‹ Œuvre de Stewart DugaldChapitre 37 sur 68 · II. Des affections malveillantes · texte numérisé non relu

II. Des affections malveillantes

153. Différentes dénominations désignent ces affections dans le langage ordinaire : on distingue la haine , la jalousie , Y envie , la vengeance , la misanthropie. Mais il est à croire que de tous les principes de cette espèce il n'y en a qu'un qui soit inné en nous , le ressentiment. C'est sur cette tige unique que nos opinions erronées et nos mauvaises habitudes ont greffé tous les autres.

154. On a distingué le ressentiment instinctif et le ressentiment délibéré. Le premier agit dans l'homme exactement de la même manière que dans les animaux , destiné sans doute à nous mettre en garde contre une violence soudaine , dans les cas où la raison viendrait trop tard à notre aide. Cette espèce de ressentiment tombe aussitôt que nous sommes assurés que l'injure n'était pas faite avec intention.

155. L'injure avec intention excite seule en nous le ressentiment délibéré : aussi cette sorte de ressentiment implique-t-elle une notion de justice ou de bien et de mal moral.

156. Le ressentiment excité par une injure faite à un autre s'appelle proprement indignation. Dans les deux cas , le principe semble être fondamentalement le même, et paraît avoir pour objet, non de communiquer la douleur à un être sensible , mais de punir l'injustice et la cruauté.

157. De même que toute affection bienveillante est accompagnée d'une émotion agréable , de même toute affection malveillante trouble l'ame et la fait souffrir. Cela est vrai , même du ressentiment , quelque justice que lui prête la conduite injurieuse de l'offenseur.

158. Dans la revue que nous venons de faire de nos principes actifs , nous n'avons pas parlé des passions ;la vérité est que ce mot, dans son acception propre, ne s'applique exclusivement à aucune classe de ces principes , mais à toutes , lorsque nous souffrons qu'ils passent les bornes de la modération. Alors une agitation ou commotion sensible se fait remarquer dans le corps ; notre raison est troublée ; nous perdons jusqu'à un certain point le pouvoir de nous commander , et nous sommes entraînés à agir par une impulsion presque irrésistible. L'ambition , la soif de réputation , l'avarice , la compassion , l'amour, la reconnaissance, le ressentiment, l'indignation, acquièrent également dans de certaines circonstances le triste droit d'être ainsi nommés. Lorsque nous parlons en général de la passion, communément il s'agit du ressentiment ; sans doute parce que cette affection trouble plus notre raison et nous enlève plus complètement la possession de nous-même qu'aucun autre principe de notre nature.

SECTION V

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