‹ Œuvre de DuclosChapitre 22 sur 25 · I .es douanes sont en régie · texte numérisé non relu

I .es douanes sont en régie

Outre ces différens revenus, le trésor a quantité de terres, étangs , bois et autres domaines qu'il afferme. Il jouit de la ferme des aliénations, de celle des postes, de celle de l'imprimerie royale , et de quelques autres.

La ferme des postes donne, par an , au trésor, un peu plus de quarante-sixmille écus. Il y a beaucoup de franchises. Le fermier m'a dit, que tout au plus un dixième de ce qui vient, paie le droit. La France, l'Empire, Turin, Gênes, Naples, Venise et Florence ont leur poste particulière, qui retient pour elle le port des lettres qu'elles apportent. Une lettre d'une seule feuille de papier, de quelque lieu de l'Etat qu'elle vienne, ne paie qu'un sou. Si cette même feuille est divisée en deux, elle paie deux snus , toujours un sou de plus pour chaque morceau d'augmentation. C'est pour s'en éclaircir, que toutes les lettres sont percées par le coin. Les paquets qui peuvent entrer par une certaine ouverture , sont taxés sur le même pied des lettres. Poulies autres, quand ils ne s'adressent pas à quelqu'un qui ait la franchise, il faut en payer le port d'avance, suivant un tarif d'estimation. Ce tarif n'est pas suivi à la rigueur ; on peut marchander avec le fermier, qui diminue assez aisément, et qui m'a dit s'en trouver fort bien. Avant qu'il eut pris ce parti.

aucun des paquets ne payait; on trouvait toujours le moyen de les adresser à des personnes exemptes. C'est un abus qu'il n'était pas possible de corriger que par la voie qu'a prise le fermier.

Les impôts pour les charges de la communauté , seule taxe dont soient exempts les ecclésiastiques, servent pour entretenir le gouverneur, le médecin, le chirurgien, le secrétaire, le maître d'école , les ponts et chaussées. Le médecin et le chirurgien doivent assister ceux de la communauté qui les appellent , sans qu'ils puissent exiger aucune récompense.

Les fermiers sont obligés de payer tous les deux mois, la partie due de leur traité annuel. Régisseurs ou fermiers versent en droiture dans le trésor.

Par diiïérens états que j'ai eu des revenus du prince, ils montent environ à deux millions d'écus romains. (L'écu romain est évalué à cent cinq sous de notre monnaie : c'est toujours de cet écu dont je parle.) La dépense excède la recette , c'est un point sur leauel s'accordent les difïérens états. Il y en a qui foui monter cet excédant très-haut. Différentes circonstances peuvent le faire beaucoup varier.

Il n'y a que deux espèces de papiers publics portant intérêt; les lieux de mont et les vacables. Ces deux papiers sont des contrats de rentes. Le lieu de mont est une rente perpétuelle ; le vacable est une rente viagère.

Le trésor paie trois pour cent pour les intérêts du lieu de mont. On peut même dire qu'il paie moins de trois ; car un lieu de mont qui coûte cent vingt-sept écus ou cent trente écus , n'en rapporte nue trois. C'est la place qui les a fait monter si haut. Dans l'origine, un lieu de mont n'a été payé que cent écus, et il n'est remboursable , par le gouvernement , que sur ce pied.

Le lieu de mont est un effet si accrédité, qu'il est beaucoup plus recherché que les terres. La preuve est que les terres rapportent d'ordinaire quatre pour cent, quoique mal cultivées. On verra ci-après les obstacles qui s'opposent à la valeur de ce seul bien. Les fiefs rapportent un ou deux pour cent. Ils sont tombés , parce qu'il est rare d'en trouver à vendre , étant presque tous substitués à perpétuité dans les grandes familles. La vente des lieux de mont est plus facile ; elle ne consiste qu'à se faire enregistrer à la banque , à la place du vendeur.

