‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 3 sur 69 · SUR LA REPRISE DES HOSTILITÉS CONTRE L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

SUR LA REPRISE DES HOSTILITÉS CONTRE L'AUTRICHE

(90 octobre 1848.)

« Tout le monde, disait en 1853 le comte de Cavour, tout le monde en Piémont a voulu la guerre de 18^9, M. de Revel comme -Pietro di Santa Rosa , comme M. Rattazzi , comme moi. » De même qu'il avait poussé Tun des premiers le cri de guerre à la nouvelle de Tinsurrection de Milan, il comprenait aussi, au commencement de 1869, que le pays ne pouvait sortir que par un dernier effort, heureux ou malheureux, de Timpasse où il se trouvait. Mais entre la campagne de 18^8 et celle de 18/|9, le comte de Gavour, membre de la droite dans le premier parlement piémon* tais, conseillait I9 modération , et Ton voit par son discours

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dn 20 (Xîtobre 18i!i8 comment et par quels motifs il le faisait. Ses conseils ne pouvaient être suspects. On savait que le créateur, le directeur du Risorgimento n'était pas un partisan de la paix à tout prix; que, bien qu'il eut été élevé à l'école du, régime parlementaire en Angleterre, en Belgique et en France, il n'apportait point en Italie les doctrines relâchées, le scepticisme politique, l'esprit de tergiversation enfin que la démocratie piémontaise regardait alors comme inhérent à la vie constitutionnelle. Certes, il avait acquis

le droit de recommander au Parlement le calme et la prudence même dans des temps aussi critiques , l'homme qui avait écrit ces mots à propos de la politique suivie pendant les dernières années par le cabinet des Tuileries : « Politique indécise et timide, qui voudrait rester neutre entre les idées de progrt'S et l'esprit de résistance, et qui n'est digne en rien de la grande nation... erreur immense qui fait paraître d'autant plus grande, par le contraste, la politique anglaise en Italie. » Pourtant le comte de Cavour était en butte à une prévention d'un autre genre : il rapportait de ses voyages une certaine ressemblance de caractère et d'esprit avec les hommes d'État anglais, et le parti démocratique,- alors en force, se défiait de cet « aristocrate, » qui savait du reste commander l'attention de la Chambre. Le moment n'était pas venu encore où la noblesse en Piémont et dans le reste de l'Italie se mit décidément à la tête du mouvement national.

La situation politique où se trouvait le Piémont à la date du discours qu'on va lire, ressort assez du discours luimême : il n'est donc besoin ici que de reproduire les traits principaux de la discussion La Chambre, après une interruption de deux mois et demi , avait repris ses travaux le 17 octobre. Le ministère Casati, auquel elle avait conféré les pleins pouvoirs avant d'être prorogée , avait été remplacé, à l'époque de nos j'evers, par un ministère présidé par le général comte Perrone di San Martino et composé en outre de

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MM. Pinelli, Dabormida, Merlo, Revel et Santa Rosa. L'o|)position, dès la première séance, réunit tous ses efforts contre le cabinet.

Répondant aux interpellations de M. Ravina, sur l'état des négociations relatives à la médiation anglo-française et sur les intentions du gouvernement à Tégard de la guerre, M. Pinelli déclara qu'il ne lui était pas permis de dire où en étaient ces négociations, mais que le gouvernement n'accepterait la paix que si elle avait pour base la reconnaissance de la nationalité italienne : l'armistice était expiré et n'avait point été renouvelé; Tune et l'autre des deux puissances avait la faculté de le dénoncer huit jours à l'avance; les tergiversations de TAutriche pouvaient lasser le gouvernement et le décider à recommencer la guerre , mais lui seul devait être laissé juge du moment où il conviendrait de s'y déterminer.

