi nous , ces choses considérées par l'avis et délibération des gens de notre grand conseil , avons ordonné et ordonnons par ces présentes , ouvrer et monnoyer en icelles nos monnayes, outre l'ouvrage dernièrement ordonné , des grands blancs et petits blancs jiards , quarts et gros, lequel se continuera aux marchands qui en voudront avoir, les monnayes d'or et d'argent qui s'ensuivent; c'est à savoir, deniers blancs appelles doubles gros , de deux sols six deniers tournois pièce . à onze deniers quinze grains de loi argent de roi , et de cinq sols huit deniers le poids au marc de Paris, desquels on donnera aux marchands , pour chacun marc d'argent à ladite loi , huit livres dix sols tournois, hem , deniers noirs appelles doubles deniers, qui auront cours pour deux sols tournois pièce , à deux deniers tournois argent de roi de quinze sols le poids, desquels on donnera aux marchands , de chaque marc d'argent allayé à ladite loi , huit livres tournois. hem , petits deniers tournois qui auront cours pour un denier tournois la pièce, à un denier huit grains de loi argent de roi , et de vingt sols de poids audit marc; desquels on donnera, pour chaque marc d'argent à ladite loi, sept livres quinze sols tournois. Item , écus d'or qui auront cours pour vingt-sept sols six deniers tournois , à vingt-» trois carats et un huitième de carat de loi et soixante-dix écus

(1) Comme les anciens dauphins avaient droit de battre monnaie, les lettres de Charles \ J 1 n'étaient appareillaient que pour donner coins eu l'ianeo à la monnaie delphinale

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et demi de poids au marc , dont on donnera auxdits marchands, pour chaque marc d'or fin , soixante-douze d'içeux écus , au remède d'un buitième de carat. Si vous mandons que en nosdites monnayes, par le* imiitres et gardes d'icelles, ou parles gardes en défaut de maître , vous faites ouvrer et monnoyer les inonuaves d'or et d'argpnî dessusdites, au poids et loi illec déclares, au brassage et remède accoutumés; en faisant donner aux marchands frequentans icelle» monnayes , les prix et sommes d'or et d'argent par nous dessusdit ordonnés : car tel est notre plaisir. Donné à Romans, le troisième jour de septembre, l'an de grâce i45o.

« La dauphine Marguerite d'Ecosse mourut le 16 d'août » i455. (P. 3i.) »

(Charles VII donna une commission pour informer touchant la maladie et la mort de la dauphine ; mais , avant cette commission , il y avait déjà eu une information faite par ordre du chancelier sur le même sujet : la voici.)

Information' faite par nous Girard Le Bourcier, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel du roi notre seigneur, et Guillaume Bigot , conseiller d'icelui seigneur , par le commandement de monseigneur le chancelier et autres messeigneurs du grand conseil dudit seigneur , sur certaines paroles dites et proférées par Jamet de Tillay , de très-haute et puissante princesse, feue madame la dauphine , dont Dieu ait l'âme ; ladite information commencée et continuée l'an et les jours , et par la forme et m;..iière qui s'ensuivent.

Jeanne de Tasse , dame de Saint-Michel , âgée de quarantecinq ans ou environ , produite de par haut et puissant prince monseigneur le dauphin à l'encontre de Jamet de Tillay , le onzième jour d'octobre , l'an 1 44^* 5 jurée , ouïe et examinée par nos commissaires dessusdits sur les choses dessusdites :

Dit et dépose par son serment , qu'environ le mois d'août dernièrement passé , elle étant en la compagnie de feue madame la dau( h. ne , dont Dieu ait l'âme , au châtel de Sarry près Chaalons, un jour duquel elle n'est recors, et devers le soir d'icelui jour , elle ntra au retrait de la reine pour dire ses vêpres , et illec trouva Jamet de Tillay, lequel devisait avec Jeanne de Guise et "ïoland de La Barre, lequel Jamet, quand il vit elle qui dépose, lui dit en riant, et par ébatement : Ou allez vieille? et elle qui dépose lui répondit : Je ne vous quiers pas , vous n'êtes pas homme de dévotion, ne de vêpres. Et peu de temps après survint madite dame la dauphine, laquelle entra dedans ledit retrait,

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et comme elle y fut entrée, elle apperçut Icrlit Jamet , et incontinent elle s'en retourna tout court, sans dire mot, et s'en vssit dudit retrait; et tantôt elle qui parle, s'en alla après madite dame, et adonc madite dame appella celle qui parle, et lui demanda : Que vous disait ce vaillant homme Jamet? Laquelle qui parle lui répondit , qu'il ne lui disait nul mal , mais s'ébattait et bourdait avec elle , ainsi qu'il avait accoutumé de faire avec les autres: et madite dame dit à elle qui parle : Si a-t-il bien de coutume d'en dire assez; adonc elle qui parle, demanda à madite dame pourquoi elle le disait , et madite dame lui répondit que c'était un vaillant ofticier , et qu'il ne tenait pas à lui qu'il ne l'avait mise hors delà grâce du roi et de monseigneur le dauphin, et par especial de monseigneur le dauphin , qu'elle craignait plus en ce cas que nul autre. Et dès celui jour , elle qui parle n'ouït plus parler de cette matière à madite dame la dauphine , jusques environ quinze jours après , que madite dame appella elle qui parle, et lui dit telles paroles ou semblables : Aenez-ça, dame de Saint-Michel , vous ne savez pas de ce vaillant homme Jamet? il sent bien que son fait branle. Adonc elle qui parle lui demanda pourquoi elle le disait ; lors madite dame lui répondit : Il a fait parler à moi afin de s'excuser devers moi; et elle qui parle lui dit qu'elle le devait ouïr pour voir quelle excusation il voudrait dire ; et adonc madite dame lui dit : Je l'ouïrai volontiers, mais je sçai bien qu'il a dit les paroles, sans déclarer quelles paroles c'étaient; car ceux qui le m'ont rapporté lui diront bien devant lui quand métier sera. Et environ huit jours après , comme il lui semble , madite dame devint malade , et environ deux ou trois jours après que madite dame fut malade, comme il lui semble , madite dame étant sur une couche toute pensive , et elle qui parle lui demanda ce qu'elle avait , et pourquoi elle ne faisait meilleure cliiere , et qu'elle ne se devait pas ainsi merencolier, et madite dame lui répondit qu'elle se devait bien merencolier et donner mal pour les paroles qu'on avait dites d'elle, qui étaient à tort et sans cause, et prenait sur le damnement de son àme que onc elle n'avait fait le cas qu'on lui mettait sus , non pas seulement l'avoir pensé.

Interrogée , elle qui parle , si à cette heure madite dame nomma aucuns qui eussent <lil les paroles :

Dit que non , et de cette heure , elle qui parle, n'ouït parler de celte inatièrr ;ï madite dame jusqu'au merdredi avant son trépas ; que ni.uli'o dame étant sur sa petite couche, dit telles paroles ou semblables : Ah ! Jamet ! Jamet ! vous êtes venu h votre intention , si je meurs, c'est pour vous et vos bonnes paroles que vous avez dites de moi , sans cause ne sans raison. Et

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ne madite dame leva le bras, férant de sa rnain à sa poitrine , et disant ces paroles : Et je prens sur Dieu et sur mon âme , et sur le baptême que j'apportai des fonts , ou je puisse mourir, que je ne l'ai dëservi onc, ne ne tins tort à monseigneur. Et semble à elle qui parle , qu'elle le disait de grand courroux qu'elle avait au cœur , et était présent monsieur le sénéchal de Poitou, quand madite dame disait lesdites paroles, lequel se parlit de la chambre bien marri et dolent, en disant telles paroles : C'est grand'pitié de la douleur et courroux que souffre cette dame. Et de ce jour jusques au lundi ensuivant que madite dame trépassa , ne lui ouït plus parler de cette matière ; bien se recorde que cedit lundi, un peu avant vêpres , madite dame s'écria , en disant : Et je prens sur mon âme , ou je puisse mourir , que je ne tins onc tort à monseigneur.

Interrogée si elle ouït point à cette heure qu'elle nommât Jamet.

Dit que non ; bien ouït que mondit sieur le sénéchal , lequel • lait illec présent quand madite dame s'écria , dit : Ah ! faux et mauvais ribault , elle meurt par toi , sans que à cette heure elle ouït onc nommer ledit Jamet ; mais peu après , elle qui parle , ouït bien dire à mondit sieur le sénéchal que , quand madite dame avait fait cedit cri, elle avait nommé ledit Jamet ; mais elle qui parle ne l'entondit pas, comme dessus a dit. Et ce jour même , un peu avant que madite dame trépassât , Marguerite de Salignac entra en la chambre où était madite dame , et dit icelle Marguerite tout haut : On dût faire que madame pardonjiàt à Jamet ; et lors maître Robert Poitevin , lequel avait confessé madite dame , dit qu'elle l'avait déjà fait , et qu'elle avait pardonné à tout le monde ; et adonc madite dame répondit que non avait; et ledit maître Robert lui dit : Sauve votre grâce , madame, vous l'avez pardonné ; aussi le devez-vous faire : et par trois fois madite dame réitéra que non avait , et jusques à ce qu'elle qui parle, dit à madite dame qu'il fallait qu'elle pardonnât à tout le monde , ainsi qu'elle voulait que Dieu lui pardonnât, et fallait qu'elle le fit de bon cœur ; et adonc madite dame dit: Je le pardonne donc et de bon cœur : et n'est point recors , elle qui parle, que à cette heure madite dame nommât personne, et plu- n'en sait sur ce enquise, et par nous diligemment examinée. Maguerite de Yillequier, âgée de dix-huit ans ou environ , jurée et examinée par nous commissaires dessusdits, le douzième jour d'octobre audit an , sur les choses dessusdites:

Dit et dépose par son serment que deux ans a ou environ , autrement du temps ne se recorde , elle qui parle, a, par plusieurs fqis , oui dire à madite dame la dauphine , ainsi qu'on

parlait aucunefois de malveillances , qu'elle n'était point tenue à Jamet de Tillay, et qu'elle le hayait plus que tous les hommes du monde, et qu'il avait mis peine de la mettre mal de monseigneur le dauphin. Et environ huit jours avant que madite dame fût malade, elle était au dehors et devant le château de Sarry en un pré ; ledit Jamet de Tillay vint à elle qui parle, et lui pria qu'elle l'excusât envers madite dame , en lui disant qu'il n'en avait onc parlé, en priant aussi à elle qui parle , qu'elle sçût de madite dame, qui étaient ceux qui avaient rapporté à madite dame les paroles , en disant à elle qui parle , qu'il voudrait hien sçavoir quiétaientceux qui les avaient rapportées, pour soi excuser devant eux à madite dame , et leur dire en présence de madite dame qu'il n'en était rien. Et lendemain, elle qui parle , récita à madite dame ce que ledit Jamet lui avait dit , et madite dame lui répondit que c'était l'homme du monde qu'elle devait plus haïr, et qu'il ne fallait point qu'il s'en excusât, et n'avait cure de ses excusations; car elle sçavait bien qu'il avait dit les paroles.

Interrogée si elle lui dit point quelles paroles c'étaient : Dit que non.

Interrogée aussi si depuis elle en ouït plusparler à madite dame : Dit que non , ne durant sa maladie , ne autrement , et plus n'en sçait , sur tout diligemment examinée.

Marguerite d'Àcqueville , âgée de vingt-cinq ans ou environ , jurée , ouïe et examinée par nous commissaires dessusdits sur ce que dit est , ledit douzième jour dudit mois d'octobre audit an: Dit et dépose , par son serment , que , huit jours avant que la reine partît de Nancy , elle qui parle , ouït dire à madite dame , ainsi comme l'on parlait de gens qui parlaient légièrement , que il y en avait un qui parlait bien légièrement , et qu'elle le devait bien haïr; et, elle qui parle, lui demanda qu'il était; et madite dame lui répondit que c'était Jamet de Tillay, et qu'il avait mis et mettait peine de jour en jour de la faire être en la malgrace de monseigneur le dauphin, et qu'elle avait eu et encore avait beaucoup de maux par lui, et qu'on ne pourrait jamais dire plus mauvaises paroles de femme, qu'il avait dit d'elle. Et depuis a , elle qui parle, ouï réciter à madite dame lesdites paroles , elle étant à Chaalons ; et le mercredi , avant que madite darne trépassât , elle qui parle étant avec madite dame en sa chambre , ouït que madite dame dit telles paroles : Or, e«>t-il venu à son intention ! Et disaient aucunes de celles qui étaient illec, qu'elle avait nommé Jamet, en disant lesdite-paroles ; mais n'est pas recors , elle qui parle , de l'avoir ouï. Dit aussi , elle qui parle , que peu de temps après , ou aupara-

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vaut, n'en est pas recors , elie a\ait oui dire à madite dame, en sa maladie, qu'on lui mettait sus aucunes paroles dont , sur son âme , elle n'avait onc pensé. Dit aussi , elle qui parle , que W jour que madite dame trépassa , un peu avant son trépas , .Marguerite de Salignac entra dans la chambre ou était madite dame, et dit à maître Robert Poitevin qu'il fit tant à madite dame qu'elle pardonnât; mais elle qui parle n'entendit pas à qui, et ledit maître Robert répondit qu'elle était venue trop tard , et qu'elle l'avait déjà fait ; et lors madite dame répondit que non avait ; et ledit maître Robert lui dit : Sauve votre grâce , madame , vous l'avez pardonné ; et de rechef, madite dame dit que non avait, et jusques à trois fois le réitéra. Et adonc messire Regnault du Dresnay , madame de Saint-Michel , et autres illec présens , dirent à madite darne qu'il fallait qu'elle pardonnât; et lors madite dame répondit : Et je le pardonne donc , et de bon cœur , sans nommer à qui ; et tantôt après , elle qui parle , ouït que madite dame disait que, se ne fût sa foi , qu'elle se repentirait volontiers d'être venue en France ; et tantôt après, madite dame perdit la parole , et après trépassa ; et plus n'en sçait , sur tout examinée.

Marguerite de Vaux , âgée de quarante ans ou en\ iron , jurée, ouïe et examinée sur ce que dit est par nous commissaires dessusdits , le quatorzième jour dudit mois d'octobre audit an.