Les vacables sont des rentes viagères, d'une espèce inconnue en France. Il est permis, à celui sur la tête duquel cette rente a été placée, de la vendre à un autre. Le nouvel acheteur en jouit , durant sa vie , aux mêmes conditions qu'en jouissait celui de qui il l'a achetée, et il lui est permis de la vendre de même , de sorte que cette rente peut devenir perpétuelle, en passant

ainsi de l'un à l'autre. Il faut cependant avertir, qu'il y a deux conditions à remplir pour que cette vente acquière toute la validité nécessaire. La première est que le vendeur ne doit point avoir soixante-trois ans révolus ; la seconde, que le vendeur doit vivre quarante jours après la vente. Si ces formalités ne sont point remplies , la vente est nulle , et le vacable est éteint. C'est pour que celte loi soit suivie, qu'on ne peut faire cette vente ^ans la permission du prince, qui ne la refuse point, à moins que le vendeur ne soit en danger de mort, ou attaqué d'une maladie de langueur , qui fasse craindre pour sa vie.

L'intérêt du vacable n'est pas fixé. Le prince a assigné, pour payer ces rentes, les revenus de la daterie. Le plus ou le moins de rapport de cet effet, dépend donc du nombre d'expéditions dans cet office. Depuis le concordat de la cour de Rome avec celle d'Espagne ; depuis que les puissances demandent beaucoup de diminution sur le prix des bulles, cet effet produit beaucoup moins. Sixte-Quint, premier créateur des lieux de mont et des vacables , avait destiné l'extinction des vacables à une caisse d'amortissement pour les lieux de mont. Les papes en ont fait ordinairement d'autres emplois. Benoît XIV, seul, les a appliqués au remboursement t\ei dettes.

Il y a une autre espèce de rente viagère , qui se constitue sur la tète de celui qui reçoit l'argent, et qui meurt avec lui. L'intérêt en est plus ou moins fort, suivant l'âge de l'emprunteur, suivant le besoin qu'il en a , et suivant la rareté de l'espèce: conditions qui , d'ordinaire , constituent le prix de ces rentes. Pour assurer l'intérêt au prêteur, l'emprunteur met en dépôt au \Iont-de-Piété, des lieux de mont de la même somme du prêt ■ mais dont le fonds reste hypothéqué. Ces sortes de contrats , peu connus ailleurs , ue se font qu'entre particuliers , et toujours avec la liberté à l'emprunteur, de rembourser quand il lui plaît.

Les lieux de mont passent , comme je l'ai déjà dit , pout l'effet le plus solide. C'est pour cela que , comme il n'y a ici nulle manière de s'assurer qu'une terre qu'on achète n'est point chargée d'hypothèques, le vendeur , pour trouvera vendre , est obligéde consigner, en lieux de mont, une partie de la somme provenante de la vente , suivant la volonté de l'acheteur. Le nouveau pos,esseur prend cette précaution pour assurer son argent , en cas qu'il se découvrit, dans la suite, des hypothèques ou des >ub>titutions qu'on eût voulu lui cacher. Cette hypothèque des lieux de mont , pour les terres , est éternelle. J'en sais qui , pour pareille raison, sont en dépôt depuis cent cinquante ans , et ne peinent se retirer. Il y en a peut-être depuis plus long-temp-.

On sent combien cette nécessité met d'entraxes dans les arrangemens de famille, et qu'elle doit être une des raisons pour lesquelles les terres sont à si bon marché. Rome pourrait imiter "Vienne dans l'établissement utile des tables publiques d'hypothèque pour les terres.

Comme tout est réductible au calcul , ces lieux du mont , quoique engagés pour termes fort longs, sont un objet de négociation. On les achète à des prix beaucoup au-dessous de leur valeur. Véritablement ils ont beaucoup perdu , puisqu'ils ne peuvent servir d'hypothèque.

