‹ Œuvre de DuclosChapitre 18 sur 25 · DE PAR LE ROI · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROI

±N otre amé et féal , nous 'enons que sçavez assez comme puis aucun temps en ça, notre très-cher et très-amé fils le dauphin a envoyé par devers nous à l'une fois Guillaume de Courcillon, et à l'autre fois ledil de Courcillon et le prieur descélestinsd'Avignon ensemble , et dernièrement Gabriel de Bernes et ledit prieur des célestins, à tous lesquels nous avons fait et fait faire réponse trèsdouce et très-raisonnable , désirant le réduire et attraire par bénignité, douceur et clémence, et encore à la dernière fois avons fait faire réponse par notre chancelier en notre présence , et en la présence du cardinal d'Avignon , envoyé par deçà de par notre saint père le pape , aussi de notre conseil , auquel lors étaient beau-neveu de Calabre , et autres des seigneurs de la cour , que si notredit fils voulait venir devers nous , comme bon fils doit envers son père, nous étions content et prêt de le recueillir en notre bonne grâce , lui pardonner et oublier toutes les déplaisances du temps passé , et le recevoir comme bon et naturel père doit son bon et obéissant fils ; et , en outre ladite réponse , leur avons dit de bouche que l'un des plus grands désirs que ayons en ce monde est que notredit fils se gouverne bien , et que si par jeunesse il a par ci-devant été mal averti, dorénavant qu'il est en âge de soi connaître , il mette peine de redresser son fait et se réduire envers nous , comme il est tenu de faire , et que s'il faisait aucun doute , ou qu'il eût aucune crainte ou soupçon , quand il nous en avertirait , nous lui assurerions tellement , que raisonnablement il en devrait être content et n'aurait cause de rien craindre; mais néanmoins jusques-ci ilne l'a voulu faire ; encore a été si très-mal conduit et conseillé, que toujours il a persévéré à dire qu'il ne voulail venir devers nous , ne se trouver en notre présence , qui est chose bien étrange à considérer de fils à père : et, qui plus e-.t , avons sçu que, dès sitôt qu'il a ouï les rapports desdits Gabriel de Bernes et prieur des célestins, et par eux sçu la réponse que lui avons faite , de laquelle raisonnablement il se devait moult éjouir, incontinent icelui notre fils s'est subitement

parti et absenté du pays de Dauphiné, où il était, et a laissé et abandonné vous et les autres habitans d'icelle , sans garde et ordonnance ni conduite , dont avons été bien émerveillés : :uêmement que considérées les choses dessusdites, et la grande douceur et bénignité que lui démontrions, il ne peut avoir quelque cause de ce faire ; et pour ce que par l'exliorlemeut ou suggestions de ceux qui ainsi le conduisent ou d'autres qui volontiers entreprendraient sur ledit pays, se pourraient faire des choses qui tourneraient à la grande foule et charge d'icehii , qui , après tant de grandes charges et oppressions qu'ils ont supports es le temps passé, n'ont pas métier d'avoir foule ; nous qui toujours avons à mémoire les grands , bons et loyaux services que ceux dudil pays du Dauphiné ont de toute ancienneté faits à la couronne de France , et memement la bonne et loyale obéissance qu'ils nous ont gardée sans vaciller, du temps clés guerres et divisions qui ont encouru en ce royaume; que aussi serions très-déplaisant de les laisser ainsi abandonné,, et voir sur eux venir quelque oppression ou chose grévable, considérant que le fait dudit pays nous touche, et les successeurs de nous et des nôtres en la couronne de France , avons envoyé en notre ville de Lyon nos chers et féaux cousins le sire de Lohéac , maréchal de France, et le sire de Bueil , comte de Sancerre , notre amiral, pour obvier aux inconvéniens qui pourraient advenir, aux entreprises qu'on voudrait ou pourrait faire ou prendre audit pays, et avec ce avons intention de brief nous tirer es marches de par de là , pour donner à tout si bon ordre et provision que ce soit à votre bien , soulagement et consolation , et de tous les autres habitans dudit pays , et en manière que aucun inconvénient n'y adviendra, lesquelles choses écrivons présentement aux habitans des bonnes villes dudit pays pour les avertir de notre intention ; aussi en avonsnous bien voulu écrire à vous et autres prélats et seigneurs dudit pays de par de là, confians de vos bonnes loyautés et prud'homales , et que de votre part avez toujours désiré la sûreté, bien et utilité dudit pays, afin que es affaires qui surviendront en icelui, ayez recours à nous, et vous adressiez à nosdits cousins, lesquels, comme dit est , avons envoyés par de là pour y donner par eux et vous ensemble la provision telle qu'il appartiendra ; sile faites ainsi, et tellement vous y gouverniez que par votre bonne prudence en deviez être pour recommandé envers nous. Donné au Chaselard , le onzième jour de septembre. Signé , Charles.

j ., HISTOIRE

Lettre du duc de Bourgogne au roi, écrite le 19 septembre , et reçue à Lyon le 18 octobre.

(Dans cette lettre on voit que le duc n'était pas encore instruit de la sortie du dauphin, tant la communication était lente et difficile , entre les princes même , avant l'usage des postes. )

1VJ.0N très-redouté seigneur, tant et si très-humblement comme je puis, je me recommande à votre bonne grâce; et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que j'ai reçu vos lettres, données à Nades , le vingt-quatrième jour de juillet dernièrement passé , lesquelles vous a plu m'envoyer par le chevaucheur de votre écurie , porteur de cette , faisant mention comment environ le mois de mai dernier passé, mon très-redouté seigneur , le dauphin vous écrivit et envoya ses lettres par messire Guillaume de Courcillon, chevalier, ensemble certaines instructions, contenant aucunes requêtes et offres qu'il vous faisait, desquelles fûtes très-joyeux, et les acceptâtes bien voulentiers , espérant qu'il se voulsist réduire envers vous, comme il était tenu , selon que lesdiles offres le démontraient , et lesquelles étaient bonnes et raisonnables, si elles eussent été faites franchement et sans réservation , et sans aucunes conditions déclarées en vosdites lettres ; desquelles réservations et conditions n'avez pas été content, ne aussi de ce que luondit seigneur a écrit à aucuns seigneurs et princes de votre sang , et autres de vos conseillers, que lui aviez fait faire bien étrange réponse, et icelle leur envoyé en toute autre forme qu'elle ne lui avait été faite, ainsi que toutes ces choses sont plus à plein contenues en vosdites lettres ; sur le rontenu desquelles, mon très-redouté seigneur, plaise vous sçavoir que j'ai été et sui> tris-déplaisant de ce que cette matière . laquelle en ce diffère et demoure longuement, n'a été et n'est appàisée au bon plaisir de vous et au bien de la chose publique de votre royaume ; et est vrai que mondit seigneur , depuis la date et réception de vosdites lettres , m'a envoyé des arbalètes par Odet Daidie , son serviteur, auquel j'ai parlé et devisé de cette matière bien au long pour en sentir, et entends, par ce que ma dit icelui Odet Daidie , que mondit seigneur est désirant de tout son cœur retourner et demourer en votre bonne grâce , dont j'ai été et suis très-joyeux , et veu son bon vouloir , et aussi que par vosdites lettres et par la réponse que aviez faite à mondit seigneur le dauphin , vous , meu d'affection paternelle, vouliez mettre en oubli le temps passé, je vous supplie très-humblement , que en ensuivant icelle votre affection et bonté paternelle, et sans avoir regard à ce que , comme l'on vous a rapporté , mondit seigneur

peut avoir écrit à aucuns princes de votre sang , ainsi que le contiennent vosdites lettres, vous contentiez de lui, en recevant l'obéissance qu'il veut , et que comme fils , il est tenu de faire à vous son seigneur et père ; car ce sera à Dieu être plaisant, et à tout votre royaume chose très-profitable. Mon très-redouté seigneur , j'ai retenu et fait demourer longuement par deçà ledit chevaucheur, pourl'occupation que j'ai eue en ma présente armée jusqu'à présent , ainsi que par lui le pourrez sçavoir, s'il vous plaît ; vous suppliant très-humblement non avoir à déplaisir sa longue demoure , et qu'il vous plaise moi mander et commander vos bons plaisirs et commandemens , pour y obéir et y faire et accomplir de mon petit pouvoir , de très-bon cœur et voulentiers , comme raison est et tenu y suis; priant le Saint-Esprit, mon trèsredouté seigneur, qu'il vous ait en sa digne garde, et doint trèsbonne vie et longue , avec accomplissement de tous vos hauts et nobles désirs. Ecrit en mon ost à Wilp , le dix-neuvième jour de septembre 1 44^- Votre très-humble et très-obéissant, Philippe , duc de Bourgogne et de Brabant , etc.

A mon très-redouté seigneur, monseigneur le roi.

Lettre du duc Philippe de Bourgogne , à Charles VII , sur la retraite du dauphin.

IVl on très-redouté seigneur, tant et très-humblement comme je puis , je me recommande à votre bonne grâce , et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que depuis la date de mes lettres, que je vous écrivis par Perinet , chevaucheur de votre écurie, porteur de cette , j'ai eu nouvelles que mon très-redouté seigneur, monsieur le dauphin de Viennois était allé en pèlerinage à monsieur S. Claude, et de là s'était allé ébattre devers mon cousin le prince d'Orange , en son hôtel de Vers, lesquelles nouvelles je dis tantôt audit Perinet, pour les vous rapporter, et pour cette cause ai délayé de expédier icelui votre chevaucheur, en attendant j'avais nouvelles plus avant de cette matière ; et depuis ai eu nouvelles que mondit sieur le dauphin , lui étant audit lieu de Vers, a mandé venir devers lui le sieur de Blammont , mon maréchal de Bourgogne, auquel il a requis le vouloir accompagner jusques devers moi , ce que mondit maréchal ne lui a osé refuser , et comme m'a écrit et fait sçavoir icelui mon maréchal , il s'en y vient ; de laquelle chose , mon très-redouté seigneur , je ne me donnais point garde , et en ai été bien émerveillé , et vous en avertis , comme raison est ; et , s'il est ainsi, vous sçaurez, mon très-redouté seigneur , que pour honf£ ir -!e vous , de lui et de votre noble maison , raison veut et

enseigne que je lui fasse tout honneur, révérence el plaisir , que pour vous bonnement, ainsi qu'il appartient et comme faire le dois, et oyrai voulentiers ce qu'il lui plaira moi dire et déclarer, et après le vous signifierai ; car Dieu sçait que de tout mon cœur , je serais désirant qu'il fut toujours en votre bonne grâce , et se acquittât envers vous , ccmme bon fils doit faire envers son seigneur et père , en quoi de tout mon loyal pouvoir je me voudrais employer se l'opportunité s'y adonnait, moyennant votre bon vouloir et plaisir. 3Ion très-redouté seigneur, plai>e vous toujonrs moi mander et commander vos bons pi; isirs et commandemens, lesquels je sm> et serai tout prêt d'accomplir de tout mon loyal pouvoir, comme raison est, à l'aide du benoist fils de Dieu , auquel je prie qu'il vous doint bonne vie et longue , accomplissement de vos très-hauts et nobles désirs. Ecrit à Dtrecht, le vingt-cinquième jour de septembre. Votre très-humble et très-obéissant , Philippe, duc de Bourgogne et de Biabant. Reçue à Lyon, le 18 octobre i^56.

Le lire du duc de Bourgogne au roi.

JVlON très-redouté seigneur , tant et si très-humblement que je puis, je me recommande à votre bonne grâce, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur, ([n'en ensuivant ce que n'a guères vous ai écrit par Perinet , chevaucheur de votre écurie , j'envoye présentement par devers vous mon anié et féal cousin messire Jean de Croy , sieur de Chimay, mon grand bailli de llaynault , et messire Simon de Lalain, sieur de Montiguy, mes chambellan?; maître Jean de Clugny, maître des requêtes de mon hôtel et Toison-d'Or , mon roi d'armes , tous mes conseillers, auxquels trois j'ai chargé et ordonné de vous dire et exposer et supplier aucunes choses de ma part. Si vous supplie, mon très-redouté 6eigneur , tant et si très-humblement comme je puis , que les dessusdits mes conseillers il vous plaise de votre grâce brnignement ouïr , et à ce que cette fois ils vous exposeront el "»np|jlieront , ajouter pleine foi et crédence : vous suppliant eu oulre , mon £rès?redouté seigneur, qu'il vous plaise de votre grâce f; ire expédier iceux mes conseillers et ambassadeurs, le plus brief qu'il vous viendra à plaisir, et par eux el tous autres moi mander el commander' vos bon> plaisirs et commandement» lesquels je suis et serai toujours prél d'accomplir, etc. De Bruxe'les, le vingMroisième jour d'octobre i |56. Votre très-humble el très-obéissant . Philippe , duc de Bourgogne et de Brabant. Il y a eneoVe une lettre de mémo teneur que celle-ci, du \

février i456, qui fiit reçue et répondue le 7 mars. C'étaient les mêmes ambassadeurs et le même héraut.)

Lettre de Monseigneur le dauphin au roi.

ox très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, tant et si très-humblement que je puis, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur , qu'en ensuivant les lettres que \011s écrivis de Saint-Claude, suis venu par devers mon bel-oncle de Bourgogne, qui, comme vous ai déjà écrit, pour l'honneur de vous, m'a fait et fait chacun jour très-bonne chère , dont de rechef je vous remercie tant que je puis ; auquel mon bel -oncle j'ai dit et déclaré mon fait bien au long, lequel, pour cette cause , envoyé présentement ses ambassadeurs par devers vous. Comme n'a guères par la réponse qu'ai faite à vos lettres qu'il vous a plu m'écrire par votre message , faisant mention de la réception d'icelles que vous avais écrites dudit Saint- Claude, vous ai écrit et fait sçavoir par votredit message : après le parlement ai eu nouvelles de mou pays de Dauphiné, que le maréchal Lohéac et l'amiral étaient venus à Lyon pour requérir de par vous être assurés que de noiredit pays ne des gens d'icelui, vous , votre royaume , ne vos sujets n'ayez aucun dommage ; de laquelle chose, mon très-redouté seigneur, ai été bien émerveillé , et suis , comment l'on peut penser , que d'icelui mon pays vous vînt aucun ennemi ou dommage, ne que je voulusse faire chose qui ne fût bien faite; car je n'eus onc vouloir ne pensée de l'avoir : vous suppliant très-humblement, mon très-redouté seigneur , de ainsi le tenir et croire, et partout être et demeurer content de moi et de mondit pays. Je l'ai dit à mon bel-oncle, qui semblablement en a été bien émerveillé , et a donné charge à sesdits ambassadeurs de vous en parler , et que si votre plaisir était en avoir sûreté, de la vous faire, ainsi que de ce, et autres choses par eux, quand vous plaira, serez plus à plein informé. Mon trè -redouté seigneur, je vous supplie qu'il vous plaise m'avoir et tenir en voire bonne grâce, et me mander et commander vos bons plaisirs, pour iceux faire et accomplir à mon pouvoir, au plaisir de notre Seigneur , qui par sa grâce vous donne trèsbonne vie et longue. A Bruxelles, le 26 octobre. Yolre trèshumble et très-obéissant 61s, Loys.

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Lettre du roi Charles VJl à Antoine de Chabannes , comte de Dammartin , après que monseigneur le dauphin se fut retire de son pays de Dauphiné , vers le duc de Bourgogne.

1M otre amé et féal , nous avons présentement été avertis que le bâtard d'Armagnac et Garguesalle doivent en brief venir en ce pays de Dauphiné , auquel avons disposé de donner provision , pour le mettre et entretenir en bonne sûreté , ainsi qu'autrefois avait été conclu et délibéré , vous étant par deçà; et par espécial avons ordonné pour pourvoir bien et honorablement à l'état et entretenement de notre très-chère et très-amée fille la dauphiné, laquelle toujours aurons en espéciale recommandation , comme notre propre fille. Et pour ce que, comme vous sçavez, ledit bâtard d'Armagnac et Garguesalle sont des principaux qui ont séduit et conseillé notre fils le dauphin à s'en être allé hors dudit pays , et à tenir les termes qu'il tient , et qui plus empêchent sa réduction et le redressement de cette matière ; parlez de par nous à beau-cousin de Savoye , et faites envers lui tellement qu'il envoyé incontinent et en toute diligence au pont de Seissel et autres passages de ses pays, jusques vers les marches de Bourgogne , pour sçavoir des nouvelles de leur venue, et y mettre si bonnes gardes que , s'ils y passent , l'on les prenne et amène par devers nous. Laquelle chose , si faire se peut, pouvez penser que ce serait grand bien et abrègement des matières touchant la réduction de notredit fils. Nous en écrivons semblablement au maréchal de Savoye , afin qu'il y fasse diligence de sa part, et n'en avons point écrit audit beau-cousin , pour ce que croyons que de brief il sera par deçà. Si faites en cette matière toute la meilleure diligence que pourrez, et en nos affaires vous employez , comme bien y avons la confiance. Donné à Vienne , le 2 de novembre. Ainsi signé , Charles; et plus bas , Le Comte.

Et au dos desdiles lettres était écrit : A notre amé et frai conseiller et chambellan le comte do Dammartin , grand panetier de France.

Ce que les ambassadeurs de monsieur le duc de Bourgogne . messire Jehan de Croj, seigneur de Chimay , grand bailli de Hainault , Simon </.- Lalain . seigneur de Montignj- , chevaliers , ses (hiimbcllans , messire Jehan de Clugny , maître des requêtes de son hôtel et Toison-d'Or , roi d'armes, conseillers , dirent au roi, à Saini-Saplicrieii-d\4uzon, le

samedi 27 de novembre i45(i , et baillèrent ensuite par écrit , le 5 décembre , Jehan de Clugnj portant la parole.

X remièrement , est vrai qu'au mois de septembre dernier passé , mondit sieur le duc étant au pays d'Utrecht , eut nouvelles que mondit sieur était en pèlerinage à Saint-Claude , et de là s'était allé ébattre devers monsieur le prince d'Orange , en son bôtel à Vers , au comté de Bourgogne; lesquelles nouvelles sçués, mondit sieur le duc manda Perinet , chevaucbeur de l'écurie du roi, venu devers lui , auquel il déclara et dit lesdites nouvelles , lequel lui avait apporté lettres de par le roi , et était déjà expédié , et lui requit afin que mondit seigneur le duc le pût avertir au vrai de cette matière , qu'il veut encore attendre , pour voir s'il aurait aucunes autres nouvelles; et eut mondit sieur le duc nouvelles que mondit sieur avait mandé à Vers le marécbal de Bourgogne , auquel il avait requis à sa grande instance , et si pitéablement que faire se peut, qu'il le vînt accompagner jusques vers mondit sieur le duc , ce que ledit maréchal ne lui osa refuser ; lesquelles nouvelles lui fit sçavoir mondit sieur le marécbal de Bourgogne, en lui écrivant que mondit sieur s'en allait tirer à lui, dont mondit sieur le duc s'en donna merveille, car il n'en doutait rien et ne s'en donnait garde, comme ces choses il écrivit au roi par ledit Perinet. D'autre part , mondit sieur le duc étant encore en son pays de Hollande, en sa ville de Dourdant, reçut deux lettres que le roi lui écrivait, l'une par Georges Bocuhet , donnée au Cbâtelar, le douze; et l'autre par un messagier, le vingt-huitième jour dudit mois, par lesquelles le roi lui signifiait les offres et les réponses faites à mondit sieur, sur les requêtes faites de par lui, par messire Guillaume de Courcillon et le prieur des célestins d'Avignon , premièrement ; et puis après , par Gabriel de Bernes et ledit prieur, afin que mondit sieur le duc fût averti comment, en toute douceur, le roi s'était toujours conduit, afin de le réduire et attraire à lui , et aussi afin que mondit sieur le duc ne lui donnât retrait , support, faveur ou aide ; comment mondit >ieur tient ces choses être en la noble mémoire du roi et de messieurs de son grand conseil : lesquelles lettres reçues par mondil ->ieur le duc , jaçait qu'il eût volonté d'aller devers mondit sieiu qui déjà était en la ville de Bruxelles, pour sçavoir la cause dt sa venue ; néanmoins obstant les grandes affaires qu'il avait lors en ses pays de Hollande , il n'avait pu venir à lui , mais différer sa venue jusqu'au quinzième jour d'octobre dernièrement passe, qu'il arriva en sa ville de Bruxelles , en Brabant , où il trouva mondit sieur, auquel a fait tout l'honneur, la révérence et la meilleure chière de réception qu'il a pu. et se mieux il eût pu

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et sçù faire, il l'eût fait et ferait très-volonliers, comme raison le veut, et tenu y est pour l'honneur du roi et de sa très-noble maison , au moyen de laquelle mondit sieur le duc repute et tient avoir les biens et seigneuries qu'il a ; comme aussi pour l'honneur de mondit sieur , et après sa venue audit Bruxelles, il expédia ledit (reorges et l'autre messagier , qui, de par le roi , lui avaient apporté lettres , ainsi que l'on peut voir par les réponses d'icelle-. lettres.

Et si mondit sieur a été reçu , ainsi que dit est , en la maison de mondit sieur le duc , le roi , à toute révérence parlant , n'en doit en rien être mal-content, i°. car mondit sieur est aîné, fils de France , auquel mondit sieur le duc, à ce moyen , tant pour l'honneur du roi que de sadite très-noble maison, dont il est issu , lui doit et est tenu lui faire révérence et honneur ; i°. car il est venu devers lui de si lointain pays, comme du Dauphiné , petitement accompagné, ainsi que prince désolé en grand'frayeur, es pays de Bourgogne , et de là , par dangereux trois passages es pays de mondit sieur le duc, à sçavoir à Luxembourg, à Namur , en Brabant , arrivé à Bruxelles à grandes journées , comme prince perdu , piteux, ébahi et dépourvu , et en tel regret et douleur de cœur, que chacun peut concevoir ; et cuide mondit sieur le duc , que s'il ne l'eût reçu , vu l'état , la disposition et le travail de sa personne oh il était pour lors, et le* grandes lamentations (ju'il faisait , que le roi n'eût eu cause d'être content de mondit sieur le duc : et qui plus est , si mondit sieur le duc lui eût refusé l'entrée de sesditspays et seigneuries, ou que l'on lui eût fait refus et contredit de le recevoir en sa maison , ce fût été charge d'honneur à mondit sieur le duc, si grande qu'à jamais cette faute n'eût été réparée , dont par aventure fût advenu quelque inconvénient qui eût été après imputé à mondit sieur, el Dieu sçait ce que toute France en eût pu dire , et les princes et le peuple français ; mais tous autres princes et nations chrétiennes qui eussent sçu cette rudesse avoir été faite à l'aîné, fils de la maison de France , dont mondit sieur le duc est parti, et en a les biens qu'il a , ce lui eût été charge d'iionneur perpétuelle et tache à sa maison qui jamais n'eût été îéparée, comme chacun peut clairement voir que le roi de sa grâce aime l'honneur de monsieur le duc autant que lui-même. Avec ce, doit-on bien considérer qu'avant que mondit sieur arrivât en ces pays de Brabant, mondit sieur était ja à Bruxelles, dont ne sçavait rien mondit sieur le duc , sinon en la manière dite.

D'autre côté , mondit sieur le duc avait cette intention de ouïr les causes de la venue de mondit sieur en sesdits pays, com me écrit l'avait au roi , afin que si rien y avait où il se put employer

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pour le réduire et altraire au roi , qu'il le fit, et qu'il a Voulenté au plaisir de notre seigneur de faire, se c'est son bon plaisir ; car il est tenu de pourchasser l'honneur , le bien , l'union et la prospérité du roi et de sa maison , ce à quoi voudrait employer et corps et chevance. Si supplie au roi mondit sieur le duc , qu'attendu ce que dit est, et que pour honneur du roi et de sa trèsnoble maison , à toute correction parlant , il le devait ainsi faire , et y garder son honneur , lui plaise être de ladite réception content , et qu'il soit certain que ce qu'il a fait et fera en cette matière, est tout à bonne fin, et qu'il n'entendait faire chose qui , au plaisir Dieu, doive au roi déplaire.

En outre est vrai que depuis que mondit sieur le duc est arrivé à Bruxelles, il a eu plusieurs devises avec mondit sieur et selon que mondit sieur le duc a senti de lui , il a une merveilleuse et anière déplaisance en soncœnr , de ce qu'il s'est treuvé et treuve en la mal-grace du roi , et qu'il n'est pas de lui , ainsi qu'il devrait , et n'est chose au monde que tant il désire, comme raison veut , que d'être en sa bonne grâce, et le servir si avant que bonnement lui est et sera possible , comme bon et obéissant fils doit faire son seigneur et père.

Et en espécial est mondit sieur moult déplaisant et en grand'douleur, de ce que ses humbles requêtes et supplications qu'il a fait faire au roi par sesdits ambassadeurs , mêmement par ledit Gabriel de Bernes et prieur des cèle tins d'Avignon , n'ont pas eu aucun effet, nonobstant que ses offres ayent été acceptées par le roi ; et jaçait ce que le roi les ait par ci-devant , comme il a écrit à mondit sieur le duc, conduites en toute douceur, néanmoins encore fera-t-il grand bien et aumône de le ainsi faire, et le supporter et traiter doucement, en ayant regard à sesdite^ requêtes , et en élargissant à ce faire sa piétable amour qui vaut toute amour.

Mondit sieur a semblablement dit et remontré à mondit sieur le duc , que lui étant dernièrement à Saint-Claude , par les lettres qu'il écrivit au roi, lui signifia son allée par devers mondit sieur le duc, pour deux causes : l'une pour sçavoir son intention touchant le saint voyage de Turquie , en quoi mondit sieur a grand désir soi employer comme il dit, du bon plaisir toutefois du roi, attendu que par notre saint père il en a été requis, et nue par la licence et consentement du roi, il a pieça accepté la <harge de gonfalonier de l'église ; et l'autre cause était pour requérir mondit sieur le duc qu'il veuille être moyen et interces- MUir par devers le roi, afin qu'il pût être et demeurer en sa bonne grâce. De l'intention de mondit sieur le roi en a été pleinement -informé touchant ledit saint voyage , p?rce que

\-n HISTOIRE

montlit sieur le duc l'en a fait avertir, et toujours il est eu ce propos, sans y avoir rien changé, ainsi qu'il a dit à mondit sieur; et pour cette cause, a mondit sieur le duc pieça envoyé devers l'empereur et le roi Lancelot , et autres princes d'Allemagne , ses ambassadeurs notables, pour y prendre finale conclusion , lesquels ne sont encore venus, mais en attend chacun jour avoir nouvelle.

Et en tant que touche mondit sieur , lequel comme prince catholique , et issu de la très-chrétienne maison de France, a grand et haut vouloir de soi employer du bon plaisir du roi, semble à mondit sieur le duc, à la très-noble correction du roi , qu'il doit ce interpréter en tout bien, en connaissant son haut et grand vouloir, et si le plaisir du roi est qu'il entreprenne ledit saint voyage , et de le faire accompagner de gens en nombre , tel qu'il appartient à prince de la maison dont il est issu , mondit sieur le duc sera bien content et très-joyeux de suivre et accompagner mondit sieur audit saint voyage , et d'y aller sous lui , si de ce le roi est content.

Supplie au roi, en toute humilité , de par mondit sieur le duc , qu'en préférant pitié et miséricorde paternelle à rigueur , il plaise au roi ôter de son courage tout mal-contentement qu'il a eu par ci-devant à l'encontre de mondit sieur, être content de lui , et l'avoir et tenir en sa bonne grâce.

Au surplus mondit sieur le duc a entendu que depuis le département de mondit sieur du pays du Dauphiné , le roi est arrivé audit pays de Dauphiné, doutant que d'icelui ne lui soit fait ou porté aucun dommage , ce qui n'est mie vraisemblable, et quelque chose qu'on lui donne à entendre, mondit seigneur ne le veut penser pour rien qui soit; mais dit mondit sieur qu'à son département il a mis bonne provision audit pays, en laissant ses officiers pour le gouvernement d'icelui; par quoi mondit sieur le duc supplie au roi que de ce soit content , et de sa grâce se veuille déporter pour l'honneur de mondit sieur le duc, et si le roi y a aucun regret ou qu'il y fasse aucune difficulté, mondit si<mr l'apurera tant et si avant qu'il sera content . à quoi faire, se le plaisir du roi y est, mondit sieur le duc se

uijtloyera volontiers. I t pour ce que cette matière requiert communication , et qu'elle ne sera point entendue, se communiquée n'est , les ambassadeurs supplient au roi que son plaisir soit députer aucuns de messieurs de son conseil, avec lesquels ils communiquent , afin que le tout lui soit rapporté , pour y faire réponse.

C'est la cause que mesures Jehan de Croy et Simon de Lalain . chevaliers, M*. Jehan de Clugny et Toison-d'Or , ronseiller* df

monsieur Je Bourgogne , ont proposée devant le roi , par ledil M . Jean de Clugny , le samedi vingt-septième jour de novembre i456, à St.-Saphorien-d'Auzon ; et aujourd'hui cinquième jour de décembre ensuivant , audit an , l'ont baillée par écrit.

(La réponse du roi ne fut pas autre que celle qu'il avait déjà fait donner aux premiers envoyés du dauphin. )

« Aussitôt que les ambassadeurs de Bourgogne furent m de retour, le dauphin fit repartir Chimay et de Lalain » ou Lannoy , avec une lettre pour le roi , et un mémoire » contenant le détail de ses demandes. (P. 4&1.) »

Lettre du dauphin au roi.

1tJ oN très-redouté seigneur, je me recommande à votre grâce tant et si très-humblement comme je puis , et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur, que j'ai reçu les très-gracieuses lettres que par les ambassadeurs de mon bel-oncle de Bourgogne il vous a plù n'a guères de m'écrire, dont ai été et suis tant joyeux , que plus ne pourrais en louer et gracier Dieu et Notre- Dame , et vous en mercie si très-humblement , comme je puis ; par lesquelles vos lettres, mon très-redouté seigneur, et les avertissemens que par icelles il vous plaît de me faire , me suis enhardi d'oser envoyer devers vous , pour pourchasser mon fait ; pour laquelle cause j'y envoyé présentement messire Jehan de Croy , sieur de Chimay , mon cousin , et Simon de Lannoy , sieur de Montigny, chevalier , pour vous supplier et requérir en toute humilité , comme il appartient , qu'il vous plaise m'avoir et tenir toujours en votre bonne grâce , qui est la chose en ce monde que toujours ai plus désiré et désire , et avoir égard à mou fait , ainsi que j'ai chargé plus à plein les dessusdits vous dire et exposer, quand votre bon plaisir sera. Si vous supplie , mon très-redouté seigneur , qu'il vous plaise de votredite grâce , les ouir et croire , et ajouter pleine foi et créance à tout ce qu'ils vous diront de ma part , comme à moi-même, en me rnandani et commandant continuellement vos bons plaisirs et commandemens , pour iceux faire et accomplir, à mon pouvoir, au plaisir de Notre Seigneur , qui par sa sainte grâce , mou très-redouté seigneur , vous donne très-bonne vie et longue. Ecrit à Geneppe , le 22 décembre. Votre très-humble et très-obéissant fils, Lois.

Les propositions du dauphin sont intitulées : Effet des choses de quoi maudit seigneur se contenterait.

i°. Bien que monseigneur n'ait en rien offensé . ains l'ait été.

et qu'on lui ait ôté son pays de Dauphiné , il offre de requérir pardon, et qu'à tout le moins on lui restitue sondit pays qui lui appartient, pour en jouir comme il a accoutume , et la pension qu'il soûlait avoir de vingt-quatre mille livres. Par ainsi qu'il plaise au roi assurer mondit seigneur , qu'on n'entreprendra rien à i'encontre de sa personne ne de ses serviteurs.

2°. Et parce qu'il y a plusieurs des officiers et serviteurs du roi , qui ne se peuvent excuser que notre dit seigneur n'ait bien cause d'être malcontent d'eux, offre mondit seigneur, que, nonobstant quelques malveillances qu'il ait et peut raisonnablement avoir contre eux , qu'il sera content , s'ils se veulent employer pour ses besongnes et affaires , de bien pardonner et de ôter toute rancune et malveillance qu'il pourrait avoir contre eux, et fera et s'employera pour eux, pour le présent et pour l'avenir , tellement qu'ils auront cause d'être contens , et qu'ils connaîtront par effet , que sera leur bon serviteur , et ainsi les en assurera en toutes les manières qu'ils sauront désirer.

3°. Quant au présent, monsieur offre pour obtenir la bonne grâce du roi , pour laquelle il n'est rien à lui possible qu'il ne voulsist faire , de lui requérir par ses lettres signées de sa main, en toute révérence et humilité , comme il appartient , qu'il lui plaise lui pardonner toute déplaisance et malveillance qu'il pourrait avoir eues à I'encontre de lui, et s'il n'en est content, offre d'y envoyer madame sa compagne en propre personne , pour lui requérir pareillement en toute obéissance et révérence , qu'il lui plaise lui pardonner ; et si le plaisir du roi serait que mondit sieur requît le pardon par sa bouclie , mondit sieur offre que , s'il plaît au roi commettre et envoyer cely qu'il lui plaira pour le recevoir de par lui, qu'il le fera en propre personne à icelui , et lui requerra le pardon comme représentant la personne du roi , à genoux et par toutes les plus bonnêtes façons et manières qu'il sera avisé , et que bonorablement il le pourra faire.

( Le roi n'ayant point fait de réponse au daupbin , le duc de Bourgogne envoya, au mois de février 1^56, les mêmes ambassadeurs, avec des instructions absolument semblables aux premières. Le roi leur donna audience le 23 avril , à Saint- Priest en Dauphiné , en présence du conseil et de toute la cour , et leur lit donner la réponse suivante. )

Le roi est persuadé que monsieur de Bourgogne voudrait le daupbin d;ui> son devoir à l'égard de son père, et que les ambassadeurs pouvaient se souvenir qu'ils avaient assuré sa majesté à St.-Sapborien , que le duc ne voulait pas se rendre partie.

Que le roi soubaite que le dauphin donne des effets de ses

bonne-, paroles , et qu'alors il est prest de le recevoir en sa bonne grâce.

Que , sous prétexte que le neveu de Malortie avait rendu la ville de Quirieu , il avait voulu faire mourir l'oncle et le tenait encore en prison , pour ce qu'il est es pays du duc de Bourgogne , bien qu'il soit sujet du roi qui souhaite qu'on le délivre ; qu'après que les états ont envoyé à monsieur le dauphin une ambassade, des gens du dauphin se sont mis aux portes de Grenoble , pendant la tenue des états , et ont voulu résister au roi.

Quant au second point , monsieur le dauphin avait causé beaucoup de nouveautés dans le pays , y avait attiré beaucoup d'étrangers , leur avait donné places et seigneuries dont il avait dépouillé les seigneurs , et n'avait laissé aucun ordre convenable pour le bon gouvernement du pays. Sur quoi le roi n'avait pu moins faire que de le mettre sous sa main ; que , déplus, le dauphin avait aliéné partie du domaine, ce qu'il n'avait pu sans le consentement du roi.

( Pendant que le dauphin faisait assurer le roi de sa soumission , il faisait des actes bien opposés , et qui devaient de plus en plus irriter son père.)

/.dires par lesquelles Lors dauphin donne le gouvernement du Dauphiné à Jehan , bâtard d'Armagnac , ayant désappointe le sieur de Châtîllon , pour son infidélité.

Ijoys aîné, fils du roi de France, dauphin de "Viennois , comte de Valentinois et Dyois , à tous ceux qui ces présentes lettres voiront , salut. Comme à notre parlement de notre pays de Dauphiné , pour venir es marches de par deçà , devers notre trèscher et très-amé oncle le duc de Bourgogne , nous eussions laissé en icelui notre pays le seigneur de Châtillon , pour lors gouverneur de par nous dudit pays, espérant qu'il nous y eût servi bien et loyaulment, et nous garder ledit pays, comme , à cause de sondit office et autrement, il devait et était tenu de le faire, auquel trois ou quatre jours après notre partement , nous écrivîmes nos affaires , et les causes raisonnables qui nous avaient mus de partir et venir par deçà, et qu'il nous servît et acquittât à loyaulté , et nous gardât bien notredit pays , comme bon serviteur ; lequel nous fit réponse par ses lettres que si ferait , et mourrait et vivrait en cette querelle, et soit ainsi que nonobstant toutes les choses et plusieurs grands biens et honneurs que lui avons faitspar avant, il ait depuis mis eu faitmettrede sesadhérens gendarme-, et autres gens étrangers en icelui notredit pays, qui l'ont pillé et fourragé . et détruit nos hommes et sujets, et en- 2. 3l

core font à noire très-grand'déplaïsance ; aussi ait tenu et goiw ■\erne , tient et gouverne lesdïts pays en auhe nom que sous le nôtre , sans sur ce avoir de nous aucun congé , et été cause que plusieurs de nos vassaux d'icelui pays ont fait serment à autre qu'à nous, et mêmement à lui, au nom d'autres que de nous; et d'icelui pays ait chasse' tous ceux qu'il a pu sçavoir et sentir qui étaient nos bons serviteurs, et ceux qui ne s'en voulaient aller, leur faire faire commandement qu'ils eussent à vuider le pays dedans certain jour, sur peine de bannissement, et aucuns de confiscation de corps et de biens , et qui pis est , ait été cause que le revenu de notredit pays , duquel il a eu et a la plupart à son profit, ait empêché tellement , que depuis notredit parlement n'en eûmes un denier, ne aussi se la taille que nos hommes et sujets dudit pays nous avaient l'année passée octroyée, laquelle lui et lesdils adhérens et complices ont fait tourner autre part, et l'ont départie par entre eux et autrement, ainsi que bon leur a semblé; lesquelles choses il a fait de son mouvement , à l'encontre de nous , et en compétent de notre autorité et seigneurie , et aussi plusieurs autres mauvais cas , comme de ce sommes duement acertenés, et qu'il est tout notoire , sauf à les déclarer plus à plein en temps et en lieu ; lesquels cas sont dignes de grande punition, et dont il ne se peut excuser ; car qui les lui voulût faire faire par contrainte , il s'en pouvait venir devers nous , ce qu'il n'a pas fait , nonobstant que incontinent que fûtes arrivés en cestui présent pays , doutant par le train qu'on rapporta qu'il commençait à tenir , que ainsi en adviendrait , le lui mandâmes par nos lettres (.dites et signées de notre main , lesquelles lui envoyâmes par notre amé et féal conseiller et maître de notre hôtel , Avmart de Poisieu , dit Capdorat , qui encore avait charge expresse de lui dire de bouche , et le lui dit, dont il fut refusant, comme il appert assez; et pour ce, a confisqué ledit office de gouverneur; pour laquelle cause nous est de besoin, tant pour le bien de nous que de nos hommes et sujets d'icelui pays, de pourvoir audit office d'autres personnes à nous féables et agréables : sçavoir faisons que nous entièrement et à plein confians , comme bien raison est , des grand sens , noblesse , vaillance , prud'homie el bonne lovaulté, que par expérience sçavoir être en la personne de notre baile et féal conseiller et chambellan Jehan , bâtard d'Armagnac , seigneur de Tournon et de Gourdon ; considérant les bons, louables, agréables et continuels services qu'il nou> a faits par ci-devanl . fait chacun jour, et espérons que plus fesse au temps advenir , tant au fait de la guerre, que autrement en plusieurs et maintes manières, et que en noire grand'nécessilé il

nous a servi bien et loyaulment sans varier ne rien y épargner, et à cette cause laisse et abandonne tous ses parens et aniis, et ^es biens et héritages au pays de Gascogne , en adventure de les perdre, et aussi fait de très-grandes et insupportables dépenses à lui, maniement en ce présent pays, et es marches de deçà oii avons ja été, espace de dix-sept mois ou environ , parce que obstant notredite nécessité, nous n'avions de quoi lui aider ni subvenir à icelui. Pour ces causes et autres à ce nous mouvant , et pour aucunement le récompenser destlits services et dépenses, avons aujourd'hui donné et octroyé , donnons et octroyons de grâce espéciale par ces présentes , ledit office de gouverneur de nosdits pays de Dauphiné et comté que soûlait tenir et occuper ledit sieur de Châtillon , vacant à présent pour les causes dessusdites et autres à déclarer, comme dit est, faites par icelui seigneur de Châtillon , lequel pour icelles nous en avons déchargé et déchargeons par cesdites présentes, pour icelui office avoir, tenir et doresnavant exercer par notre dit conseiller et chambellan , aux gaiges , droits , profits , prérogatives , prééminences et autres émolumens accoutumés , et audit office appartenais. Si donnons en mandemens à nos amés et féaulx les gens tenans notre parlement et de nos comptes, et à tous nos autres justiciers et officiers présens et à venir, ou à leurs lieutenans, et à chacun d'eux , si comme à lui appartiendra , que icelui notre conseiller, duquel nous avons prins le serment en tel cas accoutumé, ils mettent et instituent, de par nous , en possession et saisine dudit office de gouverneur, ou son substitut pour lui, sur ce suffisamment fondé , en cas que en personne il n'y pourrait être , obstant nos autres besongnes et affaires, en prenant sur ce de sondit substitut le serment accoutumé, etd'icelui office , ensemble des gaiges , droits , profits , prérogatives , prééminences et autres émolumens dessusdits et qui y appartiennent, le fassent, souffrent etlaissent jouir et user pleinement et paisiblement , etlui obéissent et fassent obéir, et aussi audit substitut , en l'absence de notredit conseiller et chambellan , de tous ceux qu'il appartiendra es choses louchant et concernant ledit office ; ôte et déboute d'icelui le sieur de Châtillon , c't lequel pour les causes dessusdites et autres à déclarer, comme dit est, nous en ôtons par cesdites présentes, par lesquelles nous mandons aussi au trésorier de notredit Dauphiné qui à présent est, ou autre que par le temps advenir le sera, lesdits gaiges accoutumés , et ceux que prenait et avait ledit sieur de Châtillon à cause dudit office, quand étions en notredit pays, il paye, baille et délivre, ou fasse payer , bailler et délivrer doresnavant par chacun an à notredit conseiller et chambellan , aux termes et en la forme et manière en tel cas

accoutumés; et, en rapportant ces présentes ou vidimus d'icelles fait sous scel authentique pour une fois seulement, avec quittance sur ce suflisante , nous voulons tout ce qui payé et baillé lui en aura été , être alloué et compté , et rabattu de la recette dudit trésorier présent et advenir , comme dit est , par nos arnés et féaulx lesdits gens de nos comptes , et partout ailleurs oii il appartiendra , auxquels nous mandons ainsi le faire sans difficulté, nonobstant quelconques ordonnances , restrictions, mandemens et affaires à ce contraires. En témoin de ce , nous avons fait mettre notre scel à cesdites présentes. Donné à Bruges en Flandres , le vingt-quatrième jour du mois de janvier, l'an de grâce 1457.

Par monsieur le dauphin , les sires de Montauban , de Villers et de Beauvais , et plusieurs autres présens. Signé, Bolrré.

« Champdenier écrivit son sentiment au dauphin sur la maison d'Autriche. (P. 5i.) »

Lettre du commandeur de Champdenier au dauphin.

o.v très-souverain et très-redouté seigneur, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce, à laquelle plaise scavoir que puis que le sieur de Fenestrange et moi sommes venus par deçà , je vous ai écrit deux fois des nouvelles , car \\ n'est rien que je désire tant que de pouvoir faire quelque chose qui vous fût agréable. Depuis cely qui était élu roi de Bahaigne Bohême) , s'est fait couronner à Prague, lepremier jourde mai. par deux évêques de Hongrie, lesquels lui a envoyé cely qui est élu roi de Hongrie , lequel aussi entendait soi faire couronner à Bude à la Pentecôte ; mais les nouvelles lui sont survenuesque le Turc a prins tout le pays du feu despote de Rascie , et s'est accordé avec les héritiers dudit despote , et venu à grand puissance sur les fins de Hongrie, où il a de nouvel pris un château nommé Zereme,et tient le siège devant ]Sandorable,qui est la clef de Hongrie. Pourquoi ledit élu roi de Hongrie et le cardinal de Saint-Ange, légat t\u pape, le sont partis la semaine avant la Pentecôte à toute leur puissance, tant de croisiez que d'autres, pour résister, car il n'y a homme petit ne grand en ce pavs ne entour qui se nurave pour aider les Hongries , par dépit de ce qu'ils ont élu roi homme de si basse condition , dont est à douter que ledit duc gaignera pays en 1 longue cet été, ou que ledit élu de Hongrie fera trêve avec lui : ainsi sera la clin tien té en grand péril ; car l'empereur et les ducs Albert etSigismond d'Autriche , qui sont tous trois en cette ville de Vienne . et de-

DE LOUIS XI. ,7g

vraient résister audit Turc , sont en grand débat chacun joui . jusqu'au couteau traire à soi tuer, pour la succession du feu roi Lancelot. L'empereur dit qu'il doit avoir tout le gouvernement de la duchié d'Autriche , comme l'aîné ; chacun des autres deux dit qu'il n'y doit avoir que le tiers , comme chacun d'eux : nous nous sommes parforcés de les accorder, mais encore n'avons pu , obstant la grande ambition de l'empereur. Au fort nous avons tant fait , comme le roi nous avait commis , que nous avons accordés et joints ensemble les ducs Albert et Sigismond ; et ledit Sigismond a recouvré tout le pays que tenait ledit Albert près de Bàle , où vous fûtes autrefois, et crois que , se le roi y veut tenir la main , il aura ledit pays pour peu de chose , dont l'empereur est très-mal content ; car il croit que nous avons ceci fait. Nous t\nns été violentés et injuriés par ses gens en notre hôtel , cette semaine , et en péril de mort , comme vous dira messire Adolf' de La Marck, chevalier et docteur, conseiller de monseigneur le duc de Bourgogne, porteur des présentes, homme de trèsgrande vertu et qui m'a fait plusieurs plaisirs pour honneur de vous. Ce sont les dbns que l'empereur fait aux ambassades des princes ; comme aussi il a souffert faire à un des messagers de mondit seigneur de Bourgogne n'a guères. En vérité, quand j'avise ses conditions , tant plus j'y trouve à redire : car c'est un homme endormi , lâche, morne, pesant, pensif, mérencolieux, avaricieux , chiche , craintif, qui se laisse plumer la barbe à chacun , sans revanger , variable , hypocrite , dissimulant , et à qui tout mauvais adjectif appartient , et vraiement indigne de l'honneur qu'il a. Et si Dieu par sa grâce donnait que le roi , vous et mondit seigneur de Bourgogne fussiez en bonne intelligence , je ne doute point que la très-chrétienne maison de France en brlef eût en main et l'empire et les royaumes de Hongrie et de Bahaigne , et l'honneur de secourir la foi , laquelle si par le roi et vous n'est secourue , assez aura affaire ; et sais que plusieurs grands seigneurs et presque tout le commun peuple d'Allemagne s'attendent que ainsi advienne et le désirent. Et la nouvelle qu'avons eue que le duc de Bretagne, connétable de France, est allé devers vous, me fait espérer que ainsi adviendra. Mon très-souverain et très-redouté seigneur, le surplus des nouvelles vous dira ledit messire Adolf qui a tout vu et ouï ce qui se fait par deçà. Dedans huit jours prochains , ledit sieur de Fenestrange et moi , prendrons chemin à retourner devers le roi , oii s'il vous plaît aucune chose moi commander , auriez nouvelles de moi à Strasbourg. Au surplus , la femme de l'empereur nous a fait ouvrir la matière que, si le roi veut entendre à mariage entre le roi de Portugal et madame Magdeleine, votre belle-sœur.

48o HISTOTPtE

et monseigneur le duc de Calabre et de Lorraine et la sœur dudit roi , ia femme de l'empereur d'autre part se fait forte que le roi d'Aragon consentira que inondit seigneur de Calabre lui succède au royaume de Sicile , sans condition , et s'en pourraient ensuivre assez d'autres biens et alliances. Ce je vous écris, afin que vous en soyez avisé, et s'il semble possible, vous et mondit seigneur de Bourgogne en eussiez l'honneur, et si, comme trop simple, vous écris choses à moi non appartenantes, plaise à votre grâce de moi pardonner, qui suis et serai un loyal serviteur tant que vivrai. Ecrit à "Vienne en Autriche , le huitième jour de juin ijj58. Votre très-humble serviteur, Jehahde

Champdenter , commandeur de Strasbourg.