Dit et dépose , par son serment, que le roi étant à Sarry , et madame la dauphine , ainsi que l'on parlait de plusieurs choses au commencement de la maladie de madite dame , dit à elle qui parle , qu'elle n'était point tenue à Jamet de Tillay, et elle qui parle lui demanda pourquoi c'était. Madite dame lui répondit que ledit Jamet avait dit des paroles d'elle que onc en sa vie n'avait faites ne pensées. Et elle qui parle dit à madite dame que , par aventure , n'étaient-ce que paroles rapportées , et qu'il pouvait être que Jamet ne les avait point dites ne voudrait avoir dites ; à quoi madite dame répondit qu'elle était bien certaine que ledit Jamet les avait dites ; et pour cette heure madite daine ne parla plus de cette matière ; et peu de temps après, madite dame fut ammenée à Chaalons toute malade, et deux ou trois jours avant sa mort , comme il semble à elle qui parle , madite dame étant sur son lit , sans ce qu'on lui parlât d'aucune chose, et elle qui parle étant auprès d'elle, dit ces paroles : Ah ! ah ! Jamet, vous êtes venu à votre intention ; après lesquelles paroles madite dame prit sur le damnement de son âme , qu'il n'était rien de tout ce qu'on lui avait mis sus , ne onc ne le fit ne ne pensa. Et semble , à elle qui parle, que madite dame disait de grand courage, dolente et courroucée, lesdite* paroles.

4*f HISTOIRE

Et depuis, elle qui parle, ne ouït parler à madite dame de cette matière; et plus n'en sçait , sur tout diligemment enquise et exanrntëe.

Jacqueline de Bacqueville, âgée de vingt-cinq ans ou environ., jurée , ouïe et examinée sur ce que dessus est dit par nous commissaires dessusdits, le vingt-cinquième jour d'octobre audit an : Dit et dépose , par son serment , qu'environ la mi-août dernièrement passée , elle qui parle étant à Chaalons en la chambre de madame la dauphine, le jour que madite dame trépassa, elle ouït que maître Robert Poitevin disait à madite dame qu'elle avait pardonné à tout le monde , et madite dame répondit audit maître Robert : Non ai vraiment ; et par trois fois lui dit lesdites paroles. Et adonc madame de Saint-Michel , et autres demoiselles étant illec, dirent à madite dame qu'il fallait qu'elle pardonnât à tout le monde , si elle voulait que Dieu lui pardonnât , et adonc madite dame dit tout haut qu'elle pardonnait à tout le monde de bon cœur, et requérait à Dieu qu'il lui voulsist pardonner.

Interrogée si à cette heure que madite dame répondit audit maître Robert les paroles : Non ai vraiment , si elle nomma personne :

Dit que non.

Interrogée si paravant la maladie de madite dame , ne durant icelle, elle n'ouït point madite dame parler d'aucunes personnes à qui elle eût malveillance :

Dit que non, et plus n'en sçait sur tout .diligemment enquise et examinée.

Ainsi signé, G. Le Boursier et Bigot.

Noble homme Loys de Laval , seigneur de Chàtillon , âgé de trente ans ou environ , témoin juré , et examiné par nous commissaires dessusdits sur les paroles dessusdites :

Dit que durant le temps que le roi étail à Sarry, avait certain jour , lequel aucunement ne sçiil éclarer , il qui parle, partant de son logis de la ville d- ..arry pour aller au chàtel dudit monsieur le dauphin , rt ...outra Jamet à cheval , qui allait en la ville de Chaalons , et parlèrent ensemble touchant le fait des gaiges de monsieur le maréchal, frère de il qui parle, et échurent en aucunes paroles de madame , mais qu'elles ne lui recordeut ; et a bien mémoire que ledit Jamet lui dit de Pregente ces paroles : Je youldrais !>i*.-n que Pregente ne se mêlât pas tant des besongnes de madame , comme elle fait , pour sou bien, de doute qu'il ne lui en vienne mal.

Le vingt-septième en suivant , a été Jamet interrogé et examiné par nous dessusdits, et il a dit ces paroles : Je vouldrais

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bien que Pregente ne se mêlât pas tant des besongnes de madame, comme elle fait, et pour son bien, de doute qu'il ne lui en vienne mal. Dit que aucun certain jour , lequel aucunement ne sçaurait déclarer, le roi l'emmenait , dudit lieu de Sarry , à Chaalons devers le cbàtel , et il rencontra monsieur deChâtillon en ladite ville de Sarry, lequel lui dit, une partie du chemin . en lui parlant des besongnes et affaires de monsieur le maréchal son frère; et sçait bien qu'ils parlèrent de plusieurs autres besongnes, mais il n'a pas mémoire qu'il lui parlât de Pregente.

Sur quoi cedit jour furent confrontés l'un devant l'autre lesdifde Laval et Jamet , lequel de Laval dit que ledit Jamet lui avait dit les paroles contenues en sa confession dessus écrite, et ledit Jamet lui répondit ce que dessus dit est , et n'a pas mémoire que autre chose lui dit.

Commission et information sur le même sujet,

Vjharles, par la grâce de Dieu roi de France , à nos amez et féaux conseillers maîtres Jean Tudert , maître des requêtes de notre hôtel , et Robert Thiboust , notre conseiller en notre cour de parlement, salut et dilection. Comme à l'occasion de certains cas que l'on imposait i notre amé et féal conseiller et chambellan Jamet de Ti-llay , bailli de Yermandois , et pour lesquels il a été mis en cause pardevant nous et les gens de notre grand conseil , certaines informations ayent été faites à l'encontre dudit Jamet de Tillay , et pour ce que voulons mûrement et sûrement procéder à la matière , ayons voulu et ordonné que sur le contenu èsdites informations , ledit Jamet de Tillay sera interrogé et examiné ; pour ce est-il que nous confiant à plein de vos sens , loyauté et bonne diligence, vous mandons et commettons par ces présentes, et à chacun de vous, que, incontinent et sans délai, vous vous transportez par devers ledit Jamet de Tillay , étant présentement en notre ville de Tours, et sur le contenu èsdites informations, et autres points que sçaurez serrans à la matière, le interrogez et examinez diligemment et bien , et tout ce que trouverez mettez ou faites mettre en forme due , et l'apportez ou envoyez avec lesdites informations , féablement closes et scellées, par devers nous et lcsditsgens de notre grand conseil, pour icelles vues faire sur ce ainsi qu'il appartiendra par raison , de et faire vous donnons pouvoir. Mandons et commandons à tous nos justiciers , officiers et sujets , (pie à vous et à chacun de vous en ce faisant, obéissent et entendent diligemment. Donné à Rassilly près Cbinon, le vingt-septième jour de mai, l'an de grâce i446\-

et de notre règne le vingt-quatrième. Par le roi en son conseil ,

de La LoEre, avec paraphe , et scellé.

Interrogatoire de Jamet de Tlllay.

L'an mil quatre cent quarante-six , le premier jour de juin, noble homme Jamet de Tillay , écuyer , bailli de Yermandois , âgé de quaranle-six ans ou environ , juré , examiné par nous Jean Tudert et Robert Thiboust , conseillers du roi notre seigneur, sur les paroles que l'on dit par lui avoir été dites de la personne de feue madame la dauphine , et autres choses contenues es informations à nous baillées par monseigneur le chancelier, dit qu'environ Noël , l'an i444? un scnr environ neuf heures de nuit, autrejment du jour ne du temps ne se recorde , le roi étant à Nancy en Lorraine, lui qui parle et niessire Regnault du Dresnay , chevalier, allèrent en la chambre de ladite dame , laquelle était lors couchée sur sa couche, et plusieurs de ses femmes étaient autour d'elle ; aussi y était messire Jean d'Estouteville , seigneur de Blainville , appuyé sur la couche de ladite dame , et un autre qu'il ne connaît, et pour ce que ladite dame était en sadite chambre sans ce que les torches fussent allumées, il qui parle dit audit messire Regnault , maître d'hôtel de ladite dame , que c'était grande paillardie à lui et autres officiers de ladite dame , de ce que lesdites torches étaient encore à allumer, et dit qu'il dit lesdites paroles pour le bien et honneur de ladite dame et de sa maison ; car il lui semblait et semble que à son état appartenait bien que lesdites torches eussent été allumées à icelle heure et plutôt encore, attendu mêmement que ladite dame était en étrange pays ; et dit que, sur la damnation de son âme onc, il ne dit lors ne jour de sa vie parole qui fùtàla charge de ladite dame, et que en elle il ne sçeut onc chose qu'il ne voulsist être en sa propre femme ; et quand aucun le voudrait charger d'avoir dit chose, quelle comme elle soit touchant l'honneur de ladite dame, il s'olVre d'en répondre de son corps devant le roi , comme autrefois il a offert. Dit outre que le roi étant à Sarry près Chaalons , il qui dépose, dit à monsieur de Chàtillon qu'il remontrât à Pregente de Melun , qu'elle et autres ne fissent plus tant veiller ladite dame ; car il avait sçeu par les médecins qui la visitaient paravant sa maladie, que, si elle ne se donnait garde , et qu'elle ne veillât moins qu'elle n'avait accoutumé, elleétaiten danger decheoir en une très-griéve maladie, comme elle fit tantôt après , de laquelle maladie il fut et est encore très— déplaisant.

Interrogé s'il dit point audit seigneur de Chàtillon , qu'il dit à ladite Pregente qu'elle ne se mêlât plus de mener les traitez d'aucuns envers ladite dame , ou qu'il lui en prendrait mal :

Dit et jure parson serment que non , et dit que le jeudi, avant le trépas de ladite dame, il accompagna le roi qui allait jouer après souper au pré de Jars-lez-Chaalons, était acheva] derrière IN icole Chambre , et en allant lui qui parle et ledit Nicole , parlèrent de la maladie de ladite dame, et lui demanda ledit Nicole d'où lui était venue ladite maladie ; à quoi lui qui parle répondit qu'il avait ouï dire aux médecins que sa maladie lui était venue par trop veiller , et par ce qu'elle s'amusait trop à faire des rondeaux.

Interrogé s'il dit point audit Nicole Chambre que ladite dame fût malade seulement d'amour:

Dit par son serment que de ce il n'est pas de présent recors et que si ledit Nicole et lui étaient l'un devant l'autre, en récitant les paroles qu'ils disaient lors, il pourrait être averti de ce qu'il dit audit Nicole.

Interrogé si de ce il se veut rapporter audit Nicole:

Dit que non , pour ce qu'il ne sçait pas sa volonté, et ne sçait si ledit Nicole Chambre le voudrait charger à tort.

Interrogé s'il dit point à la reine , le roi étant dernièrement à Chaalons , que le roi s'en irait d'une part et la reine d'une autre et que la reine demeurerait en un château toute seule , et ladite' feue dame séjournerait là où serait le roi :

Dit et affirme en sa conscience que non , et se veut rapporter à la reine , si onc il lui dit chose qui lui dût déplaire.

Interrogé s'il fut point averti, du temps que le roi était audit lieu de Sarry , que ladite feue dame fût mal contente de lui qui pajjle : *

Dit par son serment que onc il n'en ouït parler , sinon que Jeanne de Guise, lors damoiselle d'honneur de la reine , lui dit qu elle avait ou. dire que ladite dame était mal contente de lui sans ce que lui qui parle , seul onc la cause pourquoi ; et dit que pour sçavoir s'il était ainsi ou non qu'icelle dame fût mal contentede lui , il parla avec Marguerite de Yillequier, en la priant que de ce elle voulsist parler à ladite dame ; laquelle Marguerite lia du que depuis qu'elle avait parlé à ladite dame , et lui avait dit ce que dit est , ladite dame lui avait répondu qu'elle n'était point mal contente de lui qui parle. Et dit, par son serment , quil ne cuidait point que ladite dame eût aucune haine à rencontre de lui paravant sa maladie, ne depuis ; et s'il eût scu qu elle eut été mal contente de lui , il se fût allé excuser envers elle ; et aussi dit que , sur sa vie , il ne dit chose par quoi ladite dame dut avoir eu aucune indignation contre lui, et de tout son pouvoir il a toujours dit et fait tout ce qui lui semblait être au bien et honneur de ladite dame, et que onc il ne pourchassa que 2' 28

jo8 HISTOIRL

ladite daine fut en indignation du roi, ne de monseigneur le dauphin , mais de tout son pouvoir a entretenu ladite dame en la bonne grâce du roi et de mondit seigneur.

Interrogé s'il dit point à Marie deLespine, durant la maladie, que ladite feue dame fût malade d'amour :

Dit que de ce onc ne parla à ladite Marie.

Interrogé s'il dit point à Chaalons que ladite dame n'eût jamais porté enfans , supposé qu'elle eût vécu :

Dit que onc il ne dit ces paroles dessusdites ; mais qu'il est bien recors qu'après la mort de ladite dame , lui étant en ladite ville de Chaalons, en l'église de Notre-Dame ou de Saint-Etienne dudit lieu de Chaalons, en la présence de monseigneur le maréchal de LaFavette etdemonsieurletrésoriermaître JeanBureau, monsieur de Charny dit qu'il avait oui dire que ladite dame n'eût jamais porté enfant ; et lors ledit qui parle , dit , en la présence des dessusdits , qu'il avait ouï dire à la daine Dubois Menart , que ladite feue dame mangeait trop de pommes aigres , et usait trop souvent de vinaigre, qui eût pu avoir été cause de l'empêcher de porter enfans, et des paroles qui furent lors dites, s'en rapporte auxdits de La Fayette et Bureau.

Interrogé s'il dit onc à monsieur de Tanquarville, que monseigneur le dauphin n'aimait point ladite dame, pour ce que par aventure les basses marches ne se portaient pas bien :

Dit que non.

Interrogé pourquoi il dit à Marguerite de Villequier, que ce serait le profit de ce royaume que ladite dame fût morte :

Dit qu'onc en sa vie ne dit lesdites paroles.

Interrogé comment il sçait que la reine , ladite feue dame el Agnès eussent voulu mettre Marguerite de Villequier hors l'hôtel de ladite feue dame , et mettre Pregente en son lieu :

Dit par son serment que de ce onc il n'ouït parler.