Ce recours perpétuel aux lieux de mont pour être déposés comme hypothèque , peut servir à expliquer, en partie, (car on voit bien qu'il y a encore une autre raison) pourquoi ces papiers, qui ne rapportent que trois pour cent , se vendent cent vingt-sept éeus. Celui qui a besoin d'aliéner des lieux de mont pour consommer une affaire quelconque , et qui n'en a point , a recours à celui qui en a. Il paie à ce prêteur de lieux de mont un certain intérêt, trois, quatre ou plus par cent, toujours suivant le besoin qu'il en a , et la confiance que le prêteur a en lui. Cet intérêt , qui passe l'intérêt légal, doit être regardé comme une assurance de ces lieux de mont, puisqu'ils seraient, perdus pour le prêteur, si l'emprunteur faisait banqueroute.

L'intérêt de lieu du mont était, dans l'origine, à cinq pour cent. Ceux que le prince déclara non remboursables, ne l'ont jamais été : ceux-là sont les plus chers sur la place. Ceux qui, tous les ans, doivent être remboursés, suivant que le sort en décide, le sont un peu moins. Les remboursemens indiqués ne se font pas exactement; ce qui plaît fort aux possesseurs de ces papiers. Us ne pensent point que la dette s'accumule, et qu'il deviendra peut-être impossible de la paver.

Suivant les intérêts payé~> annuellement par le trésor, le principal des lieux de mont monte au plus à quarante millions d'écus.

Tarit™ ne le lieu de mont est en dépôt, il v aurait des spéculations tris-avantageuses à faire sur cet effet ; mais il faudrait bien connaître la place.

11 y a peu d'argenl dans les Etats du pape. Ils ne renferment point de mines, et le commerce y est peu considérable. Plusieurs des ources qui , autrefois, ont tant apporté d'argent dans la capitale du monde chrétien , sont taries. Je ne saurais dire, même à peu près, combien il y a d'espèces tnonnoyées. Je n'ai pu trouver aucun auteur italien qui traite des finances , et de ce qui y a rapport: mais ma plu-, forte raison , pour appuyer in< >i 1 assertion, esl qu'à Rome, la monnaie de papier est celle qui circule le plus,

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et qu'on a beaucoup de peine de trouver à la changer contre l'espèce réelle. Cette monnaie de papier mérite une considération pai ticulière.

Il \ a à Rome deux banques publiques , qui donnent en papiermonnaie la valeur qu'oit y porte en argent. Dans l'origine, ces banques avaient le même prétexte que toutes celles établies en Europe : l'Etat voulail , eu augmentant la représentation , rendre la circulation plus considérable. Si l'esprit de l'institution avait été suivi, cet établissement aurait pu être utile à ce pays; car une banque, qui me paraît toujours dangereuse dans un grand Etat riche, quelque bien administré qu'il soit . pourrait peut-être devenir de quelque utilité dans un petit État pauvre , si les abus ne s'y introduisaient point. Mais comment ne pas dépenser, quand la source des richesses parait inépuisable, ainsi que celle d'une monnaie de papier qui se fabrique ù si peu de frais. Le temps est venu oit le papier a surpassé de beaucoup l'argent des coffres des banques. Enfin , aujourd'hui , les coffres sont vides , relativement à la dette. Tout le monde le sait, et le crédit de la monnaie de papier subsiste. Tout homme qui a réfléchi sur la délicatesse du crédit , est étonné quand il apprend , qu'un homme va présenter aux banques un billet de cent écus pour avoir de l'argent , reçoit tout au plus huit ou dix écus , et pour le reste de la somme , on lui donne un billet équivalent. Quand on en veut davantage , il faut envoyer une autre personne recevoir un . i utre billet; car la même n'aura plus d'argent de toute la journée. Depuis plusieurs années ces petites ruses s'emploient à Rome , et on n'a point la moindre inquiétude sur la monnaie de papier. Il est vrai que le prince l'a toujours reçue comme il la donne. Cette monnaie ne sort point de la capitale.