« Le duc d'Alençon était accusé d'avoir traité avec les

» Anglais On soupçonna le dauphin et le bâtard d'Ar-

» magnac d'èire ses complices. (P. 52.) »

Extrait ihj tarrét rendu contre le due d'Alençon, le 10 octobre i458, par lequel le dauphin et le bâtard d'Armagnac sont déclares innocens.

J Jisait , outre , le duc d'Alençon , qu'il a été mu de faire, inciter et émouvoir par lesdits messaiges lesdits Anglais à venir descendre en ce royaume , à la suggestion d'un nommé Mathieu , prêtre , duquel il ne savait le surnom , disant être de Lionnais, et serviteur du bâtard d'Armagnac, lequel, comme disait le duc d'Alençon , lui avait apporté lettres de créance sur le porteur d'icelles de par nolredit fils le dauphin , et aussi de par le bâtard d'Armagnac , desquelles lettres de notredit fils le duc d'Alençon, ainsi qu'il disait, faisait doute, pour ce qu'elles n'étaient pas selon la forme que nolredit fils lui avait accoutumé écrire, et aussi fait doute en la signature des lettres : sur laquelle chose et à sa requête eussent été examinées sur aucuues paroles, par aucuns commissaires et plusieurs témoins nommés par ledit d' Vlençou , serviteurs de son hôtel, lesquels affirmèrent avoir vu ledit prêtre , et aussi ledit maître Emond Galet , et se disait avoir communiqué avec ledit d' Uençon ; aussi eussent été silice interrogés les messagiers dndil d'Alençon, lesquels devaient savoir de ladite matière , si elle eût été vraie : par tous lesquels témoins n'avait été trouvée aucune chose de ce que dit est en cette partie par ledit d'Alençon ; ainçois aient déposé plusieurs choses qui donnent plusieurs présomptions au contraire , et eu outre disait ledit d'Alençon , qu'il n'eut onc lettres de notredit fils et a' a ouï parler de ladite matière à autre qu'audit Mathieu ,

et ne sçavait encore s'il disait de lui-même ce qu'il disait, et que ledit d'Alençon n'avait onc vu pouvoir ne instruction de notredit fils touchant telles matières ; et sur ce et autres choses eussent été faites audit d'Alençon plusieurs remontrances, par lesquelles eût apparu que c'était chose entrouvée par lui pour soi cuider, couvrir et donner couleur à sa charge, auxquelles remontrances ou la plupart d'icelles, ledit d'Alençon dit qu'il ne savait que répoudre ou autres semblables paroles d'autre effet; et outre plus icelui d'Alençon , en parlant dudit prêtre, et en répondant auxdites remontrances et aussi aux interrogations que sur ce lui avaient été faites, eût été vacillant et variant en plusieurs points et articles, comme tout ce appert plus amplement par ledit procès. Par quoi ne par quelques choses qui aient été dites par ledit d'Alençon , déposées par lesdits témoins sur ce examinés à sa requête , ne autrement par chose contenue audit procès , n'a été trouvée chose par quoi nous et notredite cour ne devons tenir, ne tenons notredit fils ne aussi ledit bâtard d'Armagnac aucunement chargés envers nous et justice.

« Charles VII ayant fait dire à son fils que lorsqu'il au- » rait quelque chose à demander, il devait s'adresser di- » rectement à lui , le dauphin lui en écrivit aussitôt une » lettre de remercîmens. (P. 5a.) »

Lettre du dauphin au roi.

[Mon très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, et si très-humblement- comme je puis, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur, que Geoffoi Leurault puis n'a guères me demanda s'il voyait mon bel-oncle le comte du Maine , si je lui voulais rien mander et pour le grand désir que j'ai toujours eu et ai d'être en votre bonne grâce , lui dis qu'il me le saluât , et que je lui priais qu'il eût mon fait pour recommandé envers vous , et qu'il s'y voulsist employer , laquelle chose e>t venue à votre connaissance , sur quoi vous a plu faire dire audit Leurault , par maître Guillaume Cousinot et maître Georges Iïavart en la présence de mondit bel-oncle ; comme vous ne pourriez croire qu'il eût dit lesdites paroles de par moi . attendu qu'il n'avait nulles lettres ni autres enseignes, et que si je voulais aucune chose envers vous , que j'y envoyasse homme qui s'adressât à vous avec lettres et instructions de ce que je voudrais , qui m'a été et est la plus grand'joye qui me pût advenir de connaître que votre plaisir est que je m'adresse à vous , et pour ce, mon très-redouté seigneur, j'envoye par

Î8a HISTOIRE

devers vous Houarte, mon premier varlet de chambre , auquel j'ai charge vous dire aucunes choses, vous suppliant qu'il vous plaise l'ouïr , croire et ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, comme à moi-même , et par lui ou autre me mander toujours vos bons plaisirs et commandemens pour les faire et accomplir à mon pouvoir et au plaisir de Dieu , qui , mon trèsredouté seigneur, vous ait en sa sainte garde, et vous doint trèsbonne vie et longue. Ecrit à Geneppe , le i3 décembre 1 458. Votre très-humble et très-obéissant fils , Loys.

(Le même jour le dauphin écrivit au roi pour lui confirmer la grossesse de la dauphine , dont il lui avait déjà fait part.)

Lettre du dauphin ou roi sur la grossesse d>- la dauphine.

IVIon" tres-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce , tant et si très-humblement comme je puis, et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que j'ai reçu les lettres qu'il vous a plu m'écrire , respousives à celles que vous avais écrites par Charles de Bigny, touchant la grossesse de ma femme, dont je vous remercie très-humblement ; et pour ce que je vous avais écrit que quand la chose serait plus apparente, et qu'on en pourrait juger plus sûrement , je le vous ferais savoir, je vous signifie, mon très-redouté seigneur , comme raison est , que , la merci de Dieu , parce qu'on en peut connaître , la chose est sûre ; car elle a ja senti par plusieurs fois bouger son enfant , de quoi je sais que serez bien joyeux , mon très-redouté seigneur ; vous plaise m'avoir et tenir toujours en votre bonne grâce , et me mander et commander vos bons plaisirs pour les faire et accomplir à mon pouvoir, priant le benoist fils de Dieu, mon Irè— redouté seigneur, qu'il vous ait en sa sainte garde, et vous doint très-bonne vie et longue. Ecrit à Geneppe, le treizième jour de décembre i458. Votre très-humble et très-obéissant fils, LOTS.

Au dos est écrit : A mon très-redouté seigneur.

« La dauphine accoucha d'un prince. (P. 53. ) »

I < Un- //// dauphin au roi.

Lvlos très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, tant et si très-humblement comme plus faire puis, et vous plaise sçavoir , mon très-redouté seigneur , qu'il a plu à notre benoist créateur et à la glorieuse Vierge, sa mère , délivrer ccjourd'huy au matin ma femme d'un beau fi's , dont je

loue mondit benoist créateur, et le remercie très-humblement de ce que par sa clémence il lui a plu si béniguciuent me visiter et donner vrave connaissance de ses infinies grâces et bontés , lesquelles choses, mon très-redouté seigneur , je vous signifie en toute humilité, afin de toujours vous donner à connaître menouvelles , et mêmemenl quand elles sont bonnes et joyeuses, comme raison est, et tenu y suis, mon très-redouté seigneur : plaise vous me mander et commander tous vos bons plaisir-, , pour y obéir à mon pouvoir de très-humble vouloir à l'aide ài\ benoist Saint-Esprit , qui , mon très-redouté seigneur , vous ait en sa sainte et digne garde , doint bonne vie et longue , avec l'entier accomplissement de vos très-hauts et très-nobles désirs. Ecrit à Notre-Dame de Hal , le 27 juillet. Votre très-humble et très-obéissant fils, Lovs. Et plus bas , Bourré.

Lettre du dauphin au duc de Berrj , son frère, de la mente date.

A rès-chier et très-amé frère, pour ce que nous désirons bien vous faire part de nos bonnes nouvelles, nous vous signifions que ce jourd'huy au matin notre très-chière et très-amée compagne est accouchée et délivrée d'un fils , dont , comme raison est , nous sommes tant joyeux , que plus ne pourrions , et en rendons grâces à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère , auxquels, très-chier et très-amé frère , nous prions qu'ils vous ayent en leur sainte garde. Lovs.

Lettre du dauphin à Vévéque de Paris , de la même date.

JlIbvÉREND père eu Dieu , très-cher et bien amé , quand aucunes bonnes et joyeuses nouvelles nous surviennent , dont raisonnablement doyons être réjouis et consolés , nous désirons bien ([ne en soyez averti, afin que semblablement en puissiez prendre et avoir rejouissance ; et pour ce , révérend père trèscher et bien amé, nous vous signifions qu'il a plu à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère, délivrer cejourd'huy notre trèschère et très-amée compagne d'un très-beau fils , dont , comme raison est , avons été tant joyeux que plus ne pourrions et en rendons grâce à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère:, et remercions mondit benoist créateur de ce que si bénignement lui a plù nous visiter, et de plus en plus donner vraye connaissance de ses infinies grâces et bontés ; et vous prions, révérend père en Dieu , très-cher et bien amé , que de votre part vous veuillez semblablement disposer à en rendre et faire par votre e rendre grâce à Dieu et à sa benoiste mère , et à tous les

tm HISTOIRE

glorieux saints et saintes du paradis, ainsi et par la manière qui est de bonne coutume en tel cas , révérend père en Dieu, trèscher et bien amé , notre sauveur soit gardée de vous. Lots.

Au dos est écrit : A révérend père en Dieu et bien amé l'évêque de Paris.

Lettre du dauphin , de même date.

X rès-chiers et bien amés, quant aucunes bonnes et joyeuses nouvelles nous surviennent , dont raisonnablement doyons êtres réjouis et consolés, nous désirons bien que en soyez avertis, afin que semblablement en puissiez prendre et avoir réjouissement. Et pour ce, très-chiers et bien amés, nous vous signifions qu'il a plù à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère délivrer cejourd'huy notre très-cbière et très-amée compagne d'un beau-fils, dont , comme raison est , avons été tant joyeux, que plus ne pourrions , et en rendons grâces à notre benoist créateur et à sa glorieuse mère , et remercions notre dit benoist créateur de ce que si bénignement il lui a plù nous visiter , et de plus en plus donner vraye connaissance de ses infinies grâces et bontés ; et vous prions, très-chiers et bien amés, bien chièrement , que de votre part vous veuillez semblablement disposer à en rendre et faire rendre grâces à Dieu , à sa benoiste mère , et à tous les glorieux saints et saintes du paradis, ainsi et par la manière qu'il est accoutumé en tel cas. Très-chiers et bien amés, le benoist Saint-Esprit vous ait en sa sainte garde. Lovs.

Au dos est écrit : A nos très-chiers et bien amés les prévôt des marchands , échevins , bourgeois manans et habitans de la ville de Paris.

( Le dauphin écrivit de pareilles lettres au parlement et à la chambre des comptes. )

« Tous ceux qui reçurent ces lettres les renvoyèrent au » roi pour savoir ses intentions. (P. 53.) »

Lettre à ce sujet.)

otre souverain seigneur, nous nous recommandons à votre bonne grâce, tant et si très-humblement comme nous pouvons, et TOUS plaise sçavoir , notre souverain seigneur , que, à ce matin, avons reçu plusieurs lettres de monseigneur le dauphin , par lesquelles il nous fait sçavoir que madame la dauphin»' esl accouchée d'un beau fils, ainsi que par lesdites lettres, lesquels par ce porteur nous vous envoyons , vous pourra , s'il vous plail ,

plus amplement apparoir. Nous n'avons pas plus avant osé, ne voulu procéder en la matière, et avons différé de obtempérer aux requêtes qui par icelles lettres nous sont faites , jusques à ce que , premièrement , eussions envoyé devers vous , et sur-tout sçû votre bon plaisir. Si vous en supplions, notre souverain seigneur , par ce porteur que pour cette cause seulement envoyons , pour au surplus le faire et accomplir ainsi que raison est. Notre souverain seigneur , nous prions au benoist fils de Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde , et domt bonne vie et longue. Ecrit à Paris , le quatrième jour d'août.

Et plus bas : Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs, les gens de votre parlement et de vos comptes , les vicaires de monsieur l'évêque de Paris , et les prévôt des marchands et échevins de la ville de Paris. Signe , Brudat.

Est écrit au dos : Au roi , notre souverain seigneur.

Lettre du roi au dauphin.

X i; f s-chier et très-amé fils, nous avons reçu les lettres que écrites nous avez, faisant mention que le vingt-septième jour de juillet dernièrement passé, notre très-chière et très-amée fille la dauphine fut délivrée d'un beau fils , de laquelle chose nous avons été et sommes bien joyeux , et nous semble bien que de tant que Dieu , notre créateur, vous donne plus de grâces , de tant plus le devez louer et mercier, et garder de le courroucer, et en toutes choses accomplir ses commandemens. Donné à Compiègne , le septième jour d'août. Charles.

« L'évêque de Coutances et Esternay allèrent , en quai) lité d'ambassadeurs, notiCer au duc de Bourgogne, etc...' » Us pressèrent en même temps Je dauphin de retourner » auprès du roi , son père. (P. 54- ) »

( Il suffit de rapporter ce que ces ambassadeurs dirent au dauphin , et la réponse que l'évêque d'Arras leur fit au nom de ce prince , en présence du duc de Bourgogne et de toute sa cour. Ce morceau peut donner une idée de l'éloquence de ces temps-là).

Registre 8{ du Trésor des Giartrcs, année 145g.

Etat en abrégé de la créance qui de bouche a été exposée , de par le roi , à très-haut et très-puissant prince :, monseigneur le dauphin, prononcée par monseigneur de Coutances et mon-

seigneur (VEsternay, ambassadeurs du roi, en la présence. de monseigneur de Bourgogne et de son conseil, en la manièrt qui s'ensuit.

lVloivsEiGVEUR , afin que le roi , votre père , se mette toujours plus avant en son devoir , et pour montrer sa grande douceur et bénignité , et le grand désir qu'il a à notre bien , nous vous disons , de par lui, que le greingneur désir que le roi ait en ce monde après son salut , c'est que vous veuillez radresser, venir et retourner vers lui , comme bon et obéissant fils doit devers son seigneur et père , et ainsi que y êtes tenu selon tous droits , en quoi faisant, le roi a toujours été , et encore est disposé et prêt de vous recevoir et traiter en toute faveur et douceur , comme bon , humain et piteux père doit à son bon et obéissant fils , en mettant en oubli et hors de mémoire à jamais toutes déplaisances passées ; et afin que son doux, bon et raisonnable vouloir vous soit en espécial plus connu , le roi ne requiert autres choses fors que vous employiez à lui bien obéir et servir lui et le royaume, par bons vertueux faits , en mémoire que y puissiez acquérir honneur et louange, et que le roi en soit content. Pour quoi donc , mon très-redouté seigneur, le roi , votre père , pour lui donner joye , plaisir et consolation , pour votre bien et honneur qu'il désire de tout son cœur, pour la joye de messeigneurs de son sang , et pour l'utilité de son royaume , désire et veut que veniez devers lui , afin que viviez avec lui en toute douceur, bonne union, et gracieuse communication, et que preniez gloire et plaisir à lui faire et rendre son honneur paternel, et obéissance filiale, ainsi que Dieu , sainte église , et tous droits naturel , divin et humain l'ont ordonné.

Et pour ce , mon très-redouté seigneur , que par vos ambassadeurs pieça envoyés devers le roi, que aussi par les ambassadeurs de monseigneur le (Juc de Bourgogne, on lui a toujours dit et fait sçavoir que sur toutes choses désiriez être en sa bonne grâce, mais que aviez de grandes peurs, craintes et doutes; toutefois vous, monseigneur , et tous autres , tant du royaume que étrangers, avez connu le temps passé la grande douceur et bénignité du roi , et dont il a toujours usé envers tous , mêmement envers ses ennemis ; pour quoi semble qu'il n'y ait cause raisonnable ou apparente que vous, monseigneur, qui sur tout autre devez prendre sûreté et confiance envers le roi, votre père, et ne devez avoir de lui quelque suspection , crainte , peur ou défiance; car le roi , par plusieurs fois , a dit et déclaré par sa bouche à vos gens et ambassadeurs, en présence de messcignenr> du sang royal et autres notables de son conseil , que n auriei

cause de douter à venir vers lui, comme bon et obéissant fils; car le roi vous recevra comme bon, humain et piteux père, et oubliera toutes choses passées.

Monseigneur, pour ce (pie le roi, désirant sçavoir d'où procèdent les causes des susdites peurs , craintes et doutes , pour \ donner le remède qu'il appartient , et que les choses ont assez longuement duré , à la grande déplaisance du roi , de messeigueurs du sang royal , et autres rois et princes bienveillans et alliés à la couronne de France , et aussi ont grand déplaisir tous les états du royaume ; le roi nous envoyé présentement devers vous, tant pour les causes dessusdites , comme afin qu'il vous plaise nous déclarer les causes des susdites peurs, craintes et doutes, si aucunes en avez : et, s'il vous plaît ainsi le faire , uous répondrons, ainsi que charge nous en est, en manière que ne devrez douter , ne craindre , ne aussi prétendre cause à l'en- < outre desdites peurs , craintes et doutes , de non venir devers le roi , ains les devriez expeller et mettre hors ; et les nous déclarant, comme dit est, nous les ferons sçavoir au roi , lequel, comme nous sçavons certainement, y donnera si bonne provision , comme autrefois vous a fait sçavoir, ainsi que dit est, que n'aurez cause raisonnable de jamais douter , ne craindre , et que vous, monseigneur, et tout le monde en devrez être content.

( Le surplus de la créance des ambassadeurs concernait les différentes affaires qu'ils étaient chargés de discuter ; après quoi , ils reprirent ainsi ce qui regardait le dauphin. )

Monseigneur, pensez que le roi est votre père, et vous êtes son cher fils ; il vous appelle et vous veut voir pour lui donner joye, plaisir et consolation, et vous en devez grandement éjouir et vou^ joindre à son vouloir ; car ainsi vous êtes d'une même substance et d'une même nature, ainsi devez-vous avoir un cœur, une âme et une même volonté, servantes, comme ditV apolve , unitatem spiritil* in vinculo paris, en lui humblement obéissant. Quels honneuret quelle grande joye et gloire vous viennent de lui ! et , comme dit le sage , ghria hominis ex honore patris sui est. Quelle monarchie ! quelle conquête ! et quelle seigneurie il vous garde et appareille ! car, comme dit la loi , omnia quœ nostra sunt ex voto filiis paramus. Monseigneur, la voix de votre père qui vous appelle, et qui, pour sa joye, plaisance et consolation, vous veut voir, est de présent ouïe de tout le royaume : Vox enim patris intonuil , vox patris audila : hic est filins meus dilectus. Répondez-lui donc ce que le benoist fils de Dieu répondit à son père: Abba patcr. non mea vohmtas, sed tua fiât. A'euillez donc, mon très-redouté seigneur , vous montrer bon et obéissant fils ;

venez au roi, et vous radressez envers lui, à la louange de Dieu , vouloir et bon plaisir du roi , à l'honneur et bien de vous, salut de votre âme, et repos de votre corps, à la joye et plaisance de messeigneurs de votre sang , et autres rois et princes bienveillans et allies de la couronne , au profit et utilité de la chose publique , et à la confusion et crainte des ennemis du royaume.

Réponse de monseigneur le dauphin aux ambassadeurs du roi , parlée et faite par Vévêque d'Air as.

.To u r ce que le sage montre {Proverbiorum XXI) que le cœur du roi est en la main de Dieu, et qu'il l'inclinera quelque part qu'il voudra; pour ceque S. Luc montre qneDieu est Me qui convertit corda patrum in Jilios / pour ce aussi que, deprecare antefaeiem Domini {Ecclesiastici XVII ; devant toute œuvre, très-révérend père en Dieu , très-honorés seigneurs , ainsi que lait la reine Eslher (XIIIy, je prie notre seigneur Dieu qu'il mette langage orné et bien sonnant en ma bouche , afin qu'il soit agréable à la sacrée et royale majesté du roi notre souverain prince , non est sensus ubi est amaritudo j et, ainsi que dit Tulle, difficile chose est soi taire en extrêmes douleurs ; toutefois, mon très-redouté seigneur monseigneur le dauphin désire chérir, honorer et ser\ir le roi son seigneur et père. Et certes, très-révérend père en Dieu , la grandeur des matières par vous ouvertes me surprend de peur ; car, comme dit S. Jérôme, grandes matières ne se peinent comprendre par un petit engin ; car, comme dit la loi : au prince gît le salut des sujets. Je suis en crainte pour ce que Cicero , en Y Orateur , raconte que après Roscius , pour sa grande excellence , nul n'osait descendre sur le champ, et que pour vouloir rendre réponse à vous auquel je ne suis rien à comparoir par engin , science , doctrine ou éloquence , par dignité , ne par autorité , me crois doute et incertaineté de adresser mon langage, pour ce que Quintilianus es Institutions , récite que le prince des orateurs , Démosthènes , parlant à Philippe* , roi de Macédoine , s'épouvanta: et je parle devant le fils aîné du roi, non pas de Macédoine, mais de France, qui de tant est plus noble que nul autre roi, que le soleil surmonte les étoiles, et la mer les autres rivières. Or avez-vous montré que le fils avec son père est réputé une même personne. Je parle devant, et pour le (ils aîné du roi de France, si noble et si puissant, que Julius César dit en ses Commentaires : Totius quidem Gallûe consensui née orbis terrarumpossit obsistere , « à toute France unie le demourant du » monde ne pourrait résister. » Or avez-vous montré que le fils e>t ja comme seigneur au vivant du père? Finablement je parle

devant le fils du roi plus victorieux de tous les rois, et vainqueur de tous les vainqueurs qui onc furent : car Alexandre, Porus , Annibal, Scipion, Julius César, ne Pompée ne se doivent en rien comparer au roi Charles ~\ 11 -e'.on les causes et diilicultés de leurs victoires; car ils vainquirent, ou rois divisés, ou peuple désarmé , ou prince mol et non courageux , ou villes non fermées et sans artillerie , ou gens qui n'avaient expérience d'armes. Notre roi , notre prince les surmonte par apprêts de guerres , par nombre de batailles, par constance en adverse fortune, expérience d'armes , subtilité d'engins, multitude de sièges, hàliveté de conquêtes. Or avez-vous montré ce que dit V Ecclésiaste : Gloria hominis ex honore palris sui est ? Voulez-vous que je récite ce qui me donne peine et espoir? Voulez- vous la noblesse du roi qui est mère de majesté , nourrice de clémence? Voulezvous l'ancienneté de noblesse rovale , laquelle prend source nonseulement du temps troven , ains du temps héroïque, et des hommes , lesquels combien que par erreurs , toutefois par excellentes vertus , étaient réputés dieux ? Voulez-vous , comme Diodore enseigne, par l'estime des armes, voir combien est haute la noblesse du roi, laquelle pour la fleur de lys prend sa figure et empreinte du ciel? Saint Ambroise dit: Lilia cœli exprimunt forniam , et intùs auri quœdam species ejTulget et exteriits nullœ patent injuriœ : item eorum odor serpentes procul explodit. Quatre vertus contient la fleur de lys, noblesse , richesse , ancienneté et belle renommée. Premièrement en la forme du ciel, qui signifie la religion due à Dieu , qui est le chef de toutes les vertus; car aucuns autres royaumes ont eu mêlures de Juifs, Sarrazins , et superstitions; aucuns ont eu hérésie générale: un seul Dieu, Jésus-Christ est honoré en France: onc France ne souffrit aucune héré-ie générale: et pour ce, dit saint Jérôme , limita in orbe terrarinn nions irorimi onera sunt , tantùm à nions- Iris caret. Secondement es fleurs de lys est enclose une graine et semence comme d'or , qui est la richesse , telle que onc division ou puissance d'étrangers ne la peut épuiser , et montre la pitié et charité du roi envers son sang qui nous baille espoir. Tiercement Ja fleurs de lys est armée par dehors , tellement qu'elle croît es fleuve-, et tempêtes, et quant plus est ancienne , et tant plus embellit et fleurit ; et a la monarchie de France plus duré que ne fit onc celle des Assyriens , ou celle de Babylone , ou Macédonie , ou celle des Romains. Item quartement, ainsi que l'odeur de la fleur de lys chasse les serpens , la renommée et gloire de France chasse le venin , Mahomet hors d'Espagne , les idoles hors de Saxe, les payens hors de Rome au temps de Louis-le-Piteux , et par deux fois conquis le saint Sépulchre. Cette noblesse, très-

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révérend père en Dieu , celle noblesse au ciel est si grande , qu'elle amollira toute la déplaisance que le roi a conçue : cette noblesse est bien indissoluble de ce, à quoi vous avez par mainte» belles raisons exhorté monseigneur, ce que dit l'apôtre : Servate unitatern Spiritâs in vinculo pacis ; car chose ne peut être plus douce à monseigneur , que l'amour d'un tel père , si noble , puissant et victorieux; ainsi que Joseph , considérant son sang, ne se pouvait tenir de larmoyer : aussi , quand vous avez ouvert ce que monseigneur souhaite plus après Dieu , c'est à sçavoir que son seigneur et père le veuille redresser à sa bénévolence : deux choses trop contraires sont par ce élevées au cœur de monseigneur , c'est à sçavoir , souveraine liesse et extrême douleur. Las ! que dirai-je? que parlerai-je? La rousée du ciel n'est pas si douce et si amiable à l'humeur de la terre , que le nom d'amour paternelle est à monseigneur. Larmes et pleurs ne pourraient exprimer ses angoisses. Diogène dit que le premier des sept sages de Grèce , Thaïes Milesius , remerciait Dieu de ce qu'il était né dignement : quelle joye , quelle gloire ! quelle plus grande cause de remercier Dieu peut avoir monseigneur, que d'être fils d'un père auquel Dieu plus ouvertement montre sa force et sa grâce que à nul autre prince. C'est le prince plein de toute industrie, très-prudent en conseil , courageux en fortune, très-terrible en la guerre, humain en la victoire, sans douleur en la fière angoisse. Le courroux de ce victorieux père est chu Sur son sang et sur son aîné fils. D'autant plus aigres sont les maladies , quand elles se adhèrent à bonne ou noble complexion. Car quelle chose est à l'homme plus amiable que la maison dont il est , et où il a prins sa nourriture ? quelle maison est plus digne que celle du roi , de laquelle dit le prophète : Gloria et divitiœ in domoejus? Et toutefois ainsi que ceux qui sont en une maison, quand ils voyent le feu dessus , se partent et s'enfuyent, notre très—redoute seigneur par détractions, inventions , rapports faits de lui à son père , a été contraint de demander quelque délaissement pour aucun temps de l'hôtel de son seigneur et père, et aller au Dauphiné entre les montaignes , cuidant que le laps du temps et son absence dussent éteindre et appaiser les flammes allumées contre lui; mais, comme dit Quintilianus : Eùam la— lenieni invenit invidia; et, comme il est écril : Non dùtnserunt ail inventiones suas, ci viam durissimam per quam ambulare consuevenatt } on a procuré à monseigneur angoisse» --ni- angoisses et douleurs sur douleurs, lesquelles (luises ont miné la fortune de monseigneur, mais non pas le courage ou amour au roi Bon pire; et, se voulez avoir preuve «les vrais amours de monseigneur envers le roi ; Saint-Jean < brisostôme en la quarte homélie

DE LOTIS AI. 4ç,i

,id Titwn, dit que rien ne prouve mieux la bonté de l'or que la i I le feu ; aussi patience e>l le droit signe d'amour. Pour connaître donc l'amour en quoi ;! est exhorté, considérez se-, alïliclîons, \ èez ses douleurs et sapience, vous jugerez l'ahiour. Hélas ! très-révérend père en Dieu, vous avez montré trois lumières réplendissantes au roi, c'est à sçavoir puissance , justice et sapience. (Qu'est lui? Si regardez la puissance , le roi est le plus puissant prince du monde ; son aiué fils est le plus pauvre gentilhomme du monde. Si regardez la justice , le roi n'ôta onc rien à ses vassaux sans forfaits, sans procès , sans sentences. Quel forfait a commis monseigneur? où a-t-il été cité ou condamné? Tiercement , si regardez la sapience et modérance du roi , elle est si très-excellenle, que pour la déplaisance qu'il a conçue contre ses serviteurs, onc ne les laissa sans richesses et état convenable; et monseigneur est réduit à ce que plorait le prophète : Foetus est ut terebînihus cujus folia ceciderunt , ut paradisus qui non liabet aquam. Il est réduit es interprétations de tragédies, d'être sans pays , sans cité , sans domicile , errant , sans lieu , et sans un seul pied de terre. A qui le comparerai-je ? à qui ferai-je semblable l'aîné fils héritier de France? Quand si grande est douleur , quel creur peut être si dur, qui ne se convertisse en pleurs, voyant le plus heureux prince du monde être en telle disette , douleur et angoisses, et qui surmonte toutes tempêtes et tribulations ? Et toutefois vous voyez ses douleurs et sa patience; que, ainsi comme nous lisons de Job , dénué de toutes richesses, ayant tempêtes sur tempê'es , onc ne pécha de ses lèvres , ni ne parla sottement contre Dieu ; ainsi mille duretés, mille aigreurs et afflictions ne peuvent détourner le courage de monseigneur , qu'il n'ait entièrement aimé et encore aime et révère le roi , s'est offert à le servir es conquêtes de Normandie et Guvenne. Pourrait-il être sans grandes amertumes , laisser le sentement commun , être comme un membre mortifié , et ainsi que non sentant, quand il souffre tant de douleurs? Se voir arracher à la Iji •nèvolence de son seigneur et père , ses serviteurs être chassés du Dauphiné, ses places être ouvertes à ceux qui l'ont grevé, closes à tous ses gens, son pays lui être ôté, être précipité de* très-haut degré de dignité en si basse ruine; et toutes ces choses lui voyez porter très-patiemment ; l'avez vu porter telle révérence à son père, que de lui crier merci par messire Guillaume de Courcillon , par le prieur des célestins et par Gabriel de Bernes , soi offrir , si le roi a couleur de déplaisance à l'eucontre de lui , d'en faire ce que les princes du sang en diraient, et non avait fait plainte es princes, es états du royaume , es rois voisins, ou au vicaire de Dieu; ccrles se dit bien Salomon : Aquœ multœ 2. 3?.

non potuerunt extinguere caritatem. Cette souveraine patience déclare entière amour de monseigneur au roi ; il n'a point besoin donc d'être radrecié à ce dont ne forvoya par tribulation qu'il eût. Venons donc à ce que requérez , que monseigneur vienne devers le roi , et pourquoi il ne vient à l'obéissance, laquelle il doit au roi , comme à son seigneur et père , très-révérend père 0:1 Dieu , très-honorés seigneurs; afin que je poursuive le patron que j'ai prias de Job, si le roi veut que monseigneur voise vers lui. auferat à mevirgam suçon, et pavor ejus non me terreat ; si le père l'appelle, plaise lui premièrement ôter les exploits de son indignation , ôter les peurs et craintes qui si longuemeut travaillent monseigneur. L'enfant , tandis que le père tient les verges en ses mains, quant plus l'appelle le père, tant plus doute. Monseigneur est encore tant -dénué , ses serviteurs pauvres , exilés et fuitifs, sou patrimoine hors de ses mains. Je ne veux point réciter maintes histoires, lesquelles montrent exemple de non encore, après si grand'aigreur , subitement retourner à son père ; je me déporte de réciter ce que la sage Rébecca conseilla à Jacob , qu'il s'enfuît jusques à l'hôtel de son oncle , jusques à ce que l'indignation fût toute appaisée et éteinte. Je vois trois causes, lesquelles peuvent contenter la bonté et pitié du roi , et retarder monseigneur d'aller encore devers sa majesté ; la première , s'y est honte vertueuse ; la seconde , juste compassion ; la tierce est prudence. Quant à la première , si monseigneur eût tout son temps fait guerre contraire au roi , que lui pourrait -on plus faire que lui ôter tout? Pourrait-il avoir le cœur si dur , ou les yeux si sans honte, que où il a été , ou en sièges ou en batailles, défenseur du royaume, oit l'on chantait sa gloire et sa louange, il puisse retourner dénué r et rapportant presque semblables peines que souffriraient les ennemis du roi , ou ceux qui auraient été déloyaux à leurs princes? Tous les rois , tous les princes sçavent l'affliction de l'aîné fils de France; quant plusestconnuela bonté du roi, et mêmement envers ses ennemis, tant plus croit suspicion que monseigneur ait commis quelque horrible fait. L'amour paternelle, la gloire du roi , la renommée , la dignité entière du sang royal , pourront-elles gouffrir que telles peines qui sont établies contre les ennemis . furent contre le défenseur et héritier du royaume? et quelle consolation auraient les princes du sang royal de voir leur lumière , leur espoir , et celui qui doit être leur chief , venir avec telles et si honteuses peines , que être hors de toutes fortunes ? Est-il rien plus pour un noble courage, que demeurer en noble renommée? Salluste dit: Nihil timere dedisti , prœtcr turpeni famam. Ainsi comme les glaives et bâtons contraignent un vil courage , ainsi est honte éperon au frein d'un noble cœur. Mon-

seigneur désire voir son père ; mais qu'il soit possible d'aller sans honte et sans pour.

Secondement, monseigneur a plusieurs serviteurs , lesquels, en le servant et à sa cause, sont dechassés et mis en toute di- :>ette : monseigneur doit- il, selon les termes d'honneur, retourner sans avoir mis ses serviteurs en aucune récouvrance ? Vlarius aima mieux demourer en exil, que sans aidant retourner en la cité de Rome, et répondit ainsi : Ab lus quos nomine meo sordidatos video nulla me nnquam fortuna divellet , ncqiiehos exules propter me sine me (juisquam videbit. Si un citoyen eut si grand courage , quelle chose doit désirer l'honneur du sang et la dignité du fils du roi ?

Tiercement , pour prudence ; car, comme dit Isaye : Oui crediderit non festinet. Si aucuns, par cautelles et inventions , ont bien pu retarder la bénévolence du roi envers monseigneur ; si on peut changer la douceur du très-noble courage du roi à grand aigreur ; si on peut blesser l'amour naturelle lors entière du roi envers son sang , sa chair et sa figure ; ne pourraient-ils pas plus légèrement enflamber la bénévolence encore tendre et fraîche ? Après une épouvantable aigreur , la déplai- >ance ne se peut celer ; car la griefveté des exploits le démontre , et , comme il est écrit : Si in viridi hoc facial . in arido quid fiet? Quelle chose est plus légère , que après une maladie qui commence à guérir , rechoir ? Quelle chose serait plus laide ou plus périlleuse à monseigneur , que par rapports être remis en la déplaisance du roi ? Nouveaux fiancés ne voisent. pas sitôt l'un avec l'autre, afin que l'amour croisse et soit plus ferme. Pour ce donc, très-révérend père en Dieu et très-honorés seigneurs , voyez que monseigneur récuse d'aller encore devers le roi, non pas pour orgueil ne haine, mais pour vergogne, pour juste compassion et aussi pour prudence. Or, ne veux-je point remontrer ne réciter les cas èsquels la puissance du père ne doit avoir lieu, selon le droit , sur le fils ; car l'obéissance de monseigneur reluit et resplendit autant qu'elle le soulait : ne en histoires ne chroniques, vous ne trouverez jà fils qui onc obéit à son père, autant que monseigneur a obéi au roi; ne auraient jà lieu contre monseigneur, les peines que dit être écrites contre les enfans rebelles , et desquelles avez dit que les livres en sont tout, pleins; car quelle obéissance peut être plus grande , que soi souffrir ôler toutes administrations -ans faire contredit ? Vous , très-révérend père en Dieu , avez montré à monseigneur ce que dit Dieu le fils au père : Abba pater, non mea voluntas ; .sed tua fuit. Vous savez aussi ce que ■ lit l'Evangile : Glorifieelur pater in ftlio. David bailla à Salo-

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mon , n'ayant que douze ans , tout le gouvernement ; monseigeur a jk trente-trois ans , et est déboute <!e loules administrations: plus giief\e chose est, comme dit Tulle , d'être dépouillé de ce que l'on avait , que de non être augmenté de dignité. Le roi avait baillé à monseigneur le gouvernement de-çà la rivière de Seine , et on lui a ôté. Le roi avait baillé à monseigneur la conduite des gendarmes, monseigneur les avait conduits à la gloire du roi, et avait obtenu d'eux très-hautes victoires ; et toutefois on lui a ouvert que le roi ne voulait plus qu'il en eût la conduite. Les moucjiettes qui font le miel , quand elles sont irritées , jettent pointures et aiguillons ; toutefois il a obéi sans contredit , sans regret et sans murmure. Secondement , où fut onc plus grand péril ou plus dangereuse entreprise , que d'aller lever la bastille de Dieppe, prochain lieu d'Angleterre ; le roi commanda à monseigneur , et lui bailla très-petite armée ; monseigneur obéit à lui sans excuse de péril ou puissance. Monseigneur , comme écrit César au sénat, vrni , vidi, vici ; monseigneur vint, vit et vainquit les Helvétiens , lesquels nous appelons Suisses , qui sont forts et vaillans , et , comme dit Julius César , sont si dangereux en bataille, qu'ils ne font différence de tuer un prince ou un autre : ils ont tué en bataille plusieurs princes , mêmement le duc d'Autriche. Il plut au roi, plus pour excellence et noble-.se, que pour la nécessité de son royaume , que monseigneur y allât ; le roi lui bailla compagnée dangereuse ensemble , comme de Français et d'Anglais : monseigneur obéit sans excusations ; monseigneur, qui est souveraine louange d'un chef d'armes , entretint son ost ensemble de voulonté contraire , sans débat et dissension , fit lever le siège de Zurich, et délivra la noblesse d'Allemagne de servitude vilaine et populaire. Vous , très-révérend père en Dieu, savez bien que le père est tenu pourvoir et administrer son fils , selon la dignité et puissance de lui; pour cette cause furent établies les pensions du fils du roi : or a-t-il plù au roi ôter à monseigneur sa pension dont il se soûlait alimenter? monseigneur humblement a obéi . Dès son enfance il eut le nom et titre de dauphin, c'est son héritage, il n'avait plus rien autre chose en ce monde ; le roi son père le voulut avoir en ses mains , monseigneur l'a baillé : quelle obéissance pourrait être plus grande ? une chacune de ces choses montre singulière obéissance. Que peut-on dire si elles sont jointes ensemble? Il est ores temps , très-révérend père en Dieu , très-honorés seigneurs , de répondre à cette partie, en laquelle requérez que monseigneur déclare le» craintes, et ceux desquels il a craintes : certes vous, par la lumière de vos prudences , sçavez bien que peurs et craintes

viennent souvent par personnes et choses ; ce que dit le prophète : A sagittâ volante in die , à negotio perambulante in tenebris. Toutefois, si vous voulez être reeors de ce que le roi notre sire déclara dernièrement à Gabriel de Bernes et au prieur des célestins d'Avignon , qu'il aimait en toutes manières monseigneur , et tantôl après l'armée du roi fut arrêtée au pavs du Dauphiué , l'artillerie amenée , tous les passages clos ; hélas '. qui n'aurait crainte du courroux d'un tel père? car, comme dit est par Salomon : Jndignatio régis nuncius mortis. Sans doute , très-révérend père en Dieu , ainsi que après une grande tempête , combien que la mer soit appaisée , tremblent longuement les n au tes; aussi après si terrible épouvantement , encore sont les traces de peurs empreintes au cœur de monseigneur : et jaçail ce que avez ouvert, que si monseigneur va devers le roi , il otera toutes déplaisances de son cœur ; vous , très-révérend père en Dieu , sçavez bien que fraîche reconciliation n'ote pafe , selon droit , suspicion ne crainte. Certes une crainte si longuement engendrée en un cœur, ne se peut effacier légèrement, et n'est pas suffisante à tolhr la peur, ce que avez dit que monseigneur ne doit point douter du roi son père , ne aussi ne doit avoir crainte ; car si voulez alléguer nom de paternelle affection , pour effacer la crainte , très-révérend père en Dieu, sçavez bien que ce n'est mie chose nouvelle que la différence entre les enfans et leur père. Les tragédies sont pleines d'exemples périlleux à réciter ; les histoires de France et romaine montrent plusieurs misérables courroux des pères à leurs fils : le jurisconsulte dit : Parentes contra sanguinem suum malitiœ judicium inferunt , instigationibus aliorum corrupti. Si doute donc monseigneur du roi sou père , et de ceux qui linguis suis dolosè egerunt. Monseigneur sçait que la déplaisance du roi encontre lui vient de nécessite1, de bonté ou de franchise de courage. De nécessité ; car les oreilles du roi étant continuellement assiégées de ceux qui ont grevé monseigneur , il était de nécessité au roi de oyr tant de contes : les baigneurs de monseigneur , sous ombre de bonne foi , ont fait plusieurs rapports ; le roi ne devait pas imaginer qu'ils eussent osé mentir à leur seigneur, osé calomnier l'aîné fils de leur seigneur : nécessité donc a fait que le roi a ouï; sa bonté et la grandeur des choses controuvées ont fait la déplaisance. Or nulle haine n'est plus âpre que du peFe à l'encontre du fils. Pour ce , dit Plutarque , les sages pères ne devraient point auprès eux nourrir leurs fils , pour ce qu'ils ont amitié successive et courroux sans mesure ; et n'est autre remède contre le courroux du père , que par laps de temps et que raison peu a peu adoucit rigueur , et faire ce que dit le sage : In

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momcnto indignationis absconde faciem tuam. Si vous alléguez la grande hauteur et dignité de monseigneur, pour non avoir crainte de nul , je pourrais montrer plusieurs exemples de rois et d'empereurs èsquels nulle dignité n'a sauvé le péril. Quelle chose est si grande, si ferme, ou si sainte, que outrage ne puisse bien aucunefois violer? Envie et courroux sont aveugles, qui jamais ne savent regarder dignité ou vertu. Si vous prétendez la hauteur du courage de monseigneur ; qui fut onc plus hardi en courage que David , lequel en sa jeunesse défaisait les ours et les lions , qui sans armure osa assaillir Goliath tout armé ? et toutefois il craignit tant les rapporteurs et mauvaises langues , qu'il criait à haute voix : Domine , libéra animam meam à labus iniquis , et à linguâ dolosrf ? Diogène , interrogé quelles bêtes mordent plus venimeusement , répondit que des sauvages un détracteur, et des privées un flatteur. Monseigneur a senti quelles choses les détracteurs pourraient faire : comment ne les craindrait-il ? Si vous alléguez que si monseigneur n'a rien méfait, il ne doit rien redouter ; voulez-vous que je récite l'histoire de Joseph? Qui fut onc plus innocent que lui, plus pur, ne plus vertueux? Et toutefois il fut par envie mis hors d'avec son père et vendu eu Egypte. Un seul exemple veux-je choisir des Romains entre plusieurs. Qui fut onc plus pur ou entier , ou qui fut plus pour la chose publique des Romains que Scipion l'Africain. Scipion, en l'âge de dix-sept ans, bailla courage aux Romains contre ceux de Carthage ; Scipion en Espagne vainquit quatre exercites et quatre chefs de guerre ; il print en bataille le roi Svphax , conquit Afrique, la troisième part du monde; et toutefois, comme dit Tullius , deux méchans hommes sçùrent tant fane par envie et secrètes machinations , que Scipion fut contraint fuir en exil. Hélas ! très-révérend père en Dieu , et très-honorés seigneurs , monseigneur en plus tendre enfance que Scipion, fut armé pour le recouvrement du royaume. Il alla devant Montereau et devant Pontoise montrer sa prouesse et la hauteur de son cœur , et a sauvé nonseulement la noblesse des Allemagnes , mais de tout le monde ; car si les Suisses n'eussent été réfrénés , ainsi que le feu s'en va d'une maison en autre, toute popularité se fût versée et tournée contre la noblesse. Et toutefois la dignité e! vertu de monseigneur n"a point dévoyé ceux qui l'ont commencé à grever, qu'ils n'ayent voulu parachever et fait monseigneur guerpir , non pas Rome . mais vin hôtel paternel , et l'ont mis hors de la bénévolence de son père et seigneur, qui lui doit être plus grief que l'exil à Scipion. Ce n'est pas donc merveilles, très-révérend père en Dieu, si monseigneur craint ceux qui . sans le sçu du roi, out

osé poursuivre monseigneur, et le coustoyer à l'entour de Bourgogne, et jusques outre Langres ou es limites du royaume. La chose de ces suites est notoire ; le roi a déclaré que ce était sans son ordonnance , et quelle chose n'oseraient ceux qui , sans ce commandement , ont osé ceci faire. Point n'est besoin de déclarer les personnes desquelles monseigneur a crainte ; car mieux les peuvent connaître ceux qui sont présens par delà que monseigneur , lequel a ja si longuement été absent ; mais si autrement le roi le veut savoir , monseigneur espère quelque jour de lui déclarer eu la présence des princes de son sang , tellement que le roi en sera bien content. Monseigneur a espérance que si la pierre diamant, se froisse en aucun espace de temps , le très-honoré et pitoyable cœur de son seigneur et père se adoucira et aucunement se ouvrira à monseigneur , son sang , sa chair et sa figure , et que même froissera par laps de temps toute la dureté de courroux , que la vérité vaiuquera les adinventions et faux rapports faits contre monseigneur. Si l'on désire savoir, très-révérend père en Dieu, et très-honorés seigneurs, combien vous êtes agréables au roi , la grandeur des choses à vous commises le déclare. Si l'on désire prudence pour conduite , votre prudence e->t montrée en cette noble exhortation que avez faite , si comme il est écrit : Sapiens in vèrbis producit stipsum ; vos bonnes affections se sont montrées es communications amiables eues avec vous; et pour ce monseigneur vous prie que des dures aïïlictions, lesquelles il ouvre pour accroître la clémence et pitié de son très-vertueux seigneur et père, vous veuillez déclarer bénignement au roi , auquel monseigneur remercie si très-humblement, que son cœur ne peut concevoir ne comprendre de ce que lui a plu le faire visiter si honorablement, et lui ouvrir comme l'entière bénévolence , de laquelle rien ne pourrait être octroyé à monseigneur plus grand ne plus souhaité. Monseigneur appelle Dieu pour témoin que onc adversité ne fit fléchir son cœur de l'amour entière de son seigneur et père , et estime monseigneur que les duretés qu'il porte ne viennent pas tant du courage du roi , comme d'aucunes particulières instigations , lesquelles lui ont ceci procuré. Très-révérend père en Dieu, et très-honorés seigneurs , pour ce que , comme avez dit , le roi , de sa très-noble bonté avait ordonné état honorable a madame la dauphine , et toutefois elle a été à si très-misérable disette , que quand elle partit pour venir à monseigneur, elle n'eût su trouver un écu , ne un seul denier vaillant du sien , mais une seule robe rompue. Htilas ! quelle angoisse peut avoir monseigneur de la voir en si extrême fortune. Nulle dame ne devrait espérer si grand repos et tranquillité, et elle se voyait en gémissemens ,

larmes et pleurs , et en telle pauvreté que monseigneur et elle n'ont nulles choses fors que leurs corps. N'est-ce pas misérable chose d'être mis hors de tout le sien , et. plus misérable de y être mis sans cause ? La déplaisance d'un père est plus amère , d'autant que ce père est plus noble et plus vertueux. N'est-ce pas déplorable chose de voir un fils de roi plus riche de tout le monde, être le plus pauvre gentilhomme du monde ! Quoi de plus déplorable que de le voir avec la disette demeurer en suspicion du peuple , comme s'il eût forfait? Et néanmoins si le prophète Isaye dit : Carnem tuam ne despexeris , pour Dieu plaise au roi avoir compassion de son fils , quand il a eu si grandes et si longues fluctuations, et le laisser en repos et honorable recette ou il se trouve en l'hôtel d'un sien oncle, du premier pair des ducs séculiers et comtes de France. Plaise au roi, père de bonté , dont il est renommé par tout le monde, ne le presser plus avant , ains le laisser encore respirer en sûreté. Plaise au roi pour avoir recommandé la famé et bonne renommée de monseigneur, et soutenir l'autorité de son aine fils , considéré son âge et l'état de madame sa femme , selon l'espoir qu'il a d'avoir lignée au plaisir de Dieu.

Lettre du dauphin au roi.