Déposition de la reine.

L'an mil quatre cent quarante-six , le vingtième jour de juillet , la reine , notre souveraine dame , ouïe et examinée, à la requête de monseigneur le dauphin , par nous Guillaume de Juvenel, chevalier, seigneur de Treignel, chancelier de France, et Guillaume Cousinot, conseiller et maître de requêtes de l'hôtel du roi , notre souverain seigneur , et par l'ordonnance et commandement dudit seigneur, à nous faits en cette partie, sur certaines paroles qu'on disaitlui avoir été dites par Jamet deTillav. un peu avant lepartement du roi du lieu de Sarry-lez-Chaalons.

Dit et dépose qu'un jour de samedi, comme lui semble, don) ou disait communément que le mercredi ensuivant le roi devait

partir duclit lieu , autrement du temps n'est recors , ledit Jamet vint devers elle audit lieu de Sarry, et lui dit que le roi avait intention de tirer un grand chemin, autrement ne le sçait nommer, et qu'il ferait dix ou douze lieues par jour, et que ce serait bien fait, attendu qu'elle était grosse, ainsi que pour l'heure on disait qu'elle était, qu'elle prît un autre chemin à part à soi en aller trois ou quatre lieues par jour. Et lors elle lui demanda si le roi partirait pas le mercredi ensuivant, et il lui dit que non , et qu'il pensait qu'il ne partirait jusqu'à ce qu'elle fût partie ; et adonc elle lui va demander si elle s'en irait toute seule , ou si madame ladauphine s'en viendrait avec elle, lequel lui répondit que madite dame aurait grande compagnie, et qu'elles ne pourraient pas bien loger ensemble, et qu'il pensait qu'elle ne s'en irait pas avec elle. Lors elle qui parle, vadire, puisque c'était le plaisir du roi qu'elle s'en allât devant, qu'elle en était contente, et qu'elle le ferait volontiers ; et il lui dit que ce serait bien fait , et qu'aussi on s'en passerait bien, et qu'il lui conseillait qu'elle demandât son congé. Et tantôt , après que ledit Jamet fut parti , elle qui parle envoya quérir Jean de La Haye, son maître d'hôtel, auquel elle va dire que ledit Jamet lui avait dit que le plaisir du roi était qu'elle s'en allât devant et non pas avec lui, etque madite dame ladauphine demeurerait derrière , et ne s'en irait pas avec elle , et pour ce qu'il avisât , comme aucunes des femmes de madite dame la dauphine , qui avaient accoutumé à venir dedans ses chariots, pour ce que madite dame la dauphine n'avait pas assez de chariots pour mener toutes ses femmes, s'en viendraient ; car, puisqu'elles n'allaient pas ensemble , il fallait qu'on y pourvût : lequel Jean de La Haye va adonc dire à elle qui dépose, qu'il ne croyait pas que ce que ledit Jamet lui avait dit fût vérité, ne que le roi le fît jamais. Et ne demeura guère après que Nicole Chambre vint devers elle, auquel elle dit toutes les paroles dessusdites, que ledit Jamet lui avait dites touchant le fait de son partement , lequel Nicole lui dit qu'il n'en était rien , etque jamais le roi ne le ferait ; et autre chose n'en sçait , ainsi qu'elle dit.

Depuis lesquelles choses, ainsi par ladite dame déposées touchant la matière dessusdite, elle renvoya quérir lesdits tels , et leur dit , qu'au regard de la maladie qu'elle avait eue audit lieu de Chaalons, elle lui advint pour la déplaisance et le travail qu'elle eut à cause de la maladie et mort de madite dame la dauphine ;et qu'à cette occasion elle eut le flux de ventre, et se vuida tri ^-fort, et non point à cause des paroles que ledit Jamet lui avait dites; et, afin qu'on en puisse mieux sçavoirla vérité, qu'on parle sur ce à maître Robert Poitevin , lequel sçait bien comme il en vu ; cl dit . elle qui dépose . qu'elle a bien voulu déclarer les

43o HISTOIRE

paroles contenues en cette dite présente addition , afin que sa conscience ne demeurât de rien chargée.

Second interrogatoire , recollement et confrontation de Jamet de

Tillaj".

Du 23 août i446-

Jamet deTillay, écuyer, bailli de Vermandois , Agé de 4^> ans ou environ , juré, ouï et examiné par nous dessusdits ledit jour , et interrogé sur certaines paroles contenues en l'intitulation de cette présente information :

Dit que puis l'heure qu'il fut né, ne sur le damnement de son âme, il ne vit ne ne connut onc en feue madame la dauphine chose qui ne dût être en une bonne et vaillante dame, ne pareillement en femme qu'elle eût, et que onc en sa vie , dont il soit recors , n'en dit aucunes paroles , ne qui lui pussent tourner à sa charge ne deshonneur ; mais il a bien mémoire que le jeudi avant le trépassement de madite dame , après le souper , le roi allait aux champs , et il qui parle monta derrière Nicole Chambre , et portait en son poing l'épée du roi , et ne sçait qui parla le premier d'eux deux , mais ils devisèrent de la maladie de madite dame , et lui semble que ledit Nicole lui demanda ce qu'elle avait, et d'oii procédait cette maladie, et i1 qui parle lui répondit que les médecins disaient qu'elle avait un courroux sur le cœur, qui lui faisait grand dommage, et aussi que faute de repos lui nuisait beaucoup : et lors ledit Nicole dit que lesdits médecins lui en avaient autant dit , et aussi dit : Plût à Dieu qu'elle n'eût jamais eu telle femme à elle ! Et quelle dit il qui parle ? Et lors ledit Nicole lui répondit : Marguerite de Salignac. Et il qui parle lui dit : Plût à Dieu, ne aussi Pregente , ne Jeanne Filloque I Requis pourquoi il dit lesdites paroles , dit pour ce qu'il avait oui dire que c'étaient celles qui la faisaient trop veiller à faire rondeaux et balades.

Interrogé s'il lui dit point qu'elle était malade d'amour: Dit, il qui parle, qu'il n'en a point souvenance ; et le vendredi au matin à Chaalons , avant que le roi allât à sa messe, maître Robert Poitevin et maître Regnault vinrent devers le roi, qui fit vuider tous de sa chambre, fors il qui parle , lesquels filent le rapport de la maladie de madite dame , en disant que nature s'aidait et montrait tout bon signe de guérison ; mais rien n'y profitait, et qu'il leur semblait qu'il était bon de faire partir monseigneur le dauphin , et pareillement que lui et la reine avisassent à leur partement ; et le roi , après, leur demanda si la cbose était si hâtive, et ledit maître Robert répondit qu'il sérail avant le lundi ou le mardi qu'en en \it la fin, et avait bonne espérance.

Et ce dît jour , après souper, le roi étant au pré du Jars-lez- Chaalons , dit, il qui parle, au roi, après plusieurs paroles, que c'était grand malheur de ce pays, et qu'en peu de temps y était plus venu de mérencolie qu'en pays où il fut onc , et le roi lui répondit qu'il disait vérité. Etil quiparle, en continuantses paroles, dit : Nous avons eu tous ces seigneurs embrouillez, et maintenant perdre cette dame, ce serait la plus grande perte qui nous put avenir. Et lors le roi lui demanda si elle était impédumée ; et il qui parle, répondit que non, comme disaient les médecins. Et le roi lui demanda , d'oii procède cette maladie ? et il qui parle, lui dit qu'il venait de faute de repos, comme disaient lesmédecins, et qu'elle veillait tant, aucunefois plus , aucunefois moins , que aucunefois il était presque soleil levant avant qu'elle s'allât coucher, et que aucunefois monseigneur le dauphin avait dormi un somme ou deux avant qu'elle s'allât coucher, et aucunefois s'occupait à faire rondeaux, tellement qu'elle en faisait aucunefois douze pour un jour, qui lui était chose bien contraire. Et lors le roi demanda si cela faisait mal à la tète, et monsieur le trésorier maître Jean Bureau , là présent , dit : Oui , qui s'y abuse trop j mais ce sont choses de plaisance. Et adonc le roi laissa il qui parle , et alla parler audit maître Jean Bureau de son logis. Dit aussi il qui parle , que deux ou trois jours avant le trépassement de madite dame , monsieur le maréchal de La Fayette , maître Jean Bureau , monsieur de Charny , et il quiparle, étaient ensemble en l'église Notre-Dame de Chaalons : ainsi qu'ils parlaient de madite dame, ledit monsieur deCharny dit qu'il avaitentendu qu'elle n'était pas habile à porter enfans , et si ainsi était qu'elle allât de vie à trépassement, il faudra marier monseigneur le dauphin à une autre qui fût encline à porter enfans ; et lors , il qui parle , dit qu'il avait oui dire à madame Dubois Menart, qu'elle avait autrefois dit à madite dame qu'elle mangeait trop de pommes aigres et de vinaigre, et se ceignait aucunefois trop serrée, aucunefois trop lâche, qui était chose qui empêchait bien à avoir enfans.

Interrogé s'il sçait la cause dont vint la malveillance et mérencolie que madite dame avait sur lui :

Dit que non, et que onc , dont il ait souvenance , ne dit aucunes paroles d'elle dont elle dût avoir déplaisance.

Interrogé s'il a point dit ces paroles ou semblables en substance, en parlant de madite dame: Avez-vous point vu cette dame-là? elle a mieux manière d'une paillarde que d'une grande maîtresse.

Dit que non, et s'il y avait homme qui le voulsist maintenir, il offre à le défendre par son corps devant le roi , et ne vit onc

43a HISTOIRE

dame ne damoiselle qui eût mieux manière de gentille femme ne de grande maîtresse.

Interrogé , sur le serment qu'il a fait , s'il a point parlé ou admonesté maître Jacques Despars , d'écrire les lettres qu'il a envoyées au roi :

Dit, par le serment qu'il a fait, que non , et que onc n'en ouït parler.

Interrogé s'il a point parlé à la reine , du chemin que le roi devait faire au partir de Chaalons :

Dit qu'à un certain jour , lequel autrement ne sçaurait déclarer , le roi lui dit qu'il avait assez longuement demeuré là ; et ainsi qu'ils parlaient du chemin , le roi lui dit qu'il se doutait que , pour les petits logis , il ne fallût qu'ils se missent en trois pays , lui en un , la reine en un autre , et madite dame en un autre , jusqu'à ce qu'ils fussent en un bon logis; et depuis , il qui parle , par aucun temps après s'en alla en la chambre de la reine , laquelle lui demanda s'il était nouvelle du partement , et il lui dit que le roi s'en débattait , et qu'il s'en voulait aller , et qu'il était besoin qu'on y avisât, et que ses affaires de là environ étaient fort accomplies, et que la saison s'approchait. Et. elle demanda : Sçait-on que je dois faire? Et lors, il qui parle, lui répondit qu'on ne sçavait encore , mais qu'il pensait que , pour doute des mauvais logis , le roi irait un chemin , elle un autre, et madite dame un autre ; mais onc ne lui dit qu'elle dût partir plutôt que madite dame, ne plus tard ; mais bien lui dit la reine , qu'elle voudrait bien partir, car elle ne pourrait pas faire grandes journées, et qu'il lui suffisait bien de faire quatre ou six lieues pour jour.

Et le lendemain retourna , il qui parle , par devers nous ; lequel nous dit qu'il lui était venu à mémoire d'aucunes choses sur les interrogatoires par nous hier à lui faits , et espécialeinent sur ce qu'on lui avait parlé des paroles qu'il avait dites à Nancy , et était bien recors qu'à un certain jour environ Noël , lequel , autrement , ne sçaurait déclarer , sur le tard , en l'hôtel où le roi était logé à Nancy ; en descendant du logis du roi , il rencontra messire Regnault du Dresnay, et lui dit ces paroles : Allons voir les dames. Et eux deux allèrent ensemble en la chambre de madame la dauphine , et la trouvèrent en la petite chambre , couchée sur une couche , et y avait bon feu en ladite chambre , mais il n'y avait ne torches, ne chandelles ; et, il qui parle , tenait une chandelle de bougie en sa main , laquelle il apporta près de madite dame, et était avec elle sur ladite couche , appuyé sur le coude , monsieur de Blainville et un autre assis de l'autre côté ? lequel il ne connut; et , au retburde

ladite chambre , dit audit messire Regnault, que c'était grande paillardie à lui cjni était maître d'hôtel , vu qu'il était en pays étrange, qu'il n'y avait torches ou chandelles en ladite chambre; lequel répondit qu'il dirait vérité. Requis, pourquoi lundi, en partant de la chambre du roi , il dit ces paroles : On me cuide charger ; mais je me déchargerai si bien , qu'on me trouvera prud'homme et outrechargé.

Et, depuis le vingt-sixième jour, eussent comparus pardevant nous, ledit Jamet et Nicole Chambre; et, quand ils furent confrontés, ledit Nicole Chambre dit qu'après plusieurs paroles qu'eurent ensemble ledit Jamet et lui de la maladie de madame la dauphin e e t de ses veilleries qu'elle faisait, ledit Nicole demanda: Que peut-elle avoir? elle a quelque chose sur le cœur. Et ledit Jamet lui répondit : Que sçait-on ? Et icelui Nicole lui demanda que c'était ; et, il qui parle, lui répondit : Ce sont amours.

Cedit jour, furent confrontés l'un devant l'autre, messire Regnault du Dresnay et ledit Jamet , sur ce que ledit messire Regnault dit et maintint que ledit Jamet lui avait dit les paroles ainsi et par la forme et manière qu'elles sont contenues en sa déposition ; ledit Jamet a dit et répondu audit messire Regnault, en la présence de nous dessusdits, que bien avait dit que madame avait eu honte ; mais il ne dit onc qu'elle tînt mieux manière de paillarde que de grande maîtresse , en persévérant et continuant en sa confession par lui premièrement faite. A quoi ledit messire Regnault a répondu qu'il veut maintenir que ledit Jamet a dit et proféré , de madite dame la dauphine r les paroles telles que déposées les a en sa première confession ; et ledit Jamet lui a répondu, en nos présences , qu'il veut maintenir le contraire devant le roi , et partout ailleurs oii mestier sera ; et a offert audit messire Regnault à lui en répondre de son corps contre le sien , en soutenant ce que autrefois il a dit et confessé en sa première confession ; et plus ne autre chose n'a voulu dire ne confesser , ledit Jamet.