Cette rareté d'espèces m'avait fait croire que la monnaie devait travailler bien peu. Je regardai comme un objet de curiosité le relevé de ce travail, depuis plusieurs années. C'est un mystère que je n'ai jamais pu percer, quelque tentative que j'aie faite.

La monnaie commet une grande faute dans la fabrication des pièces d'argent de dix sous et de trente sous; la proportion qui doit être entre l'or et l'argent, n'y est point observée. Aussi sortent-elles pour de l'or.

Quoiqu'il y ait peu d'argent dans les Etats du pape, celte narchàndise n'est point chère , parce qu'il y a encore moins de besoins. Il ne s'y fait ni commerce ni amélioration de terres.

Les casuistes font pratiquer ici leurs maximes sur le prêt. On ne peut , suivant la loi , exiger d'intérêt d'un fonds non aliéné. L'intérêt du particulier, du marchand, d'une communauté religieuse , est fixé par le gouvernement. On prêle à six pour

cent au marchand , à quatre au particulier, et à trois à la communauté religieuse. Quiconque dénonce quelqu'un qui enfreint la loi est récompensé par une part de la somme confisquée, et souvent on a vu un emprunteur assez perfide, pour accuser celui qu'il a lui-même conduit dans le piège.

Les délateurs sont un des grands rapports de ce gouvernement. Tous les jours il parait de nouveaux édits , par lesquels le délateur y e>t toujours sollicité.

Ces édits multipliés sont un objet de commerce pour la ferme de l'imprimerie. Tout marchand est obligé d'acheter dix sous chaque édit qui regarde sa profession. Il doit être affiché dans sa bnulique, et il doit en acheter un autre quand le premier ne peut plus servir. Les procureurs et avocats sont obligés de faire imprimer leurs plaidoyers par l'imprimerie du prince , qui leur fait payer à peu près le double plus qu'uu autre imprimeur.

Il y a dans Rome environ trois cents métiers montés, où l'on fabrique toutes sortes d'étoffes, comme draps unis, velours, damas, ras de St.-Cyr, taffetas, camelots, etc. Les étoffes de France sont plus belles , mieux travaillées , et moins chères.

Il y a environ six cents métiers de rubans de soie , de bas , de galons d'or, d'argent et de livrées. Il se fait une grande consommation de ces derniers galons. On se refuse tout pour avoir un nombreux domestique, et tous portent la livrée.

Bologne, Pezaro, Camerino , Perousse et Termi , ont aussi différentes manufactures de celle même sorte. Le reste de l'État en a peu ou point.

I n bon ouvrier pour ces sortes d'ouvrages , se paie quarante sous par jour, quoiqu'il fasse moins de besogne qu'un ouvrier français. Le maître le fournil de toutes sorte-, d'outils. Ce prix de la main-d'œuvre est beaucoup plus cher qu'il ne le de- Vrait être , si on considère la médiocre valeur de la denrée première. Mais un ouvrier qui doit être oisif pendant plusieurs fêtes forcées ou de dévotion , comme celles des confrairies dans lesquelles il est engagé, ce qui est une espèce de nécessité , a besoin de gagner le jour de son travail, de quoi subsister pour le jour de son loisir. De plus , les hôpitaux , les aumônes , les fondations pieuses , sont tellement multipliées , qu'il est trèsaisé de vivre en ne faisant rien.

On est peu difficile sur les apprentissages. Les maîtrises ne coûtent presque rien. La première dépense monlp à une dixaine (1 écus. Il y a ensuite chaque année une médiocre redevance, pour l'église , adoptée par le corps de métier dont on esl membre,

II y a ici un établissement économique , dont on croit devoir quelques mois. C'est le Mont-de-Piété. On y prête sur gages.