JYxon très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne grâce, tant et si très-humblement que je puis, et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que par l'évêque de Coutances et vos autres ambassadeurs, j'ai reçu les lettres lesquelles de votre grâce il vous a plû m'écrire , et ouï la créance qu'ils m'ont dite de par vous, dont et de la bonne souvenance qu'il vous plaît avoir de moi vous mercie tant et si très-bumblement que je puis, et peur toujours, mon très-redouté seigneur, faire à mon pouvoir chose qui vous soit agréable. Je leur ai dit aucunes choses pour les vous rapporter, vous suppliant très-humblement , mon très-redouté seigneur, qu'il vous plaise les croire, et moi avoir toujours en votre bonne grâce , qui est la chose en ce monde que plus je désire , et me mander et commander vos bons plaisirs , pour iceux faire et accomplir à mon pouvoir, en priant le benoist lils de Dieu, mon très-redouté seigneur, qu'il vous doint trèsbonne vie et longue. Ecrit à Bruxelles, le vingt-neuvième jour de janvier ï4H' Votre très-humble et très-obéissant fils, Loys. Et au dos est écrit : A mon très-redouté seigneur.

Lettre du due de Bourgogne au roi.

lYl on très-redouté seigneur, je me recommande à votre bonne çrace, tant et si très-humblement que plus puis ; et vous plaise sçavoir, mon très-redouté seigneur, que j'ai reçu vos lettres contenant créance sur révérend père en Dieu , l'évêque de Coutances , et autres vos ambassadeurs qu'il vous a plû envoyer devers moi , et par eux m' écrire lesdites lettres , et si ai oy ce qu'ils m'ont voulu dire et remontrer de par vous, mon très-redouté seigneur : sur quoi , mon très-redouté seigneur , je leur ai fait faire réponse en ma présence , ainsi que par eux , se c'est votre bon plaisir, sçavoir pourrez ; laquelle ma réponse je vous supplie, mon très-redouté seigneur, qu'il vous plaise prendre en bien, car en vérité je ne désire rien tant à mon pouvoir , que faire chose qui vous soit plaisante et agréable , et ai ferme espérance que, vous bien informé, serez content de moi. Et quant aux doléances de votre procureur, sur plusieurs cas particuliers, déclarées en ma présence par iceux vos ambassadeurs , je y ai aussi fait répondre pertinemment , et selon que pour le présent je puis être informé , et brief , au plaisir de Dieu , j'envoyerai devers vous pour les causés et ainsi que j'ai dit à iceux vos ambassadeurs, mon très-redouté seigneur, et vous plaise me mander et commander tous vos bons plaisirs, pour les accomplir, comme raison est, à mon pouvoir et à l'aide de Dieu le tout-puissant, qui , mon très-redouté seigneur , vous ait en sa très-sainte et benoiste garde , doint très-bonne vie et longue , avec l'eifet de vos très-hauts et nobles désirs , étant en ma ville de Bruxelles , ce vingt-neuvième jour de janvier i4H-

Mon très-redouté seigneur , je vous supplie qu'il vous plaise me pardonuer ce que je n'ai signé ces lettres de ma main ; car sans faute je ne le puis faire bonnement. Votre très-humble et très-obéissant, Philippe, duc de Bourgogne et de Brabant.

« Cependant le dauphin, qui ne songeait qu'à se recon- » cilier avec son père, lui envoya Houarte , son premier )> valet de chambre , pour faire encore une tentative, (P. 56.) »

Réponse que le roi de sa bouche a faite à Houarte et Leuraull , envoyés devers lui, de par monseigneur le dauphin.

J'ai reçu les lettres que mon fils le dauphin m'a écrites par vous , aussi ai vu par écrit l'instruction qu'il vous a baillée , et ouï la créance qu'il vous a chargé médire, laquelle en effet n'est autre

5oo HISTOIRE

chose que sa continuation fie non-vouloir venir devers moi, et ne soi trouver en ma présence. Vous sçavez , Houarte, que j'ai parlé à vous seul, et par bien au long, et après de rechief j'ai parlé seulement en la présence de l'évêquede Coutances, messire Etienne Le Fevre , messire Jehan de La Beauté , et du bailly de Berry , pour scavoir avec vous se mon fils le dauphin vous avait changé de me dire autre chose , et s'il ne se déterminait point de venir devers moi pour moi servir et s'employer es affaires de ce rovaume , comme il est tenu , ce qui serait la chose de ce monde dont je serais le plus joyeux; mais vous ne m'avez dit quelque chose par quoi je voye qu'il ait volonté de venir, ni soi trouver en ma présence , qui bien me déplaît pour son bien et pour le bien de la chose publique , et semble être chose bien m erveilleuse dont il detnoure si longuement ainsi ; car il n'est homme en ce royaume , si grand ne si petit, que qui lui demanderait quelle chose qu'il désirerait pour son grand bien , qu'il ne souhaitai être fils du roi , comme il est , et soi trouver auprès de son père, pour avoir les honneurs et biens qui à fils de telle maison appartiennent , s'il veut. Il a le plus bel état et le plus grand de ce royaume après moi, encore est son état plus aisié et de moindrecharge que le mien; car j'ai le faix et la charge à supporter, à quoi je désirerais bien qu'il se trouvât à moi servir et aider pour y avoir et acquérir l'honneur qu'il doit désirer. Il doit considérer les grands honneurs et renommée qu'il eût acquis au recouvrement de ce royaume, s'il se fût trouvé auprès de moi, laquelle chose m'eût fait grand'joye et plaisir , et encore n'est-il chose mondaine qu'il dût plus désirer que d'être et venir entour moi. pour y avoir l'honneur et louange qu'il aurait , s'il se voulait employer au bien de la chose publique.

Il est jà en Age pour pouvoir être saige , et pour avoir entendement et connaissance de bien et de mal ; par quoi il peut penser qu'à tenir les termes qu'il tient , et ainsi soit étranger de> faits de ce royaume et de mes bons sujets et vassaux, qui ont aidé à remettre cette seigneurie sus , et de chasser les ennemis, sans soi vouloir trouver avec eux , ils n'en peuvent pas être fort coutens ne joyeux , et ne peuvent pas avoir l'amour et espérance en lui telle> qu' ils auraient , s'il était avec moi et avec eux comme il doit être.

Il a plusieurs fois envoyé devers moi, mais toujours a fait requérir que je fusse content qu'il ne vinsist point , et ne se trouvât en ma présence, laquelle chose je n'eusse jamais consentie; car, quand je la consentirais , j'approuverais les terme-. en quoi il se tient, et l'erreur qu'on a fait semer et dire par ce royaume , que je ne voulais point qu'il y vinsist , et semblait que

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j'en fusse bien content : et toutes fois il m'en a toujours déplu et encore déplaît ; et aime beaucoup mieux que les termes qu'il tient , soient sans mon consentement , que de les lui consentir ne accorder.

Je vois bien qu'à traiter cette matière par messages , elle ne pourrait venir à bonne conclusion , et vous-même m'avez dit que les relations que lui ont faites les messages qu'il a envoyés devers moi , ont été en bien grand'part?e causes des craintes et doutes qu'il dit avoir. Sans parler l'un à l'autre, je ne pourrais bonnement entendre son intention , ne à quoi tient son cas ; aussi il ne pourrait entendre mon intention et le vouloir que j'ai de le bien traiter. Je suis père et il est fils , et chacun sçait que de lui doit venir l'obéissance; et ce néanmoins, pour le désir que j'ai que cette matière se radresse à son bien , je fais ce qu'il devrait faire; car il me devrait requérir de venir devers moi , et je l'admoneste qu'il y vienne, afin qu'il déclare franchement son cas , comme le fils doit à son seigneur et père, aussi que je lui die et déclare mon intention que j'ai envers lui : et pour ce vous lui direz que je désire qu'il vienne devers moi ; car j'ai intention de lui dire chose pour son bien et pour le bien de la chose publique du royaume que je ne voudrais lui écrire, ne dire à autre; et me semble que quand il aura parlé à moi, il connaîtra bien qu'il ne doit point avoir les doutes et craintes qu'il dit avoir; et afin qu'il n'ait cause d'y faire aucun doute, je promets ici en la parole du roi , en la présence de ceux de mon conseil qui ici sont , que s'il veut venir devers moi, lui et ceux de son hôtel qu'il voudra amener avec lui, y pourront venir et être sûrement, et quand il m'aura déclaré son courage et connu mon intention, s'il veut retourner là où il est , ou ailleurs où bon lui semblera , il le pourra faire sûrement lui et ceux de sa compagnie , ou demeurer si c'est sa volonté ; mais j'ai bien espérance que , quand il connaîtra mon vouloir, il sera plus joyeux et content de demeurer que d'aller ailleurs ; et suis bien joyeux que vous , Houarte, qui êtes privé de lui , soyez venu par deçà , afiu que le puissiez mieux acertainer et lui rapporter mieux les choses dessusdites.

Laquelle réponse a été dite et prononcée auxdits Houarte et Leurault , par le roi de sa bouche , en son palais de Bourges, en la présence de ceux de son conseil, le 10 janvier l'an 1460.

Ainsi, signé , Régis.

(Je finirai ce qui regarde la retraite du dauphin en Bourgogne par l'extrait d'un manuscrit du temps , qui est à la bibliothèque du rnj, vol. O762 , fol. 3.)

5oa HISTOIRE

Comment Louis de Voilais , aine' fils du roi de Fronce , s'en vint à refuge au duc Philippe de Bourgogne , puis parlé (Tau

runes autres besongnes.

Audit an i45fi, Louis de Vallois , aîné fils du roi de France , dauphin de Vienne , se tenait hors et demeurait en son dauphiné, et s'y était tenu dix ou douze ans, pour ce que le roi son père était mal content de lui ; et disaient aucuns que c'était pour ce qu'il traitait trop durement ses sujets du Dauphiné, et espécialement les évèques, prélats et gens d'église , en prenant leurs biens contre leur gré , pour conduire et entretenir son état; dont aucuns l'excusaient aucunement, pour ce que le roi, son père, ne lui donnait plus rien; aucuns disaient que cette haine du père au fils venait pour cause de la belle Agnès , qui mourut par poison, dont aucuns le soupçonnèrent, pour ce qu'icelui dauphin avait par plusieurs fois blâmé et murmuré contre son père pour ladite belle Agnès, laquelle pour voir avait été la plus belle jeune femme , et plu* en point que l'on peut regarder, et plus en la grâce du roi beaucoup que la reine , et à laquelle on faisait plus d'honneur et service, mêmement les plus grands de la cour du roi , qu'ils ne faisaient à la reine qui était moult bonne dame et honorable; dont le dauphin avait moult grand dépit, et que par dépit il lui fit sa mort avancer; et depuis que la belle Agnès fut morte, la demoiselle de Yillequier, sa nièce, tint son lieu devers le roi , lequel, en ses derniers jours, demandait et voulait avoir les plus belles darnoiaelles que l'on pouvait trouver en tout son royaume.

Quelle que la cause fût de la haine du père au fils , le roi ordonna au comte de Dammartin , messire Antoine de Chabannes, d'aller en Dauphiné en une bonne compagnie de gens d'armes pour prendre son fils le dauphin, et le lui amener ou par amour ou de force , comment qu'il fût ; et courait lors commune renommée que s'il y fût venu , le roi lui eût fait une très-dure compagnie , et qu'il eût fait roi Charles , son autre fils puisné; mais il ne fut pris ne trouvé , car quand il fut de ce averti , il fit semblant un soir de vouloir aller chasser le lendemain , t commanda que le dîner fût tout prêt au bois où la chasse se ferait ; laquelle chose venue à la connaissance du comte de Dammartin , il se mit en aguet et ordonnance pour prendre le dauphin à cette chasse; mais le dauphin, qui se doutait de tout ce qu'on machinait contre lui, le lendemain au matin que l'on cuidait qu'il allât à la chasse, print six ou sept de ses plus familiers , et montés sur bons chevaux , davantage se prinrent à cheminer vers le pays de Bourgogne , et leur fut bien besoin de

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• heminer ainsi roidement; car, s'ils eussent tardé quelque peu , le coiute de Dammartin les eût ratteints , et ne cessèrent de toujours cheminer jusquesils vinrent à Saint-Claude, une bonne ville de Bourgogne.

Quand il tut illec venu , il trouva tôt après le prince d'Orange a Noseroy, <jui le reçut moult honorablement; et lorsqu'il ouït dire qu'il se doutait d'être poursuivi, et qu'il voulait aller tout le plus tôt qu'il pourrait de\ers le duc de Bourgogne, le prince manda hâtivement le maréchal de Bourgogne, qui vint incontinent bien accompagné de gens de guerre, et se partirent sans tarder pour tirer en Brabant.

A la vérité, cette chose-ci fut une merveilleuse besongue; car le prince d'Orange et le maréchal de Bourgogne étaient deux hommes que le dauphin avait plus haïs que nuls autres , pour ce que par plusieurs fois ils lui avaient ses hommes détroussé et ceux de son père, quand ils entreprenaient sur le pays de Bourgogne, que le duc voulait garder non dérobé ne violé; mais nécessité , qui n'a loi, amena cette fois le dauphin à refuge à ses plus grands haineux, pour s'en aider au besoin; car le maréchal de Bourgogne le conduisit et le mena si bien par le pays du duc de Bourgogne, qu'ils vinrent sainement à Louvain , et de Louvain s'en allèrent à Bruxelles, et lors tout incontinent le dauphin envoya devers le duc en Hollande, par l'un de ses ^ens, signifier sa venue , lequel bon duc , le désirant recevoir et f ètoyer , comme fils aîné de son souverain seigneur, se hâta le plu-, qu'il put de retourner en Brabant.

Sitôt donc qu'il fut retourné à Bruxelles , il y trouva le dauphin et le reçut honorablement, tant pour l'honneur de sa personne , comme pour l'honneur du roi , son souverain seigneur , que prince n'eût sçu ne pu mieux faire , et lui assigna tout incontinent trois mille francs pour chacun mois, pour soutenir son état, et lui pria qu'il élût en ses pays telle place qu'il voulait pour soi retraire , et il lui ferait délivrer ; et le dauphin demanda Geneppe, un château en Brabant , bien assis , en belle place, là où ilsetint et demoura longuement, à quatre HeuesprèsdeBruxelles.

Environ la fin du mois d'octobre , tôt après la venue du dauphin en Brabant , le duc de Bourgogne envoya une notable ambassade , dont fut chief le seigneur de Chimaj , grand bailly de Haynault. devers le roi de France , et pour le contenter de ce que son fils était ainsi venu à lui, et pour lui dire comment, pour l'honneur de lui, il l'avait reçu , et qu'il lui ferait tout le mieux et le plus d'honneur qu'il pourrait, lesquels ambassadeur* demeurèrent très-longuement , sans qu'ils eussent audience ne expédition ; mais, tandis qu'ils y séjournaient, le roi envoya gens

Oo4 HISTOIRE

d'armes à Compiegne et ù Soissons , qui sont \illes prochaines du duc de Bourgogne , et de ses pays , lequel duc doutant que le roi ne lui voulsist faire guerre, et aussi en doutèrent plusieurs gens , le duc donc fit son mandement en ses pays de Picardie, de Flandres et de Haynault , pour tout homme mettre eu armes pour foi défendre si le roi le voulait assaillir.

Fol. n3, recto.

Le i3 de février, la comtesse de Charolais accoucha d'une fille que le dauphin nomma Marie, en l'honneur de la reine, sa mère, qui s'appelait Marie.

Un peu de temps après, le duc de Bourgogne renvoya devers le roi une ambassade, sçavoir, messire Simon de Lalain , et le .-ieur de Chimay, pour certifier au roi coin meut le dauphin était de s« propre volonté venu devers lui , et pour trouver moyen que le roi fût content de lui.

Fol. 117.

Tôt après Pâques, audit an 1^5"] , se partit de Bruxelles le duc Philippe de Bourgogne en la compagnie du dauphin , passèrent par Oudenarde et Courtray , et allèrent à Bruges, et partout furent reçus magnifiquement.

Le 28 d'août, Pierre de Brézé , sénéchal de Poitou , prit et pilla Sandewich. Il avait avec lui quatre mille conibattans , du nombre desquels étaient Robert Floques , dit Floquet , bailli d'Evrenx , Thiébault de Termes, bailli de Chartres , Jean Carbonnel , seigneur de Chevreuse , qui y furent chevaliers avec vingt- ix autres. En cette même année , au mois de septembre, \inrent à Bruxelles devers le duc Philippe, ambassadeurs du roi, lévèque de Coutances , et autres en petite compagnie , remontrer au duc aucunes choses touchant ce que le dauphin se tenait avec lui , dont le roi n'était pas content.

« Il y eut alors une négociation importante entre le » roi et le comte de Charolais. (P. 56.) »

(Comme aucun historien n'a parlé de cette affaire, et qu'elle -e trouve rapportée dans un manuscrit, par un témoin oculaire, il est à propos de la faire connaître.)

XL \ hyver dernier , le feu roi étant lors en la ville de Bourges, arriva monsieur de Saint-Pol , et parla au roi , mais je ne fus pas présent ; toutefois assez tôt après, le feu roi l'envoya au conseil, lequel fut tenu au logis de OdetDaidie, qui était assez près de celui de monseigneur de Treynel , lors chancelier de

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France , et y furent , comme il me semble , monsieur de Foix . monsieur de Treynel , monsieur de Bueil , monsieur de Dammarlin , ledit Daidie , maître Etienne Chevalier , maître Pierre Doriole et moi, et si aucuns autres en y avait , je n'en suis pas bien recors , et m'en rapporte à la vérité ; mais je suis bien cer- (aiu que les dessusdits y étaient; et là vintmondit sieur de Saint-» Pol , et récita la cause qu'il avait de par monsieur de Charolais, comme il disait, ainsi qu'il l'avait dite au feu roi, c'est à sçavoir que mondit sieur de Charolais était mal content d'aucuns qui étaient à l'entour de monsieur de Bourgogne, et à mon avis nomma monsieur de Croy , qu'ils lui conseillaient mal contre le bien dudit feu roi , et de la chose publique de son royaume , et qu'il avait intention de les mettre hors de l'hôtel de mondit sieur de Bourgogne , son père , et pour ce que en ce faisant mondit sieur de Bourgogne pourrait être mal content de lui , il voulait bien savoir avec ledit feu roi , se en cas , et que besoin lui fût de soi éloigner de la présence de mondit sieur de Bourgogne, son père, de soi retraire es marches èsquelles ledit feu roi était, s'il le voudrait recueillir, et en quelle manière ou état ledit feu roi voudrait qu'il fût en sa compagnie, combien que, comme disait mondit sieur de Saint-Pol , mondit sieur de Charolais n'avait pas intention de soi y retraire , que ce ne fût en bien grande et extrême nécessité , et disait toujours que mondit sieur de Charolais n'avait quelque mauvaise intention à l'encontre de monsieur de Bourgogne , son père , mais le faisait pour son bien . et le bien de sa maison , pour ce que , comme dit est , ceux qui étaient entour lui le gouvernaient mal. Il requérait aussi de par mondit sieur de Charolais, qu'il fût en la bonne grâce du roi, et finalement disait qu'il avait entendu que ledit feu roi devait faire une armée pour aider et secourir la reine d'Angleterre et le prince son fils , et requérait que si ainsi était, ledit feu roi lui en baillât la charge. •

Sur laquelle créance fut délibéré et conclu en la présence du roi , et , comme il me peut souvenir, la délibération fut telle : premièrement , que le roi recevrait mondit sieur de Charolais en sa bonne grâce ; secondement, que quand mondit sieur de Charolais ferait aucun service au roi et à la chose publique de son royaume, et il voudrait venir par devers lui, ledit feu roi le verrail volontiers ; toutes fois je ne suis pas bien certain si touchant ce second point , ledit feu roi fit ôter ces mots : Ferait aucun servi te au roi et à la chose publique de son royaume ; car le feu roi fil en ladite réponse faire des corrections en sa présence , mais je m'en rapporte au net qui doit être devers mondit sieur «le Treynel , lors chancelier; liercement que ledit feu roi n'avait

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point encore délibéré de aider ou secourir de gens d'armes à ladite reine d'Angleterre, et que s'ainsi était, il le lui ferait sçavoir, et qu'il lui eu baillerait volontiers la charge, se prendre la voulait, et le merciait du bon et grand vouloir qu'il avait. Il rue semble que c'est la réponse qui fut faite à mondit sieur de Saint-Pol èsdits trois points , au moins est-ce la substance à mon avis ; car des propres tenues je ue puis pas être recors ; mais il sont écrits, et sont devers mondit sieur de Treynel , comme dit est. Vrai est que quand mondit sieur de Saint-Pol vint dp ers le feu roi, il n'apporta aucunes lettres, ne autre cbose par écrit, et pour ce fut délibéré que le feu roi n'écrirait point à mondit sieur de Cbarolais , et que mondit sieur de Saint-Pol n'aurait aucune réponse par écrit signée de secrétaire, combien qu'il le requît; mais que s'il voulait mettre en écrit par devers lui pour sa mémoire ladite réponse , faire le pourrait, afin qu'il ne rapportât plus ou moins que ledit feu roi lui avait dit , et ainsi le fit; et c'est tout ce que fut fait à ce premier voyage, au moins que je sacbe , et à lui faire ladite réponse devant le roi furent présens monsieur du Maine , monsieur le grand sénécbal , messire Guillaume Cousinot, combien qu'ils n'eussent pas été presens à la créance de mondit sieur de Saint-Pol , ne à ladite délibération faite en conseil , et des autres qui étaient en la chambre dudit feu roi je ne suis pas recors , mais dès lors la chose fut assez commune entre tous ceux de l'hôtel.

Depuis un peu après Pâques le feu roi étant à Mehun , illec environ , mondit sieur de Saint-Pol envoya un homme devers le roi, que je ne sais , car je ne le vis pas , et ai ouï dire qu'il apporta au feu roi lettres de mondit sieur de Charolais et de mondit sieur de Saint-Pol ; mais, s'il est ainsi, ne ce qu'elles contenaient en vérité , je n'en sçais rien , ne je ne les ouïs onc , pour ce que lors j'étais malade de fièvres en mon logis es loges , autrement je crois bien (pie j'en eusse sçu comme les autres : mais comme j'ouïs dire depuis audit messire Guillaume Cousinot, mondit sieur de Charolais requérait que le feu roi lui interprétât quelques paroles de ladite première réponse faite à mondit sieur de Saint-Pol , lesquelles lui semblaient troubles ou obscures: deladélibération faite sur ce, je n'en sçais rien ; mais ledit Cousinot et Messire Jehan Bureau qui eurent la charge de faire la réponse et les lettres sur ce , en devraient bien parler ; combien que , comme je crois , mondit sieur de Treynel doit avoir le

double de tout, et lors fut envoyé monsieur de Genlis par devers

mondit sieur de Saint-Pol.

A son retour, qui fut environ la Pentecôte ou plus tôt, il

rapporta lettres de mondit sieur de Saint-Pol . mais je ne les vis

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ouc et ne sçais ce qu'elles contenaient , et si ne sçais s'il apporta audit dernier voyage lettre de inondit sieur de Charolais,et crois plus que non que autrement. Toutefois mondil sieur de Trevnel doit tout avoir , et la cause de mon ignorance sur ce , était madite maladie , qui encore durait au retour de monsieur de Saint- Pol , et ne fut point présent quand il parla au roi , ni quand il lui présenta les lettres qu'il apporta ; mais depuis la Saint- Jehan je fus présent à un conseil tenu à Mehun , et qu'il fut parlé de ces réponses qu'il fallait faire à mondit sieur de Saint- Pol , et des dessusdits qui étaient en la ville furent présens , et aussi y fut monsieur de Coutances , et ledit messire Jehan Bureau , et lui et moi eûmes la charge de mettre ladite délibération par écrit, et ainsi le fîmes en son logis , et après dîné fut portée au feu roi , lequel la vit , et ne lui sembla pas bien , disant qu'il avait été averti par aucun, que tout ce que faisait faire mondit sieur de Charolais par mondit sieur de Saint-Pol , touchant ladite matière , était une fiction et un personnage joué entre mondit sieur de Bourgogne et mondit sieur de Charolais , son fils , et à cette occasion la fit corriger par ledit Bureau et par moi, et après fut mise au net par maître Adam Roland , secrétaire , et fut baillée audit monsieur Genlis, pour la porter à mondit sieur de Saint-Pol , avec lettres closes de créance sur mondit sieur de Saint-Pol, et suis bien recors que pour ce qu'à la première fois, en conférant par ledit feu roi de ladite matière avec mondit sieur de Saint-Pol , pour ce qu'il se douta que monsieur de Charolais voulsist user de quelque voie de fait sur monsieur de Croy et autres étant en l'hôtel de mondit sieur de Bourgogne, il lui avait dit par exprès que, pour deux royaumes tels que le sien , il ne consentirait un vilain fait y icelui feu roi fit mettre en ladite dernière réponse un article touchant ce point , ainsi qu'on le pourra voir dans le double d'icelle, dont mondit sieur de Treynel en a un ; car je sçais , et suis sur qu'il dit audit maître Adam qu'il le lui fit, et que ledit Roland lui accorda , et depuis le lui bailla , comme il me dit; et se en aucune chose j'ai évité touchant lesdites réponses, je m'en rapporte à l'écrit , mais j'en dis au plus près de ce qui me peut souvenir.

» — - — — — — ■ « En elfet, la lettre qui fut écrite au dauphin, etc. » (P. 57.) »

Lettre des ministres et autres gens du conseil au dauphin, pour lui donner avis de la maladie du roi.

IMoTKE très-redouté seigneur, nous nous recommandons à votre bonne grâce si très-humblement que plus pouvons. Plaise ?. 33

5o8 HISTOIRE

vous sçavoir , notre très-redouté seigneur, que certaine maladie est puis aucun temps en çà survenue au roi , votre père , notre souverain seigneur , laquelle premièrement a commencé par la douleur d'une dent , dont à cette cause il a eu la joue et une partie du visage fort chargées, et a rendu grand' quantité de matière, et a été ladite dent après arrachée, et la playe curée en manière que pour ce, que aussi par le rapport que les médecins nous faisaient chacun jour , nous avions ferme espérance que brief il dût venir à guérison. Toutefois pour ce que la chose e>t de plus longue durée que ne pensions , et que , comme il nous semble, il s'affaiblit plus qu'il ne soûlait, nous, comme ceux qui après lui vous désirons servir et obéir , avons délibéré le vous écrire et faire sçavoir, pour vous en avertir, comme raison est , afin de par tout avoir tel avis que votre bon plaisir sera , et vous plaise, notre très-redoulé seigneur, nous mander et commander vos bons plaisirs , pour y obéir de tous nos pouvoirs au plaisir de notre Seigneur, qui, par sa sainte grâce, vous doint très-bonne vie et longue. Ecrit à Mehun-sur-Yèvre, le dix-septième jour de juillet. Ainsi signé , Vos très-humbles et obéissaus serviteurs, Charles d'Anjou, Gastox de Foix, Guillaume Juvexal , chancelier, Jehan Coustaxt, A. Delaval , Amexïon d'Albret, A. de Chabannes , J. d'Estouteville , Machelin Brachet, Taxxeguy du Chatel , Jehan Bureau , Guillaume Cousinot, P. Doriole ,

Ch ALIGNANT.

« Il suffit de lire le mémoire que le comte de Foix » donna, etc. (P. 5^.) »

(Cette pièce fera connaître les mouvemens , les intrigues et le> intérêts de la cour de Charles VII , dans les derniers momens de sa vie.)

Lettre du comte de Foix.

Sire, pour vous avertir au vrai sur les points dont Monbardon et Janot du Lion ont parlé de par vous , vous trouverez, à peine de ma vie, la vérité être telle comme ci-après déclarée.

Premièrement , en tant qu'il touche la ligue et les serinens qu'on vous a rapporté que monsieur du Maine, moi et autres avons faits , je vous jure Dieu et le serment que je vous dois , que je n'ai ligue ne serment avec seigneurs ne personne <|ui vive de ce royaume , excepté avec le comte d'Armagnac, qui fut par commandement et ordonnance de vous.

Il est vrai que la journée qu'il fut délibéré qu'on vous écrirait par Vermar.dois ? le hérault, la disposition en quoi le roi , votre

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père , était pour lors, auquel on espérait encore vie et guérison , monsieur du Maine ouvrit en la présence de tous ceux du conseil , qu'il était nécessité, »i le roi, votre père, pouvait guérir, que chacun s'acquittât loyaulment envers lui touchant votre fait , et que nous ne demourissions plus en cet inconvénient, en quoi nous étions pour les dillerens qui étaient entre lui et vous; et jurâmes tous et promîmes à Dieu que , si le roi , votre père , pouvait venir en santé , que pour perdre états , ne offices , ne sa grâce, nous ne faudrions point que nous ne nous acquittissions loyaulment envers lui, afin de faire cesser tous les différens , et qu'il vous reprensist en sa honne grâce , et vous traitât ainsi qu'il appartient.

Et le lendemain de rechief nous nous trouvâmes tous ensemble , auquel temps encore espérions la guérison du roi, votre père , et fut remontré comme les différens et malveillances qui avaient été entre les seigneurs et ceux du conseil étaient trèsmal séans , et en pouvaient venir de grands inconvéniens ; et pour ce qu'il était bien requis, pour le bien du roi , votre père, et de la chose publique , que chacun ôtât toute rancune et malveillance qu'ils avaient les uns et les autres , et qu'il y eût entre nous tous bonne amour et union ; et dit lors monsieur du Maine que de sa part il en était et promettait à Dieu de ainsi le faire , si dis-je moi de la mienne , monsieur de Dunois de la sienne, et tous les autres pareillement. Et quelque chose, •>ire, qu'on vous rapporte, vous ne trouverez point qu'il v ait autre cho--e que ce que dessus est dit, et y a par delà des gens qui étaient présens à toutes ces choses par lesquelles, s'ils veulent dire vérité , vous pourriez sçavoir s'il est ainsi ; car, sur ma vie et sur mon honneur , vous n'y trouverez autre chose.

Et de dire que depuis j'aye fait ligue ne serment à personne , ne sçu autre qui l'ait fait , sur ma foi non ai ; et , se vous trou- \ez le contraire , punissez-moi à votre bon plaisir.

Et au regard du fait d'Angleterre , il est vrai qu'il v a eu plusieurs voyages qui ont été faits par delà , et y fut premièrement un nommé Doulcereau , lequel le grand sénéchal de Normandie y envoya pour sçavoir des nouvelles ; et était ledit Doulcereau à la bataille de -Northampton , quand le roi d'Angleterre fut prins ; et en se cuidant sauver pour venir par deçà , il fut prins par aucuns Anglais , et mené prisonnier à Anthonne, ou je ne sçais quel Heu par delà ; et quand le duc de Sommerset passa en Angleterre , il le délivra , et vint par deçà , et depuis fit renvoyé par devers la royne d'Angleterre , pour lui dire que le roi était disposé de l'aider et secourir et ceux de son parti en la querelle qu'elle avait contre le roi Edouard , et qu'il l'avait

5io HISTOIRE

fait sçavoir aux rois d'Espagne et d'Ecosse, ses alliés, afin qu'ils fissent le semblable de leur part.

Il est vrai aussi qu'il vint par deçà un autre homme de Bretagne et un chapelain de la royne d'Angleterre, lesquels ladite royne envoyait devers le roi, votredit père , pour lui dire l'état en quoi elle «'tait pour lors, et la pitié qui était en son fait et du urince son fils, et qu'il lui pliit avoir pitié d'elle et de sondit fils, et les envoyer quérir et recueillir en ce royaume , et leur donner sauf-conduit pour y être trois ou quatre ans jusqu'à ce qu'ils se pussent remettre ; et fut la matière bien fort débattue au conseil du roi, votredit père , en la présence de tous les seigneurs et gens de son conseil , et après plusieurs altercations fut conclu, présent le roi , votredit père , qu'on devait envoyer par delà le sieur de Genlis , messire Jehan Carbonnel et un secrétaire , et leur furent baillées lettres et instructions pour remontrer à ladite rovne , que si elle se pouvait tenir par delà, qu'elle s'y tensist , et les inconvéniens qui pouvaient advenir de sa venue de par deçà; toutes fois si elle véait que lui fût force pour soi sauver de venir par deçà, le roi , votredit père, en ce cas était content qu'elle y vensist et sondit fils , et lui envoya sauf-conduit pour ce faire : et ne sera point trouvé qu'ils eussent charge d'autre chose faire.

Item. Lesdits Genlis et Carbonnel ne trouvèrent point ladite dame au pays de Galles où les autres l'avaient laissée , mais s'en était allée déjà en Ecosse, et par ce s'en retournèrent sans rien faire.

Il est vrai aussi qu'en icelui temps le roi, votredit père, envoya son ambassade en Ecosse , pour cette matière , et pour prier la rovne , sa mère , et les gens des trois états dudit pays, qu'ils voulsissent donner à la dite royne d'Angleterre et au prince son fils, tout secours , aide, confort que faire se pourrait , et écrivit semblablement à ladite royne d'Angleterre ce qu'il avait fait sçavoir en Ecosse en faveur d'elle.

Depuis ces choses , et après la dernière bataille que la royne d'Angleterre eut contre ses adversaires, là où le roi d'Angleterre, son mari , a été recouvré, ladite dame a envoyé devers le roi , votredit père, deux jacobins et ledit Doulcereau. L'un desdils, jacobins allait à Rome à l'encontre d'un légat qui avait été eu Angleterre , et d'aucuns prélats dudit pays qui avaient été contraires au roi Henry , et requérait lettres de recommandation à notre saint père et aux cardinaux , lesquelles le roi , que Dieu absolve , lui bailla.

L'autre jacobin requérait que le roi, votredit père, prêtât quat>e-vi«£t mille écus à ladite royne d'Angleterre, et qu'il list

DE LOUIS XL 5u

armer par mer contre le roi Edouard , et qu'il révoquât tous les saufs-conduits, et n'en donnât plus nuls à ceux qui tenaient le parti dudit Edouard , et qu'il envoyât certain, Anglais qui avaient été prias n'a guères sur mer, devers ledit roi IJenry et ladite royne, pour ce que c'étaient ceux qui avaient mené toutes les trahisons du comte de AVarwick et dudit roi Edouard, qu'ils appelaient le comte de La Marche , et promettaient de payer autant comme leur finance monterait.

A quoi fut répondu qu'en ce qui touchait l'argent qu'il demandait à emprunter , le roi , votredit père, avait eu de grandes charges à supporter cette présente année, en plusieurs manières qui furent déclarées, et que à cette cause il ne les pouvait bonnement secourir d'argent.

Et au regard des saufs-conduits , il ne pouvait honnêtement révoquer ceux qui étaient jà donnés pour cette année ; mais qu'il défendrait à monsieur l'amiral qu'il n'en donnât nuls nouveaux à nuls d'iceux qui tenaient le parti contraire dudit roi Henry.

Touchant les prisonniers anglais que ledit roi Henry et la royne demandaient , fut répondu qu'on les ferait bien garder par deçà; mais les renvoyer sans !e consentement de ceux à qui ils étaient bonnement , ne se pouvait faire.

Quant à l'armée de la mer , le roi était content de la faire , et en ce les secourir au mieux qu'il serait possible , de laquelle armée était chef le grand sénéchal de Normandie.

Et à ce , sire , qu'on vous a dit qu'il y avait alliance entre le roi , votre père , et ledit roi Henry, et que je vous fisse sçavoir quelles alliances c'étaient, je vous jure Dieu, sire, que jour de ma vie je ne sçus que , depuis la reddition de Normandie et de Guyenne, il y ait eu autres trêves, paix, ne alliances entre le roi, votredit père, et le roi Henry et la royne d'Angleterre, sa femme, que ce que dessus est dit , et ne sera point trouvé que de mon sçu il y ail eu autre chose faite; mais encore me souvient bien que quand le seigneur de Molins et le jacobin , qui vint dernièrement, parlèrent de ces matières, le roi, votredit père, répondait toujours qu'il n'était pas temps d'en parler , et quand le roi Henry serait remis en son royaume et aurait subjugué ses adversaires, chacun demourerait en sa liberté de faire guerre on de faire paix ; et lors serait temps d'en parler , et non pas maintenant , ne onc autre réponse n'en ouïs de lui, ni ne scus qu'il ait faite ; et disait que ce qu'il faisait en laveur dudit roi Henry et de la royne, sa nièce , c'était pour soi acquitter envers Dieu et honneur, comme un roi doit faire à l'autre, et aussi à la proximité du lignage, à quoi ledit roi Henry et ladite royne

5ia HISTOIRE

d'Angleterre lui attenaient , et que raisonnablement il devait ainsi faire en cette querelle.

Il est vrai aussi, sire , que depuis la maladie du roi, votre père, il est venu aucunes gens de par ledit roi Henry et ladite royne d'Angleterre, qui avaient charge de parler à lui touchant les matières de par delà : mais à l'occasion de ladite maladie, ils n'y ont point parlé , et n'y a rien été fait , et c'est, sire , tout ce que j'ai sçu de ladite matière.

Sauf qu'étant le roi à Remorentin , au partir de Montrichart , le duc d'Yorck fit faire ouverture au roi , votredit père , par le moyen de ceux d'Ecosse et autres, qu'il lui plut lui donner faveur et aide en sa querelle à l'encontre du roi Henry , et faisait de grandes offres au cas que le roi , votredit père , l'eût voulu accepter; et fut la chose fort débattue au conseil , auquel étaient tous les seigneurs chiefs de guerre et autres gens du conseil dudit sieur, et même y était le duc de Bretagne , et fut l'opinion de tous que ladite querelle n'était pas bonne , que le roi n'y devait entendre , et même que le duc d'Yorck était sujet dudit roi Henry, et lui avait fait hommage et serment de féaulté comme à son souverain, et que nulles querelles de sujets voulant entreprendre contre leur souverain et le débouter de sa seigneurie, ne sont justes, soutenables , ne raisonnables , et que quand il n'v aurait autre raison, le roi devait rejeter ladite offre en toutes manières ; et ainsi fut conclu ; et crois , sire , qu'on ne trouvera point plus largement desdites matières d'Angleterre , et vous assure que , si j'en sçavais plus largement , je ne vous cèlerais point, ni ne ferais de choses que vous me demandez , dont vous veuillez être informé, que je ne vous die la vérité de tout ce que j'en sçaurais.

Et pour ce que j'ai entendu que aucuns vous ont rapporté qu'on a voulu faire faire des choses au roi , votredit père , en votre préjudice , pour avantager monsieur votre frère ; sur mon âme , sire, je ne sçus onc rien de ladite matière , ne n'en ai ouï parler , fcinon que l'année passée, étant le roi, votredit père, à Mehun, et que les ambaya. leurs du roi d'Espagne y étaient qui traitaient, le mariage de tnondil sieur, votre frère, avec la sœur dudit roi d'Espagne, il fut ouvert qfie les Espagnols requéraient que le roi, votredit père, donnât et transportât la duché île Guyenne à mondit sieur votre frère , à quoi le roi , votredit père , répondit qu'il ne lui semblait pas bien raisonnable, et que vous étiez absent, que étiez frère aîné, et que étiez celui à qui la chose touchait le plus après lui , et que vous pourriez dire que, sans vous appeler , on ne le devait pas faire, et auriez grand'eause de vous mal contenter, et de dire après que vous n'en tiendriez rien , et pour

DE LOUIS XI. 5i3

ce qu'il n'en ferait rien , et qu'il espérait que vous vous aviseriez et redresseriez envers lui , et cesseraient tous les différens du temps passé, et aviserait bon ce qui serait à faire; et quand vous ne le voudriez ainsi faire, sur ce faudrait qu'il regardât h ce qu'il aurait à faire , et , sur ma foi , sire , je n'ai autre chose sçu de ladite matière (\ue ce que dit est, et ne vous cèlerai de cela, ne d'autre cl >se , que je ne vous en die la vérité quand vous la me voudrez demander.

El quant à ce. sire , qu'un vous a rapporté , que par l'alliance de monsieur du Maine et de moi , je devais être connétable de France pour faire guerre à vous et à monseigneur de Bourgogne ; sur mou âme , siie, je n'eus onc alliance avec ledit monsieur du Maine. Vrai est que nous avons été bien fort amis ensemble, et d'autres aussi, contre ceux qui étaient entour le roi, votredit père , et qui ne nous valaient pas; mais de dire que de vous , ni de monseigneur de Bourgogne eût été fait aucune mention es cho-.es dessusdites , jamais ne fut, ne que je dusse avoir la connétablie. Bien est vrai que je parlai au roi , votre père , dudit office de connétable pour ce qu'il vacquait , et y avait jà longtemps , et m'en a toujours donné bonne réponse , et, s'il eût vécu , et qu'il eût entretenu les paroles qu'il me disait , je crois que je y eusse bonne part ; mais, comme dit est dessus , que jamais eût été fait mention de vous , ne de monseigneur de Bourgogne , en parlant de cette matière , ne que ce fût pour courir sus à vous, ne à lui, il ne sera point trouvé ; et , afin que je ne le puisse nier , gardez ces présens articles , lesquels à cette cause j'ai signés de main et scellés de mon scel , le contenu èsquels je veux maintenir être vrai en votre présence , se votre plaisir est l'éprouver par ma personne contre ceux qui voudront dire le contraire , excepté vous , sire , et monsieur Charles , votre frère. Fait à Tours, le sixième jour d'août, l'an 1461.

Signé Gaston.

« Le chancelier Jnvénal des Ursins et la plupart des m magistrats arrivèrent à Avesnes. (P. 5g. ) »

Extrait d'une chronique manuscrite contenant la harangue de Jean Juvénal des L rsins , prononcée à Avesnes.

L/R) est vrai qu'après que les habitans de la bonne cité de Reims sçurent que feu le vaillant roi Charles VII , dont Dieu ait l'âme, fût allé de vie à trépassement , dont eux et moi fûmes moult déplaisans . et non sans cause , délibérâmes d'envoyer

5i4 HISTOIRE

devers son fils Louis à Avesnes , et y allai , et par eux avec moi furent envoyés des plus notables de l'église et bourgeois de cette cité ; et quand fûmes arrivés , allâmes à l'hôtel où était logé le roi Louis, notre souverain seigneur , et entrâmes en la salle emprès la chambre , et envoya devers nous l'archevêque de Bourges avec autres nous dire que fussions bien briefs , et entrâmes où il était , accompagné de messieurs les chanceliers de Bourgogne et de Savoye , de messeigneurs de Croy et de Montauban , et plusieurs tant gens d'église qu'autres , et nous mîmes tous à genoux, et nous fit lever, et dit lui-même que nous dissions ce que nous voudrions , et que fussions briefs , et me requirent ceux étant en ma compagnie que voulsisse parler , et combien qu'en moi n'y eût science , prudence , ne éloquence, confiant de la grâce de Dieu, je parlai en la manière qui s'ensuit: Notre souverain seigneur, les gens d'église, nobles, bourgeois, habitans de votre bonne cité de Reims , envoyent devers vous, leur souverain seigneur , ceux qui sont ci-préseus et moi en leur compagnie, vous voir et faire honneur , révérence et obéissance, joyeux de vous trouver en bonne santé et prospérité , prêts de vous servir et obéir de cœur , de corps et de biens jusqu'à la mort; et semblerait que ce me serait un déshonneur et reproche si je ne disais autre chose, vu que j'ai été serviteur et officier de vos ayeul et père, dont Dieu ait les âmes, et de vous ; et qu'en votre jeune âge de moi aviez connaissance. Vous exposerai et dirai une chose qui m'est survenue à deux lieues d'ici, en venant vers vous > d'une manière de vent ou de voix qui me frappa aux oreilles , en disant : Hic est vir quem dixeram iibi, qui sont les paroles que Dieu dit à Samuel pour sacrer et oindre Saiil roi des enfans d'Israël ( I. Reg. c. 9 ) : Eccevir quem dixeram tibi, cl ipse dominabitur populo meo ; et me semblait qu'on me disait: Va hardiment à Louis, fils du roi de France,, qui est à Avesnes ; car j'ai ordonné que c'est lui qui est vrai roi de France , et qui doit dominer à mon peuple de France , et que tu dois sacrer et oindre du saint -chrême étant à la sainte ampoule que j'ai envoyée à Rémi, archevêque de Reims , pour consacrer le roi Clovis ; lui dis qu'il aille à Reims prendre de toi le noble .sacre qu'il doit recevoir. Nous avons en une histoire que j'ai autrefois écrite , qu'en ce royaume y eut anciennement et autrefois de grandes guerres et. merveilleuses , et y avait quatre dames , et chacune dame avait un fils. La première avait nom Sapienco, qui avait un (ils nommé Dico ; la seconde avait nom lYudence , qui avait un fils nommé Duco ; la tierce avait nom Puissance, qui avait un fils nommé Facin ; la quatrième avait nom Patience , qui avait un fils nommé Fero; et fut avisé par

DE LOUIS XI. 5i5

tons les trois états de ce royaume que tout serait perdu , se on ne trouvait moyen qu'il y en eût un seul qui serait maître de tous , et auquel on obéirait , et fut ainsi conclu qu'il se ferait; et n'y eut celle desdites dames qui ne voulsist "soutenir que son fds ce devait être , alléguant de grandes raisons qui seraient trop longues à réciter; et sur cette matière, qui était grande et haute, y eut grandes délibérations par les notables gens de tout ce royaume ; et fut conclu que nul des enfans des quatre dames n'était digne d'être roi , et qu'il en fallait un qui eût toutes lesdites quatre dames et les quatre enfans avec lui; et afin que nul desdils enfans ne s'aventurât seul à être roi , et qu'il en fût mémoire perpétuelle , on leur ôta de l'impératif à cbacun la queue , c'est à sçavoir : à dico , où en l'impératif dût avoir dice, il n'y avait que die ; à duco , pour duce , duc ; à fado y où il dût avoir face , fac ; afero, où il dût avoir fere , il ny a que fer ; et lors répondirent ceux qui étaient pour lesdites quatre dames : Où trouver celui qui aura ces quatre dames et leurs enfans? Et on trouva que c'était Pharamond, prince qui était vaillant, sage , prudent et patient, dont ils furent tous conttens, et lesquelles quatre dames sont en vous, notre souverain seigneur. Quelles prudence , sapieuce , patience avez-vous eues cependant que vous avez été bors de la compagnie de votre père , dont Dieu ait l'àme ? il ne les faut jà déclarer. Quelles puissance et vaillance avez-vous eues en la prinse de la Bastille de Dieppe, à Pontoise , en Allemagne et en autres lieux? et dès lors que fûtes reçu bénignement et doucement de notre très-redouté seigneur monsieur de Bourgogne en très-grande jnùssance , et pour ce je puis bien dire ce que la voix me dit : Hic est vir quem dixeram tibi , ipse dominabitur populo mco. C'est celui que tu dois sacrer et enoindre, et est vrai roi , et doit dominer à mon peuple de France ; mais il y a une chose que je suis requis de vous exposer et déclarer, c'est à savoir la pauvreté de votre peuple chargé de tailles , aydes et plusieurs autres subsides, et, à proprement parler , pilleries et roberies, lesquelles, s'il vous plaît , à votre nouvelle venue faire cesser. Adliœsit in terra noster venter , Jocli sunms oves occisionis ; exurge , Domine, adjuva nos. Eveillez-vous, sire, et nous aidez, car mestier en avons, et, pour finale conclusion : Veni , Domine, et noli tardare , et dele facinorn nostra. Yenez-vous-en , notre souverain seigneur , en votre cité de Reims , recevoir votre digne sacre , et je m'en irai devant, et vos bonnes gens et serviteurs qui sommes ici, faire les préparations nécessaires à vous recevoir, et ne tardez point , et vous plaise relâcher les tribulations où nous sommes, et j'ai espérance que votre venue profitera à votre

5i6 JILSTOIRE

royaume el au pauvre peuple , et que fies biens aurez-vous en re monde , et à la fin la jove et le paradis. Quod vobis concédât ille qui sine fine vïvit et régnât m sœcida sœculorum. Amen.

« La dépense de sa table, qui la première année n'était » que de douze mille livres, fut portée, etc. (P. ~ji.) »

Compte de la dépense de la table et de l'écurie du roi , dans lequel on trouve la dépense des premières années du ligne de Louis XI.

J ja première année après le sacre du roi , commençant le premier jour d'octobre 1461 , fut appointé pour la dépense du roi , douze mille livres.

En ce terap; ne se faisait que un plat pour le roi ; son train était bien petit en tous états , tellement que ladite somme suffisait.

Depuis ordonna le roi que aucuns souperaient avec lui et non dîneraient, et pour ce multiplia la dépense.

* Après on y dîna et soupa , et se eut madame de Bourbon un plat à sa table , et deux autres plats pour ceux qui y étaient , et parce moyen monta la dépense de beaucoup.