Et ce fait, a été interrogé sur ce qu'il avait dit à M. de Charny , présens monsieur le maréchal et maître Jean Bureau, que madame avait mangé du vinaigre en santé , pour eschiver de porter en fans :

Dit et affirme , sur sa conscience, qu'il ne cuide avoir rien dit audit monsieur de Charny , sinon qu'il avait ouï dire qu'autrefois madite dame , durant sa santé , avait mangé du vinaigre et des pommes crues qui lui pussent avoir'empêché , si elle ne s'en fût pri-; garde; et les paroles dessusdites avait ouï dire à madame Dubois Menart, comme plus à plein est écrit en sa déposition. Et ces choses ne disait pour donner aucun blâme à madite dame.

mais seulement était pour répondre à mondit sieur de Charny , qui disait avoir ouï dire que madite dame était complectionnée à n'avoir jamais enfans.

Et depuis, interrogé ledit Jamet sur ce qu'on dit, que par monsieur de Chàtillon il a fait dire à Pregente qu'il voudrait bien qu'elle ne s'entremît pas si avant des besongnes de madame , comme elle faisait, et qu'il voudrait qu'elle en eût été avertie par un autre que par lui, pour le bien qui lui en pourrait venir :

Dit et affirme , par sa conscience , que desdites paroles ne parla onc à ladite Pregente , ne à autre personne quelconque , pour lui en parler.

« II arriva une affaire d'un assez grand éclat, pour avoir » été Tunique cause de la retraite du dauphin en Dau- -» phiné. (P. 35.) »

Déposition du comte de Dammartin touchant cette affaire.

-L-i o b l e homme Antoine de Chabanne , écuver , comte de Dammartin , âgé de trente-quatre ans ou environ , examiné par nous chancelier et Adam Roland , secrétaire du roi , notre sire , en la ville de Cande , le vingt-septième jour de septembre , l'an mil quatre cent quarante-six , après le serment par lui fait de dire vérité , dit que , environ Pâques dernier passé , monsieur le dauphin étant en son retrait , en son logis , au château de Chinon , avec lui plusieurs de ses gens , el qui plus y entra , et tôt après qu'il fut dedans , mondit sieur dit à ceux qui étaient en sondit retrait , qu'ils saillissent dehors , et appela il qui parle , et le retint avec lui , el le tira \ers une fenêtre qui regarde sur les champs, et en devisant de plusieurs choses, mondit sieur dit, en regardant aux champs , ces paroles : Yéez-là ceux qui tiennent le royaume de France en subjection ! Et il qui parle répondit , en regardant aux champs par ladite fenêtre : Qui sont-ils ? et mondit sieur dit , ces Ecossais ; et lors il qui parle regarda derechef aux champs par ladite fenêtre, et vit un Ecossais de la garde du corps du roi , qui passait sur la douve dudit chàtel , et avait \rlu une hucjue de la livrée du roi , et son épée ceinte ; et eu regardant mondit sieur, dit : A bien peu d'occasion on en viendrait bien à bout, et bien aisé. Et lors il qui parle dit que c'était belle chose que de cette garde , et qu'entre autres choses , il la prisait plu-. <[ue chose que le roi fit , et que c'était une chose bien honorable à une telle personne que le roi quant il chevauche, soit en la ville ou aux champs, et en toutes autres cho^es, et

aussi une grant sûreté pour le fait de son corps ; et cpie se n'eût été la garde , ou eût entrepris beaucoup de choses qu'on n'a pas fait. Et après, en parlant d'aucunes choses, ils ^c prindrent à parler de monsieur de Villars , et dit , il qui parle , à mondit sieur , que monsieur de Villars lui avait dit qu'il cuidait bien que le roi, du temps qu'il était à Sarry . lui donnât grant amitié , et puis grant fiance en lui , et le dût grandement employer, et qu'il eût grand bruit. Et de ces paroles se priudrent à parler de Savoye, et dit , mondit sieur à il qui parle , qu'il lui donnerait mille livres de rente à lui et aux siens, sur la comté de Yalentinois qu'il avait de nouvel , et qu'il s'en allât faire son voyage et se gouvernât bien et saigement , et qu'il retournât le plutôt qu'il pourrait. Et pour lors mondit sieur et il qui parle n'eurent plus de paroles ensemble ; mais tôt après partit il qui parle , et s'en alla faire son voyage de Savoye, ainsi que iuondit sieur lui avait enchargé. Dit outre que depuis qu'il fut retourné de Savove , environ trois semaines ou uu mois après, autrement le temps ne sçaurait déclarer , ainsi que mondit sieur revenait de Razilly , en sa compagnie trente ou quarante chevaux , il qui parle chevauchait darrière par la presse , et on appela il qui parle , disant que monsieur le dauphin le demandait; et lors il qui parle chevaucha devers mondit sieur; et , quand il fut avec lui , il chevaucha fort par les prez , et prit il qui parle parle col , et lui dit : Yenez-ça , il n'y a rien à faire que mettre ces gens dehors , et il qui parle répondit : Et comment ? et mondit sieur dit : J'ai quinze ou vingt arbalétriers et trente archiers , ou bien peu s'en faut; et vous, n'avez-vous pas des archiers? il faut que vous m'en fassiez finance de ciuq ou de six , et entre les autres fut nommé un appelé Piichart , qui est à M. de Bourbon. Et demanda mondit sieur, à il qui parle, quel homme c'était, et il qui parle lui dit que c'était un des radians hommes du monde ; et lors mondit sieur dit : Envoyez-le quérir. Et il qui parle dit lors : Monsieur, cette chose n'est pas à faire se aisément , car le roi a tous les gens d'armes à son commandement , et ici autour ; et à ce répondit mondit sieur qu'il avait assez gens. Et il qui parle dit : Comment pensez-vous faire ceci? et mondit sieur répondit ces mots ou semblables : Yous savez que chacun a loi d'entrer à Razilly qui veut , et nous entrerons les uns après les autres , et eu façon qu'on ne s'en apercevra point , et nous sommes assez r.eus pour ce faire. J'aurai mestrente archiers, et quinze ou vingt arbalétriers , et les gentilshommes de mon hôtel. Mon oncle m'a fait faire le serment à monsieur de Montgascon , et m'a dit qu'il me fera avoir Nicole Chambre , capitaine de la garde du roi, quand je voudrai; et quant à ceux de Laval, ils sont bien

miens et d'autres. Et à ces paroles , il qui parle répondit : Je crois bien que ceux de Laval le vous conseilleront pour venir à leurs fins. Et mondit sieur dit : Puisque j'ai tous ceux que j'ai nommez , je ne puis faillir à être le plus fort léans ; toutefois il y a deux petites torelles où il faudra aller tout droit. Et lors , il qui parle répondit : Monsieur , la chose est plus forte à faire que ne cuidez; car quand vous aurez Razilly et tout ce que vous demanderez, les gens d'armes viendront incontinent devant qui prendront tout dedans. A quoi mondit sieur répondit ces mots ou semblables : Quand je voudrai , je ferai bien tant que j'aurai Le Couldrin à mon commandement ; et ne vous souciez , car je vous ferai des biens plus que vous n'eûtes onc , et se fera bien la chose, et y veux être en personne, car chacun craint la personne du roi quand on le voit ; et quand je n'y seroye en personne , je doute que le cœur ne faillit à mes gens, quand ils le verraient ; et en ma présence chacun fera ce que je voudrai , et tout se fera bien ; car je mettrai bonnes gens et sûrs autour de lui , et au fait de la garde , je l'y mettrai bonne et sûre; car j'y mettrai trois ou quatre cents lances ; et , quant à vous, je vous ferai des biens tant , et se largement , que vous n'en eûtes onc tant , et vou^ donnerai de l'autorité assez ; et , au regard des mignons du roi , nous les contenterons bien ; et dit outre, mondit sieur , ces mots de monsieur le sénéchal : Je sais bien que vous l'aimez bien , et je suis content qu'il gouverne comme il a accoutumé ; mais ce sera sous moi, et n'y a rien à faire à exécuter celte besongne, car je ne vis onc chose se aisée à faire ; et , sur ces paroles , Treignac arriva , et lors ne parlèrent plus ensemble mondit sieur ne il qui parle. Dit outre il qui parle, que assez tôt après mondit sieur lui demanda se ses archiers étaient venus; et il dit que non , mais qu'il les avait mandez. Et mondit sieur lui dit : Envoyezles quérir, et ne vous souciez de rien , car tout est bien. Dit outre, il qui parle, que certain temps après, il connut que mondit sieur ne lui faisait pas si bonne chère , comme il avait accoutumé , et vit que Jehan de Daillon allait et venait très- souvent devers le roi , et tenait de grands conseils avec mondit sieur , ce qu'il n'avait accoutumé de faire le temps devant ; et aussi aprinl , il qui parle , que souvent Jehan de Daillon et Loys de Bueil tenaient conseil et avaient paroles ensemble , et incontiiientqu'ils le véaient, ils se départaient ou parlaient haut , combien queparavant ils parlassent bas. Dit aussi , il qui parle , que un jour il dînait en son logis, et avec lui lesdits Jehan de Daillon et Loys de Bueil, et lui dirent moitié bourdes , moitié autrement, et après plusieurs paroles , que il avait deux cordes en son arc ; et, il qui parle, répondit que n'en avait qu'une, mais qu'elle

c tait si bonne qu'il avait intention qu'elle ne romprait point , et plusieurs autres paroles y eut, dont il qui parle n'est recors. Dit plus , il qui parle , qu'en pensant auxdites paroles , et aussi à celles que mondit sieur lui avait dites, et vu les allées et les venues que le dit Jehan de Daillon faisait devers le roi se souvent, et le conseil qu'il tenait avec mondit sieur , et aussi semblait, à il qui parle , que mondit sieur se déliait de lui , vint à Jupilles , et lui dit : Jupilles, vous et moi sommes amis; je vous prie , se vous savez rien, dites-le moi ; car je connais bien que monsieur a quelque soupçon sur moi. Et Jupilles lui répondit ces mots : Je ne vous cèlerai rien qui touche votre bien. Mondit sieur dit que vous avez été deux fois vers le roi , et qu'il ne sçait que vous v allez faire , et dit que vous avez parlé à messieurs Piegnault , au jeu de la paulme , au château , et que vous avez tenu grand conseil avec lui ; vous savez qu'il est soupçonneux le plus du monde; pour ce, gouvernez-vous en manière qu'il ne soit point mal content de vous. Et lors, il qui parle : Que peuvent-ils conseiller ? Je vois tous les jours les plus grands conseils du monde entre lui et Jehan de Daillon; à quoi ledit Jupilles répondit que, par son âme , il ne sçavait. Dit plus , il qui parle , que un peu de temps après , autrement ne le sçaurait déclarer , lui étant en l'hôtel de monsieur le dauphin , aux champs , fut mandé par mondit seigneur, lequel lui dit que , incontinent , il allât quérir deux mille écus de l'argent qu'il avait apporté de Savoye ; et pleuvait lors très-fort , par quoi , il qui parle , se cuidait excuser ; mais rien n'y valut , et lui convint aller à Chinon, et fit apporter les deux mille ducats qu'il fit bailler au barbier de mondit sieur, lequel les bailla à maître Michel Évlaut, lequel les bailla depuis à mondit sieur ou audit barbier , ne sçait, il qui parle, lequel ; et depuis, ainsi que, il qui parle, seguermentait que étaient devenus les deux mille écus , parla derechef à Jupilles , pour ce qu'il faisait doute que mondit sieur les eût employés pour faire aucune chose touchant ce dont il lui avait ouï parler , et aussi qu'il véait que Jehan de Daillon continuait de plus en plus d'aller et venir devers le roi , si souvent que merveilles, et au retour parlait à mondit sieur une heure ou deux, ou autre très-longtemps , et lui demanda qu'étaient devenus les deux mille écus qu'il avait baillés à mondit sieur ; lequel Jupilles lui répondit qu'ils avaient été baillés au barbier , et qu'il ne sçavait plus qu'ils étaient devenus, et qu'il connaissait que monsieur prenait défiance en lui , et qu'il avait parlé à lui en disant ces paroles : Monsieur , je connais bien que vous êtes mal content de moi , et ne sçais pourquoi; à quoi mondit sieur lui répondit ces paroles: ïl me semble que vous et le comte de Dammartin êtes bien amis.