L'opposition, représentée par MM. Buffa, Brofferio, Montezemolo et Valerio, exprima ensuite ses griefs. Ni la France, ni l'Angleterre n'étaient des alliés sûrs; leur jalousie réciproque les portait seule à intervenir dans les affaires de rUalie par une médiation. 11 était dangereux de rester plus longtemps dans une situation fausse qui n'était ni la paix ni la guerre, à la merci d'une médiation impuissante et qui n'avait été utile à l'Italie qu'un instant, lorsqu'il s'était agi de gagner du temps. Si la Sardaigne avait des amis en Europe, le seul moyen de les décider à la secourir était d'agir avec vigueur, avec enthousiasme , et de recommencer sans délai la guerre d'indépendance. La révolution de Vienne, la guerre de Hongrie, l'état violent où se trouvait toute l'Italie étaient autant de circonstances propices qui devaient décider le gouvernement à employer ces forces révolutionnaires, lesquelles, autrement, se tourneraient contre lui.

Là-dessus, le comte de Cavour prit la parole. — La discussion continua ensuite aveC une certaine violence. L'ordre du jour assez froid adopté par la Chambre comme conclu-

sion du débat se borna à prendre acte des déclarations faites par les ministres.

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du 90 octobre 1848.

Le ministère et l*opposition sont eu désaccord sur deux points : Tutilité de persister dans les voies de la médiation, et Topportunité de recommencer immédiatement la guerre. Au fond, tout le monde regarde la guerre comme probable et comme pouvant devenir d*un jour à Tautre très-opportune pour nous. De même, tout le monde accepte la médiation , au moins comme fait accompli. La seule discussion possible porte donc sur le point de savoir s'il convient de renoncer è la médiation sans plus attendre, ou s'il faut écouter pendant quelque temps encore les puissances médiatrices. C'est , comme on le voit , une pure question d'opportunité , que l'opposition pen^ résoudre en disant que cette guerre, regardée par tous comme à peu près inévitable, doit être déclarée sans délai et que le moment présent est pour nous le meilleur.

Je crois que tel est le fond de la question. Examinons les deux systèmes.

L'opposition dit qu'il faut rompre sans autre délai avec la médiation, parce qu'elle ne peut nous apporter des conditions acceptables et qu'elle est fatale à nos intérêts. Le député BuiTa a dit à ce sujet : « Voyez l'Angleterre : elle a accepté la médiation pour faire plaisir a la France, pour ne pas rester isolée ; mais elle ne l'a pas fait avec sincérité, car chez elle le pouvoir et l'opinion sont ac-

lueltement hostiles à Tltalie. Songez aux discussions du Parlement, lisez les feuilles anglaises, vous vous convaincrez aisément que les sympathie^ de cette nation penchent bien plutôt vers TAutriche que vers nous. » J'avoue que mon opinion est fort différente , et que l'Angleterre me paraît être entrée franchement, loyalement, résolument dans la médiation. Cette affirmation m'expose, je le sais, à être plus encore qu'à l'ordinaire taxé d'anglomanie, et à continuer de servir de point de mire au bel esprit de quelques journalistes de cette ville ; mais quels que soient les jugements du dehors, j'ai la confiance que mes collègues reconnaîtront à mon langage que nul n'aime plus que moi son pays.

Certes l'Angleterre n'a pas adhéré à la médiation par pure générosité, par esprit de philanthropie ; je crois que c'est un véritable, un puissant intérêt qui l'y a engagée ; deux raisons me le prouvent :

La première, c'est que, comme le ministre des affaires étrangères* nous l'a donné à entendre, l'Angleterre désire vivement le maintien de la paix, parce que les commotions politiques et les guerres internationales nuisent à son immense commerce et ébranlent l'édifice gigantesque de son industrie. Les révolutions qui ont troublé le continent cette année ont diminué de plusieurs millions sterling l'exportation des produits des manufactures anglaises. Ce seul fait pourrait suffire à vous prouver que l'Angleterre veut la paix , et c'est parce qu'elle la veut, que le ministère anglais est entré avec empressement

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