Item et tellement , tant parce que ordinairement il y a quatre plats, un pour la chambre , et un pour les maîtres d'hôtel et les survenans qui sont servis quand le roi le commande : pour ladite dépense l'année dernièrement passée fut appointé trente-neuf mille livres qui ne suffirent ; mais fut dépensé à la cause dessusdite , outre l'assignement qui fut baillé compris la dépense de médire Thomas Taquin , quatorze cents livres.

Item et pour cette présente année a été l'assignement de ladite dépense recuidée de neuf mille quatre cents livres, et appointée seulement de vingt— huit mille livres , pour ce que furent comprins deux mille huit cent soixante-six livres , pour gages de Jacques Le Canu et Jehan Goudier, son chef.

Item quatre mille cinq cents livres pour les chevaux de l'écurie dont est chef ledit Jehan Goudier.

Ainsi ladite somme de vingt-huit mille livres demoure pour la dépense de bouche du roi, chargée seulement des gaiges du maître de la chambre, aux deniers du contrôleur et clerc d'offices, montés dix-huit cent soixante-dix livres.

Et pour ce ne demoure pour ladite dépense que vingt-six mille quarante livres.

Laquelle somme le roi peut modérer à son bon plaisir, et selon la modération les officiers mettront peine de le servir à sou plaisir.

DE LOUIS XI. 5ij

« Louis établit, cette année, les postes, etc. (P. 35 1.) »

(Quoiqu'on n'ait commence à faire usage des postes en Frauce qu'en ipSo, Louis XI en avait ordonné l'établissemeut dès la troisième année de son règne , en 1 4^4 • ®n vm^ > dans ce premier édit , quels furent les motifs et les réglemens d'un établissement si utile. )

Institution et établissement que le roi, notre sire, veut et ordonne être faits de certains coureurs et porteurs de ses dépècbes , en tous les lieux de son royaume , pays et terres de son obéissance, pour la commodité de ses affaires et diligence de son service et de sesdites affaires.

i. Ledit seigneur et roi ayant mis en délibération avec les soigneurs de son conseil , qu'il est moult nécessaire et important à ses affaires et à son état, de sçavoir diligemment nouvelles de tous cotés , et v faire , quand bon lui semblera , sçavoir des siennes, d'instituer et d'établir en toutes les villes, bourgs et bourgade;, et lieux que besoin sera jugé plus commodes, un nombre de cbevaux courant de traite en traite, par le moyen desquels ses commandemens puissent être promptement exécutés, et qu'il puisse avoir nouvelles de ses voisins quand il voudra, veut et ordonne ce qui suit :

2. Oue sa volonté et plaisir est que dès à présent et doresenavant il soit mis et établi espécialement sur les grands chemins de sondit royaume , de quatre en quatre lieues , personnes féables et qui feront serment de bien et lojaulment servir le roi , pour tenir et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien onharnachés , et propres à courir le galop durant le chemin de leur traite , lequel nombre se pourra augmenter s'il est besoin.

3. Pour le bien et surentretennement de la présente institution et établissement , et générale observation de tout ce qui en dépendra ;

4- Le roi , notredit seigneur, veut et ordonne qu'il y ait, en ladite institution et établissement, et générale observation, et pour en faire rétablissement , un office intitulé : conseiller grandmaître des coureurs de France, qui se tiendra près sa personne, après qu'il aura été faire ledit établissement; pour ce faire lui sera baillé bonne commission.

5. Et les autres personnes qui seront ainsi par lui établies de traite en traite , seront appelées maîtres tenant les chevaux courans pour le service du roi.

G. Lcsdits maîtres seront tenus , et leur est enjoint de monter

sans aucun délai ni retardement , et conduire en personne , s'il leur est commandé, tous et chacuns les courriers et personnes envoyés de la part dudit seigneur , ayant son passe-port et attache du grand-maître des coureurs de France , en payant le prix raisonnable qui sera dit ci-après.

7. Porteront aussi lesdits maîtres coureurs toutes dépêches et lettres de sa majesté, qui leur seront envoyées de sa part , et de-» gouverneurs et lieulenans de ses provinces et autres officiers, pourvu qu'il y ait certificat ou passe-port dudit grand-maître des coureurs de France , pour les choses qui partiront de la cour, et hors d'icelle, desdits gouverneurs, lieutenans et officiers, que c'est pour le service du roi, lequel certificat sera attaché audit paquet, et envoyé avec un mandement du commis dudit grandmaître des coureurs de France , qui sera par lui établi en chacune ville frontière de ce royaume, et autres bonnes villes de passage que besoin sera , ledit mandement adressant auxdits maîtres coureurs , pour porter sans retardement lesdits paquets, ou monter ceux qui seront envoyés pour les affaires du roi.

8. El afin que l'on puisse sçavoir s'il y aura eu retardement, et d'où il sera procédé, ledit seigneur veut et ordonne que ledit grand-maître des coureurs et sesdits commis cotent le jour et l'heure qu'ils auront délivré les paquets au premier maître coureur , et le premier au second, et aussi semblablement par tous les autres maîtres coureurs, à peine d'être privés de leurs charges, et des gages, privilèges et exemptions qui leur seront donnés par la présente institution.

9. Auxquels maîtres coureurs est prohibé et défendu de bailler aucuns chevaux à qui que ce soit, et de quelque qualité qu'il puisse être , sans le mandement du roi et dudit grand-maître des coureurs de France , à peine de la vie , d'autant que ledit seigneur ne veut et n'entend que la commodité dudit établissement soit pour autre que pour son service , considéré les inconvéniens qui peuvent survenir à ses affaires, si lesdits chevaux servent à toute personne indifféremment, sans son sçu ou dudit grandjnailie des coureurs de France.

10. Et afin que notre très-saint père le pape et princes ('rangers , avec lesquels sa majesté a amitié et alliance , par le moyen desquelles le passage de France e*l libre à leurs courriers et messagers . n\'! vent sujet de se plaindre du présent règlement, sa majesté entend leur conserver la liberté du passage, suivant , et ainsi qu'il esl porté par ses ordonnances, leur permettant , si bon leur semble , d'user de la commodité dudit établissement , en payant raisonnablement et obéissant aux ordonnances y contenues.

DE LOUIS XI. 5i9

ii. Mais, pour éviter les fraudes que pourraient commettre lesdits courriers et messagers, allant et venant en ce royaume, lesquels, pour ne se vouloir manifester aux bureaux diulit grandmnître des coureurs de France et à ses commis, qui y résideront en chacune y il le frontière et autres de ce royaume , passeraient par chemins obliques et détournés , pour ôter la connaissance de leur voyage et entrée en cedit royaume, prenant pour ce faire autres chemins et guides ;

12. Sa majesté veut et leur enjoint de passer par les grands chemins et villes frontières , pour se manifester aux bureaux dudit grand-maître des coureurs , et prendre passe-port et mandement tel que sera dit, à peine de confiscation de corps et de biens.

i3. Seront lesdits courriers et messagers visités par lesdits commis dudit grand-maitre , auxquels ils seront tenus d'exhiber leurs lettres et argent, pour connaître s'il n'y a rien qui porte préjudice au service du roi , et qui contrevienne à ses édits et ordonnances, dont ledit commis sera bien instruit pour y rendre son devoir ; et pour ce lui sera donné par ledit grand-maître des courriers de France plein et entier pouvoir de ce faire , en vertu de celui qui lui sera attribué par la présente institution , et par lettres de commission qui lui en seront expédiées.

14- Après avoir vu et visité par lesdits commis les paquets desdits courriers, et connu qu'il n'y a rien contraire au service du roi , les cachelera d'un cachet qu'il aura des armes dudit grand-maître des coureurs , et puis les rendra audit courrier, avec passe-port que sa majesté veut être en la forme qui ensuit.

i5. Maîtres tenant les chevaux courans du roi depuis tel lieu jusques en tel lieu, montez et laissez passer ce présent courrier nommé tel , qui s'en va en tel lieu avec sa guide et malle , en laquelle sont le nombre de tant de paquets de lettres cachetées du cachet de notre grand-maître des coureurs de France, lesquelles lettres ont été par moi vues, et n'y ai rien trouvé qui préjudicie au roi, notre sire , au moyen de quoi ne lui donnez aucun empêchement, ne portant autres choses prohibées et défendues , que telle somme pour faire son voyage; et sera signé dudit commis et non d'autres personnes.

16. Lequel passe-port demeurera es mains du dernier maître coureur où ledit courrier se sera arrêté , pour icelui être rapporté au bureau général dudit grand-maître des coureurs de France, et des passe-ports sera fait registre qui sera appelé le registre des nasse-ports.

1-. Lesdits commis seront tenus, et leur est enjoint aussitôt que lesdits courriers étrangers seront arrivés , et qu'il aura scû leurs noms, le sujet de leur voyage, et la part ou ils vont, de

Sso HISTOIRE

faire courir un billet pour en donner avis à leur grand-maître des coureurs qui en avertira sa majesté, si ledit coureur n'allait en cour , et prit un autre chemin que celui où serait ledit seigneur, pour se manifester -audit grand- maître des coureurs, pour le conduire au roi, soit qu'il fût envoyé vers lui ou non.

Et s'il se trouve aucuns desdits courriers étrangers et autres entrant dans ce royaume et sortant d'icelui par chemins obliques et faux passages détournés , ou chargés de lettres ou autres choses préjudiciables au roi, notre seigneur, lesdits commis les mettront es mains des gouverneurs ou leurs lieutenans en leur absence; et le-, lettres ou paquets, dont ils auront été trouvés saisis, seront envoyés par ledit commis à leur grand -maître des coureurs, qui les portera au roi pour sçavoir sur ce sa volonté et plaisir.

iS. Et d'autant que la charge dudit conseiller grand-maître des coureurs de France est moult d'importance , et requiert avoir fidélité, soigneuse discrétion et savoir, et qu'au moyen dudit office et de sadite charge les articles de l'institution et établissement dessusdil doivent être bien observés, gardés et entretenus, et étant icelui établissement moult utile au service et à l'intention du roi, il y requiert y avoir bien notables personnes pour le tenir.

iq. Ledit seigneur veut et ordonne que nul ne puisse être pourvu dudit oinee, s'il n'est reconnu fidèle, secret, diligent et moult adonné à recueillir de toutes contrées , régions , terres et eigneuries , les choses qui lui pourraient contribuer , et pour lui apporter les nouvelles et paquets qui lui adviennent par ambassades, lettre* et autrement, qui touchent en particulier et général l'état des affaires du roi et du royaume, et faire de toutes '.ho>es requises et nécessaires vrais mémoires et écritures, pour le tout par lui et non autres être rapporté à sa majesté.

20. Veut et ordonne que celui qui sera pourvu de ladite ebarge, soit compris de ses conseillers et autres officiers ordinaires, compté et enrôlé en l'état de son hôtel, tout ainsi que l'un de ses conseillers et maîtres d'hôtel ordinaires, à se trouver partout où le roi sera, sçavoir et entendre au vrai ce qui pourra toucher les affaires dudit seigneur, et l'en avertir et >er\ir de ce qui sera nécessaire et touchera ledit état.

?.i. Veut et ordonne que ledit grand-maître des coureurs de France ait l'entière disposition de mettre et établir, partout où besoin sera, lesdits maîtres coureurs; les déposséder, si leur devoir ne font; et pourvoir en leurs places tel que bon lui semblera, même adveuanl vacation par mort, résignation ou autrement • :e leurs «barges, lui a donné pouvoir d'y pourvoir et instituer

DE LOUIS XL 5-r

d'autres en leurs places, et en délivrer lettres, les faisant faire serment de fidélité, et leur eu donner acte sur lesdites lettres.

22. Veut et ordonne que ledit conseiller grand-maître des coureurs de France, pour l'enlretennement de son état, après avoir fait serment au roi es mains de son chancelier de bien et loyaulment servir, ait pour gages ordinaires la somme de huit cents livres parisis, lesquels seront pris sur les plus clairs deniers et revenus dudit seigneur , outre et par-dessus les droits et émolumens ordinaires , qu'il prendra comme officier domestique ordinaire de l'hôtel et maison dudit seigneur , qui par autres ses lettres lui seront ordonnés et payés.

2.3. Et outre il aura pension de mille livres , par autres lettres dudit seigneur pour sondit office, qui lui sera assignée et ordonnée chacune année.

2 j. Veut et ordonne que tous maîtres coureurs qui seront, par ledit grand-maître établis , ayent aussi pour leur entretennement en leurs états, pour gages ordinaires , chacun, cinquante livres tournois , et chacun des commis qu'il aura près sa personne et autres lieux (pie besoin sera , chacun cent livres pour leur entretennement , et veut que les uns et les autres, pendant qu'ils serviront , jouissent des mêmes exemptions et privilèges , que les officiers domestiques et commensaux de sa maison.

25. Et à ce que lesdits maîtres coureurs ayent moyen d'entretenir et nourrir leurs personnes et leurs chevaux, et qu'il* puissent commodément servir le roi ;

26. Il veut et ordonne que tous ceux qui seront envoyés de sa part ou autrement, avec son passe-port et attache du grandmaître des coureurs de France ou de ses commis, payent pour chacun cheval qu'ils auront besoin de mener, y compris celui de la guide qui les conduira, la somme de dix sols pour chacune course de cheval durant quatre lieues , fors et excepté ledit grand-maître des coureurs, qu'ils seront tenus de monter sans rien prendre de lui ni de ses gens, qu'il mènera pour son service allant faire ses chevauchées et son établissement et pour les affaires de sa majesté , ensemble ne prendront rien de ses commis qui voudront courir pour les affaires pressées du roi, au moin* trois ou quatre fois l'an.

27. Et quant aux paquets envoyés par ledit seigneur, ou qui lui seront adressés, lendits maîtres coureurs seront tenus de les porter en personne sans aucun délai de l'un à l'autre avec la cote ( i-mentionnée , sans en prendre aucun payement, ains se contenteront des droits et gages qui leur sont attribués.

28. Veut et ordonne que les susdits articles et institution dudit olfice de conseiller grand-maître <\a coureur» de France , et

autres choses dessusdites , soient a toujours observés et gardés sans enfreindre. Fait et donné à Luxies , près Doulens , le dixneuvième jour de juin, l'an de salut 1464. Sic signatum , Lovs. Par le roi en son conseil , De La Loere. Collatione Jactd cwn originali , signé , Cheveteau.

ci Le duc de Berry partit et se rendit en Bretagne La

» retraite de ce prince fut le signal qui fit éclater l'orage •» qui se formait depuis long-temps -, les mécontens se dé- » clarèrent ouvertement sous le nom de ligue du bien pu- » bliç. \V. uo.) »

Lettre du roi à monseigneur de Bourbon, touchant la retraite du duc de Berry.

Mars i {05.

1VJ on frère, je partis d'ici lundi au matin , pour aller foire mon voyage à Notre-Dame du Pont, et dès que je fus parti , demiheure après, mon frère de Berry s'en partit san* mon sçû , et l'emmena (Met Daidie, et est allé en Bretagne , et ne sçais qui l'a meu à ceci. Or ça, s'il a bien fait, il le trouvera. Je vous prie que , sur tout le plaisir et service que jamais me voulez faire, qu'incontinent, ce s lettres vues, vous montiez à cheval, e! vous en veniez devers moi , et ne me veuillez faillir , et vous prie que fassiez mettre sus cent lances de vos pays : et laissez le bâtard pour ce faire , et vous en venez incontinent ; et quand vos gens seront prêts , je les ferai payer, et adieu. Ecrit de ma main, et croyez Josselin de ce qu'il vous dira de ma part. Lovs.

( Comme il y a déjà un très-grand nombre de pièces imprimées sur la guerre du bien public , et que cet événement est fort détaillé dans l'histoire , cet article n'a pas besoin de beaucoup d'éclaircissemens ; ainsi je me contenterai de rapporter à ce sujet les lettres suivantes. )

Lettre de monsieur de Berry à monsieur de Vendôme, pour l'engager dans la ligue du bien public.

lVLoN cousin, je me recommande à vous. Je ne vous ai encore point écrit , ne fait sçavoir les causes qui m'ont meu de partir d'avec monseigneur , doutant que mal ne vous en advint : lesquelles ont été et sont par le conseil de la plupart des plus grands et plus puissans princes et seigneurs du sang, tous désirant avec moi que provision fût mise et donnée au désordre qui était et est eu tous les états et pays du royaume , au bien et honneur du royaume , et au bien et honneur de la couronne, et au profit

de toute la chose publique. Or maintenant tous lesdits princes sont sus et en armes avec notre armée , tirant vers le pays de Bcausse , ou beau-frère de Charolais se doit rendre pour nous joindre ensemble ; pourquoi et que j'aime et désire le bien de vous et tous ceux qui ont bien servi monseigneur, que Dieu pardoint , et même ment de tous ceux qui sont descendons de la couronne, comme vous êtes; je vous écris présentement, vous priant qu'avec moi et lesdits autres seigneurs du sang , suivant mon intention , qui est bonne et juste, à l'honneur de mondit seigneur et de la couronne , et au bien et utilité de tout le royaume et la chose publique d'icelui , vous veuilliez vous déclarer et adjoindre ; et je vous certifie qu'en ce faisant vous soyez reconnu en états, honneurs et proufhts , tellement qu'auriez cause d'être content , et au par sus , pour ce que beaux-oncles du Maine pourraient envoyer des gens de guerre , pour bouter en votre ville de Vendôme , lesquels pourraient porter nuisance a nos gens, je vous en avertis à ce que nuls n'y en veuilliez recevoir ne mettre dedans', après vous conduire et gouverner suivant la bonne intention de moi et autres dessusdits seigneurs du sang , en manière que je connaisse votre bon vouloir et intention envers moi et au bien dudit royaume. Mon cousin , je prie Dieu qu'il vous doint ce que désirez. Ecrit à Beauge, le quatrième jour de juillet i465. Ainsi souscrit , votre cousin , Charles.

Réponse de monsieur de Vendôme.

Loh très-redouté seigneur , je me recommande très-humblement à votre bonne grâce : plaise vous sçavoir que j'ai reçu vos lettres , qu'il vous a plû moi écrire par Brest, ce porteur faisant mention que ne m'avez encore fait sçavoir les causes qui vous ont meu de partir d'avec le roi , doutant que mal m'en advînt, lesquelles ont été par l'avis et conseil des plus grands et puissans princes de messeigneurs du sang, désirant avec vous provision être mise au désordre oui était et est en tous les états du royaume, au bien et honneur de la couronne , et au profit de toute la chose publique ; pour quoi vous et monsieur le duc de Bretagne , avec votre armée lirez vers la Beausse , oii monseigneur de Charolais se doit rendre pour vous joindre ensemble ; et à cette cause et que vous aimez mon bien , m'écrivez ces choses , à ce que je me joigne avec vous et autres messeigneurs du sang , suivant votre bonne intention , et au surplus que je ne boute à Vendôme gens de guerre qui puissent porter nuisance à vos gens. Mon très-redouté seigneur , je vous mercie très-humblement, dont il vous a plû. moi écrire du bien et honneur que de votre grâce me voulez : et 2. 34

au surplus , pour réponse à vosdites lettres , vrai est que le roi étant à Tours , nie manda et écrivit plusieurs fois aller devers lui , et pour ce je tirai à lui à Saumur, auquel lieu et depuis à Tours à son partement dernier , entre autres choses , il me fit promettre lui garder mes places , et n'y mettre aucunes gen-> qui lui puissent nuire , et , pour y pourvoir, me tirai dès lors ici , où de rechef il m'a demandé semblablement ; et au regard de ne mettre gens de guerre à Vendôme , avant la réception de vos lettres , monseigneur du Maine a envoyé es environs de Vendôme la plupart de l'armée ; pourquoi vous supplie très-humblement , mon très-redouté seigneur, qu'il vous plaise moi tenir pour excusé , mêmement que jusques ici n'ai été par vous averti du contenu en vosdites lettres; et se ainsi est que passez par cette comté pour donner tel ordre que le pauvre peuple ne soit détruit ;lcar leur nécessité est si très-grande , que c'est pitié ; et soyez certain, mon très-redouté seigneur, que je voudrais senir et obéir le roi et vous , toutes autres choses laissées ; et je désire que sur les difïérens soit prise une bonne conclusion , à quoi Dieu , par sa grâce , veuille pourvoir , et vous doint bonne vie et longue. Ecrit à Pavardin , le G juillet 1^65.

« Le Roi , ne songeant qu'à désunir les princes ligués , » fit écrire par le roi de Sicile au duc de Calabrc , son fils , » pour le détacher du parti. (P. 128-124.) »

Lettre de Rend , roi de Sicile, au roi.

1VJ.ON très-redouté seigneur , je me recommande a votre bonne grâce si très-humblement que je puis ; plaise vous sçavoir que par Gaspard Cosse ai vu ce qu'il vous a plù ni 'écrire , et comment aviez délibéré envoyer devers mon fils de Calabre le sire de Mecigny, m'exhortant et ordonnant y envoyer aucun de mes serviteurs qui me fut féable ; sur quoi , monseigneur, en obéissant toujours à vos bons plaisirs et commandemens, l'y envoyé ledit Gaspard, duquel, comme sçavez , il a assez connaissance , auquel j'ai donné charge expresse de passer et retourner par vous , et puis tirer de là devers mondit fils, pour lui dire ce qu'il vous plaira lui en charger, avec ce que je lui ai dit de ma part, aussi dit pour lui enjoindre de par moi ; et sur ce écris à mnndit fils par ledit Gaspard , ainsi que plus à plein verrez pas la copie de mes lettres, que vous envoyé y enclose, ou par lesdiles lettres mêmes , si c'e-4 votre plaisir les voir et ouvrir , priant à Dieu, mon très-redouté seigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue. Ecrit ;'. Launay, le dixième d'août 1 £65. "N otre trèshumble et obéissant le roi de Sicile, duc d'Anjou , Tîi m .

DE LOUIS XI. 5aô

« Le comte de Charolais écrivit au roi une lettre et

» lui demandaituneexplication sur ses desseins. (P. i38.) »

Copie de la lettre du comte de Charolais , que le roi a cnvoyie à son conseil, par M. de Chatillon.

iVloNSEiGNEUR , je me recommande très-humbleinent à votre bonne grâce , et vous plaise sçavoir, monseigneur, que puis peu de temps en ça j'ai été averti d'une chose dont je ne me puis assez ébahir, se ainsi est ; toutefois il m'est force que je la mette hors de doute , vu le lieu dont je suis averti , et à grand regret le vous déclare , quand il me souvient des bonnes paroles que toute cette année m'avez fait sçavoir , tant par bouche comme par écrit. Monseigneur , il est vrai qu'aucun parlement a été tenu entre vos gens et ceux du roi d'Angleterre , et tellement besongné que vous êtes content , comme j'ai été averti , de leur bailler le pays de Caux, Rouen , et les villes qui y sont comprises , leur aider à avoir Abbeville et la comté de Ponthieu , <4 outre plus avoir avec eux certaines alliances contre moi et mes pays , en leur faisant de grandes offres totalement à mon préjudice , et pour le tout conclure, se doivent trouver à Dieppe. Monseigneur , du vôtre vous en pouvez disposer à votre bon plaisir ; mais , monseigneur , de ce qui me peut toucher , il me semble que vous pourriez mieux vouloir le mien demeurer en ma main, que d'être cause de le mettre es mains des Anglais, ne d'autre nation étrange. Pourquoi je vous supplie , monseigneur, que , si telles ouvertures ou plus grandes ont été ouvertes par vos gens, ne veuilliez vous y consentir en manière qui soit, mais faire cesser le tout et y faire tant que toujours j'aye cause <ie demourer votre très-humble serviteur, comme de tout mon cœur je le désire ; et surtout me récrirez votre bon plaisir , et je s ous en supplie. Monseigneur , s'il est service que vous puisse faire , je suis celui qui y veux mettre ce que Dieu m'a donné. Ecrit à Namur , le seizième jour d'août. Votre très-humble et très-obéissant sujet , Ciiakles.

« Louis fit enfermer Chàteau-Neuf , seigneur du Lan. » (P. 141.) »

( Je trouve une lettre de Comiers au roi , au sujet de du Lau , assez singulière pour être rapportée ici. )

ijiRE, monsieur de Chàteau-Neuf veut dire qu'il vous a mieux servi que je n'ai , dont je l'y veux maintenir . se votre bon plaisir

est, le contraire; car tel qu'il est, il a toujours été et a communiqué , lui étant en votre pays de Daupliiné , avec ceux que pour le temps teniez vos ennemis, et, j'aimerai Dieu, il ne m'advint onc.

Et pour ce que moi , étant à Geneppe en votre service, je ly dis qu'il faisait mal d'écrire à plusieurs dudit pays de Dauphiné, vu qu'il connaissait bien que les dessusdits n'étaient pas en votre bonne grâce.

Ledit de Cbàteau-lNeuf me dit qu'il voulait faire ses besongnes, attendant que de jour en jour on devait mettre la main à sa place , à ses biens ; de par le feu roi , votre père , si était-il tout assuré qu'on n'en ferait rien.

Et puis me dit ledit de Château-Neuf , qu'il n'avait pas grand'fiance en vous, et qu'il avait ouï dire que vous n'auriez jamais rien en votre royaume ne en votre pays, et que, par son créateur, vous n'étiez qu'un prodigue et un fol, et que ce serait grand dommage qu'un si grand bien, comme est le royaume de France, tombât entre vos mains ; et ci-dessus sont les plus grands services que je me suis aperçu qu'il vous ait faits touchant sa personne.

Votre très-humble et obéissant et léal serviteur, Comifrs.

« Pour ôter tout prétexte aux mécontens , il résolut de » convoquer les états. (P. i58. ) »

Harangue de Jean Juvénal des L j-sins , archevêque de Reims , aux états tenus à Tours en 1468, ou présidaient René , roi de Sicile, et le cardinal Baîue.

Irè s-h au t et très-puissant prince , et très-révérend père en Dieu, et vous, messeigneurs , prélats, gens d'église, ducs, comtes, bourgeois et habitans de bonnes villes, je vous prie , supplie et requiers très-humblement, que si je dis chose qui semble être dite sans cause de repréhension , que la veuillez prendre en gré , et si aucune chose je dis mal à propos et non excusable , que la veuillez imputer à ma vieillesse et ignorance, et m'en tenir pour excusé. Il m'est aucunement sonvenu de ce que fit ce noble empereur, roi des enfans d'Israël, Josué; car, après qu'il fut ordonné roi , et avait le gouvernement desdits enfans d'Israël, assembla tous les trois étals, et leur fit la requête que fait à présent le roi , notre souverain seigneur, et leur réponse fut en effet : Queecumque volueris faciemus et obediemus tibi ; quicumque tibi non obedient moite moriantur f « nous ferons tout ce que tu voudras et t'obéirons, et ceux qui ne te

voudront obéir soient condamnes à mort : » et laquelle réponse il me semble que nous devons dire et faire au roi , et lui donner confort et aide de corps et de biens , à le servir loyaument jusqu'à ce qui lui plaira ordonner et commander ; car, comme dit Cassiodorus ( lib. Epistolarum IV , epistolâ 8 ) : Prœceplis ■principis obedientiam œquabili voce prœstate ; nous sommes tenus d'obéir au prince et lui dire à pleine voix : et lui devons dire ce qui est contenu ( Exodi XXII cap. ) : Quœ loculus est Dominas faeicimts , et crinnis obedientes ; « nous ferons ce qu'il lui plaira nous ordonner et commander:» et aussi {Gènes. XXX V cap. ) : Quisquis sapiens est veniat et faciat quidquid Dominus imperaverit ; « chacun de nous, si sommes sages , faisons ce qu'il plaira au roi nous ordonner et commander : » et si avons ( ad Hebrceos XIII ) ; Obedite prœpositis vestris et eis subjicite ; ipsi enim vigilant pro vobis; « obéissez à ceux qui vous sont préférés et ordonnés , car ils veillent pour vous garder. » Et devons croire, et aussi est-il vrai, que le roi, notre souverain seigneur , a très-grand'voulonté de mettre ordre et bonne police en son royaume, et pour ce faire a ordonné et député plusieurs notables gens; et comme nous avons (cap. (^)itœ contra, v. \oi) : Générale quidem pactum societatis humanœ est obtemperarc regibus suis ; c'est une chose , que comme par convenance vous êtes tenus (Je faire qu'obéir au roi, et lui devons obéissance, non-seulement de cœur et de corps, mais aussi de nos biens, omnia enim sunt principis , en lui humblement priant et requérant qu'il ait pitié de son pauvre peuple ; et je crois certainement que si aura-t-il. Je ï'aî sacré et épousé à la couronne de France , lequel sacre il reçut bien dévotement et entendit très-bien à toutes les paroles que je lui disais, contenues es oraisons et en tout le mystère du sacre. Et, pour abréger au regard de ces deux points, de lui donner confort et aide , nous lui devons dire le contenu au chapitre de mon thème : Omnia quœcumque prœcepisli faciemus , et qubeumque miseris ibimus, obedismus et libi ; tantitm confortare et viriliter âge. Et c'est quant à ce, et en tant qu'il touche l'autre point , que monsieur le chancelier a touché de donner au roi , notre souverain seigneur, conseil; je suis bien faible et débilité d'âge, vieillesse , sens et entendement, pour donner conseil en si haute matière; toute voye à l'aventure je me donnerai aucune hardiesse de parler. Un médecin ne peut donner conseil à un malade, s'il n'a aucune connaissance de la maladie ; et pour ce est nécessaire de déclarer aucunement les maladies qui ont cours en ce royaume , lequel tend comme à finale destruction , et à le comparager à un corps humain, semble qu'on lui tienne la chandelle eu la main. Il y a

5 a HISTOIRE

trois manières par lesquelles on peut juger un homme en péril de mort , ou un royaume ou chose publique à finale destruction; la première est quand les membres se séparent du chef par pièces et par morceaux ; la deuxième quand une créature humaine est en une chaude fièvre , et en un état où ne se peut tenir; la troisième, c'est quand la créature humaine est écrevée de sang et le jette par divers conduits , tellement qu'à peine est-elle à finale perdition , et n'y a personne qui mette peine de l'étanther. Ensemble et chacune d'icelles sont en ce royaume, par quoi toute la destruction se peut ensuivre, se remède n'y est mis, lequel ne s'y peut mettre sinon parle roi. Il vous demande conseil , conseillons-lui qu'il le fasse , et pour plus à plein déclarer ce que dit est, regardons si les os se séparent point du chef, ou les membres; les princes sont réputés ses membres, et les os la chose publique; nous avons vu que plusieurs particuliers se sont séparés du roi , qui est le chef, et non mie seulement séparés, mais ont fait assembler des gens de guerre pour résister à la volonté du roi , leur souverain seigneur, qui est chose défendue et prohibée, et commettre crime de lèse-majesté, sont venus devant la maîtresse cité de son royaume , c'est à sçavoir Paris , où il était, et l'ont contraint à faire certain traité non-tenable ; considérons tretous si ce n'est pas grande séparation des os ou membres de leur chef, et une manière dont se sont ensuivis la mort et totale destruction du royaume : Omne enim regmmradwrsiis se dîvisum desolahilur : et combien qu'on die qu'il y eut paix ou accord devant Paris ; car ce serait une paix fourrée et non-tenable , et si a toujours différens entre le roi et monseigneur Charles, son frère , qui demande , comme l'on dit , le duché de Normandie pour son apanage , qui ne serait pas chose à conseiller au roi ; car par ses prédécesseurs est annexée à la couronne , et ne se doit point laisser aller ; mais aussi c'est raison que le roi apanage monseigneur Charles , tellement qu'il doye être content. Et est vrai que le roi Charles V, nommé le Sage , après ce qu'il fût venu à la couronne et sacré, il assembla ses trois états , et bien et notablement lui fut répondu à ce qu'il requérait , et lui firent plusieurs requêtes , et entre les autres la principale fut qu'il voulsist apanager ses frères Louis, Jean et Philippe, ce qu'il fit, dont ils furent contens; pour ce qu'il regarda que , s'il a\ait autant d'enfans , que son fils qui serait roi, aurait bien à faire à apanager se^ frères ; il fit une ordonnance par grande et meure délibération de conseil , que chacun de ses frères aurait douze mille livres de rente en duché, et en furent faites Chartres. Or dit le roi , notre souverain seigneur , qu'il est content de lui en bailler plus largement ; il semble que par ce moyen cette ma-

ladie de la séparation des membres , qui est la principale , se peut appuyer, et que nous devons conseiller et requérir au vrai, que très-diligemment il y veuille entendre à tout effet, et c'est «piant à la guérison de cette maladie; au regard de la maladie de la frénésie et rêverie, et fièvre continuelle en laquelle est le peuple, gens d'église, nobles, marchands, laboureurs et autres, et ne sçavent que dire ou faire , vu la différence et dissension apparente d'entre le roi et aucuns seigneurs, la grande pauvreté, destruction et misère; car ils sont tous détruits, appauvris de chevance, tellement qu'à peine ont-ils du pain à manger par les excessives tailles qu'on leur met sus . et par pilleries et raangeries qu'ils souffrent ; et combien qu'ils payent le# gens de guerre, selon l'ordonnance que le roi a faite , toute voye ils n'ont gardé un seul point, rançonnent les villages , ont oiseaux et chiens, et les officiers royaux , comme receveurs , sergens , font des exactions indues à la grande charge du peuple et à leur profit particulier ; pour abréger, sont détruits de tout , et qui •perd le sien , perd le sens; si devons de ce avertir le roi , en lui requérant et conseillant qu'il y mette remède, et fasse faire justice et raison de ceux qui sont cause de la dépopulation du peuple, faire faire belles ordonnances, et icelles garder et observer; et est à croire qu'il le fera. Propriwn enùn esse judicamus commodo subditorwn investigare et eorum , diligenti cura , calamitatibus mederî. ( C. q. de prohibito seu alio ) ; « c'est le propre d'un roi d'enquérir et sçavoir quelles choses sont profitables pour son peuple , et aux calamités et misères qu'il souffre, mettre remède et donner provision; » et Aristoteles {in libre de Secretis secretorum ad Alexandrum) : Tu cognovisti qubd subditi sunt domûs tuœ , pecunia , et thésaurus in quibus confirmalur regnum tuum. Atqui parafe ergo regfkan et subdilos luos viridario in quo sunt plura gênera arborum frucliferarum , et non haberi sicut gramina quœ nihil générant fructuosuni , imà sunt sieut arbores fructuosœ quœ, si bene coluntur , dant f rue lus multos , oportet enim ut bene regantuf. « Un roi est comme un jardinier qui a un bel et grand jardin plein de beaux arbres portant bons fruits; s'ils sont bien labourés et cultivés , ils apportent grands profits , et ne les doit pas laisser en friche , savars ou déserts; si a aucunes choses qui empêchent, comme épines , «uties et autres mauvaises herbes, les doit faire arracher etôler, tellement qu'il demeure tout net; ainsi il doit tellement mettre remède, que rien n'y ait en son peuple qui lui puisse nuire ou porter dommage; car par ce moyen ils pourront être ricins et avoir argent et trésors qui seront sujets de ta maison, et dont lu pourras aider en cas de nécessité , » et si ce serait fait, le roi

53o HISTOIRE

qui fait le repos de ses sujets , se pourra reposer, comme dit Cicéron au premier livre des Offices.

Toutefois un roi qui entend diligemment au profit de se-» sujets , et quand ils ont grande charge les décharge , et qu'il ôte les dommages et extorsions qu'ils souffrent, en tenant ses sujets en repos , lui-même se repose ; Regwn enim proprium est ojfit utni facere judicium atque justitiam et liberare de manu calttniniantium oppressos. « A quoi un roi doit plus à plein entendre, et qui est de son propre office et charge ; c'est de délivrer ses peuples opprimés de la main des médians qui les oppriment (C. Reg., q. VI.) » Et combien qu'on pourrait dire que c'est simplement fait, vu que le roi, en disant mon opinion , n'était pas présent ; on peut répondre que nous sommes tenus à lui donner conseil , et pour ce , mon opinion ci est qu'il nous ôte et délivre des charges , oppressions et tribulations où nous sommes , en disant par manière d'exhortation et d'avertissement oii il est tenu de ce faire, et sur ce lui conseiller qu'ainsi lui plaise de ce faire; et semble aussi qu'on lui devrait remontrer en tout honneur, qu'il lui plût être content des aydes et quatrième, et les faire tous unis ; car en aucuns lieux , ils ne payent que huitième. L'an i355, le roi Jean demanda aux trois états ayde de six deniers pour livre , et il lui fut refusé ; mais toutefois que les ennemis lui feraient guerre , on offrait de lui payer trente mille combatlans pour quatre mois. Il y a menues aydes , qu'on appelle impositions, dont le peuple est fort travaillé, et s'il les faisait choir, et aucunes avant son sacre , et à Saint-Thierry, après son sacre, montrait assez qu'il avait intention de ce faire. La gabelle du sel aussi charge fort le peuple ; s'il lui plaisait au moins de iiiettre le sel au prix où il fut mis en l'encommencement qu'elle fut ordonnée, et ôter twutes charges qu'on a mises depuis; et combien que monsieur le chancelier de ces matières n'ait fait aucune mention, toutefois semble-t-il, comme dit est, qu'on les peut appliquer à donner conseil au roi , et au fort ce serait bien fait d'en faire au roi requête et humble supplication, et en ce faisant , il relèverait son peuple de ladite terrible fièvre , rêverie ou frénésie, et leur donnerait guérison. Il yen eut un qui en un conseil dit : Exigez et taillez hardiment, tout est vôtre; qui sont paroles d'un tyran non dignes d'être entendues. Toute voye nonobstant re que dit est , je suis toujours d'opinion que de vous accomplir mon thème; queecumque volueris faciemiis et obediemus tibi. Et en tant que touche la tierce maladie sur laquelle nous lui devons conseiller qu'il lui plaise d'aviser et donner remède et provision . sur le 1 ut de l'évacuation <lu sang, quand une créature humaine par le nez ou autres conduits se

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vuide de sang, et on ne le restreint, il n'est doute que c'est signe de mort ; le sang de la chose publique d'un royaume est l'or et l'argent; il quand il défaudra , comme il commence fort, et si n'y met-on point de remède , il faut couclure que la chose publique périra et sera mise à mort ; au temps passé soûlait courir monnaye blanche forte, moulons, chantes, francs à cheval , francs à pied , écus de soixante au marc , et n'en y avait anciennement point d'autres monnayes qui eussent de présent cours ; la monnaye blanche#et celle d'or sont bien affaiblies , mais au regard encore de l'or, on n'en fait point en écus , mais ont leurs mailles du Rhin de diverses espèces, mailles au chat, et les monnayes d'or et d'argent de Flandres, Bretagne, Savoye et autres étranges, lesquelles les changeurs et autres qui en auraient, les devraient porter à la monnaye, et si sont le plus souvent les écus rognés , voire et les autres monnayes , et encore le peuple n'en peut avoir et ne leur donne-t-on pas loisir d'en avoir, que la chose qu'ils craignent, c'est qu'un sergent ne vienne faire quelque exécution , qui a souvent plus pour son \oyage que ce qu'on demande ne coûte. Et si on me demande où va l'or qu'on assemble et lève tous les ans , vu qu'on met tailles sus , pour les gens de guerre et francs-archiers , je puis répondre qu'une bien grande partie va à Rome pour avoir bénéfices vacans dans les églises cathédrales, abbayes, grâces expectatives de bénéfices que l'on dit être réservés par les conciles généraux au temps passé, et dernièrement par le concile de Bàle , dont les décrets sont à tenir et ont été approuvés par toute l'église de France , et par ce aucunement le sang qui se vuiderait de la chose publique qui a été étanché ; mais en effet les franchises et libertés de l'église de France , jurées par diverses fois, ont été publiées par manière d'ordonnances royaux, que le roi, en son sacre , a promis et juré garder et faire entretenir; et ne déplaise à ceux qui dient que le roi fera mal de désobéir au pape; car en ce n'a aucune désobéissance , mais est lui garder ses âme et honneur, et mêmement que tous lesdits décrets furent et ont • li- approuvé-, par feus nos saints pères Eugène et Nicolas, et dient aucuns que le pape est tenu d'obéir et est sujet r quant à ce, aux décrets des conciles généraux, et de tout me rapporte à ce qu'on voudra faire. Et regardons une autre vuidange de l'or de France ; c'est en draps de soye , en robes gipponées , cornettes ; ]t^ pages même de plusieurs gentilshommes, et varlets s'en vêtent de draps de soye; et les femmes , Dieu sait comme elles sont parées desdits draps enrobes, cottes simples et en plusieurs cl diverses manières ; en ces choses-ci , l'âme et la substance de la chose publique s'en va et ne revient point , et ne s'étanclu

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point pareillement ce sang en fourrures de diverses pannes , de martres , phaines , letices , et autres pannes précieuses. Au temps passe' on a vu que les damoiselles et autres femmes voulant faire par le bas en leurs robes des rebours nommes profits , ils étaient de beaux chats blancs ; de présent il les faut de letices ou de draps de sove de largeur du drap à grandes cornes ou à tours hantes sur leurs tôles, ou couvre-chefs de toile de sove traînant jusqu'à terre, et dit-on que ce n'est pas d'elles ne de leurs maris, elle vient par manière de suifc du roi, et le roi l'a par le moyen des charges qu'il prend sur son peuple; et en elFet, par ce , l'évacuation du sang se fait, tant des gens d'église que nobles aussi se fait ; car si leurs sujets n'ont rien, ils ne peuvent rien avoir; unde Isaïas {cap. III) : Populum meum exaclores spoliaverunt et mulieres dominai eu sunt eis.

Il faut nécessairement rappeler les paroles d'Isaïe audit chapitre qu'il leur mécherra, et de mon temps je l'ai vu advenir : Decalvabit Dominus verticemjiliarum Sion , et Domimts crînem earum nudabit. Mais il y a une autre vuidange de sang qui ne *e restreint point : c'est à sçavoir les excessives pensions, gages , dont tant à cause de mariages qu'autrement , que le roi a faits , à son plaisir, tant à ceux de son sang sans causes nécessaires; il ne faut que regarder en la chambre des comptes , que soûlaient avoir au temps passé les officiers du roi pour gages et quels dons le; rois faisaient. On dit que feu monsieur le duc de Bourgogne Philippe vint voir le roi , son frère , à Paris, et y fut par aucun temps , et en s'en allant alla en une maison qu'il avait emprès Charenton; le roi, pour les frais et dépens qu'il avait faits, lui lit délivrer mille francs, mais il retourna à Paris pour le mercier; et aujourd'hui on donne les vingt mille , quarante, cinquante , soixante, et autres grandes sommes de deniers, et fait plusieurs mariages, donne grands gages et excessifs, et pensions, non mie seulement à hommes, mais à femmes et autres qui ne sauraient de rien servir au roi , ne à la cho>e publique ; il ne faut que regarder aux grandes finances et états des gens de finances , trésoriers généraux , et tous officiers des aides qui ont gage et bienfaits du roi bien excessifs. Hélas! c'est tout du sang du peuple, et est contenu au chapitre oii Dieu dit par la bouche du prophète : l'os enim depasti estis vineam meam , et rapina pauperis in domo vestrâ avare? « Hélas ! on ôte la pâture du pauvre peuple et la rapine qu'on fait r>t en vos maisons ; pourquoi grevez-vous et détruisez-vous ainsi mon peuple?» Et se ensuit une bien grande punition , comme dit Dieu par le prophète in dicto eapile, « Pour les douces odeurs et plaisances mondaines, pénurie et ordures; pour les ceintures d'or que les hommes et

femmes portent, auront une liaire. •> Et pourraient être lesdites choies cause de mouvoir le peuple, tant d'église que nobles, marchands et laboureurs , tant ceux qui sont des conditions dessusdites ou pourront aller ceux dont on se tient fortifiés en batailles et V mourraient , qui sont toutes choses bien à imaginer; et sont les gens et peuples en telle déplaisance et tribulation que , pour doute qu'on ne leur ôte le leur , que s'ils ont quelque chose dont ils nient à leurs enfans ou amis , ils le mussent en terre , et jamais ne sera trouvé, qui sera bien grand' évacuation de sang : et se le roi a affaire pour sa guerre, si prennent or et argent ou sou père et lui l'ont mis , donné et fait bailler ; car il est sien et ne l'ont qu'en une manière de dépôt ou de garde , pourrait prendre des colliers, des ceintures d'or, vaisselles d'or et d'argent. H n'y a à peine guère des dessusdits qui ne veuillent manger eu vaisselle de cuisine d'argent , et il en y trouvera assez , et peuton bien dire : A minimo usque ad majorem, à levitd usque ad sacerdotem , à sacercLite usque ad prophetam , omnes avarittœ student, et erit pa.v et non erit pax. C'est grand'pitié de la convoitise et avarice, que toutes personnes ont aujourd'hui , de quelque état qu'elles soient. Et pour finale conclusion , quelque chose que j'ai dite ci-dessus, s'il y a chose qui soit mal dite, (jue on le me pardonne en excusant mes ignorances et âge , et qu'on le veuille tenir pour non dit ; je me y arrête , que nous devons avertir le roi des choses dessusdites, et conseiller qu'il lui plaise y mettre provision , et en toute chose lui tenir et accomplir le thème que j'ai pris : Omni a queveumque volueris faciemus et obediemus tibi ; qui non obedient sermonibus tuis morte morientur ; tu confortare et viriliter âge. En ce faisant , j'ai espérance que nous aurons des biens en ce monde , et à la fin la joye de paradis , ad quant nos ducat ille qui sine Ji ne vivit et régnât in sœcula sœculorum. Amen.

« Pendant que le roi était devant Liège , il apprit que » les Anglais projetaient une descente en Guyenne , et il s écrivit aussitôt à La Rochcfoucault d'assembler la no- » blesse, ce qui empêcha les Anglais de paraître (P. i^4* ) )}

Lettre du roi à La Rochefoucault.

Vjher et féal cousin , nous tenons que savez assez comme pour 3c bien de la paix, nous sommes approchés des marches de pardeçà, avec notre très-cher et très-amé frère le duc de Bourgogne avec lequel avous, grâce à Dieu, si bien besongné , que nous ne nous attendons pas de nos vies de voir guerre en France qui soit

entre nous et lui , et espérons avoir fait dedans ciuq ou six jours, et nous eu retourner par-delà. Toutefois nous étant ci , avons été avertis que les Anglais , nos anciens ennemis , font grosse armée sur la mer , et dit-on qu'ils fout entreprise sur notre pays de Guyenne , de laquelle chose vous avertissons , comme notre bon parent et ami , et celui en qui nous avons fiance, qui , à notre besoin , ne nous voudrait faillir, et vous prions qu'en attendant que soyons retournés en notre royaume , vous vous veuillez disposer de résister à l'entreprise desdits ennemis , tant de votre personne que de vos gens , par toutes les manières qui vous seront possibles, en manière (qu'inconvénient ne nous en advienne, et sur ce veuillez croire notre amé et féal conseiller Gaston du Lion , notre sénéchal de Guyenne, auquel nous avons écrit aller par-delà , et lui avons fait sçavoir bien au long notre intention , et sur ce qu'il aura à vous dire sur ce de par nous. Donné à Naniur , le vingt-troisième jour d'octobre 1.468.

Lovs.

« Le roi , voulant rétablir entièrement la confiance dans » l'esprit de son frère , lui fit proposer une entrevue.

Lettre du roi au chancelier, à ce sujet.

Chancelier , Dieu merci et Notre-Dame, aujourd'hui à six heures après midi , notre beau frère le duc de Guyenne s'est venu rendre devers nous au port de Ferault , ainsi qu'il avait été appointé, et pour ce qu'il y avait aucunes barrières fortes entre nous deux, il nous a requis faire tout rompre incontinent , et s'est venu lui dixième , et nous a fait la plus grande et ample obéissance qu'il était possible de faire, et nous devons encore demain nous trouver ensemble. En noire assemblée est advenue une chose que les mariniers et autres à ce connaissais disent être merveilleux ; car la marée , qui devait être cejourd'hui la plus grande de l'année , s'est trouvée la moindre de beaucoup qu'on ne vit de mémoire d'homme , et si s'est retraite quatre heures plus tôt qu'on ne cuidait, dont Dieu et Notre-Dame en soient loué.-- ; et vous en avons bien voulu avertir , afin qu'en avertissiez aussi ceux de notre grand conseil , et autre que verrez être à faire par-delà. Donné au Puis-Renceau, le septième jour «le septembre j [69

Ainsi signe', Lovs. Et plus bas, Constant.

