‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 4 sur 69 · I. Perroue di San Martiuo · texte numérisé non relu

I. Perroue di San Martiuo

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dans la médiation, sachant bien qu'il ne peut y avoir de paix durable en Europe si Tltalie n'est pas indépendante, si elle n'est pas assurée contre toute domination étrangère.

La seconde raison, que je regarde comme plus grave, c'est que l'Angleterre rgssent une singulière jalousie envers celte nouvelle puissance germanique qui s'est constituée à Francfort dans des vues d'ambition extrême. Le germanisme est à peine né, et déjà il menace de troubler l'équilibre européen, il manifeste des idées de domination et d'usurpation. La diète de Francfort ne cache pas son projet d'étendre son action jusque sur les plages de la mer du Nord, d'envahir par des traités et par la force la Hollande pour devenir puissance maritime et corn battre la domination exercée sur les mers par l'Angleterre.

En présence de telles tendances, il est naturel que les Anglais regardent de mauvais œil le nouvel empire germanique et nourrissent envers lui des sentiments d'hostilité à peine déguisés. La preuve de la vivacité de ces sentiments se voit chaque jour dans les journaux, dans les discours parlementaires en Angleterre ; mais le plus sûr indice en est encore dans les actes mêmes du gouvernement qui n'a point hésité, dans cette question du Schleswig qui n'a pas l'importance de la question italienne, à se déclarer en faveur du Danemark opprimé et à menacer d'une guerre la Prusse, l'Allemagne, si l'on ne suspendait pas les hostilités et si l'on n'acceptait pas la médiation proposée.

L'Angleterre considère aujourd'hui la question itatienne non pas comme intéressant TAutriche , mais

comme intéressant T Allemagne. Elle sait que Tempire d'Autriche ne peut plus subsister tel quel ; qu'il doit se transformer, et devenir un empire slave ou être absorbé par Tempire germanique. En aidant à ce qu'il soit exclu de ritalie , l'Angleterre n'affaiblit donc pas un ancien et puissant allié; elle ne fait que combattre la politique ambitieuse d'un empire rivai.

Si ces vues sont justes, si je ne suis pas dans l'erreur, personne ne contestera que les intérêts réels de l'Angleterre ne la portent à persister dans la médiation , et que nous ne puissions en conséquence être assurés delà sincérité de son concours. Vous savez tous que, quand ses intérêts sont engagés dans une cause, elle la soutient avec une ténacité et une énergie que nul peuple jusqu'ici n'a pu égaler.

Mais ma confiance dans l'Angleterre repose avant tout sur le caractère des hommes d'État qui la gouvernent, du chef du cabinet, lord John Russel, et du ministre des affaires étrangères, lord Palmerston. Lord John Russel est le ministre le plus libéral qu'il y ait on Europe. Depuis plus de trente ans, membre de l'opposition ou du ministère , il se montre fidèle h la cause de la liberté et du progrès, et se fait le champion des doctrines les plus généreuses. Le libéralisme de lord Palmerston ne peut inspirer la même confiance, mais en revanche on peut compter sur la rare fermeté de résolution dont il a donné des preuves répétées. Pour ne pas fatiguer la Chambre, je rappellerai seulement h son souvenir la révolution belge : la cause de la Hollande était alors très-populaire en Angleterre, soit parce que le royaume des Pays-Bas

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était en quelque sorte un ouvrage avancé de la diplomatie anglaise contre l'ambition française, soit parce que les Hollandais sont protestants et les Belges catholiques. Eh bien, en dépit de Topinion publique qui se prononçait hautement en faveur du vieux roi Guillaume , lord Palraerston soutint la cause belge, et cela non-seulement par des protocoles, mais par le blocus des ports de la Hollande, afin de forcer l'obstiné souverain à accepter les conditions de la médiation.

Je dis donc que le libéralisme de lord John Russel et la ténticité de lord Palmerston me fournissent de nouveaux motifs de croire à la sincérité de l'Angleterre, et de ne pas craindre que de tels hommes puissent se laisser circonvenir par les intrigues de cet homme d'État aujourd'hui proscrit dont les préopinants ont si bien . apprécié la politique*.

Quant h la France, je dirai également toute ma pensée. Je crois qu'elle désire vivement, loyalement l'indépendance de l'Italie; qu'elle est entrée de bonne foi dans la médiation , et qu'elle veut y persister. Mais je crois aussi que sa politique intérieure est extrêmement embarrassée, et que c'est ce qui rend son action moins courageuse qu'il ne faudrait, moins haute qu'il ne conviendrait à une aussi grande nation. L'opposition nous dit : (' Mais de la part de la France, ce qu'il faudrait, ce n'est pas une médiation, c'est une intervention. » J'en suis pleinement d'accord , et s'il était possible d'obtenir l'intervention française, j'aimerais à déchirer dès à présent

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