et tenez les plus grands conseils du monde ensemble. Je n'en suis point content , vu que êtes près de moi et de ma chambre. Et ledit Jupilles répondit ces paroles : Monsieur, je cuidoye que l'aimassiez autant que homme de votre hôtel ; et mondit sieur lui répondit que se faisait-il , mais qu'il ne voulait point qu'il eût si grant amitié avec lui , vu qu'il était se près de sa personne ; et lors ledit Jupilles dit: Monsieur, je ne parlerai donc plus avec lui ; et mondit sieur lui dit : Ce faites , il ne m'en chault. Et demanda oultre , il qui parle, audit Jupilles , pourquoi mondit sieur disait lesdites paroles ; et Jupilles lui répondit ces mots : Pour ce qu'il dit que vous et moi sommes tout un, et me semble que vous avez bien à vous conduire ; car il a pris grant soupçon en vous depuis peu de temps en ça , mêmement depuis que avez parlé au roi et à messire Regnault , comme je vous dis devanthier , et lui semble que vous y êtes allé pour quelque chose. Et dit aussi ledit Jupilles , à il qui parle , que Jehan de Daillon et mondit sieur tenaient les plus grands conseils du monde ensemble, et qu'il n'y sçavait que penser ; et a bien mémoire, il qui parle , que un jour après , ainsi que Jacquet , éveille-chien , et lui devisaient ensemble , il qui parle , en parlant desdits deux mille écus , pour ce qu'il doutait qu'ils n'eussent été employés en quelque chose touchant ce dont mondit sieur lui avait parlé , demanda audit Jacquet s'il sçavait qu'ils étaient devenus ; lequel dit qu'il était en la chambre de mondit sieur , et ne se prenait point garde de lui le jour qu'il commanda à il qui parle , aller quérir lesdits deux mille écus ; et oit que mondit sieur dit à Jehan de Daillon telles paroles ou semblables , qu'il lui ferait tous les biens du monde : Je vous donnerai quatre mille écus , dont vous aurez les deux mille écus comptant , et les autres deux mille, je vous les fairai assigner sur les premiers états que je ferai. Dit outre, il qui parle, qu'il a vu plusieurs fois que monsieur de Chàtillon, monsieur de Bueil et Jehan de Daillon , tenant conseil ensemble , et aucunefois monsieur de Chàtillon et monsieur de Bueil , et toutefois il sçavait que peu de temps avant monsieur de Bueil et monsieur de Chàtillon étaient très-mal ensemble , parquoi il présumait que s'ils parlaient si souvent ensemble , ce n'était pas sans cause , et n'y sçavait que penser. Dit outre que p.isque tous les jours en celui temps Loys de Bueil allait au matin au logis de monsieur de Chàtillon , et y était bien longtemps. Dit outre , il qui parle , à monsieur d Estissac telles paroles : Il me semble que monsieur ne se conduit pas bien , et lui vois tenir beaucoup de manières qui ne sont pas bonnes ; parlez à lui , et lui remontrez qu'il se conduise autrement ; car je sçais qu'il a fiance en vous , et qu'il vous croira , car il vous tient saige,

et sçait bien que vous ne lui conseillerez chose qui ne soit bonne, et aussi il sçait bien que vous aimez son bonheur et son proufit. Et mondit sieur d'Estissac répondit, à il qui parle, qu'il était trèscourroucé , qu'il ne se voulait autrement conduire, qu'il était le plus soupçonneux du monde , et qu'il avait grant soupçon sur lui et sur Jupilles. Et il qui parle lui demanda pourquoi ; et il répondit que ou avait dit à mondit sieur que il n'était à l'hôtel que pour épier tout ce que l'on faisait et le rapporter. Et pria fort, il qui parle, et par plusieurs fois mondit sieur d'Estissac qu'il lui dit ceux qui l'avaient dit ; mais jamais ne lui en voulut rien dire, et lui disait qu'il ne lui en devait chaloir. Un temps après , il qui parle , dit derechef à mondit sieur d'Estissac , qu'il parlât à mondit sieur le dauphin , et qu'il véait que le roi n'était point content de lui , et qu'il véait des choses en lui plus que jamais ; lequel répondit qu'il n'y sçavait mettre remède. Dit aussi, il qui parle, qu'il parla à messire Jehan Sanglier , et lui dit ces paroles : Je viens de devers le roi , et ai parlé à monsieur le sénéchal , je me doute que le roi ne se contentera point de beaucoup de façons que je vois que monsieur commence à tenir : pour ce parlez lui ; et ledit Sanglier dit à il qui parle ces paroles : Je ne sçais ce que c'est, mais je ne doute qu'il n'y ait quelque chose de mal. Et plus n'en dit. Ainsi signe , Roland.

(En conséquence de la déposition du comte de Dammartin , le chancelier fit une information sur cette affaire , et reçut en présence du roi les dépositions de plusieurs gardes écossais , qui , sans être parfaitement instruits des projets du dauphin, s'accordaient à prouver qu'on voulait les gagner, et que ce prince avait formé un dessein contre le gouvernement. )

« Un nommé Mariete partit de Dauphiné , et vint trou- » ver Brezé , pour l'avertir que le dauphin se préparait à » revenir à la cour, et qu'il était résolu de chasser tous

» les ministres du roi Mariete fut convaincu d'être un

» calomniateur, et condamné à mort. (P. 3g.) »

(Ce fait, dont les historiens n'ont point parlé, est constaté par les lettres de rémission que Brezé fut obligé de prendre , parce qu'il avait écouté Mariete et n'en avait point averti.)

v^iH arles, parla grâce de Dieu roi de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut . Reçu avons humble supplication de notre amé et féal chevalier, conseiller et chambellan Pierre de Brezé , sénéchal de Poitou , contenant que ledit suppliant est issu de noble et ancienne lignée et parens , qui ont tous servi nos pré-

l> HISTOIRE

décesseurs et nous Lien et loyalement , sans varier , ne faire faute envers iceux nos prédécesseurs ne nous en aucune manière , et en ces ensuivant , ledit suppliant , depuis qu'il est venu en âge de ce faire , nous a aussi servi en plusieurs états et manières , et raèracment en nos guerres et à l'encontre de nos anciens adversaires les Anglais , et aussi entour nous en notre ferme et hôtel ; lui étant en notre suite et entour nous, plusieurs personnes se sont adressées à lui , tant pour les affaires de nous et de notre royaume que autrement , et entre autres vint par devers lui un nommé maître Guillaume Mariete , lequel lui dit qu'il était Aenu pour nous avertir et icelui aussi suppliant de plusieurs choses , et mêmement que notre très-cher et très—amé fils le dauphin de Viennois devait venir devers nous, et avait intention par certains moyens de changer notre gouvernement , et que notre très-cher et très-amé frère et cousin le duc de Bourgogne , avait de ce fait avertir mondit fils, et avait fait offre à icelui notre fils de grandes sommes d'or, se il en avait besoin pour ce faire; lui dit aussi plusieurs autres paroles et langage de nous, de plusieurs de notre sang, et d'autres nos conseillers et officiers étant entour nous , disant ledit Mariete que de toutes ces choses ils étaient consentans , et à la poste de notredit fils, en leur donnant charge comme à notre fils. Lesquelles paroles ouïes, et audit suppliant rapportées par ledit Mariete , icelui suppliant dit à icelui Mariete qu'il ne se pouvait Taire par plusieurs raisons, que adonc icelui allégua à laquelle cause , et aussi (pie ledit Mariete dit audit suppliant , que encore n'y avait-il rien conclu touchant lesdites matières, il lui dit qu'il n'était pas bon de le nous dire, pour doute de nous mettre en mérencolie, et qu'il valait mieux que ledit Mariete retournât de rechef pour en sa\oir la certaineté ; et aucun temps après ledit Mariete retourna vers ledit suppliant, et lui dit que les choses dessusdites étaient conclues, el qu'il fallait que nous en fussions avertis. Sur quoi ledit suppliant fit audit Mariete des difficultés , et remontra plusieurs choses, ainsi que dit est, nonobstant lesquelles choses ledit Mariete persévéra , disant qu'il était nécessaire que nous les sçussions , requérant audit suppliant qu'il nous les dît; à quoi icelui suppliant répondit qu'il n'en ferait rien, et que se la chose était véritable, c'était mieux raison que icehii Mariete en eût l'honneur que lui , et, puisque ainsi était , le nous pourrait bien dire , et lui disant qu'il se gardai bien de dire chose qui ne fût pas véritahle , et qu'il ne dîl point qu'il en eût parlé audif suppliant , doutant (pie on ne pensât (pie ce vint de lui. Et après ledit Mariete retourna vers ledit suppliant, et lui dit qu'il avait parlé à nous et dit les choses dessusdites; à quoi icelui suppliant ré-

DE LOUIS XL 44i

pondit qu'il le savait bien , et que nous lui avions dit qu'un homme avait parle- à nous. Et pour ce que ledit Mariete dit au suppliant que mon fils le héait , le suppliant répondit qu'à lui n'appartenait point de ainsi parler de la personne de mondit fils , que se ainsi était que icelui notre fils eût dit qu'il le héait de rnort, il était le plus faux et le plus déloyal qui fût ; car quand notre fils était parti de nous , plus avait fait sermens tels infâmes que n'ait à faire un fils de roi , pour sitôt les rompre. Et combien que ledit suppliant , attendu l'état qu'il avait entour nous , nous dût avoir averti desdites choses ainsi à lui rapportées par ledit Mariete , considéré qu'elles nous touchent plus que aucune personne quelconque; toutefois il ne nous en avertit pour lors aucunement , mais l'empêcha , par la manière et pour les causes dessusdites, non pas toutefois en intention que par ce moyen en dût sourdre aucune division entre nous, notre fils, aucuns de notre sang, ne autre de notre hôtel, ne que aucun inconvénient en pût en venir, comme non est-il. Et soit aussi que depuis pour aucunes autres fautes dont ledit Mariete a été trouvé chargié , icelui Mariete ait été apréhens par justice et tenu prisonnier et interrogé de et sur plusieurs matières , et par lesdites confessions qu'il a faites, et, comme l'on dit donné charge audit suppliant, et a été pareillement mis en procès , et sur ce interrogé par nos commissaires par plusieurs fois et confronté avec ledit Mariete, et à chacune fois dit et répondu vérité à son pouvoir , et mèmement sur la mémoire qu'il en pouvait avoir lors , après lesquelles choses et que par notre commandement et ordonnance notre procureur s'est fait et constitué partie contre ledit suppliant , et a prius la charge et conduite de la matière dessusdite ; ledit suppliant nous a remontré et fait remontrer par aucuns de ses parens et amis , la noblesse de l'hôtel dont il est issu , les grands et louables services que ses prédécesseurs et lui ont faits à nos prédécesseurs et à nous , la très-grand'déplaisance qu'il a d'être en procès pour cause de telle chose , et qu'il doute pour les grandes communications, collocutions et langages qu'il a eus avec ledit Mariete touchant les choses et paroles dessusdites, et pour ce qu'il ne nous avertit, ne souffrit avertir par ledit Mariete desdites choses, sitôt comme il devait, mais l'empêcha, comme dit est , il ait méprins et grandement offensé , combien que en ce faisant il ne cuidait pas tant méprendre , en se soumettant en tout à notre bon plaisir et vouloir, et en nous requérant très-humblement merci et pardon des choses dessusdites ; et que le veuillons avoir et tenir en notre bonne grâce : sçavoir faisons que ces choses considérées , mèmement la très-grande humilité en laquelle ledit suppliant est venu devers nous en très-

44a histoire

grand'déplaisance de nous avoir offensé , nous voulant reconnaître de notre pouvoir les grands et nobles services que le temps passé il nous a faits, et que espérons que plus encore fera au temps à venir , et n'ayant connu ne aperçu , par les paroles qu'il nous a dites , qu'il ait voulu éloigner de nous notredit fils ; attendu aussi que par le moyen desdites choses n'est aucun ancien intentement en notre personne, celle de notre fils, d'aucun de notre sang et d'autres de notre hôtel, et que par le moyen desdites paroles à nous ainsi rapportées par ledit Mariete , lesquelles n'avons trouvées ne trouvons aucunement être véritables, nous ne avions eu ne avons aucunes mauvaises imaginations à l'encontre de notredit fils, desdits de notre sang , ne d'autres quelconques de notre hôtel , ne aussi que ledit suppliant eût voulu faire aucune chose contre nous , ne notre majesté ; icelui suppliant avons aboli , quitté et pardonné , abolissons , quittons et pardonnons toutes les paroles et choses dessusdites , et généralement toutes autres charges que ledit Mariete lui a données , et que l'on lui pourrait donner ores et pour le temps à venir par le moyen du procès dessusdit, et pour raison et occasion d'icelui , et des confessions faites par icelui suppliant, soit envers nous, notre fils, comme de notre sang et autres de notre hôtel, ne de autre de quelque condition et état qu'ils soient avec toute offense criminelle et civile en quoi il serait pour ce, et avons imposé et imposons par ces présentes silence perpétuel à notredit procureur , et à tous autres ; auquel notre procureur nous mandons et trèsexpressément enjoignons que dorénavant , soit pour l'intérêt de justice, de nous, de notredit fils, d'aucuns de notre sang, ne d'autres quelconques , il ne inquiète , moleste, ne travaille , ne fasse ou souffre inquiéter , molester , ne travailler en aucune manière ledit suppliant pour raison et occasion des choses dèssusdites , ne d'autres quelconques procédant et dépendant du procès dessusdit , et pour raison et occasion d'icelui ; et voulons que son corps se ne ses biens, états, charges ou oiîices étant pour raison et occasion des choses dessusdits prius , saisis , arrêtés ou suspendus en aucune manière, lui soient restitués, heulliés et mis à pleine délivrance, auxquels en tant que métier serait, l'avons restitué et restituons entièrement et à sa bonne famé et renommée. Voulons aussi, et à icelui suppliant avons octroyé et octroyons par ces mêmes présente-., desquelles et de l'entérinement d'icelles, nous avons retenu et retenons à nous la connaissance , il puisse requérir l'entérinement par devers, et sans qu'il soit tenu après la présentation d'icelles, soit rendre ne constituer prisonnier en aucune manière, ne de en requérir ailleurs l'entérinement, et défendons à nos aînés et féaux ceux de nolra

parlement, et à tous nos autres justiciers et officiers , que pour occasion dédites charges, ils ne donnent, fassent, ne souffrent donner audit suppliant en corps, ne en biens, ne autrement aucun destourbier ou empêchement, en matière quelconque. En témoin de ce nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné l'an de grâce ci — mil quatre cent quarante-huit, et de notre règne le vingt-septième.

« Le dauphin fit part au roi du dessein où il était d'épou- » ser Charlotte de Savoie. La veille de la célébration du » mariage, il arriva un héraut pour s'y opposer, de la part » du roi. (P. 4°- ) »

Procès-verbal de Normandie , roi d'armes , du voyage par lui fait , par commandement du roi , vers le duc de Savoie.