« Gruel etCousinot s'étaient rendus à Rome. (P. 182.)»

Relation de V ambassade envoyée à Rome , au sujet de l'affaire, du cardinal Balue , écrite par Guillaume Cousinot.

OiRF- , par votre ordonnance et commandement, monsieur le présid eut d u Dauphiné, au mois de mai dernier passé il y a eu un an, partit de votre ville de Tours pour aller devers notre saint père, lui signifier que pour plusieurs grandes fautes, crimes, délits el trahisons faits contre votre personne et la chose publique d^ votre royaume , et à cause de quoi se hastivemenw#v eut été pourvu , fussent ensuivis de grands inconvéniens à vous, vôtredit royaume , au saint siège apostolique , à l'église universelle et à toute la chrétienté, vous aviez fait mettre en garde et sûreté le cardinal d'Angers , et l'évêque de Verdun , et que votre intention était de bref envoyer devers notredit saint père aucune notable ambassade, pour l'avertir de tout plus amplement; en fournissant auxquelles choses , votre plaisir fut m'ordonner et commander au mois d'août ensuivant, aller devers icelui notre saint père, avec telles instructions, lettres et mémoires qu'il vous plut me bailler touchant ladite matière, et vous plut en outre ordonner que je prendrais un secrétaire tel que je voudrais pour venir avec moi ; et pour ce que plusieurs secrétaires , à qui je parlai, s'excusèrent d'y venir pour beaucoup de causes qu'ils alléguaient , aucuns de messieurs de votre conseil me dirent que maître Guillaume Lcfranc avait grand désir d'y aller , et qu'il entendait le langage de par-delà , et avait été autrefois à Rome, et pouvait bien servir en ces matières, et qu'il leur semblait qu'il serait bon que je le menasse avec moi au lieu d'un secrétaire ; il vous plut, sire , en être content, et le fis ainsi.

Réciter toutes les allées et venues qui furent en ladite matière jusques à Rome , serait chose bien fort longue, et les remets à ce qui en est écrit au procès-verbal , pour venir à l'effet de ladite matière. Ledit maître Guillaume Lefranc se rendit devers moi à Yeillane , et delà nous allâmes à Turin, oii messire Falco de Sinibaldis nous attendait , là oit nous fûmes, pour l'honneur de vous , grandement et honorablement reçus. Si fûmes-nous pareillement reçus par toute la terre du marquis de Montferrat et du duc de Milan , pareillement à Bologne , lesquels n'avaient pas accoutumé de recevoir si grandement vos ambassadeurs ne autres , et aussi à Florence , et s'excusa le marquis de Ferrare après de ce que nous n'avions ainsi été reçus en sa terre, comme il eût bien voulu , pour ce qu'il ne savait rien de notre venue ; et à notre retour, les gens dudit marquis reçurent bien houuè-

temciit monsieur le président qui passa le premier, et quand je passai après, ils me reçurent aussi très-grandement , et ai cause de m'en louer, et me manda ledit marquis, qu'il eût bien voulu que mon chemin se fût adonné à passer à Ferrare pour parler à moi, et que se n'eussent été les bruits qui couraient en Italie , et qui encore ne sont pas bien appaisés, il fût venu jusqu'à Modène.

Sire, nous étant en chemin, me fut dit, tant à Milan, Florence , qu'en plusieurs autres lieux , et tant par ceux que nous réputions vos amis et bienveillans , comme particuliers, courtisans et autres qui venaient de Rome, que nous perdions nos peines d'aiifr par-delà pour la matière qui nous était chargée, que nous n'y ferions rien , que le pape et les cardinaux étaient joints ensemble pour nous bailler une négative , et qu'ils ne souffriraient point que le cardinal d'Angers fût ainsi traité , ne que l'on fit une telle plaie en l'église, et que nous nous en tournerions à honte , sans rien faire.

Avec ce me fut dit , et en fus averti de plusieurs lieux , que maître Ferry de Clugny et un secrétaire de monsieur de Bourgogne, nommé Rochefort , étaient à Rome en l'hôtel du pape, et ne se montraient point , qu'il y avait une grande intelligence et entreprise qui se faisaient par-delà , et que le pape , l'empereur, monsieur de Bourgogne, monsieur de Savoie et les Vénitiens étaient alliés ensemble , et devaient faire beaucoup de choses , qui trop longues seraient à réciter.

Me fut dit aussi que ledit Ferry attendait là ma venue , pour scavoir ce que je dirais et proposerais de par vous , pour ce que l'on disait que les matières louchaient mondit sieur de Bourgogne.

Auxquelles choses je répondis que puisque j'avais charge de vous, sire, d'aller devers notredit saint père, j'étais délibéré d'aller jusques-là , et ferais en la charge qui m'était baillée tout le mieux qu'il me serait possible, et le surplus je le remettrais à Dieu , et à ce qui en pourrait advenir , que mon intention était de tirer tout outre , et de n'entrer point de nuit à Rome, comme avait fait ledit maître Ferry ; que j'avais bon maître , qui élait le plus grand prince de la chrétienté ; que j'avais bonne matière, juste, sainte et raisonnable ; posé qu'elle ne fût pas à tous plaisante , que je voulais bien qu'on me vît et ouit , et que je ne dirais, ne ferais chose au plaisir de Dieu qui ne fût bonne , honnête et raisonnable , ne de quoi personne eût cause de se douloir. ,

Je fus aussi averti , au contraire des avertissemens dessusdit >. que, de quelque chose que l'on médît ou donnât à entendre , je ne laissasse point à tirer avant ; que l'on espérait que je trouverais toute autre clio^e que ce qu'on m'avait donné à eu-

DE LOLIS XL 53}

Icntlre ; que le pape nie ferait bonne chère et bon accueil , et que je le trouverais bien autrement dispose que l'on ne disait ; pour les causes que dessus , me disposai à faire mon voyage, ainsi qu'il appartenait, et vînmes jusques à Rome. ÎSous trouvâmes monsieur le président, qui était venu au-devant de nou> jusques à Soultre ; de là nous en allâmes jusques à la Tourbalane, et conférâmes ensemble de toutes choses, et au lieu de la Tourbatane vinrent au-devant de nous aucuns courtisans, et d ■ nos gens qui nous avertirent de ce qu'ils sçavaient.

Le lendemain nous mîmes noire chemin pour aller à Rome , et sans cesser venaient gens au-devant de nous, les uns jusqu'au Bourget, les autres à huit milles, à six milles, à quatre milles et à deux milles de Rome, et vinrent au-devant de nous la famille de onze cardinaux , la famille du pape , les ambassadeurs des princes , tous les courtisans français et autres, tant prélats que gens de tous autres états, et y avait si grand nombre de prélats qu'on ne sçavait comme les arrangier , se n'eût été le maître des cérémonies , et y avait plus de deux mille chevaux en la compagnie qui nous convoyèrent jusqu'en notre logis, là où nous trouvâmes dedans la maison les trompettes, ménestriers et tabourins du pays , du château St. -Ange, des sénateurs, et d'un gros tas d'autres seigneurs , tellement que ce semblait être un tonnerre , quand nous entrâmes à l'hôtel, et remerciâmes là lc> gens du pape , des cardinaux et des autres qui nous avaient fait honneur pour l'amour de vous, sire, tout au mieux qu'il leur fut possible.

Il est vrai , sire , qu'au temps que nous arrivâmes à Rome , notre saint père était fort malade, et à cette cause ne pûmes pas sitôt avoir accès à lui ; mais tous les jours il envoyait devers nous, pour sçavoir comme nous nous portions, et pour soi excuser de ce que sitôt nous ne pouvions aller devers lui à cause de sa maladie, el qu'elle lui était bien autant déplaisante et autant griève, à cause de ce qu'il ne nous pouvait voir et recevoir , ainsi qu'il appartenait , comme pour le mal qu'il souffrait.

.Nous répondîmes qu'il nous déplaisait très-fort de sa maladie ; que nous savions bien ce que c'était des gens malades ; que les maladies venaient à cheval et s'en retournaient à pied ; qu'il fallait attendre qu'elles eussent pris leur cours ; que nous n'étions pas là venus pour lui donner vexation , ne travail; mais pour le conjouir et lui complaire en tout ce qui nous serait possible ; que vous , sire , ne désiriez pas le mal , ni l'inconvénient de sa personne, mais sa bonne santé et prospérité; qu'au regard de nous , il ne nous envoyât pas , sinon à cause de sou mal , el priions Dieu qu il lui voulsist donner bonne santé , que c'était

j38 iiiSTOii-.r:

l'une tles plus grandes joies qui nous pussent advenir , et que de par Dieu il fit tout à son aise.

Certain jour après il renvoya de recliief devers nous, toujours avec les excusations de sa maladie, et nous manda, afin qu'il ne nous ennuyât , que se nous voulions aller visiter messieurs les cardinaux , ou aller es grandes églises pour gagner les pardons et nous ébattre, que nous y allissions, et qu'il serait bien content. Nous répondîmes que nous n'étions pas venus principalement pour visiter les églises et gaigner les pardons; mais que, quand nous lui aurions fait la révérence, et besongné es matières pour lesquelles nous étions venus, nous irions, sous la bénédiction de sa sainteté , visiter les églises et gaigner les pardons au mieux qu'il nous serait possible.

Et au regard de messieurs les cardinaux, notre adresse était principalement à sa sainteté et non à autre ; que notre intention n'était point d'aller visiter nuls de messieurs les cardinaux , ne autres quelconques, jusqu'à ce que nous lui eussions fait la révérence , et notre devoir envers lui tel qu'il appartenait : de laquelle réponse notredit saint père fut bien content, et mêmement de ce qu'il connut que nous ne voulions autre moyen en nos matières que le sien; et à cette cause, sitôt qu'il se put aider, combien encore que de tout point il ne fût pas hors de la fièvre, se délibéra soi lever de son lit, et de nous faire venir devers lui.

Et deux ou trois jours après, notredit saint père nous envoya dire , que combien qu'il ne fût pas encore bien sain, si désiraitil de nous voir; qu'il savait bien que de notre part nous le désirions , et si pour ce le lendemain nous voulions venir devers lui après dîner , il nous verrait volontiers , pourvu que nous ne lui portissions nulles lettres , ne que nous ne lui parlissions de rien de nos matières, mais seulement pour sçavoir de votre bon état , prospérité et de vos bonnes nouvelles.

A quoi nous répondîmes que nous le remerciions bien humblement , et que nous étions prêts et appareillés ainsi le faire.

Et ledit lendemain après dîner, il nous envoya sa famille pour nous accompagner , et aussi furent messieurs les cardinaux de Nice, Rouen, Coutances, Monlferrat etPavie, les ambassadeurs aussi du roi de Sicile, de monsieur de Calabre, du duc de Milan, des Florentins et plusieurs autres, et étions en bien grand nombre de gens. El après que nous fûmes entrés dedans le palais, aucuns d'eux coururent es -ailes ; autres en la chambre de parement et autour de nous, et nous entrâmes en la chambre <\ei papegaux, là où ne demeurâmes guère que l'on ne nous vînt appeler, c'est à sçavoir, monsieur le président, maître Guillaume Lefranc et. moi, et aussi messire Falco , pour ce qu'il avait été par deçà

et entendait les matières, et lequel, sire, véritablement s'est très-Lien gouverné envers notre saint père touchant vos affaires, pareillement envers messieurs les cardinaux , les avait très-bien édifiés avant que nous proposissions , et bien autrement qu'il n'avait été au précédent.

Sire , nous trouvâmes notredit saint père au dernier retrait là oii il couche; il s'était levé de son lit et assis en une chaire au plus près , et n'y avait avec lui personne que son neveu le cardinal de Saint-Marc. Nous lui finies la révérence , ainsi qu'il appartenait, lui baisant le pied, la main et la joue, comme il est accoutumé; et après nous lui dîmes que vous nous envoyiez par devers sa sainteté pour sçavoir de son bon état, santé et prospérité , que c'était une des plus grandes joyes que vous puissiez avoir que d'en ouïr parler en bien, et seriez très-déplaisant, quand vous sçauriez son encombrement et sa maladie; que vous aviez toujours mémoire de son bon oncle le pape Eugène, lequel vous aimait très-fort, et vous lui; et disiez toujours que vous n'aviez jamais eu maître que lui , et aimiez tous ceux qui étaient partis de sa maison; qu'il n'y avait si pauvre issu de ladite maison, voir même un petit chien que l'on dit qui en fut, que pour l'honneur dudit pape Eugène , et en souvenance et mémoire de lui vous ne voulsissiez bien traiter, et ne souffrir qu'il eût aucune indigence ; que ces choses et aussi les grandes et nobles vertus qui étaient en sa personne, et la bonne relation qui vous en avait été faite , vous émouvaient à l'aimer, chérir et honorer, et aviez singulière amour et affection à lui; désiriez que l'honneur et l'autorité du saint-siége apostolique et de sa sainteté prospérassent et allassent de bien en mieux , et que vous étiez délibéré de vous y employer en tout ce qui vous serait possible , autant que jamais fit nul autre de vos très-nobles progéniteurs.

Lesquelles choses notre saint père eut très-agréables, et nous demanda fort de votre bon état, santé et prospérité , et de monsieur de Guyenne, et se vous étiez bien d'accord ensemble; que quand il avait ouï la réconciliation de vous et de lui , c'était la plus graud'joye qu'il eût onc ; que lui étant in mùwribus , il avait lu plusieurs histoires, et avait mis peine d'en avoir de France, d'Allemagne, d'Italie et d'Espagne, aussi avait \û toutes les grandes histoires approuvées, et qu'il ne trouvait point que toutes les nations, ne que tous les princes du monde eussent tait autant de services tous ensemble à l'église et à la foi , que les rois et la nation de France seulement avaient fait, et que posé que Constantin eût fait le grand don et la grande libéralité et largition à l'église et audit saint-siége, tant de patrimoine et terres, comme des libertés de l'église, si n'en purent oncle*

saints pères ne l'église jouir , à cause des empêchemens que les empereurs successeurs dudit Constantin , les rois des Lombards et autres leur mettaient , jusqu'à ce que les rois de Frauce v mirent la main; que ce que l'église avait et possédait, c'était largitione, donation e , protectione et defensione Pipinii, Caroli , Ludovici , Caroli, cœterorumque reguni Franciœ , et que c'étaient eux qui avaient secouru toujours l'église et la foi , qui avaient déjeté les saints pères et l'église de la main de leurs ennemis, et restauré les papes audit saint-siége , qui leur avaient baillé la possession paisible de la terre de l'église, et les avaient tenus en ce, et aussi l'église en ses droits , franchises et libertés; que l'église était plus tenue aux rois et à la nation de France qu'à tout le surplus des rois , et que jusqu'à ce que la maison de France eut la grande domination et autorité, que jamais la foi ne serait exaucée ne défendue des ennemis d'icelle, ne l'église gardée en ses droits et libertés; que pour les grands biens et les grands honneurs qu'il avait vu et lu qui étaient en ladite maison de France , et les grands services qu'ils avaient faits à la foi et à l'église, il avait délibéré de vous nommer toujours très-chrétien, et qu'il lui semblait qu'il le devait ainsi faire , nonobstant que ses prédécesseurs n'eussent pas accoutumé ainsi le faire.

Nous dit aussi qu'il vous raerciait de la bonne souvenance que vous aviez du pape Eugène, son oncle , et de ceux de sa maison , et aussi de la bonne amour et affection que vous lui portiez; qu'il avait bien ouï dire à d'autres que de votre bénignité et humanité vous appeliez ledit feu pape Eugène, votre maître , jaçait qu'il n'appartenait ; que toute sa maison en était fort tenue à vous, étaient toujours vos serviteurs, et vous merciait du bon vouloir qu'aviez à eux; vous priait qu'il vous plût les avoir toujours en votre bonne grâce et souvenance ; qu'en tant qu'il le touchait, il désirait votre bien, honneur et prospérité, et que vos affaires allassent de bien en mieux; que tout ce qu'il pourrait licitement et raisonnablement faire pour vous, qu'il le ferait volontiers et de bon cœur, et qu'il se réputait être tenu à le faire.

Après lesquelles choses et plusieurs autres qui furent dites , nous entrânie-. au fait de sa maladie, et devisâmes avec lui aussi familièrement que se nous eussions été de sa chambre; et voyant qu'il était encore faible, et doutant de lui ennuyer, primes congé de lui; et ainsi que ceux de sa famille nous étaient venus quérir à l'aller, il ordonna qu'ils nous reconvoyassent, et eûmes quasi aussi grand'compagnie au retour que nous avions eu à venir.

Et certuius jours après, quand il vit qu'il se put aider, posé

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qu'il ne fût encore bien affermé , il manda les cardinaux pour venir a» consistoire, le nous fit sçavoir , et pareillement nous envoya sa famille pour nous venir accompagner, et se nous avions été grandement accompagnés la première fois , nous le fûmes autant à la seconde et plus.

Au jour qui nous fut assigné, nous vînmes audit consistoire , présentâmes nos lettres à notredit saint père , et proposâmes devant lui et devant messieurs les cardinaux, tout au mieux qu'il nous fut possible , selon la charge qui nous avait été baillée par nos instructions, et que plus à plein il peut apparoir par le double de notre proposition ; premièrement portant l'honneur et la révérence à notredit saint-père et au saint-siége apostolique , ainsi qu'il apppartient , lui remontrant l'amour et affection que vous aviez à l'église, à sa sainteté et audit saint-siége, les services que vous et vos prédécesseurs leur aviez faits, le bon vouloir en quoi toujours vous persévériez en ladite matière, et tontes les bonnes paroles qu'il nous semblait être à dire touchant les choses dessusdites .

Lui remontrâmes aussi, et à mesdits sieurs les cardinaux, le cas sommaire des crimes, fautes , délits , maléfices et trahisons, dont lesdits cardinal d'Angers, et évêque de Verdun, avaient été trouvés chargés et coupables; les grands inconvéniens qui en fussent advenus à vous et à votre royaume , audit saint-siége apostolique, et à toute la chrétienté, se leur mauvaise et damuable volonté et entreprise eussent sorti leur effet; que, pour y obvier , vous aviez été conseillé de les mettre en sûreté , et garde honnête et raisonnable , jusques à ce que sa sainteté et ledit collège des cardinaux eussent été avertis des cas particuliers, pour y donner telle provision que la matière le requérait ; et qu'il v avait peu de princes au monde, attendu les grands biens, honneurs et gratuités que vous aviez faits auxdits cardinal d'Angers, et évêque de Verdun , et les trahisons et mauvaisetés qu'ils \011s avaient faites, qui eussent eu la patience qu'avez eue, sans \ procéder plus aigrement que vous n'avez fait; mais, comme vrai fils et obéissant de l'église, et pour montrer exemple aux autres princes, comme ils se doivent gouverner envers l'église et le saint-siége apostolique, vous n'aviez voulu autrement procéder, pour mettre la chose en plus grand'aigreur, fors seulement pour obvier aux inconvéniens qui autrement en fussent advenus , et vous tenir sûr des prisonniers sous bonne et sûre et honnête garde, jusqu'à ce que, par ledit saint-siége, y fût duement pourvu. Aussi entendiez-vous que ainsi vous vouliez garder l'honneur et l'autorité du saint-siége apostolique ; aussi était votre intention que notredit saint père vous gardât vos droits , préroga-

tives et prééminences, et ceux de la couronne , en tant qu'il touche le cas privilégié, selon les lois, usages et coutumes du royaume, gardées et observées de tel et si long-temps qu'il n'es-t jnémoire du contraire.

Avec ce lui dîmes que votre confiance était qu'il donnerait si bonne provision aux choses que lui avions remontrées , en gardant les termes de justice, que vous auriez cause de vous en louer, et que ce serait exemple à tous autres , dont l'on ne peut faire ne commettre telles choses , et que quand son plaisir serait, nous baillerions pnr déclaration plus au long les cas particuliers des crimes, délits et maléfices qui avaient été commis par lesdits cardinal et évêque de Verdun.

Auxquelles choses notredit saint père répondit qu'il était bien déplaisant des choses qu'il avait ouïes, et rnêmement de ce qu'elles avaient été commises par tels personnages constitués en si grand'diguité comme lesdits cardinal et évêque , et contre tel si noble personnage que vous, sire, êtes , et dont si grands iuconvéniens fussent ensuis, comme ceux que nous avons récités, s'il n'y eût été pourvu ; et que pour ce que la matière était si grande et de si grande importance , il nous dit qu'il était bien besoin qu'elle fut bien entendue et bien débattue, afin d'y donner meilleure provision , et à cette cause il avait commis et député, par l'avis et conseil de ses frères, les cardinaux de Nice, des Ursins , de Spolette , d'Arezzo , de Théano , et le vice-chancelier, pour communiquer avec nous, et devers lesquels nous nous tirerions , quand ils nous le feraient sçavoir , et leur porterions nos articles et supplications.

(J'interromps ici la relation de Cousinot, pour ne donner que ^>ar extrait ce qui concerne l'affaire du cardinal Balue , à cause des fréquentes répétitions qui sont dans l'original. )

« Le mardi, 5 décembre i4^9> le pape assembla le consistoire, et les ambassadeurs présentèrent leurs lettres de créance. Le pape leur témoigna qu'il était fâché que le roi fût obligé d'agir contre un cardinal et un évêque , et que l'honneur de l'église y était intéressé ; que cependant on devait la justice à tout le inonde, et particulièrement au roi très-chrétien; qu'il était bien résolu de la lui rendre; que pour cet effet il avait nommé, pour commissaires, les cardinaux de Nice, le vicechancelier, Ursins, Arezzo , Spolette et Théano, à qui dans la suite on pourrait s'adresser.

» Le samedi la congrégation se tint chez le cardinal de Nice , où tous h's commissaires se trouvèrent, hors le vice-chancelier qui était malade. Les ambassadeurs ; suivant leurs instructions ,

leur donnèrent un écrit contenant les crimes dont le cardinal et l'évêque étaient accusés. Les cardinaux ayant jeté les yeux sur les pièces qui étaient produites , et ayant délibéré quelque temps , dirent aux ambassadeurs que ces écritures étaient longues , qu'il fallait les examiner; mais les fêtes qui survinrent ne permirent de se rassembler que le samedi dix-neuvième. On demanda aux ambassadeurs s'ils n'avaient rien à donner davantage , s'ils n'avaient point quelques pièces justificatives , d'autant que cette affaire était très-importante , tant pour les crimes dont on chargeait le cardinal et l'évêque que pour les personnes intéressées, le roi et la couronne de France d'un côté , et le pape et le saint collège de l'autre , et qu'il fallait être informé des usages de France. A quoi fut répondu qu'on avait tout délivré ce qu'on pouvait donner sur l'heure , quoiqu'il y eût d'autre cas encore plus énormes , dont le roi n'avait pas voulu faire part à ses commissaires , et qui seraient sus par les vicaires du saint père ; que d'ailleurs , étant dénonciateurs contre les coupables de la part du roi , il n'était pas nécessaire de justification pour avoir les provisions qu'ils demandaient ; que le roi en la demandant donnait un bel exemple à tous les autres princes chrétiens , puisqu'il pouvait de sa propre autorité , vu la nature des crimes , procéder plus avant contre les coupables , comme l'avaient fait plusieurs autres princes en Angleterre , en Espagne, en Aragon, en Savoie , en Allemagne ; que le roi n'avait fait arrêter le cardinal et l'évêque que de l'avis des seigneurs de son sang et de son conseil , pour obvier aux inconvéniens qui seraient arrivés , s'ils s'étaient évadés ; que lorsque le pape aurait nommé des vicaires ou commissaires pour venir faire leur procès en France , on produirait les pièces et témoins ; que, quant à l'usage du royaume en fait de crime de lèse-majesté , le roi et ses officiers ont prise sur le criminel , de quelque état qu'il soit, et que si c'est un ecclésiastique, et qu'un juge compétent le requière, on le rend avec la charge du cas privilégié , que le criminel est mis sous boune garde, et le procès fait par les gens d'église qui y appellent les officiers ou députés du roi : les gens d'église le jugent selon droit et raison , et les officiers du roi achèvent le procès suivant les charges qu'ils ont sur lui.

» Après ces remontrances , les ambassadeurs se retirèrent ; et les cardinaux , après avoir délibéré une heure , les rappelèrent , leur remontrèrent ce que c'était que l'état de cardinal ; que le pape était le premier de l'église , et un cardinal le second ; et que depuis cinq ou six cents ans on n'avait point vu qu'on eût attenté à la personne d'un cardinal , à cause des peines por=

Mi HISTOIRE

tées par la décrétale : Si quis , suadente diabolo , etc. On se récria fort sur la prise et sur la détention d'un cardinal et d'un évêque , disant qu'il n'était pas permis d'arrêter un cardinal sur la déposition d'un homme, et sur une petite lettre de créance ; que d'ailleurs on le devait rendre dans vingt-quatre heures à la juridiction spirituelle, ou qu'on encourait l'excommunication.

» Que quant à la confession que lesdils coupables avaient pu faire, elle n'avait pas été faite devant juge compétent, et qu'il était à croire qu'elle avait été extorquée. Les cardinaux demandèrent si l'on n'avait plus rien à dire , et si l'on voulait procéder par voie d'accusation , de dénonciation ou d'inquisition , le pape étant résolu de faire justice, pourvu que la forme fût gardée ; mais que , sur une simple dénonciation , on donnât des commissaires pour aller faire le procès en France , cela n'était pas raisonnable, qu'ils ne voyaient pas non plus quelle satisfaction on ferait aux coupables s'ils se trouvaient innocens , ce qui tournerait fort au déshonneur du sacré collège. Ils voulaient savoir de plus si le roi les remettrait entre les mains des commissaires , et s'il prétendait qu'on leur fit leur procès dans son royaume, soutenant qu'en devait les envoyer à Rome , ou du moins à Avignon.

» Les ambassadeurs, ayant délibéré quelque temps, répondirent :

» Que le roi , en arrêtant le cardinal et l'évêque , n'avait fait que son devoir envers Dieu et son peuple ; qu'il ne tenait sa puissance temporelle que de Dieu ; que le glaive lui avait été confié pour punir les médians et défendre les bons ; que si l'on n'avait pas arrêté le cardinal et l'évêque , il en aurait coûté la vie à plus de cent mille personnes , et que le roi se serait rendu indigne du trône ; et que s'il avait fait quelque chose contre les canons , il y avait des temps ou la nécessité obligeait d'aller contre la loi ; que cependant le roi n'avait rien fait contre les lois. Ezéchiel dit à Nabuchodonosor : Tu es rev regum , et tibi dédit Deus cœli et terrée regnum et potestatem, imperiwv et fortitudinem , et omnia in quibus habitant fïlii hominuin , ut aves cœli et bestiœ agri tibi obediant. ( Voyez le décret Cum ad verwn., et celui Qui idem mediator.) Si Constantin a déluré l'église, s'il lui a fait de grands biens , les papes n'en ont joui que depuis que les rois de France les en ont mis en possession.

» Les rois de France se sont toujours conservé le privilège de faire arrêter les prélats lorsqu'ils ont commis quelque crime d'Etat , jusqu'à ce qu'il y ait été pourvu par juge compétent C'est la coutume et la prérogative de nos rois.

DE LOUIS XT. 543

» Le roi consent de remettre le cardinal et l'évêque au pape pour leur faire leur procès , se réservant toujours ses droits et prérogatives.

» On peut voir, pour d'autres raisons, qu'il les pouvait faire punir corporelleuient ( voyez Adullerio in leg. cap. P, parag. de adulterio , et cap. de episcopali dignitate ).

» Un roi deHongrie fit prendre et fouetter un prêtre par les carrefours ; il le mit ensuite entre les mains de la justice , et lorsqu'il en demanda l'absolution, le pape dit qu'il n'en avait pa^ besoin. » Alphonse , roi d'Aragon , fit noyer un cardinal , sur un soupçon d'adultère , et on lui en donna aussitôt l'absolution.

>► Le légat de Savoie fit faire le procès au cardinal de Chypre sine vicariatu pontijicis. Le gouverneur du château Saint-Ange fit mourir, du temps du pape Eugène , le cardinal et patriarche de Canneto.

» Les rois d'Angleterre Henri IV, V et VI ont fait mourir plusieurs évêques.

» Le roi très-chrétien a donc pu arrêter un cardinal et un évêque , et a fait en les arrêtant beaucoup de bien et au royaume et à l'église ; car, si les séculiers connaissaient que le pape et les cardinaux voulussent empêcher qu'on ne punît les crimes, parce que ceux qui les auraient commis seraient cardinaux ou évêques, ils se soulèveraient tous contre l'église, et causeraient des scandales que rien ne pourrait réparer. Enfin ceux qui ont arrêté le cardinal d'Angers et l'évêque de Verdun ne sont point compris dans la décrétale : Si quis , suadente diabolo , puisqu'ils ont été arrêtés suadente Deo.

» Les cardinaux , un peu surpris de ce discours, répondirent qu'ils n'avaient prétendu donner aucune atteinte aux droits et prérogatives du roi dont ils étaient serviteurs, et que le pape et eux étaient bien résolus de lui faire justice ; mais qu'ils regardaient, comme une chose nouvelle qu'on eût ainsi osé arrêter un cardinal . » Sur quoi les ambassadeurs répondirent que le roi n'avait point prétendu non plus déroger à l'autorité de l'église ; que d'ailleurs, dans les premiers temps, les juges séculiers avaient tout pouvoir sur les ecclésiastiques quelconques ; que si l'on avait donné à ceux-ci de grands privilèges , ce n'avait été que pour obvier aux maux , et non pour renverser les lois , ni pour ôter aux princes la liberté de prévenir les scandales qui pourraient arriver dans leurs seigneuries et à l'Etat de l'église. Or il est notoire à tout le monde que le cardinal et l'évêque avaient excité plusieurs princes contre le roi , machiné plusieurs trahisons contre sa personne sacrée , et qu'ils avaient allumé un feu qui ne se fût jamais éteint.

» D'ailleurs à qui pourrait-on remettre ces coupables , puisque la connaissance en est réservée au pape ? C'est pourquoi le roi , voulant avoir égard à l'honneur du saint-siége , les a gardés.

» Dans un crime ordinaire . il faut remettre le criminel au juge ecclésiastique; mais lorsqu'il s'agit de tout l'Etat, et même de la chrétienté, pour la conservation desquels tout droit divin , humain et politique ont été faits , on ne doit point avoir égard aux règles particulières : In casibus enormibus justitia sœcularis potes t amprehendere et detinere clericos , aliquotiès eos punire.

» Touchant la confession des criminels que les cardinaux disaient pouvoir avoir été extorquée , on répondit que la confession avait été bien faite : on leur répéta comment Simon Bellée avait été pris, l'accident qui lui était arrivé comme par miracle ; comment il nia d'abord que la petite cédule qn'on lui trouva fût de la main du cardinal , de quelle manière elle fut trouvée , la confession que fit Simon Bellée du mémoire et du lieu où il allait, qui l'y envoyait, par quelle manière lesdits mémoires et lettres lui avaient été donnés , ce qu'il devait faire quand il serait vers monseigneur de Bourgogne , toutes choses que ledit Bellée reconnut de sa propre volonté , sans y être contraint , et n'y ayant aucun homme de justice, mais gens de guerre qui par hasard se trouvèrent dans le village où passait ledit Bellée , et qui , remarquant sa contenance mal assurée, le firent descendre dans l'hôtellerie , où il confessa ce qu'on vient de dire.

» Ces deux hommes amenèrent ledit Simon Bellée à Amboise vers le roi, et, après avoir ouï les choses ci-dessus sans force ni contrainte , on examina ledit Bellée sur certains termes obscurs du mémoire qu'il expliqua : sur quoi le roi , de l'avis des princes et seigneurs de son conseil , fit arrêter le cardinal d'Angers et l'évêque de Verdun , qui étaient alors à Tours , et les fit conduire le lendemain à Amboise.

» On mit le cardinal dans une chambre sur le portail du château , avec neuf ou dix gentilshommes , et l'évêque dans la chambre du gouverneur de Roussillon qui en fut chargé.

» Le lendemain l'évêque de Verdun fut conduit dans une autre chambre , où Simon Bellée , son domestique , lui fut récolé et confronté et persista dans sa déposition , ce que l'évêque n'osa nier, reconnaissant qu'il n'avait aucun reproche à faire.

» Le jour suivant, la confession de l'évêque de Verdun lui fut lue et présentée, et lui-même l'ayant lue, il la signa sans force ni contrainte.

» Le roi ne voulut pas d'abord qu'on examinât le cardinal , ui qu'on lui confrontât l'évêque de Verdun et Bellée; il se con-

tenta d'y envoyer le sieur du Bouchage , qui n'est point homme de lettres , pour lui dire qu'il devait confesser ingénuement les choses telles qu'elles étaient. Le cardinal dicta un écrit qu'il envoya au roi , ou il confessait que la lettre et le mémoire étaient de sa main et plusieurs autres choses ; mais en tout le reste il ne s'accordait pas avec l'évêque ni avec Bellée ; il demanda à parler au roi , promettant de lui confesser la vérité ; et il était tellement convaincu de sa faute , qu'il voulut plusieurs fois se jeter du haut en bas de la fenêtre et se précipiter.

» Le roi fit ensuite conduire en sa présence le cardinal d'Angers , et lui parla pendant deux heures ; et, quoiqu'il convînt de la lettre , du mémoire et souvent de l'interprétation , il désavoua Bellée en plusieurs choses. Le roi le laissa à Montils-les-Blois , lieu de plaisance, en la compagnie de messieurs le chancelier , de Torcy , et du président des comptes , jusqu'à son retour. Alors il le fit ramener à Amhoise , où , après l'avoir détenu quelques jours , il le fit conduire au château de Montbazon , en la garde de M. de Torcy, et il fut toujours bien traité. Cependant on prit Guillaume l'Auvergnac, que ce cardinal avait envoyé en Bretagne ; on arrêta encore maître Pierre Durand , aussi complice de ladite trahison , ce qui effraya fort le cardinal et l'évêque. On envoya messieurs du conseil interroger le cardinal , qui avoua plus de choses qu'il n'avait fait jusqu'alors, et particulièrement les menées qu'il avait faites en Bretagne.

» Sur ce que les cardinaux demandaient d'autres charges et informations , on leur dit qu'ils avaient les lettres que le cardinal écrivait au duc de Bourgogne , le mémoire trouvé sur Bellée , sa confession , celle de l'évêque de Verdun , du cardinal , et de Guillaume l'Auvergnac , ce qui était suffisant pour recevoir le roi comme dénonciateur ; qu'on pourrait dire qu'un si grand prince agissait insiinctu divino , et qu'on devait ajouter foi à sa simple dénonciation , non-seulement en cette affaire, mais encore en toute autre de plus grande conséquence; que les cardinaux devaient ajouter foi aux copies , comme aux originaux , qu'on produirait lorsque le pape aurait nommé des commissaires , et que le roi souhaitait qu'ils fussent plutôt instruits que ses propres commissaires.

» D'ailleurs . les gens d'église ne reconnaissant point la juridiction temporelle . toutes les autres informations auraient été réputées comme non faites.

» Touchant la manière de procéder , ils déclarèrent qu'ils se rendaient 'Viionciateurs de la part du roi, qui demandait que les commissaires vinssent en France faire le procès auxdits cardinal et évêque . promettant auxdits commissaires toute sorte de

secours et obéissance due légitimement in spirituatibus au sie'ge apostolique, espérant aussi que les commissaires garderaient 'es droits , prérogatives et prééminences du roi et de la couronne de France, qui n'avaient jamais été violés ; et qu'en ces sortes de ers, la punition , correction et le procès se doivent faire par la juridiction ecclésiastique , en ce qui touche le droit commun , et à l'égard du cas privilégié , la connaissance en demeure en la justice du roi , pour l'intérêt dudit seigneur. Sur quoi il v eut beaucoup de répliques de la part des cardinaux.

» Quant à ce qu'ils disaient que sur une simple dénonciation , on ne pouvait donner des commissaires, que les accusés étaient peut-être innocens , qu'ils ne voyaient pas quelle réparation on leur ferait , si leur innocence était prouvée , ce qui tournerait au grand déshonneur du pape , du sacré collège et de l'église , si la satisfaction n'était proportionnée à l'offense ;

» On répondit que , pour l'intérêt du roi et du royaume , il serait à souhaiter qu'ils fussent innocens , et que, loin de songer aux réparations qu'on leur devrait faire , on devait d'abord craindre le blâme et le reproche qu'on ferait au pape et aux cardinaux, et les inconvéniens qui en suivraient si la requête du roi était refusée; qu'on ne demandait que justice, qu'on ne pouvait la refuser à la moindre personne , et encore moins à un roi qui , ayant bien voulu avoir recours au sainl-siége , donnait un bel exemple de modération à tous les princes , et qu'en cas de refus, il en pourrait bien arriver à tous les gens d'église des inconvéniens qu'il ne serait pas aisé de réparer.

» Touchant la voie d'ioqui .ilion que les cardinaux proposèrent , il fut dit qu'on aurait Heu de regarder cette inquisition comme un délai , ou plutôt un déni de justice ; que d'ailleurs , sur la dénonciation du roi, on ne pouvait honnèi émeut accepter cette voie , d'autant plus que les prisonniers n'avaient pas bonne réputation.

» Sur la question si l'on remettrait les prisonniers entre les mains des commissaires du pape, on répondit qu'on ne doutait point quelesdits commissaires , conservant les droits , privi! et prééminences de la couronne, le roi ne voulut bien leur remettre les prisonniers, mais que le roi ne pouvaitsouflrir que lendits prisonniers fussent emmenés hors des terres de son obéissance. » Premièrement, par le droit naturel, le sujet, dès qu'il ésl né et avant que d'être chrétien , étant affecté et tenu à son souverain en loyauté, sujétion et obéissance, à quoi on ne peut déroger , quia jura natwrcdia immutabilia sunt et incorruptibih'u : le cardinal est sujet du roi, et de plus lui a prêté serment pour plusieurs charges et offices, à quoi il a contrevenu.

DE LOUIS XI. Ijo

» Or de dire qu'en une chose qui touche de si près les droit» de la couronne , le roi aille plaider hors de son royaume , et débattre là ses droits et son intérêt , cela ne serait pas raisonnable , et jamais ne fut fait ni se fera, s'il plaît à Dieu; et il n'y a point de souverain au monde qui le dût faire , à plus forte raison le roi de France , sur qui on ne devrait pas faire une telle entreprise , quand il y voudrait consentir , ce qu'il ne ferait jamais , sans quoi il manquerait.au serment qu'il a fait à son sacre, de garder les droits , prérogatives et prééminences de sa couronne et du royaume.

i> D'ailleurs ce serait aller contre la disposition des lois et des, canons. Le cardinal est sujet du roi, attaché à sa personne, demeure dans son royaume, y a été pris; de plus, son crime n'est point de matière ecclésiastique, mais civile et contre le roi et le royaume : comment faire le récolement et la confrontation, s'ils sont nécessaires? Quelles dépenses pour les conduire ! Qui répondra qu'ils ne pourront pas se sauver, qu'on ne les enlèvera pas? Combien de gens peut-être se trouvent complices, qu'il faudrait arrêter et leur confronter! D'ailleurs quel scandale de leur faire ainsi traverser le royaume, entourés de gardes et d'archers, à la vue de tout un peuple ! Enfin les lois et coutumes du royaume y sont contraires ,etveulentquele procès se fasse dansleroyaume, que le procureur du roi soit ouï , qu'il preuue ses conclusions et demande sentence aux juges dudit seigneur pour son intérêt. Les lois des empereurs doivent être gardées contre les gens d'église et contre les séculiers.

» Les cardinaux , voulant alléguer les décrétales , il fut dit que si notre saint père, du consentement de ses frères, voulait faire une constitution dérogeant à la loi des royaumes, pourvu que ladite loi ne soit point contre l'Evangile ni la foi, ladite constitution de foi serait nulle de plein droit.

» Les cardinaux déclarèrent enfin qu'ils n'avaient fait toutes ces objections qu'afin d'être mieux instruits et de pouvoir mieux instruire le pape , qu'ils n'avaient prétendu donner aucune charge au roi sur la détention du cardinal et de l'évêque , et qu'ils le voulaient servir, priser et honorer comme le premier de tous les rois chrétiens.

» A quoi les ambassadeurs répondirent qu'ils avaient été obligés de suivre leurs instructions, qui avaient paru si justes à tout le conseil du roi , qu'ils ne pouvaient les faire autrement , et qu'ils, espéraient que le pape leur accorderait leur requête.

» L'affaire ayant été suspendue à cause des fêtes , il y eut encore plusieurs cousistoires sur cette matière. La plupart des cardinaux voulaient que les prisonniers fussent amenés à Rome ou

55o HISTOIRE

à Avignon, et le pape en parla aux ambassadeurs, relevant, comme avaient fait les cardinaux , l'honneur et la dignité du pape , du sacré collège et de l'église ; il offrit d'envoyer des gens simplement pour informer ; mais les ambassadeurs demeurèrent fermes dans leurs instructions.

» Le mardi , 20 de janvier i4ff> le consistoire s'assembla extraordinairement , et les ambassadeurs s'y trouvèrent avec Mu . Falco de Sinibaldis seul , le pape le souhaitant ainsi.

» Le pape témoigna que lui et tout le sacré collège auraient fort souhaité que le roi n'eût point tant pressé pour faire Balue cardinal, qu'il l'avait créé contre son gré, sa réputation étant telle qu'il ne méritait pas de l'être , qu'il avait ouï les crimes commis par lui contre un roi à qui il avait tant d'obligation , que le saint-siége devait la justice à tout le monde, et encore plus au roi de France, qui avait rendu tant de services à l'église, et qu'il avait nommé les six cardinaux avec qui les ambassadeurs avaient déjà communiqué plusieurs fois. »

(Cousinot, aprèsavoir exposé ce qui regarde le cardinal Balue, continue ainsi sa relation) :

En attendant que nosdits commissaires fussent prêts, nous tirâmes vers notre saint père, pour lui faire quatre supplications de par le roi, selon la teneur de nos secondes instructions.

La première, qu'il plût à notredit saint père donner la légation d'Avignon à monseigneur l'archevêque de Lvon.

Secondement , nous lui suppliâmes qu'il lui plût créer et prononcier cardinal monsieur l'évêque du Mans , frère de monsieur le connétable et prochain parent du roi, remontrant à notredit saint père comme le roi , par plusieurs fois, lui en avait écrit , et qu'il lui semblait que la personne dudit monsieur du Mans valait bien d'être constituée en telle dignité, comme de cardinal, tant pour l'honneur de ses prédécesseurs , dont il était descendu , c'est à savoir du comte Henry de Luxembourg, qui fut empereur, que pour les vertus et mérites qui étaient en sa personne , et valaient bien qu'il pût être colloque en une telle dignité , et mêmement qu'il avait laissé le monde pour prendre l'état de l'église en pauvreté , si était de bonne vie et renommée, et si avait eu deux de ses prédécesseurs cardinaux , dont on tenait et réputait l'un pour un saint en paradis, c'est à savoir saint Pierre de Luxembourg ; et d'autre part , depuis que notredit saint père avait étë assis au saint siège apostolique, il n'avait fait aucun cardinal français; car nous ne réputons plus le cardinal d'Angers cardinal, et nous en faut un autre, et toutefois il avait fait quatre ou cinq cardinaux depuis qu'il était pape. En lui remontrant en outre que c'était de l'autorité du roi et de la grandeur et ex-

DE LOUIS XI. 55i

tension du royaume, et qu'il y avait cent un évêchés, et onze archevêchés, et tant d'abbayes et grands prieurés, tant de notables églises eu France, cathédrales et collégiales, qu'a peine les pourrait-on nombrer; et plus tenait l'église en France quatre fois plus que toute l'église d'Italie ,et si en venait chacun an plus de profit à cour de R.ome, que quasi du tiers ou delà moitié de chrétienté. Et de dire que les Italiens eussent treize à quatorze cardinaux , et pour tout le royaume de France il n'y en eût que quatre, et que notredit saint père voulsist faire difficulté à la requête que le roi lui faisait, et par plusieurs fois avait faite pour ledit monsieur du Mans , touchant le fait de ladite cardinalité, et à quoi messieurs de Guyenne, messieurs de Calabre , de Bretagne, et autres plusieurs s'étaient conformés parleurs lettres avec le roi, en faveur de mondit seigneur du Mans; pour les causes que dessus, il semblerait au roi, au royaume et aux seigneurs qui en avaient écrit, bien fort étrange , en supliant à notredit saint père et à messieurs du collège , et par plusieurs et diverses fois, étant notredit saint père audit collège et hors d'icelui, et pareillement à mesdits sieurs du collège en l'absence de notre saint père , qu'ils voulsissent avoir regard en ces choses, et obtempérer à la requête que le roi et lesdits seigneurs faisaient à notredit saint père en cette partie.

La tierce requête était qu'il plût à notredit saint père pourvoir des bénéfices que ledit cardinal d'Angers tenait et possédait au temps qu'il avait été mis en garde et sûreté , à aucuns notables personnages plus à plein contenus et déclarés en nos instructions, lesquels particulièrement nous lui nommâmes, et les bénéfices que le roi requérait pour eux, la qualité de leurs personnes, les services qu'eux et leurs parens avaient faits et faisaient chacun jour au roi, et l'affection et vouloir que ledit seigneur avait en cette partie, et les causes pourquoi; et tant en cette matière, comme es autres deux dessus touchées , et dîmes , et fîmes et persuadâmes tout au mieux qu'il nous fut possible , et beaucoup plus amplement qu'il n'est dessus contenu.

La quarte requête fut touchant le fait de monsieur d'Avignon , afin qu'il plût à notredit saint père lui bailler la légation deFrance, dont autrefois le roi lui avait écrit, et lui avait été rapporté par maître Olivier le Roux , que notredit saint père n'était content , pour ce que le roi certifiait de rechef qu'il le désirait ainsi. Et aussi lui fîmes requête pour mondit seigneur le cardinal d'Avignon , que le plaisir de notredit saint père fût de lui donner provision de vivres pour le temps qu'il avait vaqué en la charge qui lui avait été commise de par ledit saint père pour venir en France, dont il n'avait été payé que pour six mois, et toutefois il y avait vaqué

plus de dix-huit mois , et à tout le moins que s'il y avait aucune chose du fait de la décime, qu'il plût à notredit saint père l'appointer sur ce. En outre lui requîmes que son plaisir fût d'avoir pour recommandé ledit monsieur d'Avignon au premier bon évêché, archevêché ou abbaye qui vaquerait en France , et qu'en cas que notredit saint père le pourvoirait d'aucun archevêché ou évêché , ainsi que dessus , son plaisir fût de donner l'évêché de Dol , que tient ledit monsieur d'Avignon , à son neveu.

Sur lesquelles quatre requêtes notredit saint père nous fit réponse en la manière qui s'ensuit.

Qu'en tant que touche la légation d'Avignon , notredit saint père était bien recors que le roi l'avait par plusieurs fois sur ce fait requérir , premièrement pour l'archevêque d'Auch , et secondement pour ledit monsieur de Lyon , et que notredit saint père avait été par plusieurs fois requis et fort pressé au nom du roi et de par le feu duc de Milan , pour ledit monsieur d'Auch , et que depuis , pour aucunes causes qu'à ce meure le roi , notredit saint père fut bien informé et averti que le plaisir du roi n'était pas que ledit archevêque d'Auch eût ladite légation. t

Et après le roi écrivit par plusieurs fois à notredit saint père qu'il lui plût donner ladite légation àmondit seigneur de Lyon, et y eut plusieurs allées et plusieurs venues touchant ladite matière , et eut l'archevêque de Milan certaines instructions pour en parler , lesquelles notredit saint père nous montra.

