LETTRE VIL
Au même.
Naplcs, le 14 mars 1767.
V ous n'avez pas dû être étonné , mon cher ami , du désordre de ma dernière lettre , attendu la persuasion où j'étais de la mort de ma mère. La lettre de ma nièce m'a détrompé, puis-
qu'elle est postérieure d'un mois à celles qui m'annonçaient cette nouvelle ; je ne vous ai pas marqué l'effet qu'elle avait produit sur moi : le dépit de n'avoir pu aller cette année en Bretagne , la fureur contre ceux qui en sont cause , se joignant à la douleur de perdre la seule personne à qui l'on soit sûr d'être cher, ine mirent dans un état convulsif. Pour me soustraire aux attentions qu'on a ici pour moi , alors très-importunes , je sortis de la ville , et je montai aux Chartreux qui sont sur une montagne d'un mille d'élévation. Cette marche , par un soleil très-ardent , me mit en sueur : le froid me saisit dans des cloîtres revêtus de marbre ; je revins avec la fièvre , je fus deux jours sans y rien faire ; il fallut enfin me faire saigner, et une pinte de sang brûlé, dont on me dégagea , para les grands accidens. Cependant il m'a fallu une convalescence graduelle ; mais votre lettre et celle de ma nièce m'ont presque subitement rétabli. Je partirai dans huit jours , et serai à Rome le ^5. Comme je n'en sortirai que le lendemain des fêtes, je pourrai y recevoir la lettre que vous m'écririez par l'ordinaire du 6 avril , après quoi je ne vous en demande plus, et vous en recevrez de moi. Je vous ai fait une très-belle collection des fruits du Vésuve. M. Hamilton , ministre d'Angleterre ici , m'a fort aidé , et a fait polir un coté des pierres , afin qu'on en pût connaître la nature.