JLiE vingtième jour de mars, l'an i45o. Normandie, roi d'armes, arriva par devers le roi notre sire étant aux Montils-lez- Tours , et lui présenta une lettre close en papier, que le duc de Savoye lui écrivait , et une autre des gens de son conseil ; et après que le roi les eut lues en la présence des gens de son conseil , auquel étaient monseigneur le comte d'Eu , monseigneur le chancelier , monsieur de Dunois , l'évèque d'Agde , et monseigneur l'amiral , les sires de La Varenne , de Montsoreau et d'Esternay , messire Theaulde de Yalpergue , messire Guillaume Cousinolpoton , messire I ouis de Harcourt , messire Etienne Chevalier et autres, il demanda audit Normandie, qu'il lui fit rapport de sa charge, et s'il avait baillé les lettres qu'il avait écrites à mondit seigneur de Savoye et auxdits gens de son conseil ; lequel répondit que le dimanche , dernier jour de février dernier passé, mondit seigneur de Dunois l'envoya quérir en son logis en la ville de Tours , et lui demanda s'il pouvait aller devers le duc de wSavoye, et que le roi y voulait envoyer; et ledit Normandie répondit qu'il ferait volontiers ce qu'il plairait au roi, et à l'heure lui bailla deux paires de lettres adressant à mondit seigneur de Savoye , et les autres gens de son conseil , le contenu desquelles il ne sçait, mais mondit seigneur de Dunois lui dit ces paroles ou semblables en substance : Vous en irez devers monseigneur de Savoye , lui présenterez ces lettres, et les autres à ceux de son conseil ; et au cas que Je mariage de monseigneur le dauphin et de la fille de monseigneur de Savoye ne serait parfait, vous direz à mondit seigneur de Savoye, comme le roi se donne grand'merveille de ce que mondit seigneur de Savoye traite et fait traiter le mariage de mondit seigneur le dauphin et 2. 20

de sa fille , sans en avertir ou faire sçavoir au roi ; et qu'il semblait au roi que c'était peu priser sa personne; toutefois ce que le roi en écrivait, n'était point pour dépriser la maison de Savoye. Et outre plus lui chargea de dire au conseil de niondit seigneur de Savoye , comment le roi était très-mal content de ceux qui menaient cette matière , et que c'était au grand déplaisir du roiT attendu que la fille n'était pas en âge d'avoir lignée, ce que désiraient fort le roi , ceux de son sang et les états de son royaume , et lui ordonna qu'il ne se chargeât point de réponse de bouche , mais qu'il l'apportât par écrit. Et lors il se partit de Tours, et fut le lundi , huitième jour de ce mois de mars, à Chambery en Savoye , à dix heures au matin , auquel lieu étaient mondit seigneur le dauphin, monseigneur de Savoye, madame de Savoye et plusieurs autres , et incontinent envoya loger ses chevaux et s'en entra dans une église, jusqu'à ce qu'il eût fait signifier sa venue audit monseigneur de Savoye , et eu s'en venant , plusieurs personnes, tant des gens de mondit seigneur le dauphin , que de monseigneur de Savoye, le connurent et parlèrent à lui , et croit qu'ils notifièrent sa venue à monseigneur le dauphin , parce qu'un peu après qu'il fut en ladite église , Géraumout, maître d'hôtel de mondit seigneur , et Jean Raymond , vinrent par devers lui , et lui demandèrent qui le menait ; et il répondit qu'il venait de par le roi devers monseigneur de Savoye, et lui apportait lettres ; et lors ils se départirent et retournèrent devers mondit «eigneur le dauphin , et tantôt après retournèrent devers lui, en lui disant que monseigneur lui mandait qu'il lui envoyât les lettres qu'il apportait à monseigneur de Savoye , et qu'il les lui ferait bailler, sans qu'il en eût blâme; à quoi ledit i\ormandie répondit qu'il n'avait point cette charge , et que pour rien du monde il ne les baillerait , si non là oii il lui était enchargé de par le roi , et cesdits s'en retournèrent de rechef, et lui dirent de par mondit seigneur, puisqu'il ne lui voulait envoyer lesdiles lettres, qu'il fût content de soi aller ébattre quatre ou cinq jours à Grenoble, et qu'on le défrayerait bien , auxquels il répondit qu'il ne le ferait pour rien ; et lors s'en retournèrent de rechef lesdits Géraumont et Raymond devers mondit seigneur, et tantôt après retournèrent arrière devers ledit Normandie , et lui dirent que , puisqu'il ne voulait envoyer ses lettres, ne s'en aller ébattre, que mondit seigneur lui demandait qu'il lui envoyât la créance qu'il avait charge de dire à mondit seigneur de Savoye ; lequel Normandie, voyant que le lendemain la solemnité des noces se devait faire, espérant la retarder par le moyen de ladite créance , la dit audit Géraumont pour la rapporter à mondit seigneur. Et, peu de temps après, Colomier , accom; gné de

cinq on six autres, vint devers ledit Normandie , et lui dit nue monseigneur de Savoye l'envoyait devers lui , pour avoir les lettres que ledit Normandie lui apportait , et les lui porter , et lui requit qu'il les lui baillât ; auquel ledit Normandie répondit qu'il ne les lui baillerait point , et qu'il avait charge de les bailler à mondit seigneur de Savoye ; et lors ledit Colomier lui repondit qu'il ne les lui pouvait bailler , et qu'il avisât autre à qui il les voudrait bailler: et ledit Normandie lui repondit que, se ainsi était qu'il ne les pût bailler à mondit seigneur de Savoye , 11c parler à lui, qu'il était content de les bailler à son chancelier et aux gens de son conseil , et qu'aussi avait-il autres lettres adressant à eux ; et lors ledit Colomier le mena au châtel de Chanibery , et lui étant en la cour , le chancelier et autres dudit conseil de mondit seigneur de Savoye, vinrent en ladite cour sou> un appentis , auquel il présenta lesdiles lettres du roi adressée> à mondit seigneur de Savoye, et les autres adressant à eux , et leur requit qu'ils voulissent faire diligence de présentement bailler à mondit seigneur de Savoye les lettres qui s'adressent à lui , et ils lui dirent que si feraient-ils ; et lors ils se départirent de lui , et se retrahirent , et après retournèrent ledit chancelier et autres dessusdits , et lui demandèrent s'il voulait rien dire , et il dit que non , et que les lettres portaient la substance de la créance ; et outre , leur dit que le roi se donnait grand'merveille comment mondit seigneur de Savoye traitait et faisait traiter le mariage de mondit seigneur le dauphin et de sa fille , sans ce lui faire àsçavoir. A quoi les d ssusdits ne lui répondirent rien et se départirent de lui , et le firent souper en salle avec les maître» d'hôtel de mondit seigneur de Savoye , et après souper ledit Jean Raymond l'emmena coucher en son logis , et le lendemain au matin ledit Normandie alla , à l'église qui était devaut son logis , à la messe , et illec vint à lui ledit Jean Raymond , et lui dit de par mondit seigneur le dauphin, qu'il fit bonne chère et qu'on le tiendrait bien aise , et que brief serait dépêché; et après avec un de sa connaissance s'en alla au châtel, et vit entrer l'épousée en la chapelle du châtel , en mantel de velours cramoisi et cotte juste , comme il pouvait apercevoir de loin ; mais qui la menait, il ne sçait , et par avant était entré en ladite chapelle mondit seigneur le dauphin , vêtu d'une robe longue de velours cramoisi , fourrée d'ermines ,* et après ce s'en retourna ledit Normandie en sondit logis, et là attendit jusqu'au vendredi ensuivant , qu'il fût dépêché, auquel jour un hêrault de mondit seigneur le dauphin, nommé Dauphin , lui apporta deux paires de lettres adressant au roi , les unes dé mondit seigneur de Savoye, et les autres desdits gens de son conseil , et luLdit qu'il s'en

pouvait bien aller , et que c'était sa réponse : et pendant ledit temps il ne vit mondit seigneur de Savoye , madame de Savoye , ne aussi monseigneur le dauphin, ne n'a point parlé à eux, et ses lettres reçues s'en est venu vers le roi. Dit aussi qu'il était tout commun audit lieu de Chambery, que l'on devait envoyer ambassade à Milan, pour traiter le mariage d'entre la petite-fille de Savoye et le fils du comte Francisque.

Ainsi, signé , de La Loere.

Lettre du duc de Savoye au roy.

Mon très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce , tant et si très-humblement comme je puis ; plus , mon très-redouté seigneur, plaise vous sçavoir que le dixième jour de ce mois de mars , j'ai reçu vos gracieuses lettres écrites le dernier jour de février passé, èsquelles se fait mention touchant le mariage de monseigneur le dauphin à ma belle-fille Charlote de Savoye, que ja long-temps s'est pourparlé , ne y veuille procéder phus avant à votre déplaisance ; sur quoi , très-excellent prince , vous plaise savoir que par un jour avant la réception de vosdites lettres, parla volonté de Dieu tout-puissant , la solemnisation des épousailles et noces était accomplie , à grand'solemnité et honneur des seigneurs : en outre , très-redouté seigneur, pour mieux certifier votre très-haute majesté de la vérité , il est vrai qu'avant la mort de feu bonne mémoire monsieur le légat que Dieu absoilve , qui vous avait paravant écrit et signifié cette matière , et sus icelle , comme le me dit en la présence de mon conseil , lui en aviez donné consentement , la chose fut passée et conclue avec les ambassadeurs de mondit seigneur le dauphin ; et depuis par la volonté de Dieu, et loyal consentement des parties, la chose a été honorablement accomplie, dont tout bien , accroissement d'amour et joye parfaite s'en pourra ensuir. Si vous supplie, très-redouté seigneur, qu'après avoirbien considéré toutes ces choses, vous plaise, non l'avoir en déplaisance , ains en louer Dieu tout-puissant , qui a dirigé et mis cette matière à perfection , et vous en réjouir pour le très-grand bien qui certainement s'en pourra ensuir , prêt toujours d'obéir a vos commandemens et plaisirs de tout mon loyal pouvoir, comme sçait le benoist fils de Dieu, mon très-redouté seigneur , qui vous ait en sa sainte garde , et vous doint trèsbonne vie et longue. Ecrit à Chambery , le douzième jour de inars, i45o. Le tout votre très-humble, Lo\s, duc de Savoie, etc.

« Louis était occupé à détourner l'orage qui se formait ■» contre lui. (P. 42- ) *

( La mésintelligence qui fut entre Charles VII et son fils, et qui dura quinze ans, c'est-à-dire , depuis i44^ jusqu'en 1461 , que Charles VII mourut, étant l'événement le plus considérable du règne du père et de la vie du fils, j'ai cru devoir entrer , à ce sujet , dans plus de détails que ne l'ont fait les historiens qui m'ont précédé ; c'est pourquoi je rapporterai d'abord les pièces les plus importantes qui ont rapport à ce qui se passa en Dauphiné ; je donnerai ensuite celles qui sont relatives au séjour du dauphin en Bourgogne. Ces particularités servent plus que toute autre chose à faire connaître le caractère des princes.

Les premières tentatives que Charles VII avait faites pour faire ramener le dauphin , n'ayant pas eu le succès qu'il en espérait , il prit le parti de s'avancer vers le Dauphiné, et commença par mettre cette province sous sa main , en donnant de nouvelles provisions à Louis de Laval qui en était déjà gouverneur pour le dauphin. )

(^11 arles, par la grâce de Dieu roi de France, à tous ceux qui ces présentes verront , salut. Comme notre très-cher et trèsamé fils le dauphin de Viennois , se soit de sa seule volonté éloigné de nous , et par long espace de temps tenu en ce pays de Dauphiné, lequel ja pieca lui avions baillé pour aider à 1 entretenement de son état et dépense , et pour lui donner commencement et introduction de gouvernement de seigneurie , non pas en espérance qu'il s'éloignât et se tint hors de notre royaume, ainsi qu'il a ja fait par l'espace de dix. ans et plus , nonobstant que par plusieurs fois lui ayons fait remontrer qu'il vînt par devers nous, et encore puis un an en ça , sur aucunes requêtes qu'il nous a faites, lui ayons fait très-douces et très-raisonnables réponses , désirant le attraire à nous , comme bon et naturel père doit faire son fds ; après lesquelles réponses, et jaçait ce «pie par icelles il (lovait plus que devant prendre courage de venir devers nous, et soi employer en notre service et es affaires de la chose publique, ainsi qu'il doit et est tenu de faire, et néanmoins sans notre congé et licence , et sans quelque chose nous en faire sçavoir, aussi sans le sçùde la plupart de ses serviteurs , ni de ceux dudit pays, il s'en est soudainement parti et absenté , et a délaissé le dit pays et sesdits serviteurs , sans ordre ni conduite , et durant ce qu'il a été audit pays, a fait plusieurs ces en diminution de la seigneurie et des droits et préroga-

hves d'icelui , et encore depuis sondit partement, et avant qu'il fût là ou il est à présent , a voulu faire aucunes aliénations , et mandé à celui qui garde ses sceaux , qu'il en scellât les lettres ; jaçait ce qu'il n'en puisse ne dohe quelque chose aliéner , et pour ce que ne voudrions ce fait dudit pays et des droits qui appartiennent à la seigneurie d'icelui , vint à diminution entre les mains de notredit fils ne autrement, et qui y avons bon et grand intérêt , considéré qu'il a été acquis par nos prédécesseurs , rois de France ; considérant aussi que par l'amortement de ceux qui iiinsi conduisent et conseillent notredit fils , et qui si légèrement lui ont fait abandonner ledit pays , et aventurer sa personne à périlleuses et dangereuses voyes , se pourraient faire des choses qui tourneraient à la diminution de la seigneurie et des droits , autorités et prérogatives dudit pays, ainsi que par ci-devant aucunes ont été faites, et avec ce , à la foule et oppression des vassaux , sujets et habitans d'icelui et de ceux de notre royaume , don tiédit dauphin est joignant et contigu; semblablement pourrait tourner au scandale de la chose publique , et à notre grand'déplai^ance. Sçavoir faisons que nous, désirant obvier aux choses dessusdites , et y donner la provision telle qu'il appartient au bien de nous et de la chose publique , tant de notredit royaume , que dudit pays du Dauphiué , avons, par l'avis et opinion de plusieurs grands seigneurs de notre sang et lignage et autres gens de notre conseil, délibéré, conclu et ordonné de faire ledit pays de Dauphiné régir et gouverner sous notre main , jusqu'à ce que sachions plus à plein de la volonté que notredit fils a de soi réduire envers nous , et que par nous autrement en soit ordonné. En témoin de ce , nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné a St.-Prie>t en Dauphiné , le huitième jour d'avril , l'an de grâce mil quatre cent cinquante -six, avant Pâques, de notre règne, le trente-cinquième. Par le roi en son conseil, auquel le roi de Sicile , les ducs de Calabre et de Bourbon , les comtes du Maine et de La Marche, les évèques de Coutances , d'Angers , le comte de Dunois , le maréchal de Lohéac , l'amiral , !e«. sires de La Forest et de Beauvais, Me. Etienne Le Fevre, Odet Daidie , bailli de Colentin , Mc. Pierre Doriole , et François Halé , et autres étaient. De la Loi ke.