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Cet établissement est le destructeur des usuriers. On y reçoit en dépôt l'argent des particuliers , leur vaisselle , leurs diamans , et autre-- effets quelconques; et quand le propriétaire le désire , ou lui rend le tout , ou telle partie qu'il demande. L'intérêt exigé est de deux pour cent. Au bruit de dix-huit mois , l'effet engagé est perdu s'il n'est pas retire''. Si on le retire , ou le replace un jour après connue un nouveau gage. Comme ce bureau a été , dans sa première institution , formé pour subvenir aux besoins des pauvres , il ne pouvait exiger d'intérêt de la somme prêtée , quand elle ne passail pas cent écus romains. On a réduit cette somme à trente écus. Les bénéfices consistent dans l'intérêt de dei.x pour cent ; dan- un certain droit qui est. attribué à chaque placement dans la vente des effets non retirés ( car ils sont toujours engagés pour un tiers au-dessous delà valeur); dans la perte des reconnaissances des effets engagés , qui alors appartiennent au bureau. Malgré ces profils considérables , les abus ont ruiné cet établissement.

La France a quarante-six mille deux cent soixante-dix-neuf lieues carrées. Les Etals du pape en ont huit mille deux cent vingt-six. Le rapporl esl donc comme un, à un peu moins de cinq deux tiers. Je mets le rapport à six , pour accorder tout l'avantage aux Etats du pape. En s' arrêtant aux calculs les plus bas, la France possède dix-huit millions d'habitans. Les Etats du papeen ont deux millions, suivant le tableau avoué par le gouvernement. Calcul que je crois poussé trop haut. Pour que le rapport fui gardé dans le nombre des habilans des Etats du pape en e comparant à ceux de la France , il faudrait que les premiers eussent près de trois millions d'habitans , pour qu'il le lut dans le tribut. Comme la France paie trois cents millions d'impôts et plus en temps de paix, les Etats du pape devraient payer dix millions d'écus romains. On sait que le terroir de l'Italie est bon , et (pie les hommes y naissent avec des lalens . et que deux mers baignenl presque de tous côtés les Etats du pape. Quelle preuve de ce (pie produit la différence du gouvernement et de l'administration ?

En h ul le pays est très-mal administré. Le gouvernement se mêle c< pendant de tout , particulièrement du blé et de l'huile. Ces deux denrées , qui paraissent faire toute son attention , sont toujours à la veille de manquer. Ce qui n'est pas étonnant quand on connaît la manutention.

L'annone (c'est le- greniers d'abondance de Piome) prend le blé oii il .lui plaît , et fixe le prix. C'e->t ce même bureau qui donne la permission d'exportation , toujours prohibée. Cette permission se paie. Tout le territoire de Rome est en pacage-

pour la nourriture des bestiaux, quoiqu'il *oit très-bon pour rapporter du blé. Les propriétaires aiment mieux le laisser ainsi abandonné, et y trouvent mieux leur compte qu'à avoir des greniers de blé, dont ils ne pourraient se défaire, le plus souvent , qu'à leur perte.

On est obligé de vendre l'huile au bureau établi pour l'acheter. Lui seul l'achète ce qu'il lui plaît, la vend aux détailleurs , et leur en fixe le prix. Cette huile se conserve dans de grands puits , où se mêlent toutes les qualités. Ce qui fait qu'elle est toujours très-mauvaise.

La destinée de l'Italie semble d'être mal gouvernée. Auguste mourant donne à Tibère, pour une des grandes maximes d'administration , de ne jamais envoyer un homme puissant commander en Egypte. Ce prince craignait qu'un mécontent n'empêchât le blé d'en sortir , et n'affamât l'Italie.

Les Etats du pape n'ont que deux bons ports ; Civita-Vecchia et Ancône. Les autres ne sont que des plages peu sûres, et où ne peuvent mouiller que de très-petits bâtimens.

Civita-Vecchia , nommé autrefois Centum Cellœ , est l'ouvrage de Trajan. C'est un de ces monumens de la manière solide de construire des Romains. Ce port est bon et sûr. Il y a deux passes ; celle du levant est la meilleure. L'entrée et le bassin ne sont point également profonds. Il est fort sage , quand le bâtiment est de plus de deux cents tonneaux , de prendre un pilote du pay8 pour l'entrer. Il n'y a point de mouillage pour les frégates au dessus de quarante pièces de canon.