Et après plusieurs remontrances , notredit saint père fut content que mondit seigneur eût la légation moyennant deux conditions. L'une que le roi s'obligerait à notredit saint père , que toutes et quantes fois que lui ou ses successeurs requerraient mondit seigneur de Lyon de leur bailler et restituer Avignon , et les places de par delà et de la comté de Yenaissin , ils les rendraient et restitueraient avec tout ce qui leur serait baillé de la terre d'église èsdites marches, sans aucun contredit ou difficulté , refus ou délai sous quelque couleur ne condition que ce fût. La seconde condition était que ledit monsieur de Lyon s'employât au fait de la pacification du roi et de monsieur de Guyenne. Tiercement , qu'il ne lui apparaissait point du consentement de mondit seigneur d'Avignon , et par conséquent ne lui semblait pas qu'honnêtement ne licitement, il pût bailler ladite légation, et que , s'il venait à la bailler, il ne le pourrait bonnement faire sans l'avis et le consentement des cardinaux ; et quand il demanderait leur avis et consentement, il lai semblait bien qu'ils ne le feraient jamais, pour ce que la matière touchait ledit cardinal absent , non ouï en ces choses, ne récompensé ; et que quand on ouvrirait celte voie , il leur semblerait que ce serait un trop grand pré-

DE LOL1S XI. 553

judice pour eux pour la conséquence , et à peine s'y voudraient jamais consentir, pour laquelle cause il était en grande perplexité de ce qu'il avait à faire : car d'un côté il voudrait bien complaire au roi, s'il lui était possible; et d'autre part il voyait qu'il ne le pouvait bonnement ne licitement faire; ainsi il ne savait que dire. Toutefois il mettrait volontiers les choses en délibération en consistoire , et y ferait ce qu'il pourrait , et nous dirait ce qu'il aurait trouvé.

Sur lesquelles choses nous fîmes plusieurs répliques , et par divers jours et en plusieurs manières; et entre autres lui dîmes qu'au regard dudit scellé qu'il demandait, le roi l'avait une fois baillé à notredit saint père , et notre saint père s'en était tenu content , et quant aux conditions dont dessus est faite mention , elles étaient accomplies ; car, Dieu merci , la paix était faite entre le roi et mondit seigneur , son frère , et que tant en cela , qu'au fait de la paix du roi et de monseigneur de Bourgogne, mondit seigneur de Lyon s'y était employé au mieux qu'il avait pu , et en telle manière que le roi en était très-content , l'avait en sa singulière recommandation , l'aimait très-fort, et nous avait chargés en certifier notredit saint père.

Au tiers point du consentement de mondit seigneur d'Avignon touchant ladite matière , répliquâmes que nous n'avions jamais rien entendu dudit tiers point, et il n'était point contenu è-. articles qui autrefois avaient été baillés touchant ladite matière , et ne s'attendait point le roi, qu'à cette occasion on y dût faire aucune difficulté , et pour ce nous semblait qu'on ne s'y devait point arrêter, et mèmement que notredit saint père avait bien de quoi récompenser mondit seigneur d'Avignon ailleurs , et si voyait les requêtes que le roi faisait pour lui es autres matières.

Auxquelles choses et à chacune d'icelles notredit saint père fit plusieurs dupliques et insistances , et fut la chose fort débattue , tant en consistoire comme dehors , et à la fin notredit saint père nous fit réponse qu'il en avait parlé à ses frères les cardinaux, et qu'en ce qu'il pourrait complaire au roi il le ferait, de bon cœur , et chargerait messire Falco d'avertir le roi des difficultés qui étaient en ces matières, et lui ferait faire aucunes ouvertures, lesquelles il pensait qui lui seraient bien agréables.

Touchant la seconde requête qui était pour le fait de M. du Mans, afin de le faire cardinal, etc. , notredit saint père nous dit que quand il fut assumpt au saint-siége apostolique, avant sou assomption , lui et tous les autres cardinaux firent certains sermeus solemnels dedans le conclave , et depuis qu'il fut assumpt il les ratifia , et de rechef les jura et promit ; et entre les autres qu il ne créerait aucun cardinal, sinon par l'avis eL

du consentement des autres cardinaux; qu'on ne le fit autrement , ne jamais ne fera ; que par trois fois il avait mis en délibération au consistoire de faire cardinal M. du Mans, par quoi il ne pouvait voir que pour cette heure la chose se pût faire.

D'autre part, il disait que le roi lui avait de sa main écrit par plusieurs fois que , s'il plaisait à notredit saint père créer Balue cardinal , lesquelles lettres étaient encore in reruni naturà , il ne requerrait jamais notredit saint père de faire aucun autre cardinal français.

Nous dit aussi en outre que les revenus de l'église étaient fort diminués , et les charges crues ; que quand il y a grande multitude de cardinaux , il n'est pas possible au siège apostolique de leur pourvoir ainsi qu'il est accoutumé de faire ; que nous avion-, six cardinaux français ; qu'en Espagne ne en Portugal n'y en avait point ; qu'en Angleterre n'y en avait qu'un ; qu'en Hongrie n'y avait point ; que chacun en demandait , comme raison était ; que quand on en ferait encore un français , ce serait grand'charge pour le siège apostolique, et que les autres nations en crieraient et auraient cause d'eux douloir. Toutefois la personne de mondit seigneur du Mans lui revenait très-bien , lui semblait notable prélat , l'aimait fort et eût bien voulu qu'il eût été cardinal , s'il n'eût tenu qu'en lui ; mais il ne voyait pas que pour cette heure il le pût faire , et qu'il convenait qu'il eût encore un peu de patience.

Sur lesquelles choses nous fîmes plusieurs répliques , tant à notredit saint père à part, comme au consistoire. Au regard des lettres qu'ils disaient que le roi avait écrites à notre saint père de sa propre main, en faveur dudit Balue, nous dîmes que nous ne sça\ions rien de cette matière , et ne cuidions point que lesdiles lettres fus-ent écrites de sa main ; mais ledit cardinal Balue était assez fin homme pour donner cela à entendre à notredit saint père et au collège, pour venir à ses fins, ainsi qu'en autres choses il avait bien fait. Et au regard des charges que notredit saint père disait que le saint-siége apostolique aurait s'il y avait tant de cardinaux, comme chacun requérait, il faudrait que la portion des autres diminuât ; nous remontrâmes que, selon les anciennes ordonnances et constitutions de l'église, il y devait avoir cinquante-un cardinaux; sçavoir : sept évêques, vingt-huit prêtres et seize diacres ; que le nombre de beaucoup n'était pas rempli , et que , pour créer un cardinal à la requête du roi , le siège apostolique n'en serait pas fort chargé , ne la portion des autres cardinaux n'en diminuerait de guères.

Secondement , notredit saint père n'avait fait aucun cardinal français depuis qu'il était pape . » l se on voulait dire que ledit

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ne était cardinal , nous ne le tenions plus pour tel , et nous en fallait un autre.

Tiercement, est bien autre chose de l'église de France que de l'église des autres nations , et doit-on bien avoir autre regard aux prières du roi tpie des antres princes, et était beaucoup mieux dû à la France avoir cinq, ou six, ou sept cardinaux, qu'à l'Italie qui n'est pas le tiers de France , touchant le fait de l'église, et néanmoins ils en avaient treize ou quatorze ; et sernblait être grand'foule pour le roi quand on lui dénierait sa requête en cette partie. Et pour ce , en retournant à notre première requête pour ledit monsieur du Mans, afin qu'il fût cardinal , supplia ec grand'instauce, qu'elle nous fût admise et accor-

dée, el qu'il fut créé et publié cardinal, ainsi que le roi requérait.

Sur lesquelles choses y eut plusieurs collocutions et communications , et par divers jours ; et à la fin , notre saint père nous dit que nous certifissions le roi, qu'il ne ferait ne créer.. it aucuns cardinaux , jusqu'à ce qu'il eût des nouvelles audit seigneur , et que nous lui fissions relation des difficultés qui étaient en cette matière , et que sur tout le roi eût bon avis , et que notre saint père ne déniait pas audit monsieur du Mans qu'il ne fût cardinal, ne qu'il le pût bien être ; mais, pour cette heure , il n'y pouvait autre chose faire , et qu'il espérait que le roi connaîtrait par effet qu'il lui voulait complaire en tout ce qu'il pourrait.

Suite de lettres rangées suivant l'ordre des années et des affaires.

« Le roi, craignant que la guerre ne s'allumât, donna » ordre à Bourré et à Briçounet d'engager Warwick à re- » passer en Angleterre. (P. 199.) »

Lettre du Roi à Bourre , sieur du Plessis.

lVlovsiELR du Plessis , vous sçavez assez le désir que j'ai et dois avoir du retour de Warwick en Angleterre, tant pour le bien que ce me serait de le voir au dessus de ses querelles, ou à tout le moins que par son moyen le royaume d'Angleterre fût en brouillis , comme pour éviter les questions qui , jjour sa demeure par deçà , pourraient advenir , dont vous en avez connu des commencemens ; pourquoi vous prie que mettiez peine , tant de vous même , comme en sollicitant monsieur l'amiral, mon sieur de Concressault et autres de par delà, de tellement besongner avec ledit monsieur de Warwick, qu'il parte pour aller audit pays d'Angleterre le plus prestement que faire se pourra ; et pour se faire lui dire toutes les causes et raisons dont vous et eux 2. 36

sçaurez aviser ; mais j'entends que ce soit par toutes les plus douces voix que pourrez , et en manière qu'il n'aperçoive que ce soit pour autres fins que pour son avantage ; et aussi ferez apprêter de mes navires pour le conduire , si sans conduite ne voulait partir ; car vous sçavez que ces Bretons et Bourguignons ne tendent à autres fins que de trouver moyen de rompre la paix , sur couleur de la demeure dudit de Warwick par deçà, et partant commencer la guerre , laquelle je ne voudrais point voir commencée sur cette couleur : et pour ce que vous connaissez mes affaires plus que autres , et que j'ai toute ma fiance en vous , je n'écris à présent à nul qu'à vous de cette matière : si vous prie , monsieur du Plessis , que vous y besongniez en manière que je connaisse le vouloir qu'avez à me bien servir au grand besoin. Donné à Amboise , le 22e. jour de juin. Lms. Et plus bas, Jehan Le Clerc.

(Jean Bourré , sieur du Plessis , secrétaire de Louis XI , avait beaucoup de part à la confiance de ce prince , comme on le voit dans plusieurs lettres de celui-ci. )

Lettre du roi au même.

IVloNSiEUR du Plessis , j'ai reçu vos lettres faisant mention des causes pour quoi vous semble que monsieur de Warwick n'est pas si près d'aller en Angleterre , comme je l'entends ; pour quoi comme vous avez à vous gouverner touchant l'argent : vous avez déjà sçu comme la reine d'Angleterre et ledit de Warwick se doivent assembler au Mans, là où ils auront tôt fait ou failli, pourquoi ledit de Warwick n'aura cause de faire plus long séjour par deçà; mais , au regard de l'argent , je crois votre avis , sinon que vissiez qu'autrement faire fût cause d'abréger la matière , et que connussiez qu'il en fût nécessité. Je réponds à monsieur l'amiral de tout le surplus. Donné à Tours le troisième de juillet. Lois. Et plus bas , Le Clerc.

Au même.

IVloNSiEUR du Plessis , n'a guères ai envoyé messire Yvon du Fou par delà, pour mettre le fait de monsieur de V\ arwick en sûreté, et présentement lui mande qu'il mette telle provision et ordre que les gens dudit monsieur de Warwick n'aycnt point de nécessité jusqu'à ce qu'ils soient par delà. Aujourd'hui avons fait le mariage de la reine d'Angleterre et de lui (1) , et demain espère l'avoir du tout dépêché prêt à s'en partir. Dieu merci et

(1) Cest-à-dire du prince de Galles, Gis de Marguerite d'Anjou , avec une fille du comte de "Warwick.

ÏSotre-Dame , avons les scellés de Bretagne, et sommes de tout point amis, monsieur de Lescun et moi , et par ainsi somme-, sûrs de ce côté : vous verrez ce que j'écris audit messire Yvon. Je vous prie que vous faites ce qu'il vous dira , et que n'y épargniez rien , en manière que les gens dudit de Warwick n'ayent aucune disette ou nécessité , et qu'ils ne se malcontentent ; et vous y employez vous et le général , ainsi que j'en ai eu vous ma fiance. Écrit au Pont-de-Cée , le 25 juillet. Lovs.

Au même.

iVloxsiEUR du Plessis , vous sçavez comme je vous chargeai, dès Tours, de faire incontinent partir le clerc du trésorier des guerres avec l'argent que j'avais ordonné pour les gens d'armes à mon frère monsieur le connétable ; toutes voyes il m'a écrit qu'il n'a nulles nouvelles dudit clerc, ni de l'argent, dont je ne suis pas content de la diligence qui y a été faite ; et pour ce envoyez incontinent après pour le faire hâter, et ne vous excusez pas, disant que vous l'aurez dit au trésorier des guerres ; car , se faute y a , je m'en prendrai à vous. Car, par votre faute et celle dudit trésorier, vous me pouvez faire un grand dommage que vous ne me sçauriez réparer. Je vous envoyé les lettres que ledit monsieur le connétable m'en a écrites. Ecrit à Notre-Dame-de- Selle , le troisième jour de juin. Lots. Et plus bas, Tilhart.

Au même et à Gaucourl.

iVloNSiEVR de Gaucourt, et vous M. du Plessis , pour ce qu'il y a long-temps que je n'ai eu nouvelles de messire Guerault Desplaces, qui, comme vous sçavez, tient la place deRoquemore, qui est bonne place et forte , et aussi que son frère et tous ses amis se sont rendus Aragonais ; je ne sçais s'il me voudrait point faire un tel tour qu'ont fait les autres ; je lui écris des lettres, lesquelles je vous envoyé , afin qu'incontinent il s'en vienne devers moi; voyez-les, et si elles vous semblent bien, envoyez-les lui par homme qui parle à lui , et entende son vouloir, et si vous voyez qu'il fasse difficulté de venir , c'est mauvais signe ; car par cela vous pourriez connaître une partie de ce qu'il a intention de faire; si vous connaissez qu'il voulsist faire quelque mauvais coup, ou qu'il fit difficulté de venir devers moi, vous le devez semoncerde mettre la place en ma main, et s'il la vous refuse, incontinent vous devez assembler des gens du pays et autres que aviserez pour lui mettre le siège devant , et de tous points la mettre en mon obéissance. Si vous prie que y faites diligence .

en manière que aucun inconve'nient n'en puisse advenir. Ecrit à

Montsoreau , le vingt-huitième jour de juillet. Lovs. Et plus bas,

Tilhart.

Lettre du roi au comte de Dammartin.

JVLo xs i eur le grand-maître, j'ai vu les lettres que m'avez écrites touchant le fait de la ville d'Auxerre; il me déplaît des commissaires quiy ont été; et en tant que touche Buteaux, faites le prendre et qu'il soit bien examiné, et s'il est trouvé qu'il ait failli, je veux qu'il soit très-bien puni ; si vous pouvez trouver façon d'avoir ladite ville d'Auxerre , je vous prie que le fassiez; mais ne faites nulle guerre , et ordonnez à ceux que vous avez mis en garnison , qu'ils se gouvernent bien, par manière qu'ils ne m'acquièrent nuls ennemis , et qu'ils attirent à eux tout ce qu'ils pourront , et les instruisez et enseignez tout le mieux que pourrez tendant à cette fin. Mon frère de Guyenne s'en alla hier bien content, aussi la reine d'Angleterre et madame de Warwich s'en iront demain. Mon frère le connétable et le maréchal Joachim se partiront demain ou samedi, et un chacun s'en ira faire ses diligences. J'ai bien espérance que de votre part vous les ferez bonnes. Faites-moi souvent sçavoir de tout ce qui vous surviendra ; mettez toujours des gens à pratiquer avec ceux d'Auxerre , et vous en allez à Beauvais ; car monsieur de Torcy s'en ira demain. J'ai bien espérance que vous besongnerez bien ; je ne cuide onc mettre commissaire Buteau , et avait été baillé une commission au neveu de l'évêque d'Auxerre. Ecrit à Amboise, le i3 de décembre. Loys. Et plus bas , Dumoliv.

« Le duc de Bourgogne publia un manifeste , par lequel » il prétendait que Baudouin , bâtard de Bourgogne , )> Chassa et plusieurs autres avaient comploté de l'assassi- » ner ou de l'empoisonner. (P. 202.) »

De par le duc de Bourgogne.

JL rès-chiers etbienamés, puisque vous désirez toujours être avertis de nos grandes affaires , mêmement de ce qui peut concerner l'état de notre personne et de la chose publique de nos pays ; il est vrai que n'a guères est venu à notre connaissance , et avons certainement été avertis et informés que comme nous eussions, environ y a un an , envoyé devers notre très-chier et très-amé frère et cousin , le duc de Bourbon , qui lors était devers le roi pour le fait de l'appaisement de certain différent étant

DE LOUIS XI. 55g

entre notredit frère et cousin d'une part, et notre très-cliier et très-amé cousin le comte de Baugey, seigneur de Bresse, d'autre; un nommé Jehan d'Arson , lequel de long-temps avait été nourri en l'hôtel de notre très-chier seigneur et père que Dieu absolve, et depuis son trépas l'avions pourvu en l'état de notre panetier, servant notre bouche , et aussi étant rnaîtrc-d'iiôtel de notre très-chier et féa! chevalier, conseiller et premier chambellan, messire Antoine , bâtard de Bourgogne , et gouverneur de la personne de monsieur Philippe de Beure, son fils; icelui Jehan d'Arson , en lieu de nous faire service en la charge qu'il avait de nous , prit et accepta charge de conspirer et contracter avec messire Baudouin , lors appelé bâtard de Bourgogne , de nous tuer et faire mourir par glaive ou par venin , pour après envahir et prendre nos pays et seigneuries , comme abandonnées et sans défense , et iceux partir et diviser, et butiner entre aucuns tant de France que d'Angleterre et autres : à laquelle conspiration et conjuration ledit maître Baudouin , ingrat, méconnaissant de la grâce et honneur qu'il avait d'être tenu et renommé bâtard de Bourgogne , à la nourriture qu'il avait eue en notre maison , et des grands biens qu'il avait de nous tant en terres , seigneuries et chevance , qu'en bonne et grande pension, et aussi en plusieurs dons et bienfaits que souvent il avait de nous extraordinairement , se consentit et accorda sous espoir et espérance de , après qu'il aurait fait et exécuté ladite damnable entreprise et conspiration, soi retraire devers le roi, et avoir de lui charge de gens d'armes , pension et autres biens, ainsi que par ledit Jehan d'Arson lui avait été dit et exposé par la charge qu'il avait du roi. Depuis après que ladite conspiration et conjuration fut ainsi pourparlée , conclue et accordée entre ledit messire Baudouin et Jehan d'Arson, et qu'ils s'en furent découverts à messire Jehan de Chassa , lors notredit serviteur en état de chambellan ordinaire, icelui messire Baudouin se délibéra d'envoyer ledit messire Jehan de Chassa devers le roi, pour assurer et arrêter à son appointement , afin de plus assurément procéder à l'exécution de ladite entreprise , et tellement qu'icelui de Chassa , sont environ trois mois, du sçu et à la requête de maître Baudouin , se partit tellement sans licence de notre hôtel et de nosdits pays , et s'en alla devers le roi , lox-s étant en son châtel d'Amboise, vers lequel, après qu'il a demouré certain espace de temps , il a assuré et arrêté la provision que ledit Baudouin aurait tant de pension comme de charge de gens d'armes et autrement, incontinent après qu'il aurait fait et exécuté ladite entreprise damnable sur notre personne , se faire le pouvait; et s'il faillait et fût en doute d'être découvert, tantôt qu'il se serait retrait devers le roi. Par

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laquelle conclusion et assurance de ladite provision signifier et faire sçavoir par deçà, icelui de Chassa, par l'ordonnance et commandement du roi , dépêcha , un jour ou deux avant la Saint Martin d'hvver dernier passé, un sien serviteur en qui il avait parfaite fiance, auquel le roi , au parc de Montils-les-Tours parla sûrement: ledit de Chassa, vu que lesdites enseignes ne semblaient audit serviteur assez connues , lui en fit bailler en sa présence d'autres plus espéciales par le seigneur de Crussol , d'aucunes choses qu'il avait faites par deçà, dès que le roi l'avait envové devers nous , et ledit serviteur ainsi dépêché avec aucunes lettres, le fit accompagner par un page dudit sieur de Crussol , pour avoir plus grande crédence, se besoin était ; et incontinent qu'icelui serviteur fut arrivé en notre ville de Saint-Omer , que, soi illec tenant secrètement , eut fait sçavoir sa venue à ceux auxquels il avait à parler , et que nous, de ce avertis , le fîmes prendre pour l'amener devers nous , ledit maître Baudouin , sçachant que ledit serviteur venait dudit Chassa , et que par lui nous pourrions sçavoir et entendre ladite conspiration , soudainement et avant que ledit serviteur fût arrivé devers nous , se partit à très-grand'hâte , en délaissant leurs gens , chevaux et bagages, comme fugitifs, doutant d'être atteints et convaincus d'icelle conspiration, et s'en sont allés devers le roi; lesquelles choses , très-chiers et bien amés , pour ce que sçavons et connaissons avoir été prescrit, et gardé de ladite conspiration et conjuration par la seule bonté et clémence de Dieu , notre créateur, dont ne lui pouvons à suffisance rendre grâces et louanges; nous vous avons voulu bien à plein signifier et écrire , et vous mandons très-expressément la grande et singulière grâce qu'il a plu à Dieu faire à nous et à nos pays et seigneuries , en nous préservant de ladite conspiration , vous lui rendiez et fassiez rendre grâces, tant par processions publiques et solemnelles , messes et prédications , qu'autres dévotes prières et oraisons, en lui priant dévotement et de cœur, que d'icelles et semblables conspirations, trahisons et autres inconvéniens , par sa pitié et miséricorde veuille toujours ci-après garder , préserver et défendre notre personne , nosdits pays, seigneuries et vous , sujets très-chiers et bien amés; notre Seigneur soit garde de vous. Ecrit en notre châtel de Hesdin, le treizième jour de décembre, l'an i4;0« Chaules. Et plus bas , Le Gros.

Réponse à la lettre précédente.

(jomme il soit venu à la connaissance de moi Jehan de Chassa, chevalier, seigneur dudit lieu de Chassa , que Charles, soi disant

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duc de Bourgogne , ait envoyé en plusieurs et divers lieux lettres signées de sa main , et de Jehan Le Gros , son secrétaire, écrites àHesdin le treizième jour du mois de décembre dernier passé, par lesquelles il s'efforce de, faussement et contre vérité, me donner charge et imposer que M. Baudouin , bâtard de Bourgogne , chevalier , et Jehan d'Arson , écuyer , s'étaient découverts à moi d'une entreprise et conspiration qui par eux avait été faite de le tuer et faire mourir par glaive ou par venin , dont onc en ma vie ne sçus rien et n'ouïs parler. Considérant que c'est matière qui touche mon honneur si grandement , que je ne puis, ne me dois passer, ne dissimuler une si déloyale et inique calomniation , sans y faire honnête et véritable réponse, ainsi qu'à un gentilhomme appartient, afin que la vérité en soit connue et manifestée partout , j'ai bien voulu écrire ces présentes et autres semblables signées de ma main et scellées du scel de mes

armes, par lesquelles je certifie et affirme sur mon honneur , et de ce appelle Dieu à témoin , que onc ledit maître Baudouin , bâtard de Bourgogne, ledit Jehan d'Arson, ne autres ne me parlèrent de conspiration ne entreprises quelconques contre la personne dudit Charles de Bourgogne, et ne sçais qu'ils, ne aucun d'eux , eussent vouloir ou intention de le tuer ou faire mourir par quelque manière que ce soit, ne autrement lui faire ou pourchasser mal en sa personne , et onc n'ai volonté de faire ne conspirer contre sa personne , non plus que contre la mienne , et prends sur Dieu et sur mon âme que de la charge que ledit Charles de Bourgogne m'a donnée par lesdites lettres , lui et tous ceux qui le voudraient dire ont faussement et déloyaument menti; et s'il y a personne qui le veuille maintenir, offre sur cette querelle le combattre , et lui en répondre et faire bon de mon corps en la présence du très-chrétien roi de France, qui est de droit juge et souverain seigneur dudit Charles de Bourgogne , et, moyennant l'aide de Dieu et ma bonne et juste querelle, lui en faire dire et reconnaître la vérité : et , quant à ce que ledit Charles , soi disant de Bourgogne , dit que je m'en suis venu et absenté de sa maison et de ses pays sans son congié , il me déplaît de tout mon cœur , mûmement parce que autrefois je l'ai tenu et réputé mon seigneur naturel , à cause de ce que je suis né de la comté de Bourgogne, qu'à présent il me faille déclarer chose qui touche son honneur ; mais puisque par sesdites lettres il veut publier et coulorer sa fausse et déloyale accusation sur mon département , contrainte et nécessité m'est , pour mon honneur, et pour la vérité de ma justice et innocence, de dire et déclarer, non sans grand déplaisir , la cause qui m'a meu de ce faire , laquelle est pour les très-viles , très-énorme» et déshon-

ùGi HISTOIRE

nêtes choses que ledit Charles de Bourgogne, lorsque j'étais devers lui, fréquentait et commettait contre Dieu , notre créateur, contre nature et contre notre loi; en quoi il m'a voulu attraire et faire condescendre d'en user avec lui ; et , s'il veut dire le contraire, j'offre sur cette querelle de combattre devant ledit très-chrétien roi de France, son souverain seigneur, pour lesquelles choses fouir , et pour eschever le danger de l'ire de Dieu , et de la conversation de celle déshonnête et abominable vie, je me suis , à bonne et juste cause , déparli de sa maison pour crainte de sa fureur et tyrannie , m'en suis venu sans congié , et ai trop mieux aimé laisser tous les biens, terres et seigneuries que par la succession de mes prédécesseurs Dieu m'a donnés , et que je tenais et possédais en sa sujétion , que de me soumettre au danger de si grièvement offenser Dieu , mon créateur , et blesser ma conscience et mon honneur. Et combien que , comme dit est, je sois né et mes prédécesseurs extra its de la comté de Bourgogne, à cause de quoi ledit Charles, soi disant de Bourgogne, se maintient être mon seigneur de naturel : partant ne s'ensuit-d pas que moi, ne autre quelconque qu'il voudrait dire son sujet, soyons tenus de lui obéir ne le respecter pour notre seigneur et notre prince en cette si très-détestable et déshonnête vie, dont l'énormité est si grande , que par la seule parole l'air en est corrompu et infect; mais, selon toute vertu et en honneur, peuveat et doivent tous ses sujets l'abandonner et rebouler la sujétion d'un tel homme, pour vivre et converser sous la règle et obéissance de la loi de Dieu, contre laquelle il n'y a sujétion , ne autre lieu à quoi l'on puisse être tenu ne astreint ; et la cause qui m'a meu de m'en venir au royaume et en l'obéissance dudil très-chrétien roi de France, a été pour pouvoir en sûreté mieux et plus honnêtement vivre. El au regard de ce que ledit Charles de Bourgogne dit par sesdites lettres que j'avais envoyé un mien serviteur devers ledit messire Baudouin, bâtard de Bourgogne , pour le fait de ladite conspiration , ce sont inenteries faussement et mauvaisement controuvées ; car je ne l'envoyai point pour cette cause , et onc n'en eus affection ne volonté : mais bien est vrai que , certain temps après mon département , j'en\<>\ rnondit serviteur pour aucunes affaires; aussi je ne dénie pas que je ne les y envoyasse pour parler à aucuns de mes parens et ami-, étant en l'hôtel dudit Charles, soi disant de Bourgogne, et les admonester d'eux départir de la sujétion et du lieu oh si vicieuses et déshonnêtes choses se fréquentaient , en les conseillant , pour leur sûreté , de venir sous l'obéissance dudit roi trèschrétien , sous lequel ils pourraient vivre vertueusement en gardant leur honneur et leur conscience , et y être pourvus et avoir

des biens selon leurs vertus et mérites. Toutes lesquelles choses dessusdites je certifie et allirme sur mon honneur et ma conscience être vraies : et en témoin de ce j'ai signé ces présentes de i main , et fait sceller du scel de mes armes , le trentième jour de décembre, l'an de grâce i47°- Signé, Jehan de Chassa.

(Baudouin, bâtard de Bourgogne, publia aussi un manifeste paie:' à celui de Chassa.)

« Dammartin avant fait passer sa cavalerie au-delà de la » Sutiune, le roi en eut de vives inquiétudes, etc. (P. 207 .)»

Lettre du roi au bâtard de Bourbon , amiral de France.

ON fils, le chemin que le duc de Bougogne prend, est pour aller à Corbie. Je vous envoyé le double des lettres que j'ai écrites au comte de Dammartin ; il ne m'a point fait de réponse, et si les a dès lundi ou mardi au matin , ne je n'ai onc nouvelles de lui , je ne sçais s'il avait mis le siège à Corbie , ou s'il veut attendre la puissance du duc de Bourgogne. Mon fils, je ne vis onc si haute folie que d'avoir fait passer la rivière aux gens qu'il a, ou mieux courir au grand déshonneur ou grand dommage; je vous prie , envoyez-y quelques gens , pour sçavoir comment il s'y gouverne, et m'en faites sçavoir des nouvelles deux ou trois fois le jour; car je suis en grand mal-aise, doutant que le grandmaître ait fait du hardi merdoux , et si Dieu ne le sauve et Notre-Dame , et sa compagnie , qu'ils ne se perdent par leur défaut; il me semble que le duc de Bourgogne est défait, et s'il vient une fois au mont St. -Quentin sur Péronne , je ne l'éloignerais de cet an, que je puisse. Ecrit à Noyon, le quatorzième jour de février i47t- Lots. Et plus bas, Tilhart.

Lettre du roi au comte de Dammartin.

IVLoN sieur le grand-maître . j'ai reçu vos lettres, et n'y a bon mot qu'au dernier ; c'est qu'en deux petites lignes vous me mandez que vous ferez abattre les murailles de monsieur Saint- Acheu , monsieur Saint-Jehan et des faubourgs du côté de la Picardie et des arbres , bayes et tout ce qu'il faut abattre , et en elfet tout ce qui est écrit qu'il fallait faire. Et encore , monsieur le grand-maître , j'ai bien espérance que vous y mettrez du vôtre , et je vous prie que vous attendiez si bien tout , que vous n'ayez point de besoin de vous excuser sur dire que vous ne cuidiez pas qu'ils y vinssent , et montrez que vous avez autrefois vu le comte de Salbbury , Talbot , l'Escalles et tous ce?

gens-là. Monsieur Je grand-maître , au regard de la franchise durant la trêve pour ceux de la ville et de dehors, maître Pierre Doriole m'a assuré qu'il vous l'a envoyée ; et pour ce mandezmoi ce qui en est, afin que , si vous ne l'avez eue , je vous l'envoyé. Au regard de ce que vous êtes affamés , vous dussiez mander à Paris et Rouen , qu'on vous envoyât des vivres , et devez faire bonne justice, et, en faisant bonne justice , vous ne pouvez faillir à avoir assez de vivres , et si pouvez faire un convoi à Beauvais, afin que les vivres vous soient menés sûrement ; je vous prie que me faites souvent sçavoir de vos nouvelles. Ecrit à Haro , le dernier jour d'avril. Loys.

Lettre du roi à Pierre Doriole , général des finances , et au président des comptes.

i>lo\siEUR le général , et par espécial , vous monsieur le président, vous sçaurez l'état de messire Baudoin , bâtard de Bourgogne , étant présentement à Paris par mon ordonnance , et sa très-grande nécessité qui est toute notoire ; et néanmoins ne lui avez souffert lever la somme de sept cent quarante-sept livres, échue au terme de Pâques passé , à cause de la terre d'Orbec que lui ai donnée , comme sçavez ; ainçois avez fait votre plaisir de ladite somme, et, qui pis est , lui avez laissé assignation sur les restes et fins des comptes de mon domaine , qui est chose de longue attente , dont il n"a besoin : et pour ce qu'il m'a fail seavoir qu'il n'a pas un blanc pour soi défrayer de Paris, et vous le devez bien croire , je vous prie , et néanmoins ordonne et commande à tous deux bien expressément , sur tout le plaisir que faire me désirez , que vous lui bailliez assignation en lieu sûr , soit ordinaire ou extraordinaire , tellement qu'il pui->e promptement avoir argent pour soi aider et venir devers moi , et vous envoyé son homme porteur de cette, pour recevoir ladite assignation ; faites qu'il n'y ait faute , car je ne serais de vous content. Donné à Ham , le trois de juin. Lovs.

Lettre du roi au comte de Foix.

lMoNSiF.CR le prince, j'ai reçu vos lettres, par lesquelles je connais toujours de plus en plus la bonne affection qu'avez à moi , et la peine que prenez pour me faire service , dont je vous mercie ; et par ma foi , monsieur le prince , j'en ai ma parfaite et entière confiance en vous autant qu'à moi-même.

Depuis la réception de vos lettres , beau-frère le connétable m'a écrit d'hier touchant aucunes ouvertures de trêves , dont

encore l'on ne peut sçavoir la certaineté jusques vers mardi ou mercredi , laquelle sçue , incontinent j'envoyerai chevaucheur tout exprès pour vous en avertir, et lors vous ferai réponse à tous les points contenus en vosdites lettres.

Monsieur le prince , comme autrefois je vous ai dit et écrit , si l'on vient à traiter sur la pacification des matières qui à présent courent , je désire singulièrement vous avoir auprès de moi , et pour ce qu'à présent y a aucunes ouvertures de traité , je vous prie tant thièreraent comme je puis , que le plutôt que pourrez , vous en veniez par devers moi , en faisant tenir vos gens prêts jusques à ce qu'ayez autrement de mes nouvelles.

Je suis bien joyeux de ce que m'écrivez que ferez incontinent partir belle cousine, votre fille, pour venir par deçà ; je vous prie qu'ainsi le faites , et qu'il n'y ait point de faute, et tenez vous certain qu'elle aura bonne chière, et sera traitée et recueillie honorablement comme fille de roi; car pour telle je la tiens, et croyez, monsieur le prince, que je désire le bien et prospérité de vous et de \otre maison d'aussi bon cœur que le voudrais pour moi-même , et si Dieu plaît , quelque jour le connaîtrez par effet.

Monsieur le prince, mon cousin et mon ami , je prie notre Seigneur qu'il vous donne ce que désirez. Ecrit à Meaux , le premier jour de juillet. Lovs.

Depuis ces lettres écrites , j'ai reçu autres lettres de vous écrites de votre main à Pampelune, le dix-septième jour de juin dernier passé , et suis bien joyeux de ce que m'écrivez que vous en venez par deçà : je vous prie que le faites le plus tôt que pourrez ; car si j'ai bien grand désir que vous y sovez.

Au regard de ce que m'écrivez touchant les gens d'armes , il me semble qu'avez très-bien avisé , en attendant de sçavoir plus à plein des nouvelles. A Dieu , monsieur le prince , mon ami , qui vous doint ce que désirez.

Lettre du roi au comte de Narbonne.

IVloNSiEUR de Narbonne, j'ai reçu vos lettres , et connais bien le grand vouloir qu'avez de me faire service, dont je vous mercie : tenez-vous certain que je ne l'oublierai point, et que quand mes hesongnes seront bonnes, les vôtres ne seront pas mauvaises.

J'ai aussi reçu les lettres de monsieur le prince votre père , dont et de la grand'peine et diligence qu'il met à me servir, et du grand vouloir que je vois qu'il y a, je suis tant content que plus ne pourrais , et m'en tiens tenu à lui ; par ma foi , j'ai mis ma parfaite confiance en lui comme à moi-même , et vous

assure que je désire le bien de lui et de sa maison comme le mien propre.

Je lui ai écrit que je lui prie qu'il s'en vienne devers moi le plus tôt qu'il pourra ; car à présent aucunes ouvertures ont été faites pour traiter sur la pacification des matières , et je désire singulièrement qu'il soit avec moi quand on y besongnera , et pour ce vous prie que teniez la main qu'il s'en vienne le plus tôt que possible sera.

Il m'écrit entr'autres cboses qu'il envoyé par deçà belle cousine , sa fille, votre sœur , dont je suis très-joyeux; je vous pritque teniez la main qu'elle s'en vienne le plus tôt que faire se pourra , et elle sera recueillie et traitée bonorablemeut , comme à fille de roi appartient.

Je suis bien joyeux des bons termes qui sont entre monsieur le prince , votre père et vous , et de ce que m'écrivez que rien ne se fera qui ne soit par votre main ; je vois que mettez peine de continuer toujours selon que m'avez écrit. Vos lettres font aussi mention des bons termes que monsieur d'Aire a tenus et tient pour moi , dont je suis bien joyeux ; dites-lui que j'ai en lui parfaite confiance , que certainement je ne l'oublierai point , et qu'il connaîtra par effet qu'il ne perdra pas sa peine.

Au regard de ce que m'écrivez touchant votre venue , mais que vous ayez pourvu au fait du pays de Guyenne dont vous avez la charge et gouvernement , je suiï bien content que vous en veniez par devers moi , et croyez que si nous venons à la guerre , je désire bien que vous y soyez.

Dedans mardi ou mercredi je sçaurai la conclusion touchant le fait de la trêve , et incontinent envoyera homme exprès devers mon cousin , monsieur le prince votre père , et l'avertirai au long de tout.

Et pour le présent ne vous écris plus largement, fors que toujours vous employiez en ce qui sera à faire au mieux de votre pouvoir, comme j'y ai ma parfaite confiance. Donné à Meaux . le deuxième jour de juillet. Loys.

Lettre de Louis XI à Jnibcrt Bastarnoj , sieur du Bouchage.

IVIovsieur du Bouchage, Guyot du Chesnay m'a apporté une lettre de monsieur de Guyenne et de monsieur de Lescun , et m'a dit trois points. Le premier , par madame de Savoye qui a envoyé devers lui. Le deuxième , de monsieur d'Urfé , pour avoir mon consentement. Le tiers , que monsieur de Lescun est venu pour marier monsieur de Guyenne à la fille de monsieur de Foix, et d'abondant que monsieur de Guyenne a pleîgé mon-

sieur de Foix et le mariage de la duchesse. Au premier touchant Savoye , je vous envoyerai le double de la réponse que je lui ferai. Au deuxième , dTJrfé , répondrai que vous en ferez la réponse , et telle que la ferez , je la tiens pour faite ; car vous connaissez mieux de là où \nus êtes comme je dois parler, et ce qui m'est possible à gagner, que je ne fais d'ici. Au regard du tiers , du mariage de Foix, vous sçavez le mal que ce me serait, et pour ce mettez-y tous vos cinq sens de nature à l'en garder : il m'a dit que mon frère ne l'a point voulu faire; j'ai pensé que monsieur de Lescun l'a fait obliger pour le mariage de la duchesse , afin qu'en prenant la sœur, que le duc quitterait cette somme , et qu'il le fit plus volontiers pour ce qu'il n'a de quoi payer; j'aimerais mieux payer, et cela et toutes les difficultés qui y seront , et que nous en venions à bout. En effet, je vous prie, faites-la consentir à marcher avant que vous en veniez; ne vous hâtez point de vous en venir, et besongnez bien. Si le fait d'Aragon se peut faire , vous me mettrez en paradis. Item j'ai pensé que monsieur de Foix ne voudrait point celui d'Aragon, pour ce qu'il attend avoir le royaume d'Aragon de par sa femme, et si monsieur de Guyenne en était averti, je crois qu'il servirait bien à notre cas. Item , il me semble que vous avez présentement belle occasion d'en parler à mon frère tout pleinement ; car il me mande par cet homme , que le duc n'a onc tenu compte des protestations qu'il lui a faites de par moi par Corquilleray , et puisque mon frère me mande , vous avez bon de lui dire que je l'en remercie , et suis tenu à lui de ce qu'il me mande la vérité , et que maintenant je connais bien qu'il ne me veut pas faillir , puis qu'il n'épargne le duc , puisqu'il le voit tel contre moi , et lui remontrez le scellé que vous sçavez qu'il ne doit pas prendre , ne faire plus d'alliance qu'il va, et s'il veut prendre femme qui ne soit point suspecte, tant que je vivrai, je n'aurai inspection sur lui, et aura puissance en tout le royaume de France autant ou plus que moi, tant que je vivrai. Brief , monsieur du Bouchage , mon ami , si vous pouvez gagner ce point, vous me mettrez en paradis, et demeurez par delà , tant que monsieur de Lescun s'en soit allé , dussiez-vous faire le malade ; et devant que vous partiez, mettez notre fait en sûreté si vous pouvez , je vous en prie Et à Dieu , monsieur du Bouchage, mon ami , auquel je prie et à Notre-Dame qu'ils vous doinnent bien besongner. Les filles de monditducde Bourgogne ont été toutes malades du mal chaud ; et dit-on que la fille est bien malade et enflée, aucuns dient qu'elle estmorte. Je ne suis pas sûr de la mort; mais je suis bien certain de la maladie. Ecrit à Launoy , le 18 d'août. Lots.

jCS histoire

Lettre de Louis XI à Tonneguj du Chîiiel , vicomte de /</ Bellière , gouverneur de Roussillon.

IVloxsiEUR le gouverneur, Gilles m'a baille vos lettres; onc homme n'eut si belle pour que eût Philippe des Essars : quand il sçut que vous veniez , et nous pria à moi et à Blanchefort que nous vous écrivissions, pour Dieu, que vous attendissiez jusque* à lundi qu'il se partirait. Or ne sçais-je s'il est vrai que vous soyez malade , et que ce soit ce qui vous en a fait retourner , ou que vous ayez joué ce tour , et fait de la tète de Breton , et que vous en soyez retourné par ce que Blanchefort et moi vous en mandâmes. Si vous êtes malade, je vous prie qu'incontiuent que vous pourrez être guéri vous en veniez après moi ; et si vous ne l'êtes point , je vous prie , venez-vous-en dès cette heure. Les choses que je vous voulais mander sont, que Philippe des Essars et Souplanville offrent de faire une trêve jusques à la Toussaint , et que le duc de Bourgogne la veut tenir et la tiendra, et que le sieur de Lescun se délibérera d'être autant mon serviteur qu'il était de feu monsieur de Guyenne , et de ne me pourchasser jamais nul mal, mais tout le bien qu'il lui sera possible. Vous entendez assez que , quand ce serait à bon escient , ce serait la rompture de l'armée d'Angleterre pour tout l'été qui vient. D'autre part , Desmier, qui a été , a joué le beau personnage ; il dit que ce n'est qu'une tromperie de tout ce que les Bretons me présentent , et que ce n'est sinon pour rn'entretenir jusques au temps nouveau , et au temps nouveau avoir les Anglais, et que Jehan d'Armagnac n'aurait pris Létoure , sinon pour la garder jusques au temps nouveau , et au temps nouveau me courir sus de tous côtés : et d'autre part , Jehan Richemond de La Rochelle , qui est en Bretagne , a dit à maître Jehan Moulins qu'on me veut tromper, demande une sûreté pour venir devers moi , et dit qu'il m'avertira de tout ; je n'y ajoute pas grand'foi, car il n'est pas fort sage : toutes voies, je lui envoyé une sûreté pour s'en venir. Monsieur le gouverneur , il me semble que je me puis approcher d'eux jusqu'à Lermenault et ià entour, et que je dois avoir tout mon conseil , besongner tous les jours, et donner la provision de tous les côtés , comme si j'étais bien sûr qu'ils me voulsissenl tromper ; car s'ils appointent de bon escient, je n'aurai pas perdu ma peine, et s'ils ne veulent appointer, au moins j'aurai pourvu et remédié à tout ce qui m'aura été possible , et me trouveront un petit mieux pourvu , que si je ne me donnais point de garde. Monsieur le gouverneur, je désirais votre venue pour deux points : Le premier, pour

DE LOLIS XI. 569

prendre conclusion en tout ceci que je voudrais bien que vous y t'us>iez. Le second , monsieur de Lescun me veut faire jurer sur la vraie croix de Samt-Lô , pour venir devers moi ; mais je voudrais bien avant être assure' de vous que vous ne fissiez point faire d'embûche sur le chemin ; car je ne voudrais point être en dangier de ce serment-là , vu l'exemple que j'en ai vu cette année de monsieur de Guyenne. Monsieur le gouverneur, je vous prie , si vous pouvez venir , que vous veniez ; je tiendrai tout mon conseil à Fontenay près de moi , et se vous ne pouvez venir , mandez-moi ce qu'il vous en semble , et aussi , si je fai>> le serment, je vous le tiendrai. J'envoye l'artillerie en Gascogne le plus diligemment que je puis : je vous envoyé une lettre que j'écris à monsieur du Plessis : vous ferez vos lettres des confiscations que je vous ai données. Ecrit à Poitiers le i3 novembre. Signé, Lois. Et plus bas , Tilhart.

Lettre de Louis XI au sire de Craon (1) et à Pierre Doriole.

ÎVI ox cousin , et vous monsieur le général , il y eut mardi quinze jours , que mes dernières lettres arrivèrent devers vous au plus tard , et depuis je n'eus nulles nouvelles de vous, ce que j'ai toujours pris à très-bon signe jusques à hier que maître Jehan de la Drisque arriva , qui me dit que monsieur le connétable m'avertissait pour certain que je ne finerais de monsieur de Bourgogne ; mais qu'il ne me tromperait point , et qu'il disait tout franchement s'il le voulait faire ou non, et qu'il était délibéré de le me tenir, s'il le "m'eût promis; et de ces choses qu'il en est bien averti par homme sûr, et qui ne lui en eût point menti, qui est homme qui le sçait bien ; et, à ce que je puis connaître, par les paroles de maître Jehan de la Drisque , c'est le chancelier et maître Jehan Gros qui l'en ont averti.

Mon cousin , et vous monsieur le général , je m'ébahis quand vous avez vu que la chose allait mal , que vous ne m'en ayez averti , afin que je remédiasse par deçà au mieux que j'eusse pu ; car quand les choses vont bien je n'ai que faire d'être averti, pour y remédier.

Des nouvelles de monsieur de Guyenne : il est toujours en pire depuis mes autres lettres , et on le porte en litière à une ville qui s'appelle Jaunes, qui est sur le bord des pays de monsieur de Foix , entre Saint-Séver et ledit pays. Ecrit aux Montils , le second jour de décembre. Lovs. Et plus bas, Tilhakt.

Au dos est écrit : A notre chier et aîné cousin , conseiller et 1 La Tieinoiiillc.

premier chambellan , sieur de Craon ; et à notre amé et féal conseiller et général de nos finances , maître Pierre Doriole.

Aux mêmes.

JVlox cousin, et vous monsieur le général, à ce soir j'ai reçu vos lettres en cet hôtel de Montbazon , là où je suis venu pour ce que je n'ai encore osé aller à Amboise. Quand je vous écrivis les doutes que l'on me mandait, ce n'était pas en intention que vous délaissiez à conclure , mais seulement pour vous avertir des menées qu'on fait par deçà.

Et pour vous ôter de tout doute, je vous réponds que si monsieur de Bourgogne me veut faire les promesses tant par écrit , qu'autrement, que nous conclûmes à Orléans, je veux que vous l'acceptiez, et que vous concluiez, et suis délibéré de m'y fier. Et au regard du doute que me mettez de ce qu'il veut faire les promesses principales par lettres à part, sans le mettre en celles de la paix, vous sçavez que je l'ai accordé au protonotaire, et puisqu'une fois j'ai accordé une chose , je n'irais point au contraire.

Mon cousin, et vous monsieur le général, faites seulement que monsieur de Bourgogne nous assure bien les lettres qu'il doit bailler ; car si j'ai une fois ses lettres , ainsi que nous appointâmes, et qu'il y soit lié , je ne fais point de doute qu'il ne le tienne ; et si c'était pour ma vie , je suis délibéré de m'y fier , et ne renvoyez plus devers moi pour tels doutes ; car je vous assure que le plus grand désir que j'aye en ce monde, c'est que la chose soit conclue, puisqu'il dit de sa bouche qu'il a si bon vouloir à moi.

Vous m'avez écrit que le protonotaire vous a dit que je traitais partout : par ma foi, je n'ai ambassadeur que vous , et par les paroles que monsieur de Bourgogne vous a dites , vous lui pouvez bien soudre sa question ; car il ne vous a dit offre qu'il ne vous ait dite avant, quand les choses seraient appointées ; et me semble qu'ils ne sont pas sans traiteurs , puisqu'ils ont l'abbé de Begars et maître Ythier , marchand.