Provisions du gouvernement de Dauphiné } accordées à Louis

de Laval.

vjiiaules , par la grâce de Dieu roi de France , faisant gouverner sous notre main le pays de Dauphiné , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme par nos autres letl

patentes données du jourd'hui , et pour certaines causes et considérations plus à plein contenues en icelles , nous ayons par le conseil , avis et délibération de plusieurs des seigneurs de notre sang et lignage , et gens de notre conseil , ordonné que le pays de Dauphiné , que avions baillé à notre très-cher et très-amé fils le dauphin de A iennois , pour le soutènement de son état et dépense , sera gouverné sous notre niain, jusqu'à ce que sçachions plus à plein de la volonté et intention de notredit fils , que a de soi réduire envers nous, et que par nous en soit autrement ordonné ; et par ce notre amé et féal cousin Louis de Laval , seigneur de Châtillon , qui de pieça a tenu et exercé l'office de gouverneur dudil pays, para vaut que eussions ordonné icelui pays être gouverné sous notredite main , ne puisse bonnement exercer ledit oilice , sans avoir de nous pouvoir et commission ; nous , par l'avis et délibération que dessus , avons voulu et ordonné , voulons et ordonnons que ledit seigneur de Châtillon exerce ledit oilice de gouverneur dudit pays de Dauphiné , sous notredite main , jusqu'à ce que sçachions plus à plein de la volonté et intention que notredit fils a de soi réduire envers nous, et que par nous en soit autrement ordonné; et à ce l'avons commis et député, commettons et députons par ces présentes. Si donnons en mandement par ces présentes , à tous les sujets d'icelui pays du Dauphiné et autres qu'il appartiendra, que audit seigneur de Châtillon, duquel avous pris et reçu le serment en tel cas requis , et à ses lettres et mandemens commis et députés , ils obéissent et entendent diligemment es choses touchant et regardant ledit office, et voulons que des gages appartenant audit office, il soit payé par ceux qu'il appartiendra , ainsi qu'il était paravant notredite main-mise. En témoin de ce nous avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à St.-Priest , en Dauphiné , le huitième jour d'avril , l'an de grâce mil quatre cent cinquante-six , avant Pâques , et de notre règne le trente-cinquième. Par le roi en son conseil , auquel le roi de Sicile, les duc de Calabre et de Bourbon, les comtes du Maine et de La Marche , les évèques de Coutance , d'Angers , le comte de Dunois, le maréchal de Lohéac , l'amiral , les sires de La Forest et de Béarnais , Me. Etienne Le Fèvre , Odet Daidie , bailli de Cotentin , Me. Pierre Doriole . François Halé et autres.

De La Loere.

[5o HISTOIRE

« Louis , alarmé, envoya aussitôt Courcillon, son grand •n fauconnier, pour faire des remontrances au roi. (P. 45.) »

Lettre du dauphin au roi , présentée par Courcillon.

iVloN" très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, 'tant et si très-humblement comme je puis , et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur , que j'envoie présentement pardevers vous messire Guillaume de Courcillon , pour vous dire aucunes choses. Si vous supplie, mon très-redouté seigneur, qu'il vous plaise l'ouïr , et croire ce qu'il vous dira de par moi, et m'avoir et tenir toujours en votre bonne grâce , qui est la chose en ce monde que plus je désire , ensemble me mander et commander vos bons plaisirs, pour iceux faire et accomplir à mon pouvoir, au plaisir de notre Seigneur, qui par sa grâce, mon très-redouté seigneur , vous doint très-bonne vie et longue. Ecrit à Romans, le dix-septième jour d'avril, mil quatre cent cinquante-six , après Pâques. Votre très-humble et très-obéissant fils, Loys. Et plus bas, J. Bourré.

S'ensuit la créance dndit messire Guillaume de Courcillon.

Sire , mouseigneur se recommande très-humblement à votre bonne grâce , et vous supplie très-humblement qu'il vous plaise lui pardonner de ce qu'il n'a plutôt envoyé devers vous. Sire , il wi'a ci-envoyé pour vous prier et supplier très-humblement > qu'il vous plaise , en l'honneur de Dieu et de Notre-Dame , lui pardonner toute déplaisance que vous pouviez avoir eu à rencontre de lui.

Sire, comme vous savez, cette chose-ci a eu bien longue durée,, rt ne peut être qu'il n'y ait eu des rapports sans nombre et de bien étranges, et par lesquels pouvez avoir eu de grandes suspections, et lui de grandes craintes. Il TOUS supplie îrès-uumblement qu'il vous plaise de votre grâce , vous contenter et assurer de lui ; car il y veut mettre son cœur et son âme ; et , sire , pour non vous ennuyer, et aussi qu'il n'appartient point de vouo présenter chose , tant que on sente si e'Ie vous sera agréable, s'il vous plaît, vous commettrez quel [ue homme féable à qui je puisse clairement parler de cette matière, et puis sur ce vous pourrez a\ iser à votre bon plaisir.

S'ensuit les offres faites par monseigneur le dauphin.

Se c'est le plaisir du roi , monseigneur sera content de foire i e qui s'ensuit.

Premièrement , fera tels sermens et sûretés qu'il plaira au

DE LOUIS XI. [5i

roi, de le servir envers tous et contre tous , sans nul excepter , et de ne tenir parti que le sien.

Item, sera content de renoncer à toutes alliances, se aucunes en avait faites . et promettra cpie jamais n'en fera nulles , et pareillement qu'il ne passera la rivière du Rhône , ne entrera au royaume , sans le >çû , congé et licence du roi.

Et au-si , qu'il plaise au roi, attendu les soupçons et rapports faits eu cette matière, dont moudit seigneur a de grandes craintes qui touchent sa personne et de ses serviteurs, il soit et demeure, à son bon plaisir et franc arbitre, sans être contraint de cette matière . sinon à sa volonté, et que de ce il plaise au roi l'eu assurer bien.

Quand ledit messire Guillaume de Courcillon fut arrivé devers le roi , il lui présenta les lettres dessusdites de mondit seigneur, et lui tit la recommandation le plus humblement qu'il put , à quoi le roi ne répondit rien , ne ne lui demanda des nouvelles de mondit seigneur.

Puis après le roi bailla lesdites lettres au chancelier , et les fit lire tout haut , et puis fit dire audit messire Guillaume sa créance desdits écrits ; puis après s'en alla à son logis ; et à quatre jours de là , le roi le manda pour lui faire faire réponse , et la lui fit le chancelier en la présence du roi , ainsi qu'il s'ensuit :

Messire Guillaume, le roi a vu les lettres de monseigneur, et ouï la créance que lui avez dite , de quoi il a été bien content , et y avait eu ladite créance de belles paroles, qui lui ont bien plù. Au regard de certains articles que vous avez montrés à son conseil , le roi n'y entend rien , et au surplus la chose a trop duré , et en veut le roi voir la fin , et en effet est délibéré de n'en souifrir plus.

Ledit chancelier lui dit après : Messire Guillaume , prenez congié du roi , vous êtes expédié. Lors ledit messire Guillaume se mit à genoux devant le roi, et lui demanda : Sire, vous plaîtil rien mander à monseigneur ? lequel lui dit que non.

Après , ledit messire Guillaume dit audit chancelier et autres du conseil , qui étaient à ladite réponse , ce qui s'ensuit :

Mes eigneurs , je ne suis point clerc, et suis de gros entendement ; :e vous prie, baillez-moi celte réponse par écrit. Ledit chancelier lui dit que ce n'était pas la coutume , et en effet , il n'en put avoir autre chose.

k Le dauphin renvoya Courcillon avec Simon Le Cou-

» vreur, prieur des eélestins d'Avignon Ce prince fit

u repartir le prieur avec Gabriel de Bernes, seigneur de

» Targes. Leurs instructions étaient à peu près les mêmes

» que celles des députatious précédentes. (P. t\0.) »

(Comme les instructions des différentes dépurations que le dauphin envoya au roi, se rapportaient toutes à celles de Courcillon qu'on vient de voir et qu'elles teudaient plus à tromper le roi qu'à le satisfaire, je ne les répéterai point, et je me contenterai de rapporter les réponses que le roi y lit faire.)

Réponse rédigée dans le conseil du roi, pour être faite à messirc Guillaume de Courcillon , chevalier , et au prieur des célestins d'Avignon, envoyés devers ledit seigneur roi, de la pari de monseigneur le dauphin , le huitième juin , mil quatre cent cinquante-six .

JL/EUR sera dit que le roi a recules lettres closes que mondit seigneur lui a écrites , et ouï la créance que lesdits Courcillon et prieur des celeslins lui ont dite de bouche ; aussi a vu les deux instructions signées de mondit seigneur, qu'ils ont baillées devers le conseil du roi.

La première desquelles contient deux points : le premier, que mondit seigneur a été très-joyeux de ce qu'il a plu au roi avoir agréables les offres et présentations qu'il lui a fait faire par ledit Courcillon, et de la bonne réponse qu'il lui a faite, dont il le remercie tant que plus peut.

Le second , qu'il n'est chose possible en ce monde que mondit seigneur ne veuille faire pour avoir et demourer en la bonne grâce du roi.

La seconde instruction contient quatre points : le premier , que mondit seigneur offre faire tels sermens et sûretés qu'il plaira au roi , de le servir en\ ers et contre tous, sans nuls excepter , et de ne tenir parti que le sien j

Le second, qu'il est content de renoncer à toutes alliances, si aucunes en avait faites , et promettre de jamais n'en faire sans le sçu , congé et licence du roi ;

Le tiers , qu'il ne passera la rivière du Rhône sans le congé dudit seigneur ;

Le quatrième , qu'il plaise au roi être et demouré content de lui , et lui accorder l'humble requête qu'il lui a faite.

Et pour ce (pie par lesdites instructions ladite requête n'est point déclarée , le roi , qui désire procéder pleinement et par . laires et eutendibles paroles , ainsi qu'en telles matières se doit faire , quand on a vouloir de venir à bonne conclusion , a fait demander par 1 s gens de son con eil auxdits de Courcillon < ! prieur des célestin . comment mondit seigneur entendait la-

ditercquêle; à quoi ils ont répondu que mondit seigneur entendait icelle requête selon le contenu es instructions que ledit Courcillon apporta à l'autre fois qu'il vint devers le roi , par lesquelles instructions niondit seigneur faisait toutes pareilles offres que les dessusdites, parmi ce toutefois que mondit seigneur ne fût point tenu ni contraint à venir devers le roi , sinon quand il lui plairait , et que de sa personne et de ses serviteurs , il fût et démouràt à son bon plaisir et franc arbitre , sans être contraint. en cette matière , se non à sa volonté , et que de ce il plût au roi l'en assurer bien.

Après lesquelles cboses ainsi récitées , leur sera dit que ce qu'ils ont de présent dit et exposé , et les offres et requêies qu'ils ont faites , sont toutes pareilles eu effet à celles que ledit de Courcillon avait faites à l'autre fois , auxquelles le roi fit et fit faire dès lors très-bonne , douce et raisonnable réponse ; car il lui fit faire réponse par monseigneur son cbancelier , qu'il était bien content d'avoir vu les lettres de mondit seigneur , et ouï ce que ledit Courcillon lui avait dit , et qu'au regard desdites offres , réservé en tant que touche lesdites deux conditions , c'étaient bonnes et honnêtes ouvertures, et les avait le roi trèsagréables , et que quand le roi connaîtrait que mondit seigneur ferait par effet ce que bon et obéissant fils doit envers son père , en manière qu'il pût et dût prendre et avoir sûreté et confiance, que doresnavant il le voulsist servir et obéir, comme il est tenu, sans variation et sans jamais retourner aux termes du temps passé , le roi ferait ce que bon et naturel père doit à son bon et obéissant fils, par laquelle réponse le roi montrait bien le bon désir qu'il avait à ladite matière.

Et encore , en tant que lesdits de Courcillon et prieur des célestins disent à présent qu'il n'est chose possible en ce monde que mondit seigneur ne voulsist faire pour avoir la bonne grâce du roi, et des autres bonnes offres contenues èsdites instructions, le roi en est bien content et les a bien agréables , et voudrait que mondit seigneur le fit par effet .

.Mais au regard desdites deux conditions , c'est à sçavoir que mondit seigneur ne soit point tenu de venir devers le roi , se non à -a volonté, aussi que ses serviteurs lui demourent à son plaiir , le roi est bien émerveillé comment il persiste et s'arrête aux deux dites conditions , attendu qu'elles sont répugnantes et contraires aux offres dessusdites , et en persistant en icelles , il ne montre pas qu'il ait du tout quitté le couragede la continuation des termes du temps passé , ne qu'il ait désir de venir en la bonne obéissance du roi son père , comme il est tenu de faire.

Et aussi, en voulant retenir avec lui les serviteurs qui ainsi

i,î HISTOIRE

le conseillent et conduisent , il semble qu'il veuille toujours continuer et persévérer en iceux termes , dont se pouvaient ensuir plus grands inconvéniens que jamais.

Sera aussi dit que depuis le département dudit messire Guillaume de Courcillon , mondit seigneur n'a pas montré qu'il se veuille humilier envers le roi, comme il est tenu , ne qu'il ait du tout ôté son courage de suivre le mauvais conseil et continuer les étranges termes qu'il a par long-temps tenus.

Car à l'autre fois que ledit Courcillon vint devers le roi , il rapporta deux instructions de mondit seigneur : l'une qui ne contenait que toutes bonnes et humbles paroles , desquelles le roi fut très-content et les eut bien agréables comme dit est ; l'autre qui contenait lesdites conditions, qui n'étaient pas raisonnables. Et incontinent après le retour dudit Courcillou , mondit seigneur envoya en plusieurs lieux et devers aucuns seigneurs de ce royaume, les instructions qui contenaient les choses humbles et raisonnables , en taisant les autres instructions qui contenaient lesdits conditions déraisonnables, et aussi en taisant la bonne, douce et raisonnable réponse que le roi lui avait faite, comme en voulant donner charge au roi qu'il avait refusé les choses raisonnables que mondit seigneur lui offrait.

