Le comte de Cavour disait à ce propos au Sénat
« La nécessité nous presse de pousser toutes les forces du pays dans les voies du progrès économique; avec les charges que nous avons, si nous négligeons la moindre de nos ressources, nous sommes coupables. Les institutions qui s'opposent à ce progrès pourraient être tolérées ailleurs; ici, les choses étant ce qu'elles sont, c'est impossible. U faut accoutumer les populations au travail , et par conséquent supprimer la mendicité; et, pour la supprimer, il ne suffit pas de l'enregistrer comme un délit dans le code pénal, il faut que le peuple s*babitue à la regarder comme honteuse. Gomment la conscience populaire s'éclairerait-elle sur ce points lorsque tant d'établissements regardés comme très-respectables, et qui doivent être respectés tant qu'ils existent, ont la mendicité pour raison d'être? »
2. « Comparez, disait dans un autre discours le comte de Cavour, l'état économique, la condition civile des divers États de l'Europe, vous verrez que les résultats qu'ils ont atteints sont en raison inverse des moines qu'ils entretiennent. Voyez ce qu'ont fait les moines de l'opulent héritage de Charles-Quint. Tous les trésors de l'Amérique, tout l'or tiré des mines les plus riches qui aient Jamais été connues, n'ont pas suffi à compenser le mal que les habitudes introduites par les moines ont fait à l'Espagne. Il faut en dire autant de Naples; autant et davantage peutêtre du Portugal. Pour ne pas aller si loin, considérez les États qui nous entourent : comparez la situation économique du royaume lombard-vénitien, qui a été débarrassé des moines il y a longtemps , à celle des États du pape, et Jugez des effets que peuvent produire des institutions semblables. »
point, et dans lesquels vous trouverez les mêmes contrastes ; par exemple, les différents cantons de la Suisse, les différentes villes rhénanes. J'en appelle à tous ceux d'entre vous qui ont voyagé dans l'Helvétie et sur les bords du Rhin ; chacun aura observé une différence de
prospérité très-visible entre tel canton et tel autre, entre
cette ville et celle-là. Si vous voulez rechercher les causes de celle différence, vous reconnaîtrez qu'elle provient généralement de ce que dans telle localité les ordres religieux ont été conservés depuis le moyen âge, et que dans telle autre ils ont été supprimés il y a plusieurs siècles. Cela est si exactement vrai , que la situation économique de ces pays peut, à mon avis, se déterminer * par la formule mathématique suivante, laquelle, je Tespère, ne sera contestée par aucun des hommes spéciaux qui siègent dans cette Chambre : la prospérité économique des cantons Suisses et des villes du bassin du Rhin est en raison inverse de la quantité de moines qui s'y sont maintenus.
Je passe à un autre ordre d'idées. L'honorable Genina soutient, contrairement aux conclusions que je crois pouvoir tirer de ces raisonnements, qu'en tout cas ces ordres sont utiles à la société religieuse dont ils constituent l'un des éléments, et que nous devons par cela seul les conserver, puisque nous devons protéger la société religieuse ^
1. tt Voilà, s*écriait le comte de Cavour un jour qu^on lui faisait la même objection, Toilà un argument dangereux pour la religion, et c*est mal la servir que d*affirmer que ses intérêts sont contraires à ceux de la société civile. »
Mais d'abord il faudrait prouver que ces ordres sont utiles à la société religieuse, ce que bien des faits démentent. Pour me borner à un exemple , la province de nos Etats où les moines sont en plus petit nombre, c'est la Savoie. Eh bien, je crois pouvoir affirmer, sans être contredit par les députés de cette province, que ia Savoie est peut-être la partie de l'État où le clergé exerce le plus d'influence, où la religion a le plus d'empire... (Approbation.)
Une voix a gauche. Et peut-être un peu trop. (Oui, oui !)
Le Président du Conseil. Je ne dis ni trop ni peu, je dis qu'en Savoie le clergé a plus d'influence que dans les autres provinces de l'État, où il y a plus de moines.
Je suis donc en droit de penser que les ordres religieux que nous voulons supprimer? ne sont pas d'une grande utilité à la société religieuse, et qu'au contraire ils font tort à la légitime influence que la religion doit exercer * .
On a tort. Messieurs, de nous accuser, à propos de