Il est venu ici un hérault du roi d'Angleterre qui a passé par monsieur de Bourgogne, qui m'a demandé sauf-conduit pour envoyer devers moi pour cette trêve ; car, depuis que vous fûtes partis , tout le conseil fut d'opinion que je ne l'accordasse que pour quarante jours , si non que les marchands pussent aller d'un côté et d'autre , et s'il plaît à Dieu et à Notre-Dame que vous ayez conclu , je vous assure que tant que je vive , je n'aurai ambassade , qu'incontinent je ne le fasse seavoir à monsieur de

DE LOUIS XI. 57i

Bourgogne , ne grande ne petite , et ne ferai réponse que ce ne soit par lui ; et vous assure que jusques à ce que j'aye nouvelles de vous , si monsieur de Bourgogne voudra conclure ce traité ou non , ainsi que nous appointâmes ensemble , que je n'appointerai avec créature du monde, et de cela .le pouvez assurer. Ecrit à Montbazon , le 11 décembre. Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

IVLoxsi ei'r le grand-maître , mardi au soir je reçus vos lettres dont je vous remercie tant que je puis ; si Bourré ne fut allé à sa mère, qui est morte, vous eussiez déjà eu les mil le cinq cents francs de reste ; mais je l'attends d'ici à un jour ou deux , et incontinent qu'il sera venu , je m'acquitterai en la plus grande diligence que je pourrai. Méry de Couélebicle, qui était à monsieur deLescun, s'en est venu , et a dit adieu au duc , pourquoi je sais qu'il est instruit; je lui ai dit qu'il s'en tensist à son hôtel. Je vous envoyé par écrit ce qu'il m'a dit qui se contrarie l'un et l'autre , et est langage tout forgé : où de ce qu'il charge monsieur le connétable , il m'en donne meilleur espoir que par avant. Madame <!e Thouars est morte, et ils en ont amené le jeune monsieur de Guyenne , qui a les fièvres quartes. Il a fait faire premièrement serment à ses gens d'armes de le servir mêmement contre moi ; mais il y en a aucuns qui ne l'ont pas voulu faire , et s'en sont venus, et aujourd'hui s'en est venu le fds du sieur de Dampierre. Je vous envoyé Jehan des Aubus , mon maitre-d'hôtel , auquel j'ai chargé vous parler plus au long de toutes choses. Je vous prie , le croyez de ce qu'il vous dira de par moi ; adieu , monsieur le grand-maître. Ecrit aux Montils-les-Tours , le 2g de décembre. Loys.

Au même.

1VJ.0NSIEUK le grand-maître , depuis les dernières lettres que je vous ai écrites, j'ai eu nouvelles que monsieur de Guyenne se meurt, et qu'il n'y a point de remède que l'on n'ait fait, et le m'a fait sçavoir un des plus privés qu'il ait avec lui par homnye exprès , et ne croit pas , ainsi qu'il dit , qu'il soit vif à quinze jours d'ici au plus , qu'on le puisse mener; s'il m'en vient autres nouvelles, incontinent vous les ferai sçavoir. Le sénéchal est ici j je lui ai appoiaté son état en manière que je crois qu'il est bien content. Afii que soyez sûr de celui qui me fait sçavoir les nouvelles, c'est le moine qui dit ses heures avec monsieur Guyenne, 2. 3-

57a HISTOIRE

dont je me suis fort ébahi , et m'en suis signé depuis la tète jnsqu.es auxpieds ; adieu. Ecrit àMontiL-les-Tours, le iSmars i4;t- Loys.

Lettre de Louis XI à Tanneguy du Cliîîlel , vicomte de la Belliere , et gouverneur de Roussi lion.

-LVLonsieur le gouverneur, j'ai reçu vos lettres; je vous prie que vous teniez à Nyort , et n'en bougiez jusques à ce que ayez nouvelles de moi, et n'entrepreniez rien sur la Rochelle, Xaintes, ne Saint-Jean ; car je n'ai encore point eu de nouvelles de nie» ambassadeurs de Bourgogne. Par quoi , s'ils avaient prins une trêve, il faudrait rendre les places, et serait une grand'honte et moquerie, s'il fallait rien rendre.

Aussi se la paix est faite , ce que je crois que ainsi soit ; car les gens de monsieur de Bourgogne , nonobstant que la trêve soit faillie , n'ont point couru en mes pays , et n'en font nul semblant ; par aventure monsieur de Bourgogne ne voudrait poiut que jusques à ce qu'il eût entre ses mains les places qui lui doivent être baillées, que jeprinsse rien sur monsieur de Guyenne.

Monsieur le gouverneur , je vous prie , ne soyez point chault à cette fois ; car se monsieur de Bourgogne me fait guerre , je partirai incontinent pour m'en aller en ce quartier-là, et en huit jours aurons tout dépêché. Aussi se la paix est faite, nous aurons incontinent tout sans coup férir, et ne serons en danger de rien rendre. Toutes voyes cependant se vous pouvez rien avoir par pratique , et que se veuille mettre en vos mains , prenez-le.

Au regard de l'artillerie , elle est près de vous, et quand il sera temps, et j'aurai eu nouvelles de mes ambassadeurs , vous la pourrez avoir incontinent. Ecrit au Plessis-du-Parc , le huitième jour de mai. Lovs. Et plus bas, Tilhart.

Au dos est écrit : A. notre amé et féal conseiller et chambellan , le vicomte de la Bellière , gouverneur de Roussillon.

Lettre de Louis XI au gouverneur et au sénéchal de Poitou.

jVIessieurs le gouverneur et sénéchal , j'ai reçu vos lettres; il est vrai que je vous mandai que vous vous retirissiez ; mai» depuis je vous ai mande que vous fissiez du mieux que vous pourriez, que vous assemblissiez ensemble toutes les compagnies, et que vous gardassiez bien que personne ne entrât dedans la Rochelle. J'ai envoyé monsieur le grand-maître , et de La Forêt par delà , et pour ce je vous prie (ju'ils vous trouvent ensemble tant que vous êtes, et francs- archiers , et tout.

J'ai envoyé Guéris L*.- Groing faire tirer l'artillerie à Nyort,

et pour ce envoyez en quérir tant que vous voudrez, et incontinent que vous nie manderez pour la Rochelle , je monterai à cheval et m'y en irai à toute diligence. Ecrit au Plessis-du-Parcles-Tours, le quatorzième mai. Loys. Et plus bas, Tilhart.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

IVloNSiEUR le grand-maître, j'ai été averti comme durant la trêve le duc de Bourgogne a fait prendre Nelle , et tué tous ceux qu'il a trouvés dedans , de laquelle chose je désire bien être vengé ; et pour ce vous en ai bien voulu avertir , afin que si vous pouvez trouver moyen de lui faire le cas pareil en son pays, vous le fassiez partout oii pourrez, sans y rien épargner. J'ai bien espérance que Dieu nous aidera à nous en venger , attendu le meurtre qu'il a fait faire tant dans l'église qu'ailleurs , et sur la sûreté et confiance de la composition qu'ils avaient faite leurs vies sauves. Donné à Angers, le dix-neuvième jour de juin. Loys.

Si ladite place eût été abattue et rasée , comme j'avais ordonné , il n'en fût pas ainsi advenu , et pour ce faites que toutes semblables places soient rasées; car qui ne fera, on perdra les gens de dedans , et si me sera accroissement de déshonneur et dommage.

Lettre de Louis XI aux gouverneurs de Rous sillon et d'Anjou.

IVLessieurs les deux gouverneurs , je vous envoyé les lettres que ceux de Chantocé m'ont écrites ; je vous prie que j'aye demain deux grosses bombardes , et les chevrettes garnies , ainsi qu'il faut , et tous les pavays à potence qui sont prêts , et aussi les chats et les manteaux qui sont prêts : et vous , monsieur le gouverneur de Roussillon , ne partez jamais d'Angers jusqu'à ce que tout ce que j'ai ordonné soit accompli ; et que pour amener au siège ce que j'ai mandé , qu'on ne laisse point à faire le surplus; et laissez le général Herbet , Jehan-Pierre-Jacques de la Barde et seigneur de Thory, pour achever ce qu'ils ont à faire ; et monsieur de Cursay , et Jehan des Aubus pour le pont : je vous prie , monsieur le gouverneur , mon ami , que m'envoyiez incontinent deux grosses bombardes et deux grosses coulevrines, et aussi deux hommes que vous et le maître d'artillerie m'envoyerez pour en tirer , et Girault avec ses deux grosses coulevrines et ses deux grosses serpentines , garnies de leurs boulets et de leur poudre. Donné à Chalonne, le vingt-quatrième jour de juin. Et vous prie, monsieur le gouverneur, mou ami, qu'il n'y ait point de faute avant que vous partiez, et laissez si bon

ordre à toules mes choses : pour maître Jehan Bourré , je croîs quil ne me faudra point à faire tout ce que sçavez : et aussi euvovez-moi des pieds-de-chèvre. Ce porteur vous dira la cause pourquoi je suis allé audit siège. Loys.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

iVlo.vsiEUR le grand-maître, j'ai reçu vos lettres par Poitou , et ait sçu votre arrivée à Compiègne , dont j'ai été bien joyeux ; je vous prie que vous mettiez bonne peine à faire garder iadite ville de Compiègne; car c'est une bonne place : et que l'on désempare toutes les méchantes qui ne sont point tenables ; qu'on ne garde que les bonnes places , et que les gens d'armes ne se perdent point; au plaisir de Dieu et de Notre-Dame nous recouvrerons bien le surplus. Monsieur le grand-maître, je vous prie que vous, qui êtes par delà , avisiez à frapper quelque beau coup sur le duc de Bourgogne , se vous le pouvez trouver à votre avantage , et j'espère faire si bonne diligence par deçà , que vous connaîtrez que je n'ai pas chômé, tant que j'y aurai demeuré, et pense avoir bientôt fait au plaisir de Dieu, et vous aller aider par delà. Ecrit au Plessis-Macé, le premier juillet. Lois.

Lettre de Louis XI à Bourré du Plessis.

IVLoxsieur du Plessis , mon ami , je vous écris que j'ai fait vœu de rie manger point de chair jusqu'à ce que le vœu que j'ai fait d'envoyer mille deux cents écus pour deux cents marcs d'argent que j'ai ordonnés , pour faire une ville de Beauvais , en remembrancedequece Dieu m'a donné cette ville , soit accompli ; et pour ce, je vous prie tant que je le puis , que vous fassiez incontinent délivrer par Briçonnet lesdits mille deux cents écus , et en faite:* faire une ville, et y envoyez un homme bien sûr pour la faire faire , et que Briçonnet preigne l'argent sur ce qu'il pourrait devoir sur cette année, et avant je ne lui demanderai rien de cettedite année qu'il ne les baillât, ou qu'il ne me presse; et qu'il le preigne des premiers mois de l'année qui vient ; mais sur-tout qu'il n'y ait point de faute, et qu'on ne renvoyé plus à moi ; car s'il y avait dilliculté , mon vœu ne serait accompli , et veu que je suis si près du duc , je douterais que mes besongnes ne s'en portassent pas si bien. Toutefois , afin que la chose ne demeurât, j'aimerais mieux que ladite somme fût prise sur l'argent de la guerre; mais, comme vous sçavez , j'en ai bien- besoin à cette heure. Monsieur du Plessis, je vous prie, mon ami, qu'il n'y ;<it point de faute en ceci , cl que la plus grand'diliguicr

qu'on pourra faire à faire ladite ville d'argent, soit faite; monsieur du Plessis , ordonnez-en bien , en manière que l'argent soit bien employé, et qu'il n'y soit rien perdu, et je vous assure que vous me ferez bieu grand plaisir. Ecrit à la Guierche , le vingtième jour de juillet. Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin .

j\j o v sieur le grand maître, j'ai été requis de par monsieur de Roban de le recevoir en la compagnie de vous et autres seigneurs et chevaliers de l'ordre de monsieur Saint-Michel, ce, comme sçavez , que ne lui pourrais octroyer par autre voye que l'ordinaire, sans aller contre les constitutions dudit ordre Saint- Michel , pour ce que il a libéralement délaissé tout son bien en Bretagne , pour venir en mon service , auquel il est continuellement , et qu'il est de bien bonne et grande maison , de laquelle je pourrais . au temps à venir , être grandement servi ; j'ai assemblé tel nombre desdits seigneurs et chevaliers que j'ai pu ici trouver, pour en avoir sur ce leur avis, auxquels, pour les causes dessusdites et autres, a semblé que sa requête n'est pas à être de legier refusée. Toutes voy es, pour le doute que aucuns ont fait que le duc qui tient parole de le vouloir demander , par déplaisir de le voir , à un sien sujet plutôt que à lui, le voulsist délaisser à prendre , aussi que sans les opinions de vous et des autres ne se pouvait faire , on n'y a prins aucune conclusion ; nonobstant ce doute , la chose leur semblait bien être à octroyer. Toutefois pour ce qu'il est requis sur tout ce et en tous tels semblables cas , avoir l'avis de vous et des autres seigneurs et chevaliers qui sont de ladite compagnie , je vous en ai bien voulu aviser, afin que vous m'en écriviez ce qu'il vous en semble, pour y prendre délibération en la manière et forme due et accoutumée ; si le veuillez ainsi faire le plus brief que faire le pourrez. Donné à la Guierche, en Bretagne, le dernier jour de juillet. Loys.

Au même.

.Monsieur le grand-maître, j'ai reçu vos lettres oii vous m'écrivez qu'aucuns dient que le duc de Bourgogne doit aller mettre le siège à Dieppe ou à Arques ; pareillement le maréchal Joachim le m'a écrit , et m'a demandé de l'artillerie , du trait et des vivres. Au regard de l'artillerie , j'y ai envoyé un des gentilshommes de ma maison, pour y faire mener douze coulevrines et deux canons, quatre milliers de poudre et du trait d'arbalète. Touchant les vivres, j'envoye Blanchefort à Rouen vous en

porter ce qm sera nôtre; monsieur le grand-maître, je vous recommande toujours mon fait de par delà; car je vois bien, si vous n'y mettez la main , que le duc de Bourgogne nous fera du déshonneur et du dommage beaucoup, ce que je n'eusse jamais cuidé : et de ce que dites qu'il ne tient pas à faire les montres, que le nombre des gens d'armes qui doit être par delà n'y est, pour ce qu'ils sont répandus par les places ; ce n'est pas ce que j'ai toujours écrit , que l'on pût tout saillir aux champs, et que l'on fit quelque exploit sur le duc de Bourgogne, qui ne va qu'à petites journées. Le duc m'a requis la trêve pour six jours , et aucuns m'ont averti que durant la trêve il rompra son armée , ce qui a été cause de m'y faire consentir , pour vous envoyer une bonne bande de gens , laquelle je vous envoyé ; et s'il rompt son armée, incontinent m'en irai en personne par delà en toute diligence; je vous prie , monsieur le grand-maître , que me faites sçavoir de vos nouvelles, car il me fait grand bien d'en ouïr. Ecrit à la Guierche, le n d'août. Loys.

Lettre de Louis XI au chancelier , à Doriole , et à du Plessis.

jyi essieu rs le chancelier général , et du Plessis , j'ai ordonné que monsieur le gouverneur de Roussillon, et le sénéchal de Beaucaire, seront à Ancenis pour faire la meilleure guerre qu'ils pourront, et pour garder le quartier de par delà, et pour eux loger doivent faire fortifier ledit lieu d'Ancenis, et pour ce faire a été avisé qu'il était besoin , pour ladite fortification , qu'on lui fit délivrer jusques à mille sept cents livres ; et pour ce , je vous prie que vous envoyiez incontinent lesdites mille sept cent livres audit lieu d'Ancenis, pour faire faire lesdites réparations, et qu'il n'y ait point de faute; car vous sçavez que ce n'est pas place à perdre, et ledit gouverneur est déjà là, qui ne ferait rien , ne lui ne la bande qui y est, sans ladite somme. De rechef vous prie qu'il n'y ait point de faute. Ecrit à Montsûr, le quinzième jour d'août. Loys. Et plus bas , Tilhart.

Lettre de Louis XI au comte de Dannnarlin.

jYLonsieur le grand-maître, j'ai reçu les lettres que le bailly de Caux, messire Geoffroy de Courtin et Jean du Fou , m'ont écrites, par lesquelles ils m'écrivent que les Bourguignons ont approché et mis leur parc à demi-lieue près d'eux, et se doutent d'avoir le siège; pour ce , je vous prie qu'à la plus grande diligence que possible vous sera , vous les faites fournir de vivres et d'artillerie, et de tout ce qui leur sera besoin pour attendre

DE LOUIS XI. r>::

ledit siège ; faites-leur envoyer quatre-vingts à cent arbalétriers des meilleurs que vous ayez. Monsieur le grand-maître, j'ai en vous toute ma parfaite fiance, et sçais bien que vous me servez bien de par de là , et avez beaucoup de peine pour moi ; mais j'ai espérance de le vous reconnaître tellement que vous devrez être content; et mais que Dieu et INofre-Dame nous veuillent sauver Dieppe et Arques , nous sommes au-dessus de nos besongnes ; pour quoi vous prie que vous mettiez peine de leur pourvoir lesdits Dieppe et Arques , et à la plus grande diligence que possible sera. Monsieur le grand-maître , je vous prie que vous fassiez chevaucher les gens d'armes entre les Bourguignons et leur pays ; car , vu qu'ils sont si avant dedans notredit pays , il me semble que mais que vos gens chevauchent souvent sur eux pour rompre leurs vivres, ce fera d'eux en retourner en leurdit pays, et pour ce en tout ce que verrez que leur pourrez nuire , vous prie que fassiez ainsi que j'ai en vous ma parfaite fiance ; adieu. Ecrit à Château-Gontier , le 22 août. Loys.

Au même.

j\j.o vsieur le grand-maître , j'ai reçu vos lettres , et ai commandé les mandemens qui vous sont nécessaires pour votre procès. Je suis bien aise de ce qu'un si sage homme , comme vous, êtes de mon opinion; et aussi il me semble qu'il n'y a meilleur remède de faire partir le duc de Bourgogne du pays de Caux, et s'en retourner , que d'aller en ses pays faire bonne guerre et mettre le feu partout et brûler tout , comme il fait en mes pays. Monsieur le grand-maître, je vous mercie toujours de la peine que vous prenez, et des services que vous me faites ; mais je vous prie que , par tous les moyens que vous pourrez , vous essayiez de les mettre hors du pays de Caux, et me faites sçavoir de vos nouvelles. Ecrit à Château-Gontier , le 25 d'août.

Lois.

Lettre de Louis XI à Bourré du Plessis.

1VJ ONSIEDB du Plessis, le maréchal Joachim m'a écrit que le duc de Bourgogne se vante de venir devant Noyon et Compiègne : et pour ce que pieça je voulze à Notre-Dame de Cléry la somme de douze cents écus , pour employer en une ville d'argent , et icelle être présentée en l'église de ladite Dame; je vous prie, sur tout le plaisir et service que jamais vous me voulez faire , que quelque part que vous doyez prendre l'argent, vous envoyiez incontinent à Orléans à un bon orfèvre ladite somme de

douze cents écus, et qu'il besongne en toute diligence à faire une ville d'argent de ladite valeur, à ce que ladite Dame me sauve ladite ville de Noyon , et tout le royaume ; car si faute y avait , j'aurais grand'peur qu'il m'en vensist mal.

Je ra'envoye à Sablé, et y serai jeudi, au plaisir de Dieu et de Notre-Dame, et pour ce rendez-vous là à moi , et qu'il n'y ait point de faute. Ecrit à Beslo , le vingtième jour de septembre i472' Lots. Et plus bas, Tilhart.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

Je vous envoyé le double d'une lettre que le duc de Bourgogne écrivait au duc de Bretagne , par un nommé François Ymbert, lequel s'est venu rendre à moi ; aussi le double d'une lettre que maître Guillaume Rocbefort écrivait à Poncet de Rivière , et la déposition dudit François Ymbert , et par cela vous verrez ce que ledit duc de Bourgogne a intention de faire.

Monsieur le grand-maître , je ne sçais si le duc de Bourgogne voudrait point retourner tout court à Rouen , ou ailleurs en ces marches; je vous prie, monsieur le grand-maître , que vous y ayez bien l'œil , et y faites si bon guet , que vous soyez au-devant de lui, où qu'il marche ; car, parce que vous êtes allé devant lui de ville en ville, vous lui avez rompu toutes ses intelligences.

Je vous prie, monsieur le grand-maître, que vous mettiez peine de toujours bien me servir par delà, ainsi que avez fait par ci-devant, et ayez mes affaires pour recommandées.

J'envoye Blandin par delà qui vous dira comme mes gens , tant ceux qui sont en Normandie et en Poitou , que ceux qui sont à l'entour de moi, fêtoyent les Bretons; je vous prie que vous fêtiez bien les Bourguignons , aussi de votre côté, et croyez ledit Blandin de cequ'il vous dira de par moi. A laRoche-au-Duc, le vingt-huitième jour de septembre. Loys.

.Li et très du roi, données à Alençon au mois d'août \^5 , présens le sire d'Argenton , le sénéchal de Xaintonges, Thierry de Lénonconrt, maître Louis d'Amboise , par lesquelles il accorde aux habitans d'Alençon le pouvoir d'avoir un maire, douze pairs , vingt-quatre conseillers. Lequel maire s'élira de Irois ans en trois ans le jour de Saint-Laurent: le maire sera confirmé par le roi; en sortant de charge, il sera du nombre des pairs , et un pair venant à mourir , n'y ayant point de maire pour le remplir, sera élu par le maire, les autres pairs et conseillers , un conseiller pour être pair. Les motifs de cette gra< i

DE LOUIS XI. ', 7g

sont que le roi est bien sûr que lorsque la ville fut surprise par les Bretons et autres ennemis du roi , les habitans n'y trempèrent point et ne songèrent qu'à se remettre sous l'obéissance du roi.

Lettre de Louis XI au chancelier , au comte de Dammartin et au sire de Craon.

ÎVI essieurs le chancelier , grand maître, etde Craon, je vous écris par maître Louis d'Amboise et monsieur de Genlis, ce que les gens du connétable ont dit , et ce que je leur ai répondu; ils vous diront ce qu'ils ont de charge touchant notre connétable. Il me semble que monsieur de Genlis a bonne volonté , et m'a promis de gagner monsieur de Mouy et des gens d'armes, et de recouvrer la ville maugré le connétable. Entretenez-le bien , ainsi que vous sçaurez bien faire , pourvoir s'il fera ce qu'il dit. Je leur ai baillé par écrit, que si le connétable veut rendre la ville de monsieur Saint-Quentin , et faire le serment sur la viaie croix de Saint-Lô, ainsi qu'ils vous montreront, que je suis content de lui pardonner ; et tandis vous sçaurez si le duc de Bourgogne veut accepter le parti que je vous ai mandé par monsieur de Limosin , et par aventure que cette offre gardera notre connétable d'assurer de tous points son fait avec le duc de Bourgogne , sitôt comme il ferait , s'il n'avait point d'entretennement d'autre part; s'il n'a conclu son appointement avec le duc de Bourgogne, je ne crois point que le duc de Bourgogne n'accepte l'un des deux partis par paix ou par trêve de lui courre sus ; et si d'aventure le duc de Bourgogne le refusait, je raurais monsieur Saint-Quentin , par quoi il n'aurait plus de quoi me tromper, que de ses places , qui est peu de chose; car au regard des gens d'armes je les raurais quand je voudrais. Je vous prie , sentez, le plutôt que vous pourrez, par notre protonotaire, la volonté du duc de Bourgogne ; et s'il est besoin que je m'approche jusques à Creil, écrivez-le-moi, et je le ferai incontinent, soit pour le traité du duc de Bourgogne , ou pour celui du connétable; et de Creil j'irais de Guise en une nuit jusques à Compiègne , pour parler à notre protonotaire , si besoin est , et m'en retournerais lendemain.

J'envoyerai monsieur du Bouchage après eux , afin qu'il les fasse charier droit; mais je vous assure que maître Louis d'Amboise est bon pour cette querelle , à cause de l'avertissement qu'il me fit, et ne voudrais point qu'il eût pouvoir de lui nuire, et vous le connaîtrez bien quand vous parlerez à lui à part : montrez ces lettres au gouverneur de Limosin , et non à autre ,

58o HTSTOIRE

et après les jetez au feu devant ce porteur ; adieu. Écrit à Montléan, le vingt-unième jour de décembre. ,

Lois. Et plus bas Tilhart.

Lettre de Louis XI à du Bouchage.

iM on si eur du Bouchage, je vous remercie de votre diligence. Les rebelles ni Martin Anjorant, qui étaient consentans , ne doivent jouir de l'immunité ; punissez grièvement ceux que vous avez , et n'épargnez personne de ceux qui ont fait l'émotion dernière contre Gilles Milon , et les faites mettre en prison; informez-vous si les cinq que vous avez n'y consentirent point ; car je le crois. Faites un maire et douze échevins , qui soient parens de Raoulet ; le maire sera François Gautier ; à l'avenir je les nommerai les uns et les autres, comme je fais à Tours ; ils jouiront des privilèges. Faites Raoulet prévôt au lieu de monsieur de Milandres , que je récompenserai; les sergens , qui seront toujours avec R.aoulet, et tiendront la ville en sujétion , auront quatre livres par mois. Séparez les cinq prisonniers que vous avez faits , envoyez-les à Meliun et en la Tour. Monsieur de Gyé sera récompensé de sa diligence et aura sa part du profit. A Compiègne, le 12 de mai. Lovs.

Au même.

VJu'o\ punisse grièvement les coup ibles ; mais en bonne justice. Que ceux qui méritent d'être exécutés soiçnt mis à leur porte ; pour les cinq prisonniers , qu'on les amène au bois de Vincennes , parce qu'ils seraient trop près de leurs parens , s'ils étaient dans la tour ou à Mehun. A Compiègne , le 12 mai. Lovs.

Lettre de Louis XI à Yvon du Fou et à du Bouchage.

-L/ f. puis que j'ai fait vos lettres, je me suis avisé que je suis content que vous faites dépendre et ôter les corps qui auront été exécutés, après qu'ils auront été attachés un jour à la porte de leurs maisons ; si le faites ainsi. Aussi vous, monsieur du Bouchage , informez-vous bien s'il n'y a nuls desdits gros qui soient consentans de l'émotion ; car les pauvres ne l'ont faite d'euxmêmes , et aussi besongnez diligemment au procès de ceux qui firent l'émotion contre Gilles Milon , et n'épargnez nuls ; je vous envoyé une lettre que j'écris à monsieur le vidame , à ce qu'il envoyé à Jehan de Monenvilliers la décharge de la Tour ; je vous prie que vous y envoyiez un de vos gens , et lui écriviez

DE LOUIS XI. 58i

fen manière qu'il n'y ait point de faute : vous, monsieur (lu Fou , retournez incontinent , et tenez vos gens prêts ; car nous n'avons plus que quinze jours de trêve. A Noyon , le 1 5 mai. Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Dammortin.

IVlovsiEUR le grand-maître, les deux hérauts de Bourgogne , c'est à sçavoir , Toison-d'Or et Luxembourg me sont venus dire ; c'est à sçavoir , Toison-d'Or , pour me sommer de garder la trêve au roi d'Aragon ; et Luxembourg , pour aller devers ledit roi Jehan d'Aragon, le lui dire. Je leur ai répondu que de ma part je veux tenir la trêve , si le roi d'Aragon la tient ; mais que c'est lui qui l'a rompue , et *a pris les places sur moi ; et s'il me les peut rendre , je suis content de la tenir ; et sur ce je fais conduire Luxembourg jusques devers le gouverneur de Dauphiné , et mande qu'il le garde jusqu'à ce qu'il ait fait les besongnes , et après qu'il le me renvoyé ; et cependant le duc de Bourgogne cuidera que son héraut besongnera le mieux du monde ; je vous manderai le surplus par monsieur le chancelier. Brest , qui les conduisait , dit qu'ils ont dit à un homme que le duc de Bourgogne voudrait bien maintenant récompense pour ses deux villes. J'ai doute que les Bretons et eux ayent à l'accord à me demander récompense qui me fût plus dommageable que les deux villes; et s'ils voulaient demander chose raisonnable, ils ne les envoyeraient point ; mais ils sèment cette récompense ici , afin qu'on die que j'ai plus grand tort, si je ne fais ce qu'ils demandent , vu qu'ils m'offrent tant de partis , et que je n'en accepte quelqu'un. Jetez ces lettres au feu , afin que vous ne les perdiez comme les autres , et me faites sçavoir , par Pierre Clerc , votre opinion , s'ils le font pour cause , ou pourquoi il vous semble qu'ils le font ; et adieu. Ecrit à Amboise , le 26 juin. Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Comminge.

lYloxsiELR de Comminge, mon ami, je m'en parts demain , et ai promis d'être dans huit jours à gîte à Notre-Dame-de- Behuart. Vous m'avez écrit que le duc mettait en conseil la réponse qu'il me devait faire de ce que le bailly deMonlargis lui dit. J'en suis bien ébahi ; car il semblait , par son procureur , qu'il ne fût jamais à temps d'avoir accompli le traité. Depuis vous m'avez écrit que le duc vous a laissé les scellés en votre main , et aussi qu'il voulait envoyer une ambassade. Monsieur de Comminge, afin que vous soyez averti , avant que partir de là , de mon intention ; c'est que, si le duc veut faire cet appointement, je ne

bougerai d'Angers , jusques à ce que ce soit fait , et ferai le serment et tout ce qu'il faudra ; et amenez quand et vous ceux qu'il y voudra envoyer ; car par moi ne tiendra ainsi que ce que je dis au bailly de Montargi», et de tout je me soumettrai à la raison de ma part, s'il y avait aucun différent . Si le duc veut dissimuler , je n'y arrêterai qu'une nuit , et m'en retournerai. Monsieur de Comminge , je ne vous saurais autre chose écrire, sinon que je veux achever ce que je dois faire de bon, pour jamais avec le duc ; ou s'il dissimule, je veux connaître la dissimulation tout au clair. Je suis bien sûr que ceux qui ne m'aiment point, ne voudraient pas qu'il eût fait appointement final avec moi ; car il ne tiendrait plus compte d'eux ; et s'il se fie plus en moi qu'en eux pour cette fois , je sais bien que tant qu'il vive , ne lui en prendra mal, et le connaîtra par effet; ou s'il les veut croire contre moi , je ne suis pas délibéré de me laisser plus longuement amuser , sans connaître mon cas , pour complaire à ceux qui mal me veulent. J'ai attendu un an et plus, et en effet je ne suis plus délibéré de leur faire plaisir ; et adieu , monsieur de Comminge , mon ami. Ecrit au Plessis-du-Parc , le onzième jour d'octobre. Loys.

Lettre de Louis XI au connétable de Luxembourg.

lVloN frère, j'ai reçu vos lettres par François de Luxembourg, mon cousin , faisant mention que vous avez été averti que aucuns de par moi ont fait commandement à Ragusse et autres gens d'armes de votre compagnie , qui étaient à Brie-Comte-Robert, qu'ils ne vous suivissent , pareillement que j'ai pris les places de Melun et de Corbeil , et qu'à cette cause vous envoyez ledit de Luxembourg par devers moi pour sçavoir mon vouloir sur ce.

Mon frère, quand vous serez devers moi, ainsi que je m'attends que brief serez, et comme je vous ai fait savoir par le sieur de la Heuze et par plusieurs autres, je vous dirai les causes qui m'ont fait faire ce que jusques ici en a été fait. Toutes vojes , vu et considéré ce que ceux qui sont avec vous vous ont fait faire, et enfin, oit je sçais certainement qu'ils tendent, laquelle ils ne sçavaient déguiser en façon que je sçusse entendre , que ce ne soit pour mon mal , et veux bien qu'ils sçachent , quelque chose qu'ils dient , que je ne suis que un enfant , et que je ne parle que par bouche d'autrui, que je ne serai jamais content d'eux , s'ils ne changent leur propos , vu aussi qu'ils vous ont emmené si soudainement de cette ville sans cause et pour chose toute contraire à vérité ; je m'attendais vous trouver et bien vous traiter ; vous ne vous devez pas émerveiller si j'ai eu quelque

imagination contre eux que desdites places et gens d'armes ils nie voulsissent pourchasser mal ; mais tout ce nonobstant quand vos gens n'ont point été mis hors desdites places, ni ne vous pense rien avoir ôté , ni ne ferai tant que vous gouvernerez envers moi ainsi que vous devez , et y êtes tenu , en mettant toutes \os questions entre mes mains , comme votre chef et votre souverain seigneur, sans user de voie de fait; car à nul de mon royaume n'appartient de l'entreprendre, sans mon exprès congié <"t commandement; et quand il faudrait que je le sçusse, ce serait à votre grand et évident tort et à ma très-grande dépl aisance, et plus que de personne qui soit vivant ; et à Dieu , mon frère , auquel je prie qu'il vous ait en sa sainte garde. Ecrit à Paris , le huitième jour de février i j 7 5 . Lovs.

Lettre de Louis XI à du Bouchage.

-iVloNSiEUR du Bouchage, mon ami, j'ai reçu vos lettres par Toutes-Pièces ; et au regard de ce que vous dites que le sieur Bouflile ne se veut consentir qu'on chasse le peuple dehors de lu ville , mais seulement les nobles , et les gros qui firent la trahison ; puisqu'il est de cette opinion , et qu'il dit qu'il n'en prendrait point la garde autrement, et qu'il n'y sçaurait vivre; faites-le ainsi qu'il avisera , lui en baillez la charge , et le laisse? lieutenant par delà , et lui dites qu'il ne se dise pas gouverneur pour l'amour de messire Roquebertin , afin qu'il n'ait cause de crier ; mais au moins les chefs du peuple et ceux qui entretenaient le peuple contre moi , et qui nie faisaient la guerre, qu'il les jette dehors.

Au regard de la citadelle , laissez-la lui faire ainsi qu'il a avisé; et que M. d'Alby et le trésorier y vovent pour la faire faire ; et quand le sieur Bouflile aura fait faire celle qu'il dit , il pourra après , peu à peu , faire celle qui avait été avisée , si elle vaut mieux.

Monsieur du Bouchage, uous n'avons point de trêve par deçà, par quoi il me faut aider des gens d'armes ; et pour ce je yous prie que vous en veniez le plus tôt que vous pourrez, et les gens d'armes par deçà, et les gens de monsieur du Lude et de Consoles en Guyenne ; et s'il n'y avait assez de gens par delà de ceux de Bouflile , pour tenir la chose en sûreté , laissez-y ceux deGonsoles, et se Gonsoles n'y veut demourer , envoyez-le moi , et lui dites que je lui donnerai de l'argent ; avisez le plus homme de bien de sa compagnie, lui en baillez la charge , et le charmez bien.

Parlez au Poulailler ( Etienne Poissieu ) , et lui dites bien

58'f HISTOIRE

qu'il mette en bonne sûreté ses places sur sa vie , et lui parlez du mariage de la fille de Philippe Aubert , s'il la veut avoir; et, s'il ne la veut , parlez-en à Kegnault du Chesnay.

Monsieur du Bouchage, mon ami , je vous prie que vous fassiez diligence de mettre cette chose en sûreté , qui est le plus grand service que vous me puissiez faire, et puisque vous y êtes, j'ai bien intention , au plaisir de Dieu , que vous assurerez tout ; et vers l'hiver , si je puis avoir paix ou trêve , mon intention est d'y aller en personne.

Au surplus la guerre est commencée , et pour ce , je vous prie que incontinent vous en veniez, et m'envoyiez tous les gens d'armes en la plus grande diligence que vous pourrez.

Je vous donne à vous et à Boufîile toutes les forfaitures de ceux qui seront mis dehors pendant que vous serez par-delà ; et aussi je donne à Boufîile l'office de bailly, et pour ce baillez-lui-en ses lettres. Je vous envoyé un mémoire qu'un nommé Jaubert m'a envoyé : parlez à lui et vous en aidez ; car il me semble être bon homme pour moi. Je vous prie , monsieur du Bouchage , mon ami , sur toutes choses mettez cy en sûreté.

Monsieur du Bouchage , au regard de Canet , vous sçavez qu'il n'est pas en sûreté pour moi es mains là ou il est; et pour ce faites abattre le fort, et laissez la maison seulement. Je vous envoyé toutes les lettres que j'écris à Toutes-Pièces ; voyez tout , et après les refermez, et faites bailler partout ; adieu. Ecrit à Paris , le vingtième jour d'avril. Lovs.

Au nu-me.

lVloxsiFLR du Bouchage , aujourd'hui à trois heures que Toutes- Pièces est parti , j'ai oublié à vous écrire sur ce qui s'ensuit.

Premièrement, se vous pouvez faire piller les maisons de ceux que vous chasserez , ou an moins de Antoine Viviet et d'aucuns gros qui sont les plus traîtres à la commune; jamais ladite commune ne consentirait qu'ils remissent le roi d'Aragon dedans, et y feraient meilleur guet que vous ; et ne croyez pas Bouffile de cela ; car c'e-.t la chose dont je vous avais plus chargé, monsieur du Bouchage , et vous ne m'en faites point de réponse ; mais c'e->t le plus grand service, et la plus grand'sùreté que vous me puissiez faire par delà ; et si Bouffile est de cette opinion , bien ; et si n'e>t de cette opinion , ne laissez pas pourtant à me servir bien à mon gré , et de ceci qui me semble être si bon; et vous le pourrez connaître à ce que j'ait fait à Jehan Pin et à Mercurden en Puissardan.

D'autre article -i est qui sont venus ici un grand tas pour les

offices. Je vous assure que je n'en donnerai nuls , et pour ce donnez-!es tous à ceux que vous voudrez, et en faites une bonne bande contre le roi d'Aragon ; et si Bouifile est de cette opinion , bien ; sinon , ne laissez point à en faire cela et autre chose que vous verrez.

Au regard des offices que je vous avais dit que vous donnassiez a Bouffile et au Poulailler , faites-en ce que vous en voudrez et que vous verrez pour le mieux, pour mettre la chose eu sûreté. Vbrégez , vous en venez et amenez les gendarmes quand et vous, car nous n'avons point de trêve ; et si Bouffile peut garder tout -eul le pays, bien ; et s'il n'y a assez, laissez-y Gonzoles; et s'il n'y a assez de lui et de Gonzoles, laissez-y la compagnie de monsieur du Lude.

Je vous prie, conteniez bien le comte et le Castellan, et ne plaignez point à leur écrire de bonnes lettres , et y envoyez huit ou dix messages, cependant que vous serez là, etles entretenez bien de paroles; adieu. Ecrit à Paris, le vingtième jour d'avril. Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

JYloNSiEtR le grand-maître , je vois en Normandie à grand'hàte, comme vous sçavez ; cuidions trouver les Anglais prêts à descendre ; mais se trouve que l'armée de mer le jour de devant que j'arrivasse s'était retraite , et descendue en terre et a abandonné la mer. Quand je vis que nous ne faisions rien, il me sembla que pour rompre le propos des Anglais de venir en Normandie , que je devais envoyer mes gens courre en Picardie , afin de leur détruire le pays de là où les vivres les eussent suivis , et les ai envoyés entrer par le Pont St. -Rémi , parce que la Blanquetaque n'est pas bien sûre à grand'compagnie , et sont allés jusqu'à la mer , et ont tout brûlé depuis la Somme jusqu'à Hesdin , et les faubourgs de Hesdin, et de là s'en sont venus toujours faisant leur métier jusques à Arras, et mardi, environ quatre heures après midi , messire Jacques de Saint-Pol , le sieur de Contey , le sieur de Carancy , de Miremont , et le sieur de Romont , s'allièrent pour recourre le feu d'un village qui est près de la ville , et un grand sus de gens de pied après nos gens saillirent des logis, ainsi qu'ils venaient, les emblaient , et leur tenaient l'escarmouche ; un fut tué du sieur de Sainl-Lô, qui est au sieur de Torcy , et l'autre Gayen d'Alyson , qui est à Salezart. Le bruit en vint où était l'amiral , qui monta à cheval, pour y venir , et se mit le moyne Blasset devant ; incontinent que le moyne arriva , il était déjà venu de toutes compagnies au bruit, et des Ecossais. Chacun commença à charger à travers,

et ont été tous pris ou morts; Jacques Saint-Pol est fort blessé en la tête et au visage , sa salade lui vola hors la tète en s'enfuyant , le sieur de Contey est pris , le sieur de Carancy Bourbon ; on a une robe de velours noir et une croix d'or à un qui a été tué et qui était tout défait , et que Mortemart, qui en est venu , ne l'a pas sçu connaître ; le sieur de Miraumont n'était pas encore trouvé ; mais on dit qu'un archer l'a; nos gens se retirent. J'envoyerai quatre cents lances à Eu, et ferai porter les grains à Dieppe et de la ville et de tout le pays , afin que les Anglais ne trouvent rien. Et si le roi d'Angleterre ne vient en personne , Eu se tiendra bien ; si aussi il vient , on le dépêchera de bonne heure, dès qu'on saura qu'il est descendu à Calais. A Calais y a quatre ou cinq cents Anglais; mais ils ne bougent, et n'en est pas venu un se montrer devant nos gens , vous en avez bien vu d'autres qui se seraient bien venus montrer. Monsieur de Lescun a été ici pour s'ofFrir , disant qu'il n'avait nul parti avec le duc , et m'a conté seulement la diligence que le sieur d'Urfé mettait de faire le duc homme de guerre , et conseillait que j'y envoyasse le c.bancelier , ce que j'ai fait volontiers. Les Anglais prennent maintenant des Bretons sur mer, et dient qu'ils les ont trahis; je me tiens ici autour de Neuf-Châtel , tant que je sçacbe si les lais marcheront en Normandie ou non , et ai les gens d'armes de la bande de Normandie avec moi , et fais fortifier Dieppe et avitailler le mieux que je puis ; et si les Anglais marchent , ceux d'Eu se mettront dedans avec ceux de monsieur le maréchal , qui sont cinq cents lances et un bon nombre de francs-arcbiers. Antoine de Mouher est devers le connétable, et maître Jehan de Paris. Je voudrais que les Anglais ne descendissent tant que cet appointement-là fût fait.

Je ne vous écris point les nouvelles de la bataille de Bourgogne ; car vous les sçavez beaucoup plus tôt que moi. J'envoye le bailly de Vermandois pour fournir Noyon de vivres; s'il went ■-ecrètement, je vous avertirai. J'ai chargé ce porteur de passer par Dammartin , parce que se peut qu'il vous y trouvera. Ecrit à Cour;i-sur-Andellc, le trentième jour de juin. Loys.

Au même.

.•Monsieur le grand-maître, j'ai reçu vos lettres, et quant à ce que m'écrivez des longues lances, il me semble que votre opinion et celle du maître desdites lances est bonne ; c'est à sçavoir de ne les point faire distribuer pour cette heure, et veux bien qu'ainsi se fasse , et qu'elles se portent en cbariots, comme les n;.-u!lets de plomb et autres <lio*es de l'artillerie; eu tant que

louche ce que monsieur le maréchal de Lohe'ac \ous a e'crit , je lui écris présentement, et aussi à monsieur le maréchal Joachim comme à cause de votre office vous appartient la principale charge de l'armée qui est avec ma personne, et qu'ils s'assemblent avec vous à Mantes, ou autre lieu qu'il semblera être le mieux, pour aviser entre vous ensemble à la conduite des choses qui seront à faire. Si vous prie , monsieur le grand-maître , qu'en besongnant avec eux leur teniez les meilleurs et honorables termes que pourrez , en leur gardant l'honneur et prééminence qui leur appartiennent à cause de leurs oifices , qui, comme scavez sont de grand'autorité; je suis certain qu'êtes bien délibéré d'ainsi le foire, et aussi par bonne amour et communication tous ensemble m'en pourrez mieux servir en ma garde. Monsieur le grandmaître , faites-moi toujours sçavoir des nouvelles qui surviendront ; et adieu. Ecrit à Senlis , le dix-neuvième jour d'août.

Lovs.

Au même.

lVlovsiEUR le grand-maître, je suis étonné que vous ne me faites point de réponse par vos lettres touchant les bonnes nouvelles, et en suis marri ; car il me semble que vous n'êtes plus dans la volonté que je vous laissai touchant Bourgogne , et je n'ai autre paradis , en mon imagination , que celui-là. J'ai eu ce matin des lettres du sénéchal de Beaucaire que je vous ai envoyées ; nous remédierons bien à tout quand j'aurai parlé à vous. Je m'en vais lundi à Tours, je ne vous écris autre chose; mais j'ai plus grande faim de parler à vous, afin de trouver le remède en cette matière de Bourgogne , que je n'eus onc à confesseur pour le salut de mon âme. Ecrit à Azirous , près Loches , le 2; octobre. Loys. Et plus bas , Tilhart.

Sur la croix de St-Lo.

(Il est si souvent parlé dans l'histoire de Louis XI, des sermens sur la croix deSt.-Lo, qu'il est à propos de la faire connaître.)

\j a croix de St.-Lo d'Angers , célèbre sous le règne de Louis XI , était un morceau de la vraie croix , qui était dans l'église collégiale de St.-Lo au faubourg d'Angers. C'est ce qu'on voit par une lettre que Jean Bourré, sieur du Plessis, secrétaire, favori de Louis XI, écrivait à ce prince. Elle est au manuscrit 3-6, de ceux de Gagnières dans la bibliothèque du roi, fol. i3. Louis XI avait beaucoup de dévotion à cettecroix. L'église où elle était, est décorée d'un chapitre composé de deuxdicnités , douze chanoines 2. 38

et vingt-sept chapelles. Voici ce que porte un certificat des chanoines de cette église, tiré du manuscrit 38o, de Gagmeres ,

fol. 4i.

« Les doyen et chanoines de l'église collégiale de St.-Lo-les- >» Angers, ont fait dire et célébrer par les chapelains de ladite » église pour le roi , notre sire , une messe basse tous les jours » de l'an, en l'honneur et révérence de la vraie croix, étant en » icelle église depuis le jour de la fête de monseigneur saint >» Louis, qui, le vingt-cinquième jour d'août mil quatre cent » soixante-neuf, jusques aujourd'hui neuvième jour de noveni- » bre , l'an mil quatre cent soixante-dix; et encore font tous les » jours continuer ladite messe , et aussi aux jours de fête de » l'Exaltation et Invention de Sainte-Croix, une messe à notes , »> solennelle, à diacre et soudiacre. »

Formule pour exiger le serment-

Vous jurez par Dieu , votre créateur, sur le damnement de votre âme, et par le baptême que vous avez apporté de dessus les fonts , et par la vraie croix de St.-Lo ci-présente , que, etc. , et dudit serment vous renoncez à toutes dispenses.

Serment de Louis XI au duc de Bretagne , tiré du manuscrit 3- u . parmi ceux de Gagnières dans la bibliothèque de sa majesté , fol. i3.

Item, jure sur la -vraie croix de St.-Lo, que je ne prendrai, ne tuerai, ne ne ferai prendre , ne tuer , ne ne consentirai qu'on prenne ou qu'on tue mon beau neveu François, à présent duc de Bretagne; el que je ne ferai, ne pourchasserai, ne ne ferai faire, ne pourchasser mal , dommage, ne inconvénient à sa personne ; ne ne souffrirai à personne quelconque le lui faire ; et se je scais que aucun le veuille faire, en avertirai mondit neveu, et l'en garderai et défendrai à mon pouvoir, comme je ferais ma propre personne.

Et est ce présent serinent, en confirmant et approuvant le traité de paix , qui fut fait et accordé entre moi et mondit neveu , par ses gens et amis, le neuvième jour d'octobre, l'an mil quatre cent soixante-quinze, et sans aucune novation ou dérogation y faire , etc.

Serment que le duc de Bretagne fît deux ans après , le 2.3 août 1 |77-

IMaître Jehan Brete , trésorier de l'église de Tours , un des ambassadeurs du roi , dit la messe en présence du duc d'Irubert de Batarnay, et à l'élévation , le duc se leva et dit :

« Je, François, par la grâce de Dieu , duc de Bretagne , jure à » Dieu, mon benoist Sauveur, qui est ici sacramentalement , » que tant que mon très-redouté seigneur, monseigneur Louis , » par la grâce de Dieu roi de France, vive, je ne prendrai , » ni tuerai , et ne ferai ni prendre ni tuer, ne attenterai , ni •> ferai mal à sa personne; jure aussi que ne lui ferai guerre ni » à son royaume. »

La messe dite , on prêta le serment sur la croix de St.-Lo d'Angers.

Tiré de l'inventaire du trésor des chartres , volume troisième , fol. 197 et 108 , par M. l'abbé Le Grand.

Autre serment tiré du manuscrit 845i de la bibliothèque de sa majesté , fol. 3 1 .