El qui plus est, le roi -a vu certaines autres instructions et lettres closes que mondit seigneur a depuis écrites à plusieurs seigneurs du sang et autres du grand conseil , par lesquelles est faite mention qu'il avait envoyé devers le roi pour requérir la sûreté de sa personne et de ses serviteurs , sur quoi lui avait été faile bien étrange réponse; laquelle réponse mondit seigneur leur a envoyée par écrit en toute autre forme et manière qu'elle ne lui a été faite , et a tu et mué en autres termes les bonnes, douces et raisonnables paroles que le roi fil et fit dire audit de Courcillon , par lesquels apparaissait le bon vouloir et affection que le roi avait au bien et bonne conclusion de la matière , dont mondit seigneur , par raison , devait être moult content et joyeux.

Et en outre èsdites lettres que mondit seigneur écrivait à nosdits seigneurs du sang , est contenu qu'il les prie qu'ils veuil!< le plutôt que possible leur sera en ce monde , aller ou envoyer devers le roi , lui supplier d'octroyer les deux points dessusdils

Et au cas que sou plaisir ne serait de les lui octroyer , qu'il pi ùt au roi faire remontrer à aosdits seigneurs du sang et de son grand conseil, les déplaisan ces qu'il a envers monseigneur ledauphin, et les causes pourquoi, et qu'il s'excusera tellement , cj;i, Dieu , le roi , lesdits seigneurs et ceux de son conseil en devront . par raison, être contens, et que le roi, qui est prince de justice, n<

veuille concevoir une si grande mérencolie contre lui , sans que premièrement ses excusations soient ouïes , qui est chose qui ne se devrait denier au plus étrange du monde ; desquelles choses le roi a été hien émerveillé, et non sans cause; car, par lesdites paroles , mondit seigneur s'efforce de justifier les fautes et les tonnes qu'il a tenus le temps passé , en voulant donner à entendre que l'indisposition de cette matière tient au roi, non pas à lui. Et toutefois il n'y a nul , tant des seigneurs du sang qu'autres, qui ne connaisse clairement le contraire, et comment le roi a toujours été enclin à toute bénignité, et a mis grand'peine et s'est essayé maintefois par plusieurs douces et amiables voyes, à attraire et induire mondit seigneur à bonne obéissance , et à s'employer au service de la chose publique, comme il est tenu de faire.

Et a toujours le roi singulièrement désiré que mondit seigneur se voulsist reconnaître et gouverner comme bon et naturel fils doit envers su. père , tellement que Dieu , le roi , lesdits seigneurs du sang et tous ceux de ce royaume en dussent être joyeux et conlens ; et mèmement a ledit seigneur montré son bon vouloir par la réponse qu'il fit dernièrement audit messire Guillaume de Courcillon, laquelle est bien autre et d'autre substance que celle que mondit seigneur a envoyée par instruction auxdits seigneurs , ainsi que dessus est dit.

Et qui plus est , par les lettres et instructions que mondit seigneur a présentement envoyées au roi, par lesdits de Courcillon et prieur des célestins, appert très-clairement tout le contraire de ce qu'il a écrit et envoyé auxdits seigneurs par instruction ; car, par ce que mondit seigneur a envoyé au roi, il le mercie de ce qu'il a eu ses offres agréables , et de la bonne réponse qu'il lui a faite , qui bien est à démontrer qu'on ne lui a pas fait réponse étrange , ainsi qu'il a écrit auxdils seigneurs; lesquelles choses donnent bien grande présomption et apparence que mondit seigneur n'a pas volonté de soi mettre en son devoir, ain>i qu'il a fait dire , et n'a pas le roi , ne aussi n'ont ceux de son royaume , cause de le croire , s'il ne le montre autrement par effet. •

Et par les termes dessusdits appert bien si le roi doit être enclin de lui obtempérer en ce qu'il requiert touchant ses serviteurs, qui ainsi le conseillent, et par l'exhortement et suggestion desquels il s'est ainsi éloigné du roi, son père , et entretenu es ptranges termes qu'il a tenus et qu'il tient.

Et an regard des excusations que mondit seigneur prétend , BOUS o cramtrs qu'il dit avoir; véritablement il doit

bien avoir crainte de l'offense qu'il a faite envers Dieu , enver*

le roi , son përe , et toute la chose publique de ce royaume, de si longuement avoir persévéré et continué es termes du temps passé ; mais il ne doit pas avoir crainte de venir à la bonne obéissance et miséricorde du roi, considéré la grand' bénignité, douceur et clémence qui est en lui , et dont il a toujours nsé même envers ses ennemis. Et n'est en ce monde chose qui tant dût assurer mondit seigneur que de soi trouver en la bonne grâce du roi ; car , Dieu merci , il n'a point été vu jusques ici que le roi ait tenu aucuns mauvais termes à ceux qu'il a reçus en sa bonne grâce , et à qui il a pardonné.

Cette réponse ayant été lue aux envoyés du dauphin , le roi prit la parole et leur dit :

J'ai ouï ce qu'hier vous me dites de par mon fils le dauphin . et aujourd'hui ai vu ce que m'avez baillé par écrit touchant ladite matière, laquelle chose j'ai fait lire en la présence de ceux démon conseil qui sont ici , et ne puis trop m'émerveiller de ce que vous dites que mon fils a pris la réponse que je vous avais faite l'autre fois , si étrangement , et qu'il en avait été courroucé et déplaisant ; car il semblait bien aux seigneurs du sang et aux gens de mon conseil que la réponse était si douce, si gracieuse et si raisonnable , qu'il s'en devait bien éjouir et contenter, et l'avoir pour agréable.

Vous avez touché deux points es choses que vous m'avez dites , et me semble que c'est toujours le vieil train , et que mon fil» veut que j'approuve son absence , et les termes qu'il tient de ne vouloir venir devers moi, qui serait nourrir l'erreur qui a été long-temps en ce royaume , que l'on disait que je ne voulais pa» qu'il y vinsist, laquelle chose, comme chacun peut assez sçavoir, ne vint onc de moi , et eusse été bien joyeux que despieça il y eût été, pour s'être employé avec les autres au recouvrement de ce royaume , et à débouter les ennemis d'icelui , et avoir sapait en l'honneur et es biens, comme ils ont eu. J'ai désiré sa venue par devers moi, non pas tanl pour moi comme pour lui ; car combien que ce me serait bien grand'joye et plaisir qu'il y fût , et de le voir et parler à lui, toutefois principalement je l'ai désiré et désire pour le bien et honneur qui lui en peuvent advenir, et quand il y serait et que j'aurais parlé à lui, et dit et déclaré des choses que je ne lui écriraisni manderais par autres, je croisqu'il en serait bien joyeux et content, et n'aurait ja volonté de s'en retourner ; et se ainsi était qu'il s'en voulsist retourner après que j'aurais parlé à lui , faire le pourrait sûrement , ainsi qu'autrefois je vous ai dit. Et aussi ><• ainsi esl qu'il n'y veuille venir, mais se absenter toujours de ma présence . ainsi que jusques ici il a fait,

j'aime mieux qu'il le fasse de soi-même et par son vouloir , et l'avis de ceux qui le conseillent, qu'y bailler mon consentement • et m'ébahis bien d'où lui viennent ces craintes dont vous avez parlé ; car il me semble qu'en si long-temps qu'il a été absent d'avec moi , il a eu assez espace pour se devoir assurer et aviser à son cas d'oii peut venir ceci. C'est une chose bien merveilleuse qu'il refuse à venir devers celui dont les biens et honneurs lui doivent venir ; et d'autre part il se delfuit , éloigne et ne veut voir mes bons et loyaux sujets , qui se sont si honorablement et vaillamment employés es grandes affaires de ce royaume , et à résister aux entreprises des anciens ennemis d'icelui, et des autres qui font voulu grever, et pour les grands services qu'ils ont faits sont de loyauté bien éprouvés ; desquels, pour les termes qu'il leur tient, et qu'il ne vient point devers moi, il ne peut avoir leur amour, ainsi qu'il aurait, s'il était avec moi , et qu'il parlât et fréquentât avec eux , comme il appartient et dont je m'acquitte. Mes ennemis se fient bien en ma parole et en ma sûreté , et quand je lésai eus en ma volonté, et que même ils étaient abandonnés de ceux de leur parti , si sçait chacun que je ne leur ai pas fait cruauté. El maintenant mon fils ne se fie pas en ma sûreté pour venir par devers moi , en quoi il me semble qu'il me fait petit honneur ; car il n'y a si grand seigneur en Angleterre , combien qu'ils soient mes ennemis , qui ne s'y osât bien fier , et serais bien déplaisant que sous ma sûreté il lui fût fait quelque chose qui lui fût préjudiciable ; et, quand j'aurais ce vouloir , pensez-vous que je sois si impuissant et mon royaume si dépourvu, que je ne l'eusse bien là où il est? Pensez-vous que je prenne sûreté de mon fils telle que je voudrai , sur les choses dont vous m'avez parlé ? Je n'en ai pas eu grand besoin jusques ici , et encore ne vois-je point qu'il soit nécessité de le faire , Dieu merci ; et quant à la provision qu'avez requise pour lui, comme autrefois ai dit, quand il viendrait devers moi pour faire son devoir, voire moins que devoir, et soi employer au bien delà chose publique , -i qu'il appartient, je ferais envers lui et lui donnerais telle et si bonne provision , qu'il devrait être bien content ; et se je le faisais ainsi que le requérez, ce serait nourrir l'éloignement qu'il a eu si long-temps de moi. J'espère qu'ils ne me le conseilleraient pas , et s'ils me le conseillaient onc, si aimerais-je mieux qu'ils le fissent d'eux-mêmes que d'y donner mon consentement, et est a faire à ceux qui le conseillent et tiennent en ce train , de lui bailler ladite provision , et non pas à moi.

Autre réponse faite de la pari du roi à Gabriel de Bernes et au prieur des çélestins d'Avignon , envoyés de monseigneur le dauphin, le 20 août 1^56.

Le roi a ouï ce que vous , Gabriel de Bernes et prieur des çélestins , lui avez dit et exposé de par monseigneur le dauphin , qui n'est en effet autre chose que ce qu'autrefois il lui a fait sçavoir par messire Guillaume de Courcillon, et depuis par ledit messire Guillaume, et vous , prieur des çélestins ; à quoi dernièrement vous fut faite réponse en sa présence, et depuis baillée par écrit, telle et si raisonnable que par raison mondit seigneur s'en devait bien éjouir et contenter ; et comme cohtieut ladite réponse en substance , et outre plus ainsi que vous dit le roi de sa bouche , le plus grand plaisir que le roi pourrait avoir , ce serait que mondit seigneurie dauphin soit enclin et disposé de le servir et obéir, et soi employer au bien de la chose publique de ce royaume, ainsi comme il est tenu de faire , avec ce avoir et être accompagné de gens notables qui le servent et induisent à toutes choses qui soient à son honneur ; et encore de présent et de rechef il vous fait dire qu'au regard des requêtes que mondit seigneur lui a autrefois fait faire par messire Guillaume de Courcillon et vous , c'est à sçavoir qu'il lui plaise lui pardonner les déplaisances du temps passé , le recevoir en sa bonne grâce et se servir de lui ; aussi au regard des offres, c'est à sçavoir défaire delelssermens et bailler telles sûretés et promesses qu'il plaira au roi , de le servir et obéir envers et contre tous , de soi départir de toutes alliances qu'il aurait faites , et plus n'en faire sans son plaisir, et de ne passer le Rhône sans son congié et licence, le roi les a eues et encore a très-agréables , les accepte, et en est très-content ; mais au regard des conditions que mondit seigneur y apposait ; c'est à sçavoir qu'il ne fût point tenu de venir devers le roi , et aussi que ses serviteurs lui demourent à son plaisir, et que touchant cette matière mondit seigneur ne soit contraint , sinon à sa volonté, le roi n'a pas été et n'est pas conseillé de lesJdÊËCtroyer . car ce sérail déroger el venir contre les requêtes HPres qu'il a faites , et en lui accordant qu'il ne vinsist devers lui , il approuverait son absence el le> termes qui oui été tenus le temps passé. Aii^-i , -ois venir , mondit seigneur ne pourrait faire le serxice qu'il est tenu faire au roi et à la chose publique de ce royaume ; et en lui laissant entour lui ceux qui ainsi l'ont conduit et conseillé , ce ne serait pas pour radresser cette matière , ainsi que le roi le désire , et qu'il e>t besoin pour le bien et honneur de mondit seigneur. Et jaçait ce qu'autrefois et encore puis n'a guères par deux fois, le roi ail été content de recueillir et

recevoir moudit seigneur en sa bonne grâce , en faisant ce que «lit est , encore de recbef et à présent le roi est content de le recueillir eu sa bonne grâce , le recevoir comme bon et pileux père doit à son bon et obéissant fds , et lui pardonner et oublier toutes les déplaisances du temps passé , pourvu qu'il vieune envers lui, ainsi que bon et obéissant fils doit faire envers un tel père , sans réservation des conditions dessusdites , qui n'ont semblé et ne semblent être bonnes ne raisonnables ; et pour ce qu'autrefois noire saint père a écrit au roi de cette matière , afin qu'il soit averti de son bon vouloir, et du devoir où il se met, le roi a bien voulu vous faire faire cette réponse en la présence demondit seigneur le cardinal , lui présent ; et aussi vous veut bien faire dire que se mondit seigneur à cette fois ne se met en son devoir envers le roi, vu la douceur et bénignité que le roi lui montre, l'intention du roi est de faire procéder contre ceux qui ainsi le conduisent et conseillent, selon que la matière le requiert.

« Dammarlin écrivit au roi que le dauphin faisait ar- » mer tous ses sujets. (P. ^6. ) »

Lettre du comte de Dammartia , sur les desseins de monseigneur le dauphin.

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