On travaille présentement à améliorer le port d'Ancône. Il peut v entrer des frégates de la même sorte qu'à Civita-Vecchia.

La marine du pape consiste en trois galères qui peuvent naviguer ; deux autres galères qui ne naviguent plus ; deux frégates ; et les petits bâtimens nécessaires pour le service du port , et I niir celui à faire à la mer. Les arméniens se font par entreprises. Lorsque la ferme commence , la valeur de cette petite qscadre s'estime à l'amiable. A l'expiration de la ferme , le fermier paie le déchet au trésor. S'il y a des réparations et des augmentations, le trésor lui en fait hou.

Voici les conditions de la ferme qui eut lieu depuis 1^56 jusqu'en i~C>o. Quand les galères étaient en mer , le tré>or donnait d'avance au fermier, tous les deux mois, neuf mille cent cinquante écus romains. ( L'écu romain vaut environ cinq livres cinq sous de notre monnaie). Quand elles étaient dans le port , le trésor ne donnait plus que cinq mille quatre cents écus tous les deux mois.

Le fermier ne recevait pour chacune des galères qui ne navi-

guait plus , que deux cent quinze cens par mois ; cent écus par mois pour tous les petits bâtimens de service dans le port. I «que les deux frégates étaient en armement, le trésor donnait au fermier six mille trois cents écus tous les deux mois, ce qui faisait pour toute l'année , sur le pied de guerre , trentesej t mille huit cents écus.

!, rsque les frégates n'étaient point à la mer, le fermier ne recevait plus que cinq mille deux cent cinquante écus tous les deux mois.

Le fermier était obligé de faire toutes les dépenses. 11 payait le- salaires des officiers , des soldats et des matelots. Ces salaires, ainsi que les rations , ne sont pas à sa disposition ; tout est réglé.

Lorsqu'un bâtiment se perd , ou s'il est maltraité dans un combat , c'est pour le compte du trésor. Si le fermier a besoin <!e bois, il peut en couper, sans payer , dans les forêts dont

I Etat est propriétaire.

Le fermier compose l'équipage comme il lui plaît , pour l'espèce d'hommes ; mais non pour le nombre, qui est réglé.

II ne peut rien changer , ni à l'état major , ni à quelques principaux officiers mariniers.

En prenant huit, mois d'armement et quatre mois de repos , la marine du pape coûte quatre-vingt-six mille deux cent treize écus. Le fermier m'a assuré qu'elle coûte , année commune , cent vingt mille écus , à cause des dépenses extraordinaires qui surviennent , et qui sont pour le compte du prince.

Les bâtimens du pays pour le commerce de la Méditerranée , consistent en une dixaine de tartanes et autant de felouques. Les tartanes s'occupent à la pêche et à transporter du blé. Les felouques remontent et descendent le Tibre pour transporter les marchandises que les bâtimens apportent à Civita-\ecchia.

Les assurances, jusqu'à Livourne et Gênes , montent jusqu'à i\n pour cent , dans les temps ordinaires. Elles augmentent lorsqu'on craint les barbaresques.

La plupart des bâtimens français qui abordent à Civita- \ ecchia , sont de» petits bâtimens provençaux. Il en arrive environ soixante, année commune.

Ils portent du sucre, du café , du cacao , de la morue, des amandes, du tabac, des vins , des draps d'Elbœuf, d'Abbeville , des étamines , quelques galons , de la faïence de Moustiers et de la quincaillerie.

Ils exportent de l'alun , de la laine , des bois de construction , du soufre et de la porcelaine. L'assurance de Marseille à Civita-Vecchia , est de nu pour cent.