Je, François Doms , écuyer, jure par Dieu, mon créateur sur le damnement de mon âme, et par le baptême que j'ai apporté des fonts, que bien et loyaument je servirai le roi, Louis de France , mon souverain seigneur, envers tous et contre tous, qui peuvent vivre et mourir, sans nul excepter, et nommément contre le roi Jehan d'Aragon, et son fils, le prince, et contre tous ceux qui tiennent et tiendront leur parti, soient mes frères, mes parens et autres quels qu'ils soient; et si je sçais, ou puis sçavoir aucune chose au préjudice dudit seigneur, de sa personne ou de son royaume, je l'en avertirai et éviterai, et aussi pourchasserai son bien à mon pouvoir. En témoin de ce, j'ai signé ces présentes de mon seing manuel , le troisième jour de novembre, l'an mil quatre cent soixante-quatorze. F. Doms.

Copié sur l'original.

On ajoutait ordinairement à la fin de ce serment : Et au cas que jamais je fassse contre ce présent serment , je me soumets et requiers à Dieu que je sois puni de toutes les peines, punitions , périls et dangers qui sont advenus et ont accoutumé d'ad venir à ceux qui «c sont parjurés sur vraie croix de St.-Lo.

5go HISTOIRE

Lettre de Louis XI au chancelier.

J\j.onsieur le chancelier, j'envoye le duc de Nemours à Paris, par monsieur de Saint-Pierre, et lui ai chargé le mettre dedans la Bastille de Saint-Antoine, et pour ce , avant qu'il y arrive, faites prendre tous ses gens qui sont à Paris , et les faites mettre dedans la Bastille , et les faites bien enserrer, afin que à l'heure que monsieur de Saint-Pierre y arrivera, il les y trouve tous ; mais avancez-vous-en ; car s'ils oyent le bruit que leur maître aille à Paris , ils s'enfuiraient.

Faites aussi qu'il y ait douze hommes à la morte-paye dedans ladite Bastille pour la garde dudit de Nemours, outre ce que Philippe Lhuillier a de gens ; car j'écris à Philippe qu'il en aura la garde , et que les mortes-payes feront ce qu'il leur commandera.

Et mais que ledit de Nemours soit mis en bonne garde et sûreté dedans la Bastille , si vous en venez devers moi à Tours , et y soyez dedans le dix-huitième d'août , et qu'il n'y ait point de faute.

J'ai chargé à monsieur de Saint-Pierre de vous parler de cette matière plus au long. Ecrit à Orléans , le dernier jour de juillet i4;6. Loys. Et plus bas, J. Hesmb.

Lettre de Louis XI au comte de Dammarlin.

j>loNSiEUR le grand-maitre , vous sçavez les grandes affaires ([lie continuellement j'ai eues depuis la création de notre ordre , tellement que à l'occasion d'iceux, il ne m'a été possible de tenir la fêle d'icelle, ce que je désire fort , tant pour aviser d'y mettre le nombre des chevaliers qui y défaillent , que pour pourvoir à beaucoup de choses qui y sont nécessaires. Toutes voyes , pour ce que bonnement ne puis sçavoirse si promplement se pourrait tenir la fête comme je voudrais , et que plusieurs des frères et chevaliers dudit ordre, pour le grand nombre qui y défaut , m'ont fort pressé d'y en mettre certain nombre, et entre autre> m'ont nommé monsieur de Gyé , qui est de bonne et grande maison , comme scavez, et de présent comte de Porcien et de Marie, et sont d'opinion qu'il est homme i[ui vaut bien d'y être; je vous en avertis, afin que m'écriviez \otre avis sur ce; si Vous prie que ainsi le veuillez faire à toute diligence. Ecrit à Selommi , le seizième jour de septembre. Loys.

DE LOUIS XI. 5oi

« Le roi fit proposer, cette année, un cas de conscience » assez singulier. (P. 281.) »

Consultai ion si le roi doit faire la guerre au duc de Bourgogne.

*>3 u r ce qui a été mis en délibération ; à sçavoir , si , veu les termes que monsieur le duc de Bourgogne a tenus et tient envers le roi, dont il ne doit pas être content, ledit seigneur peut , dès à présent , sans faire autre sommation à monditseigneur de Bourgogne , ou sans autrement le déclarer rebelle et désobéissant envers lui , permettre et souffrir , ou tolérer qu'aucuns princes , seigneurs ou communautés , qui ont ou peuvent vraisemblablement avoir querelle contre mondit seigneur de Bourgogne, lui fassent guerre et portent dommage de fait , en prenant places sur lui ou autrement , et si le roi , en son cœur , le peut et doit ainsi vouloir , et en être bien content , sans offenser Dieu et sa conscience.

A semblé que, considéré que le roi et tous ceux de son royaume qui ont bon vouloir envers lui et sa seigneurie , peuvent clairement voir et connaître que mondit seigneur de Bourgogne tient bien grand tort au roi en maintes manières , et à ses sujet» ; aussi le roi ne doit point faire de conscience de souffrir, permettre et tolérer qu'autres princes , seigneurs et communautés auxquelles mondit seigneur de Bourgogne tient pareillement tort, ou qui ont querelles contre lui , fassent et portent dommage contre lui par guerre ouverte ou autrement, afin que par ce moven le roi le puisse plus aisément contraindre à faire son devoir envers lui , et le garder de plus opprimer son peuple et ses sujets , et ne le doit le roi aucunement empêcher ; ainçois peut licitement , et sans charge de conscience, donner, ou faire donnera entendre auxdits princes , seigneurs et communautés , que , se ainsi le veulent faire, le roi en sera bien content. Mais il a semblé que le roi ne peut pas licitement prier , ou requérir, ou autrement pourchasser lesdits princes, seigneurs ou communautés, de faire guerre ouverte , ou porter dommage de fait à mondit seigneur de Bourgogne, ne à ce faire leur aider, ou donner secours de fait, jusqu'à ce qu'il se soit rendu désobéissant au roi, et à ce que ledit seigneur voudra qu'il fasse, et qu'il doit faire envers lui; auquel cas , le roi le peut et doit tenir et repu ter pour son ennemi , et contre lui faire tout ain>i qu'il peut et doit faire rontre ses autres eunemis.

Lettre de Louis XI à du Bouchage.

ON" si eur du Bouchage , j'ai reçu vos lettres , tt me semble , puisque vous avez bien pourvu et fourni la grosse tour de Bourges, et que mais que le procès soit jugé, que vous vous en pourrez bien venir, et laisser dedans Olivier Guérin ; car c'est un trèsbon homme et sûr , et aussi j'ai envoyé Millandres par delà qui se donnera garde de tout.

Mais , avant que de partir, sachez si les gentilshommes de Bourbonnais sont allés à l'arrière-ban de Bourgogne ou non , et vous donnez bien garde, et en avertissez bien Olivier Guérin, qu'ils ne fassent point d'assemblée que vous n'en soyez averti, et laissez la chose en bonne sûreté. Ecrit à Cambray, le neuvième jour de may i477- Lovs.

Lettre de Louis XI au comte de Dammartin.

IVLon'Sieur le grand maître, je vous envoyé trois ou quatre cents faucheurs pour faire le gàt que vous savez ; je vous prie , mettez-les en besongne , et ne plaignez pas cinq ou six pièces de vin à les faire bien boire et à les enyvrer, et lendemain bien matin mettez-les en besongne , tellement que je ne oye parler ; et , monsieur le grand-maître , mon ami , je vous assure que sera la chose qui fera plutôt dire le mot à ceux de Valenciennes, et adieu. Ecrit à monsieur Saint-Quentin , le vingt-cinquième de juin.

Au même.

iV1o\sieur le grand-maître, vous retiendrez avec vous , tant que vous voudrez , les deux cents lances qui vont à Tournay , et mille ou douze cents chevaux , n'étant pas pour vous courir sus , vu la compagnie que vous avez ; mais je vous prie qu'il n'y faille à retourner une autre fois faire le gàt ; car vous êtes aussi bien officier de la couronne , comme je suis; et si je suis roi , vous êtes grand-maître ; et adieu. Écrit à monsieur Saint- Quentin , le 25 juin.

Lettre que Guillaume Hugonel sieur de Saillant , chancelier de /t'ourgogne , écrivit à sa femme le jour qu'on lut trancha la tête.

A ma sœur Louise , dame de Saillant et d'Epoisse.

J\l a sœur, ma loyale amie, je vous recommande mon àme de tout mon cœur. Ma fortune est telle que j'attends aujour-

DE LOUIS XI. 5g3

d'hui mourir, et partir de cettui monde , et , comme l'on dit , pour satisfaire au peuple ; Dieu , par sa bonté et clémence , leur veuille pardonner , et à tous ceux qui en sont cause, et de bon cœur je leur pardonne. Mais, ma sœur, ma loyale amie, pour ce que je sens aucunement la douleur que vous prendrez pour ma mort, tant à cause de la séparation de la cordiale compagnie, comme pour la bonteuse mort que j'aurai soufferte , et pour la perdition que vous et nos pauvres enfans y aurez , je vous prie et requiers , sur toute la bonne et parfaite amour que je sais que vous avez en moi, que vous veuillez présentement conforter et prendre consolation sur deux choses contraires aux dessusdites. La première que la mort est commune à toutes gens, et plusieurs l'ont passée , et passent en plus jeune âge ; la seconde , que la mort que je soutiendrai, est sans cause et sans que j'aie fait, ne que l'on me trouve avoir fait chose pour laquelle je devrai la mort; par quoi je loue mon créateur qu'il me donne gré de mourir en cette sainte semaine , et en ce glorieux jour qu'il fut livré aux Juifs pour souffrir sa passion tant injuste. Et ainsi, ma mie , j'espère que ma mort ne sera honteuse à vous , ni à nosdits enfans , et de ce qui sera en moi, je le prends bien en gré pour l'honneur et exemple de notre créateur, et à la rémission de mes péchés ; et , quant aux biens , celui qui nous a fait grâce de mettre nosdits enfans sur terre , les nourrira et adressera selon sa sainte grâce et miséricorde ; pour ce, ma mie, reconfortezvous , et encore tant plus que je vous certifie que je suis résolu et délibéré, moyennant l'aide et grâce divine , recevoir sans regret la mort et venir à la gloire de Paradis. Et en après, ma mie , je vous recommande mon âme et la décharge de ma conscience ; et tant sur ce que sur autre , j'ai prié mon chapelain de vous déclarer mon intention , auquel veuillez ajouter foi comme à moi-même. Adieu , ma sœur , ma loyale amie , je remet? vous et nos enfans en la recommandation de Dieu et sa glorieuse mère. Ce Jeudi-Saint , que je crois être mon dernier jour.

Lettre de Louis' Xf au comte, de Dammartin.

iVIovsieur le grand-maître, j'ai reçu vos lettres, et ouï ce que Jehan Le Maréchal m'a dit de par vous , auquel ai fait la réponse telle qu'il voudra ; et aussi j'ai chargé au gouverneur de Limosin, votre neveu, qui a tout vu , vous en écrire plus au long; car il a été présent à tout ce qui y a été fait.

Monsieur d'Albret dissimulera tant qu'il voudra de prendre Avesnes , et semble qu'il le fasse pour épargner la place ; mais je vous assure que s'il attend que je m'en approche , que je la

5c)4 HISTOIRE

lui chaufferai si bien , d'un bout jusques à l'autre , qu'il n'y faudra point retourner : je vous prie , faites-moi souvent sçavoir de vos nouvelles , et adieu. Ecrit le onzième our d'avril i^T^-

Lovs.

Lettre de Louis XI au chancelier.

1YJ.ONSJEUR le chancelier , je vous envoyé par Jacques Boutet certaines informations qui ont été faites contre le fils Salezart , louchant les réformations des gabelles en Berry, par lesquelles vous verrez comme il a fait rebeller les villes du pays , et emprisonner mes officiers en besongnant èsdites réformations, dont je vous assure que je ne suis pas content ; et pour ce je vous prie , sur tout le plaisir que me désirez faire , que , incontinent ce* lettres vues , vous l'envoyiez prendre, lui et tous ses complices , et que vous et le président Boulengier besonguiez en toute diligence à faire leur procès, et teliementque mon autorité y soit gardée , et n'y dissimulez point pour crainte de personne, quelle qu'elle soit ; car j'aimerais mieux avoir perdu dix mille écus , que la justice n'en fût faite ; et si vous voulez que jamais je sois content de vous , besongnez-y en toute diligence ; adieu. Ecrit à Amiens , le vingt-quatrième jour de juillet. Lovs.

Et plus bas, de Chalmo.nt.

Au même.

.iVloNSiEUR le chancelier , j'ai reçu ce que m'avez écrit ; et au regard de ce patriarche , tirez lui le mot secret qu'il a à me dire de l'empereur par toutes les habilités que vous sçaurez ; car je ne parlerai point à lui , et le renverrai bientôt. Incontinent que vous l'aurez dépéché, fuites-le-moi sçavoir et je lui baillerai conduit pour s'en aller. Monsieur le chancelier, nonobstant que ce n'est pas la coutume, je vous prie que vous alliez visiter l'aml>a-sade d'Angleterre , ainsi que vous dira le sénéchal de Poitou, et envoyiez quérir tous les bons docteurs que vous avez menés avec vous à Saint-Quentin pour le fait d'Angleterre ; car nous en avons bien besoin : et adieu. Ecrit aux Forges, le six de mars.

Lois.

Lettre de Louis XI ii du noucliage.

Monsieur du Bouch.'^o . vous sçavez bien le désir que j'ai de donner ordre au fait de la justice et de la police du royaume ; et pour ce faire, il est besoin d'avoir la manière et les coutumes des autres pays. Je vous prie que vous envoyiez quérir devers

DE LOUIS XI. 5g5

vous le petit Fleurcntin , pour sçavoir les coutumes de Flenrence et de Venise , et le faites jurer de tenir la chose secrette , afin qu'il vous die le mieux , et qu'il le mette bien par écrit : et adieu, monsieur du Bouchage. Ecrit à Mondoubleau , le cinquième jour d'août 1 479- Loys. Et plus bas , Parent.

Au même.

1VJ.o\siel"r du Bouchage, si vos gens veulent faire le plus petit service , n'attendez pas le grand, et les prenez au mot , et ne plaignez rien à promettre; je mets es lettres d'entre vous tous, des offres qu'ils ne peuvent nier , et s'ils ne veulent faire nulle raison , je vous prie qu'essayiez à avoir une longue trêve par autant que le Turc sera en Italie, et une après, ainsi que le pape a fait en Italie , afin que je puisse servir Dieu et Notre- Dame contre le Turc. Ecrivez-moi, vous et monsieur de Baudricourt , et de Soliers, des choses secrettes. Adieu monsieur du Bouchage. A Bonaventure , le premier décembre k{8o.

Lettre de Louis XI aux juges du comte du Perche.

Mbss.sp.,, j'ai vu ce „ue »•«. écrit. Je vous envoyé * lettres que messire Poncet a écrites au sénéchal d'Armagnac , et le mémoire. Je ne sçaissi vous avez bien entendu un mot qu'il y a aux lettres du duc que je vous ai envoyées , là où il dit que , pour aller en Bretagne , il ne fût point allé en lieu où i! m'eût pu faire dommage ; vous voyez bien , si vous n'êtes bien bêtes , que le duc déclare ses péchés ; car, pour soi excuser qu'il ne voulait point rompre son serment qu'il m'a fait, il déclare nettement que monsieur du Perche n'eût rien fait, pourquoi il confère nettement qu'il allait ailleurs pour faire son entreprise , c'est à sçavoir en Angleterre et en Autriche.

Messieurs, vous sçavez bien que je vous dis, au partir sur les Pons, que jamais monsieur du Perche ne s'en irait en Bretagne ; car il y vit son père, qu'il fallut qu'il s'en retournât par force de faire , sans les maux que l'on lui fit , pour quoi vous sçavez bîpn qu'il s'en allait tout droit en Augleterre , et. c'est tout ce que vous devez attendre. Il ne le peut nier par deux choses : la première , que son entreprise était pour ravoir le sien , et il ne le pouvait ravoir par le duc, non plus que par un ménétrier. Item , ne faillez pas à lui remontrer qu'aussi bien a-t-il tout confisqué de s'en aller en Bretagne comme en Angleterre, et que vous sçavez que le duc , cette année, s'est déclaré en la trêve pour le duc d'Autriche contre uvm : faites-lui passer ce mot ; car vous

5gfi HISTOIRE

voyez bien qu'il ne le peut nier, si n'est votre faute : et adieu messieurs. Ecrit au Plessis-du-Parc-les-Tours , le quatrième jour de septembre i^Si. Loys.

Lettre de Louis XI au chancelier.

(chancelier, je vous ai écrit que vous renvoissiez la cause qui est pendante en mon grand conseil , entre mon procureur et Jes movnes de Lorroys, ainsi que je l'ai ordonné par mes lettrespatentes , par devant les commissaires que j'ai envoyés en Berry. pour le procès de Tripet , dont vous n'avez rien fait; et quand on vous a présenté mes lettres, vous avez dissimulé. Je vous prie, beau sire , que , en mes besongnes , vous ne me soyez pas si rigoureux; car je ne le vous ai pas été es vôtres. Je ne scais si maître Adam le vous fait faire , pour ce qu'il n'y a point d'argent ; or la renvoyez comment qu'il soit , et faites que je ne vous en récrive plus. Donné à Amboise, le vingt-quatrième jour de décembre. Loys. Et plus bas , Bourré.

Au même.

C/HAvr.r.i ifr, vous avez refusé de sceller les lettres de mon maître d'hôtel Bouthilas, je sais bien à l'appétit de qui vous le faites; vous souvienne de la journée que vous prîtes avec les Bretons , et le dépêchez incontinent sur votre vie. Ecrit au Plessis-du-Parc. le vingt-quatrième jour de décembre 148*2. Loys.

« Louis XI ayant prié Hélie Bourdeille, archevêque de

» Tours , de demander à Dieu le rétablissement de sa

» santé, ce prélat ne se borna pas aux prières , et voulut

» s'ingérer de donner des avis à ce prince, au sujet du car-

» dinal Balue et de plusieurs autres prélats. Le roi , pre-

» nant tout alors avec plus de vivacité que jamais, ordonna

> au chancelier de citer tout ces prélats, et d'examiner leurs

ï> prétendus griefs. (P. 382.) »

Lettre du chancelier au roi.

Oi r, e, puis n'a guère monsieur de Narbonne m'a écrit que votre plaisir était que je parlasse à monsieur de Tours , sur aucuns points touchant l'obéissance et fidélité qu'il doit à vous et à la couronne, tant à cause de sa nativité originelle , qu'à cause du serment de fidélité , en quoi il vous est tenu à cause de sou archevêché, et l'obligation par laquelle il est astreint à la révérence

et conservation «le la souveraineté et jurisdiction que vous avez de Dieu sur tous vos sujets et habitans de votre royaume , prélats et autres ; sans, sous ombre de jurisdiction ecclésiastique, la vouloir attribuer à lui, ne à monsieur le cardinal Sancti'-Petriod-T incula , au cardinal Balue , ne ailleurs; et aussi afin qu'il déclare comment il veut penser au serment qu'il a à vous et à la couronne , et qu'il en écrive et fasse déclaration en manière que vous connaissiez comment il veut garder et entretenir le serment qu'il vous doit , aux causes dessusdites, et la forme de fidélité qu'il vous veut entretenir; lesquelles lettres reçues incontinent, j'envoyai devers mondit sieur de Tours , qui lors était bors de cette ville, et pour cette cause , le lendemain il retourna ci , et en obéissant à ce qu'il vous a plu ordonner , ai été devers lui , lui ai remontré au mieux de mon pouvoir lesdites cboses, et la sincérité que vous avez toujours eue et avez à la sainte foi catholique , la révérence et dévotion à notre mère sainte Eglise, et au saint-siége apostolique , autant que eut onc prince chrétien , et les peines et labeurs que vous avez eus et soutenus chacun jour, contre les ennemis, pour Fentretennement et accroissement du royaume et des droits de la jurisdiction et autorité de la couronne , lesquels vous êtes délibéré de garder , en acquittant le serment que vous avez fait à votre sacre et couronnement , sur les saintes choses miraculeusement envoyées de Dieu , et par les anges du ciel , qui ne sont pas moindres que celles dont les archevêques et évêques sont sacrés , par quoi vous entendez que mondit sieur docteur déclare comment il veut entretenir son serment , et la fidélité qu'il vous doit avec plusieurs autres choses, que sur ce je lui dis , qui longues seraient écrites.

Sur quoi mondit sieur de Tours me dit qu'il était fort trouble et triste , doutant que fussiez mal content et que eussiez défiance sur lui , et après en grande humilité envers vous , me dit qu'il connaissait bien les choses que je lui avais dites , et que de tout son cœur il désirait loyaument acquitter le serment et fidélité qu'il vous doit , tant à cause de sa nativité , que de la fidélité qu'il vous a faite comme archevêque de Tours , et aimerait mieux mourir que faire , ne avoir pu faire le contraire , et que au mieuxde son pouvoir il priait et faisait continuellement prier Dieu pour votre bonne santé et longue vie , et pour votre prospérité et salut de corps et d'âme ; mais pour ce qu'il était encore faible à cause de sa maladie , il a pris de lui de vous écrire au long par lettrçs , ou par mémoire signé de lui, et crois qu jI l'aura fait dedans un jour ou deux; sur quoi cependant vous ai bien voulu écrire, et incontinent que j'aurai ses lettres ou ledit mémoire, les vous enverrai.

An surplus, sire, mondit sieur deNarbonne m'a aussi envoyé un mandement commande par vous, pour faire ajourner, comme il m'écrit , par devant vous et les gens de votre grand conseil , ceux que je connaîtrais être à ajourner, des archevêques, évêques et prélats qui s'étaient plaints à monsieur de Tours , de plusieurs torts qu'ils disaient leur avoir été faits par aucuns vos officiers et commissaires , excepté monsieur le cardinal Sancti-Petri-ad- 1 uicula, le cardinal Balue et autres auxquels il avait été satisfait; et pour ce , sire , qu'au mémoire que mondit sieur de Tours bailla devant à mondit sieur de Narbonne et à moi, sont nommés, ontre lesdits cardinaux Sancli-Petri-ad-J^incula et Balue, plusieurs autres archevêques , évêques et prélats , desquels les cas sont différens et de diverses qualités , et y en a aucuns, comme l'évêque de Verdun, l'évêque de Coutances et autres, que par aventure votre plaisir ne serait pas qu'ils fussent ajournés à venir devant vous : afin que je ne vous faille, je vous envoyé une lettre ou un mémoire, où les noms desdits archevêques, évêques et prélats , sont nommés audit mémoire , et l'état et qualité où sont à présent les choses de chacun d'eux , afin que , s'il y en avait aucuns que votre plaisir ne fût qu'ils fussent ajournés , il vous plaise me le mander, et des autres inconvéniens : je ferai et ferai faire la diligence toute selon votre bon plaisir.

Sire, je prie , etc. Ecrit à Tours, le cinquième jour de septembre 1482.D0RIOLE.

Quoique la lettre suivante soit d'une date antérieure à celle qu'on vient de lire , elle ne fut rendue au chancelier que six jours après le départ de la sienne. )

Lettre de Louis XI au chancelier.

iViov sieur le chancelier, vous répondrez à monsieur de Tours, de par moi, que depuis que je connus la grand'plaie qu'il voulait faire contre la couronne , que je ferais grand péché , et que je craindrais fort ma conscience de le croire de rien , ne lui demander conseil , ni pour rien , ne voudrais rien demander ni eu faire mêler.

Jtem , vous lui direz que , quand je lui écris , ce fut qu'il voulsist prier Dieu pour ma santé , par quoi il n'avait que faire de s'en mêler plus avant ; car il me semblait qu'il était plus tenu ;'( moi qu'à monsieur le cardinal Balue , et au cardinal Sancli- Pctri-ad- Vincula .

Jtem, dites-lui franchement qu'il me déplaît qu'il a mis la main à la charrue, et qu'il regarde arrière lui , et que tant (pie je le vove partir, je ne me voudrais fier en lui.

Chancelier, s'il est homme qui s'en plaigne , je ne l'en crains de rien.

Chancelier, faites justice incontinent de celui qui a tort , et incontinent me mandez, et laissez toutes mes besongnes pour ce faire. Ecrit à Mehun-sur-Loire , le ving-quatrième jour d'août.

Lovs.

Ces lettres ont été présentées à monsieur le chancelier, le onzième jour de septembre, présent moi, Charpentier. J.Tilhart.

Réponse du chancelier.

Oire, passé a sept jours , je vous ai écrit comme j'avais parlé à monsieur de Tours touchant les matières dont il vous avait plu în'écrire et faire écrire par monsieur de Narbonue, desquelles choses mondit sieur de Tours fut fort triste et troublé, en disant qu'il aimerait mieux mourir que avoir fait, ne faire faute ou déloyauté envers vous, et que sur ce il vous ferait réponse par lettres et par articles signés de sa main; mais pour la faiblesse qu'il avait à cause de sa maladie , il avait pris délai pour ce faire. Et depuis il a fait lesdites lettres et articles signés de sa main , lesquels ils vous envoyé par un de ses serviteurs, avec lequel j'envoye ce porteur pour vous en avertir.

Sire , je prie au benoist fils de Dieu que par sa sainte grâce il vous doint très-bonne vie et longue, victoire de vos ennemis, et accomplissement de vos très-nobles désirs. Ecrit à Tours , le jeudi , douzième jour de septembre.

Au dos est écrit : Lettres écrites au roi, par moi, Pierre Doriole , touchant la réponse faite par monsieur de Tours, expédiées le douze de septembre 1482.

« Louis fit , pour l'instruction de son fils , le Rosier des » Guerres, ouvrage rempli des maximes les plus sages. (P. 39o.)«

( Cet ouvrage est composé de deux parties , dont la première est morale , et la seconde historique. Comme il est rare , et qu'il n'est pas de nature à être jamais réimprimé , j'ai cru faire plaisir au lecteur d'en extraire les principales maximes; elles serviront à faire connaître l'esprit de Louis XI , et ses sentimens sur les devoirs des rois. Les vers suivans servent d'introduction à l'ouvrage.)

. -LiE roi qui sict au thiùne de justice ,

Par son regard dissipe toui'malïcc;

Goo HISTOIRE

Les troys états , chacun en son endroit, Garde et maintient et fait à chacun droit: C'est le fleuve qui à tous prouilit porte , Qui l'orphelin et la veuve conforte , Qui le faible défend contre le fort ; C'est le recteur de la chose publique , Le défenseur de la foi catholique , Et par lequel chacun craint et honoure Le créateur, si que chacun laboure A Dieu servir et aimer de bon cœur , Et puis après son souverain seigneur , Qui est le chef à porter le heaulme, Pour défendre tous ceux de son royaume. Vrai est que ceux de l'état de l'église Prient pour tous, jour et nuit sans feintise : Et ceux qui sont de l'état de noblesse, Sont pour garder chacun qu'on ne le blesse; Les laboureurs et les gens de métier , Quièrent à tous ce dont on a meslier \ Mais le roi est le gouverneur de tous , Comme pasteur, qui les brebis des loups Garde et défend par grand soin et grand'peine. Par quoi prions la Dame souveraine, De paradis que soit intercessoire Envers son fils le benoist roi de gloire, Qu'au roi Louis, qui ores règne en France, Doint vie et sens, santé, vouloir, puissance, De gouverner son régne si en paix , Qu'enfin soit mis avecque les parfaits.

Amen.

De par l'humble et obéissant sujet, Dont le nom est, en reproche n'y siet (i); Car qui appoint les lettres en as>iet, Trouver le peut , s'il ne faut à son gct.

Maximes et instructions tirées du Rosier des guerres , composé en partie par Louis XI, en partie par son ordre , pour l'éducation du roi Charles VIII , son fils.

VJy roi est plus obligé qu'un particulier à garder la loi et les commandemens de Dieu, à donner des marques de pieté et de religion.

Il doit prier Dieu pour lui et pour ses sujets , et bien penser que celui-là veille inutilement pour garder la cité, si Dieu ne la garde.

Rien n'est plus nécessaire à un prince que d'avoir beaucoup

(t) Anagramme, dit-on, d'Etienne Porchier, qui fut charge de re<lh ei l'ouvrage.

DE LOUIS XI. Goi

de religion , et que ses sujets soient bien persuadés qu'il en a véritablement.

Ses sujets en seront convaincus , s'ils le voient s'acquitter des devoirs d'un bon et véritable cbrétien , faire connaître Dieu , le faire honorer , travailler à déraciner le vice , être enfin le soutien des bons et le fléau des médians.

Son principal soin doit être de garder ses sujets de toute oppression , et particulièrement les veuves et les orphelins.

Ce n'e^t pas assez pour un roi de ne point faire de mal; il faut qu'il empêche qu'on n'en fasse , et qu'il fasse le bien. Ou n'a pas reproché à nos derniers rois de la première race , qu'ils fussent des tyrans ; après avoir été pendant long-temps rois seulement de nom , on s'est lassé de leur obéir : ils ont perdu et le nom et la couronne.

Un roi ne doit point faire de loi qui ne soit pour le bien et l'avantage de son peuple.

S'il veut lever des mains pures et nettes vers le ciel, qu'il se contente de son domaine et des anciens subsides ; qu'il craigne d'en établir de nouveaux , à moins que ce ne soit dans une grande nécessité, et pour le bien de son Etat.

Ce qu'un roi lève sur ses sujets ne doit être employé que pour les défendre contre l'ennemi du royaume, et les faire vivre eu paix dans le dedans , en leur rendant justice.

Un souverain ne doit rien faire ni entreprendre qui ne soit profitable à son peuple , et honorable pour lui.

Il doit en toutes choses préférer le bien commun au bien particulier. Un Etat est sur son déclin et près de sa perte , dès que l'intérêt particulier l'emporte sur l'utilité publique.

Un roi ne doit pas croire légèrement les rapports qu'on lui fait.

Lorsque quelqu'un est accusé ou de crime d'Etat, ou de quelque faute capitale , dont on n'a pas de preuves bien claires, le roi doit examiner avec grand soin le caractère, les mœurs, la réputation de l'accusateur et de l'accusé , toutes les circonstances qui peuvent concourir à éclaircir le fait , la nature du crime , les suites qu'il peut avoir, et y apporter le remède convenable le plus promptement qu'il lui sera possible. En matière d'affaires d'Etat, on n'attend pas que le crime soit commis pour le punir : on le prévient.

11 suffit d'être homme pour être sujet à bien des passions et commettre bien des fautes : ainsi un roi ne doit pas ton joui', punir à la rigueur. Il faufsouvent qu'il use d'indulgence et qu'il pardonne ; et quand il refuse une rémission , il doit faire connaître que c'est malgré lui, mais qu'il ne peut l'accorder san* renverser les lois qui font la sûreté de ses sujets et la sienne.

La clémence est une vertu particulière aux princes ; mais il faut prendre garde qu'elle ne dégénère en faiblesse. Trop de sévérité fait haïr un prince , trop d'indulgence peut le rendre méprisable.

Comme on ne punit pas un malfaiteur seulement pour le mal qu'il a fait , mais pour l'exemple , c'est se rendre coupable que de pardonner des crimes qui troublent la société civile , ou qui , par l'habitude , deviennent contagieux.

Un prince doit être attentif à maintenir la paix entre ses sujets, examiner les requêtes qu'on lui présente , et n'en accorder aucune qui ne soit juste.

One les plus grandes pensées d'un roi soient toujours pour l'utilité publique.

Qu'il ait soin que les chemins , les ponts et chaussées soient bien entretenus , qu'on puisse aller sûrement par tout son royaume , afin que le commerce soit facile et sûr , que les frontières soient toujours bien gardées , les villes et châteaux soient bien réparés et bien munis, de peur de surprise.

Si on ne peut pas trouver des hommes parfaits , qu'au moins ceux que le roi choisit pour ses ministres et ses conseillers ne soient pas décriés pour leurs vices ; qu'ils aient du sens et de la raison ; qu'ils soient fermes et incorruptibles.

On ne saurait trop payer un ministre sage , fidèle, éclairé ; et le roi qui en a un , doit penser qu'il a le plus grand trésor qu'il puisse souhaiter.

Il n'est pas défendu à un roi d'avoir des favoris ; mais lorsqu'il en a , il doit bien prendre garde qu'ils n'abusent de leur faveur, et qu'ils ne deviennent insolens. Combien de princes se sont perdus par le trop grand attachement qu'ils avaient pour des personnes indignes !

Comme on juge de ce qui se passe en nous-mêmes par ce qui paraît au dehors , un prince doit avoir un extérieur grave , et s'il peut , un air noble et majestueux , et bien prendre garde de ne rien faire ni dire qui soit contre la bienséance.

Qu'il prenne garde aussi que la facilité avec laquelle il se communique à ses sujets, ne dégénère en une trop grande familiarité, et cpie , d'un autre côté, un air farouche et trop sévère ne les rebute.

Un prince u'est pas obligé de savoir toutes le» finesses de la grammaire ; mais il doit toujours parler avec dignité, et ne pas ignorer qu'une parole bien dite et à propos a produit souvent dr bons effets, et qu'au contraire un mot lâché au hasard et indi-crèteinent a coûté quelquefois bien des larmes et du sang.

Le don de la parole est un grand don, quand il est accompagné

DE LOUIS XI. Co3

de beaucoup de sens et de jugement , et il est plus nécessaire à un prince qu'à tout autre (i).

Un prince ne saurait être trop circonspect dans ses paroles. Le proverbe qui dit qu'un coup de langue est pis qu'un coup âe lance, n'est que trop vrai, surtout si le coup part de la boucle d'un roi.

Les rois sont au-dessus des lois, cela est vrai; mais ils ne doivent rien faire contre les lois, et ils sont d'autant plus obligés à les respecter et faire respecter, que s'ils y manquent , leur autorité est mal affermie ; car un roi qui viole et enfreint les lois , donne un très-mauvais exemple à ses sujets, et il doit en craindre les suites.

Un roi juste et bon aime mieux régner sur le cœur que sur les biens et sur la vie de ses sujets.

Plus un roi est grand et absolu, plus i) doit être en garde contre lui-même , et il a besoin' d'urr^bon conseil pour sa propre conduite; s'il est capable de réflexions , il verra qu'il lui est plus aisé de gouverner ses peuples que de modérer ses passions.

Un souverain , pour être indépendant , n'en est pas moins homme. Il vient au moude comme tous les autres hommes ; il est sujet aux mêmes infirmités, aux mêmes accidens ; il meurt comme le moindre de ses sujets , avec cette différence, que plus il est élevé, plus ses fautes sout grandes devant Dieu et devant les hommes. Comme il doit l'exemple , s'il a mal vécu , il sera puni et pour ses péchés et pour ceux de sou peuple.

Quand les bommes se sont mis en commun , ont bâti des villes , se sont donné des maîtres , c'a été pour avoir justice et secours contre ceux qui leur voulaient nuire : ainsi un des premiers devoirs d'un roi , c'est de garantir son peuple d'oppression, et de rendre justice à tout le moude.

Un prince doit visiter ses provinces, en connaître le fort et le faible , et , si elles sont mal gouvernées , y apporter le remède convenable (2).

Si un roi manque de discernement , s'il ne distingue pas le bon serviteur d'avec le mauvais , s'il répand ses grâces sans choix ; s'il manque à punir ceux qui font mal et à récompenser ceux qui servent bien, son règne ne saurait être beureux ni florissant.

Qu'un prince prenne surtout garde à qui il confie son autorité ou ses armes ; qu'il ne les donne qu'à des gens dont il con-

(1) Louis XI disait que sa langue lui avait beaucoup nui et beaucoup servi. Tout .sage qu'il était, il parlait trop , et quelquefois avec peu de bienséance et de dignité.

(2) Un jardinier, disait Louis XI , visite son jardiu, en arrache les mauvaises herbes et cultive les bonnes.

naît la fidélité et la vertu ; et qu'il se défie de ceux qu'il a maltraités , ou qui l'ont été par son ordre , et encore plus de ceux qui l'auront grièvement offensé.

Qu'il ne néglige pas ses bons et loyaux serviteurs , et qu'il ne les méprise pas quand il croira n'en avoir plus besoin.

Les grâces que Dieu nous fait sont toutes gratuites , parce qu'il ne nous doit rien. 11 n'en est pas de même de celles des rois ; elles doivent être toujours accompagnées de justice : rien ne décourage davantage les bons serviteurs , ni n'aliène plus le cœur des peuples, que de voir des personnes sans vertu ni mérite récompensées , et des gens de mérite et de service sans récompense.

Un roi ne peut se dire assez souvent qu'il n'est pas le maître des grâces, qu'il n'en est que le dispensateur, pour les distribuer avec poids et mesure pour le bien de son Etat.

Un prince qui veut acquérir bonneur et réputation , et régner avec gloire , doit mettre tout son plaisir à bien gouverner son royaume , et à rendre son peuple beureux.

Il ne doit se reposer sur personne de ce qu'il lui convient de faire : si les cboses sont légères et de peu d'importance , elles ne lui coûteront pas beaucoup ; et si elles sont grandes et considéi-ables , elles méritent toute son attention.

Les princes ne sont pas assez sensibles à l'amitié ; il semble qu'ils n'en sachent pas le prix , que même ils ne le connaissent pas. Ils ont néanmoins bien besoin d'avoir des personnes qui s'attachent à eux, autant par inclination que par devoir.

Un prince qui ne sait pas ce qui se passe ni à sa cour, ni dans ses Etats , ni chez ses voisins , et qui ne s'en informe pas trèssoigneusement , n'est pas en sûreté sur son trône.

Le roi est l'âme de son royaume : et comme notre âme ne saurait demeurer dans l'inaction ou s'appesantir que le corps ne s'en sente bientôt , tout languit , tout se perd dans un État , dès que le roi s'endort sur son trône , et vit dans la mollesse.

Il est aisé à un prince de se faire aimer et respecter de ses peuples , et très-dangereux pour lui d'en être haï ou méprisé.

Si un prince venant à régner trouve son royaume en paix , il doit en être bien aise, en remercier Dieu , et tâcher de n'avoir de guerre de longtemps.

Si la guerre commencée sous son prédécesseur durait encore, qu'il tâche de la finir au plus tôt par quelque bonne paix , ou du moins de faire une trêve pour plusieurs années.

La guerre est un fléau qui ne traîne avec soi que dangers, que peines , que tribulations , que destruction de biens . de peuples et de pays.

DE LOUIS XI. 6o5

Si un roi se trouve dans la nécessite de commencer la guerre, il est bon qu'il ne l'entreprenne que de l'avis , au moins des grands du royaume, et qu'après leur avoir fait voir qu'il ne peut l'éviter ; qu'il ne prend les armes que pour repousser l'ennemi que pour la défense de son peuple , pour la conservation des droits de la couronne , et qu'il ne refusera jamais la paix , quand il la pourra faire avec honneur et sûreté.

Il n'est pas toujours nécessaire qu'un roi soit à la tête de ses armées.

Comme de son salut peut dépendre celui de l'Etat , il ne doit pas s'exposer témérairement; mais il est bon qu'on ne doute ni de sa valeur , ni de sa capacité , et que ses peuples et les ennemis soient persuadés qu'il ne craindra pas d'exposer sa vie pour la conservation de son peuple et de sa couronne , et de donner bataille quand il le jugera à propos.

Alors il paraîtra à la tète de ses troupes avec un air fier, un visage gai , une contenance assurée , parlant aux uns et aux autres selon qu'il leur convient. Il doit surtout bien prendre garde de ne faire ni dire rien capable de décourager ses troupes. On ne doit pas tellement s'assurer sur la paix , qu'on ne pense , dans la plus grande tranquillité , à se défendre si on avait la guerre.

Une armée qui n'est composée que de troupes nouvelles , se détruit d'elle-même.

Si elle est nombreuse , elle est très à charge à celui qui l'a mise sur pied, et le ruine , à moins qu'un habile général ne la fasse vivre aux dépens de l'ennemi.

La naissance seule ne fait pas un général : on obéit néanmoins plus volontiers à un prince ou à un seigneur d'une qualité relevée, qu'à un homme d'une condition médiocre.

C'est vouloir perdre son Etat, de confier la conduite d'une armée à un homme qui n'est pas capable de la commander.

Un commandant mérite souvent autant et plus de louanges d'avoir évité une bataille, que s'il l'avait gagnée. Tout soldat n'est pas capitaine.

La guerre se fait autant et mieux , par la tête du général , que par le bras du soldat ; et on n'a pas moins besoin de prudence et de ruse, que de force et de courage.

L'expérience est aussi nécessaire dans le métier des armes, que dans toute autre profession.

Celui-là est digne de commander qui ne s'étonne pas pour des accidens imprévus, qui se porte partout, qui voit tout, et dont l'esprit se développe et le courage se fortifie à mesure que le péril augmente.

GoG HISTOIRE

Une telle retraite mérite autant de louanges qu'une victoire.

Rarement un homme élevé dans les plaisirs , a le courage assez mâle pour soutenir les longues et pénibles fatigues de la guerre, et affronter la* mort quand ii le faut.

J'aime mieux ces gentilshommes qui attendent toute leur fortune de leur épée, qui endossent le harnois de bonne heure , qui cherchent les occasions de se distinguer , qui s'exposent et affrontent les dangers, que ces seigneurs faiuéans qui croient, que tout est dû à leur naissance.

Les grâces et les récompenses ne sont point pour des paresseux, pour des hommes qui sont inutiles , et , pour ainsi dire, à charge à l'Etat.

On doit , en quelque façon , leur savoir gré de demeurer chez eux, quand ils sont sans courage et sans ambition ; mais on doit punir ceux qui fuient et qui, par leur mauvais exemple, mettent Je désordre dans une armée.

Il vaut mieux avoir moins de gens, mais francs, fermes , incapables de fuir, qu'une multitude mal aguerrie et qui est battue dès qu'elle voit l'ennemi.

De l'argent donné à propos a souvent rendu des grandes armées inutiles, et forcé des places à cajntuler qu'on croyait imprenables.

Il faut être bien sûr d'un étranger, quand on lui donne le commandement d'une armée, ou le gouvernement d'une place ou d'une province. Les étrangers ne sont, pour la plupart , que des mercenaires qui sont à qui plus leur donne.

Un sujet qui e^t attaché à sa patrie par sa naissance, par sa famille, par son propre intérêt, doit être bien plus porté qu'un étranger à la défendre, et aux dépens de sa propre vie.

S'il est difficile et glorieux de faire des conquêtes, il ne l'est pas moins de le, conserver ; s'il faut de la conduite et de la valeur pour l'un , il faut beaucoup de prudence et de fermeté pour l'autre. Tel sait commander une armée , qui n'est pas propre pour gouverner des peuples nouvellement conquis , qui veulent toujours retourner sous leur premier maître : il faut beaucoup de sage^-e pour les contenir.

I ne longue |> mx est souvent dangereuse à un Etat , à moins que le souverain n'ait un grand soin d'entretenir la jeunesse .lins un ex» Tciee continuel , d'avoir toujours un corps de troupes bien disciplinées , de conserver de bons officiers, et qu'il prenne garde que ses fortifications ne dépérissent pas , que ses arsenaux et ses magasins ne s'épuisent pas, qu'il n'ait l'œil ouvert pour savoir ce qui se passe «liez ses voisins.

1 ', Mit une longue paix , souvent tout se donne à la faveur.

ou se vend ; et quand on a besoin de bons officiers et de bravo gens, on n'en trouve plus.

S'il est nécessaire qu'un roi ait toujours de bonnes troupes , il doit encore avoir plus de soin que son peuple soit content, l'aime et le craigne; car, sans son peuple, qui entretiendra >rtroupes? que deviendra-t-il lui même ?

Qu'il s'applique donc continuellement à faire régner la justice et la piété.

Extraits de pièces concernant la ville d'Arras.

Extrait de la déclaration donnée par Louis XI, en la cite' d'Arras. Mars ifyfo.

Ijette déclaration a été accordée aux babitans de la province d'Artois, et surtout de la ville d'Arras, en conséquence de la remise qu'ils avaient faite des clefs de la ville , et du serment de fidélité fait à Louis XI , pour les absoudre de tous les cas, crimes , excès , etc. , qu'ils pouvaient avoir commis contre lui , et pour les confirmer dans tous leurs privilèges, franchises, libertés , etc.

Extrait d'une autre déclaration de Louis XI, donnée en la cité d'Arras , le même mois 1476.

KJ E T t e déclaration a été donnée en faveur des babitans d'Artois, et surtout de la ville d'Arras , qui se mettaient sous l'obéissance de Louis XI , et elle les absout de tous les cas , crimes , fautes, excès et délits , que les gens d'église, nobles, officiers , échevins, conseillers , corps et communautés , manans et habit ans de la ville d'Arras , et de tous ceux qui se sont retraits , ou qui à présent sont dedans ladite ville , de quelque état , qualité, nation ou condition qu'ils soient , peuvent ou pourront avoir fait contre sa majesté ; en conséquence, elle maintient les mêmes babitans dans tous leurs privilèges, franchises , etc.

Extrait de la charte de Louis XI concernant la ville d'Arras , du mois de juillet 1 48 1 ; enregistrée au parlement de Paris , le 28 août de la même année.

Liouis, par la grâce de Dieu roi de France, sçavoir faisons à tous présens et avenir : comme puis aucun temps en çà , pour certaines grandes , justes et raisonnables causes et considérations , à ce nous mouvaus , et par l'avis et délibération de plusieurs princes et seigneurs de notre sans; et lignage . et gens de notre grand conseil, nous avons ordonné faire yuidçr les habi-

fiob HISTOIRE

tans de nos ville et cité de Franchise , paravant nommées Arra=.. et les faire peupler et habiter de marchands et gens mécaniques de tous états, métiers et vacations de plusieurs bonnes villes de notre royaume, en suivant laquelle déclaration , eussent été envoyés par les officiers et habitans desdites villes plusieurs marchands et ménagers , qui à présent sont demeurans et habitans de notre ville et cité de Franchise , et soit besoin donner ordre , police , forme et manière à iceux marchands et ménagers d'eux régler et gouverner au fait de la justice et des choses qui en dépendent et peuvent dépendre; pareillement les affranchir et leur donner et octroyer plusieurs beaux et grands privilèges , prérogatives et franchises, en manière qu'ils se puissent aucunement relever des pertes et dommages qu'ils ont soutenus à cause de la mutation et diversité des lieux , et eux entretenir au temps à venir en nosdites ville et cité de Franchise , et surtout donner bonne et convenable provision. Nous, ces choses considérées, mêmement que nosdites ville et cité de Franchise sont situées et assises en pays de frontières , par quoi lesdits marchands et ménagers ne peuvent pas avoir sûre communication avec les autres marchands de notre royaume , ne faire mener ou ramener sûrement leurs marchandises , mais souventes fois sont en grand danger de leurs personnes, auxdits marchands et ménagers de tous états qui sont à présent, et seront ci-après demeurans en nosdites ville et cité de Franchise, avons donné et octroyé, et par la teneur de ces présentes, de notre propre mouvement , certaine science , grâce espéciale , pleine puissance et notre autorité royale , donnons et octroyons les privilèges , prérogatives, autorités, prééminences, droits, franchises et libertés qui s'en suivent.

« Premièrement , etc. Cet article et les vingt-deux suivans regardent les échevins fixés au nombre de douze, un greffier et un procureur; ils fixent leur juridiction , leurs privilèges , leurs ressorts, toutes les matières dont les échevins pourront juger, la manière de procéder chaque année à leur élection , etc.

» Le vingt-troisième contient l'anoblissement , et donne tous les privilèges de la noblesse à tous les échevins; les avons décorés et décorons 'et toute leur postérité masculine et féminine , nés et à naître en loyal mariage , et voulons et nous plaît que iceux échevins j>résens et futurs , et tous les enfans descendons d' iceux en loyal mariage , soient tenus , censés et réputés pour nobles et jouissent de tous les privilèges , franchises , libertés et prérogatives de noblesse , tout ainsi que s'ils étaient nés , procréés et extraits de noble lignée de toute ancienneté , etc.

Les articles suivans contiennent des aifranchissemens pour la

province d'Artois de toutes tailles , gabelles , aides , travers , péages, etc., et des re'glemens pour la police de la ville de Franchise , et pour tout ce qui concerne les marchands qui y sont établis , ou qui iront s'y établir.

L'art. XL, et les suivans , règlent les droits du gouverneur , du capitaine et du lieutenant de roi, établis par Louis XI, et ceux des échevins dans la ville de Franchise, et donnent des privilèges particuliers pour tous les marchands étrangers qui voudront aller s'y établir. L'art. LXI supprime le nom à'Arras, et défend, sur peine de punition griève , de le prononcer, et y substitue celui de Franchise. L'article suivant ordonne que les armes de la ville seront d'azur, semé de fleurs de lis d'or, à l'image de S. Denis portant son chef entre ses mains.

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