: il VOYAGE

Une trentaine fie bàtimens anglais portent de la morue , de3 harengs , du plomb, de l'étain , du bois de campêche , du sucre , des cristaux , de la porcelaine de la Chine , des peaux de Piussie, des cuirs d'Irlande, des camelots, des bottines. Ils n'exportent que fort peu de vitriol. Leur fret est à proportion moins cher que celui des Français. L'assurance est de deux pour cent , de. . . . au capitaine.

Sept ou huit navires hollandais apportent toutes sortes d'épiceries, de drogues , des cuirs de E.ussie , du fer, des draps fins, du thé , du cacao, du beurre salé , du fromage , des toiles de lin et du tabac. Ils n'exportent rien. Le fret est , pour les épiceries et drogues , de dix piastres de huit réaux , par millier ; de neuf piastres de même valeur pour les draps et toiles. Les assurances sont les mêmes que celles des Anglais.

Il vient environ cent bàtimens génois. Ils apportent toutes sortes de confitures , de l'huile, des- velours, des champignons .-aies , des citrons , du riz , du tabac d'Espagne et du bois de Brésil , etc.

Ils exportent des grains , quand l'exportation en est permise , des bois à brûler et de construction, du fromage et de la viande salée.

Il vient trois cents bàtimens napolitains ou siciliens , qui apportent toutes sortes de fruits verts et secs , de l'huile , du vin . du thon salé , des anchois, des sardines , du riz , des légumes, de la soude , des soieries de Sicile, des confitures et de la quincaillerie. Ils exportent du charbon , du papier, du miel et un peu d'alun. L'assurance est d'un et demi pour cent.

Il vient cinquante à soixante bàtimens toscans , qui portent de la cire, du café du Levant, des peaux de Russie, du caviar, du vin, des eaux minérales, du bray et du goudron. Ils exportent du fromage , de la viande salée et de l'alun , etc.

Il vient une dixaine de bàtimens espagnols , qui portent des \ins, des peaux , des nates , des canons de fusils, et exportent de la viande salée.

Les autres nations de la Méditerranée , comme les Corses , les Maltais , etc. , viennent à Civita-Vecchia , apporter les fruits de leur pays. Leur exportation est peu considérable. Les Vénitiens ne viennent point ù Civita-Vecchia ; il n'en paraît qu'à Ancône.

Il y a dans la mer Adriatique plusieurs barques de soixante tonneaux et plus , portant pavillon du pape. Elles ne vont que sur les côtes de cette mer. L'objet de leur commerce est de transporter des comestibles , du bois de construction et à brûler , du tabac , du poisson sec. Le fret le plus haut des bàlimens , le

plus considérable, ne monte pas à plus de cent écus romains, par voyage. Leur assurance est d'un et demi pour cent , suivant la saison et la longueur de la traversée.

On voit , par an , dans le port d'Ancône , une trentaine de bàtimens anglais qui y portent du poisson sec et salé , du plomb , des bois de teinture, et autres objets manufacturés en Angleterre.

Il y vient environ dix bàtimens français , chargée de sucre et de café , et autres genres de manufactures. L'assurance, pour un bâtiment qui part d'un port d'Angleterre, ou d'un port de France , pour se rendre à Ancône , est la même.

Trois ou quatre vaisseaux hollandais apportent des drogues et des draps.

Autant de danois apportent du poisson sec de la Norwège. L'assurance de ces nations du Nord est de trois à quatre pour cent.

Il vient cinquante bàtimens levantins, de diverse grandeur, chargés , pour la plupart , de coton et de fruits secs du pays. L'assurance est d'un et demi à trois pour cent , selon les pavillons et les voyages.

Les bàtimens français , anglais et hollandais, font ordinairement leur retour en blé , pour Livourne et Gènes , et du soufre pour leur pays. Les principaux objets d'exportation des Etats du pape , sont de la laine , de l'alun , de la porcelaine et du bois de construction.

Ecrites par Duclos , pendant son voyage en Italie.

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