SUITE DE LA MÊME DISCUSSION
Séance du Sénat da 0 mai 1853.
... Ce n'est pas la religion seule qui a été invoquée contre le projet, c'est la liberté elle-même. On a dit que
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cette loi prive de sa liberté toute une classe de citoyens; qu'elle accomplit un grand acte de centralisation; qu'elle a le despotisme pour fin, sous des apparences libérales.
Il a été répondu à cela que le gouvernement n'entend, par la présente loi, lier ou gêner en rien la liberté des citoyens; qu'il ne prétend en aucune façon défendre qu'on s'associe pour vivre sous telles ou telles règles religieuses ; qu'il ne veut aucunement frapper d'une pénalité les personnes qui voudront pratiquer les maximes de la vie monacale. Tout en reconnaissant l'inutilité, le caractère nuisible des ordres qui ont sun^écu au moyen âge, le gouvernement croit qu'une fois qu'on leur aura ôté la personnalité civile, ils ne pourront pins exercer une influence morale ni prendre un développement dont l'État ait à s'inquiéter. As>ociés, les membres de ces ordres nuisent directement à la société ; il en est autrement s'ils sont isolés. Leur action fâcheuse, telle que j'ai dû la décrire au Sénat, a sa source dans Tensemble ^ de leurs institutions, dans l'esprit commun qui les dirige, dans l'extension qu'ils ont acquise. Je repousserais sans hésitation le projet si j'y voyais quelque atteinte à la lib.Tté des citoyens...
Une autre crainte encore a été manifestée; c'est que cette loi, en sanctionnant le principe de la liberté d'association, ne fasse surgir des congrégations religieuses en beaucoup plus grand nombre que nous n'en avons aujourd'hui; comme exemples, on nous a cité la Belgique et la France. Je réponds que nous sommes contraires non à toutes les congrégations religieuses, mais
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à celles qui ne répondent plus à l'esprit et aux besoins de notre temps, à celles qui, établies à d'autres époques, ont rempli Toffice voulu par leurs fondateurs et se trouvent aujourd'hui en opposition directe avec l'état de la société soit civile, soit religieuse. S'il est des besoins, dans la société actuelle, qui réclament la formation de confréries religieuses, si celles-ci se constituent spontanément et librement, loin d'y voir un mal , nous l'envisagerons comme un véritable progrès. Si la loi en question doit faire qu'au lieu de capucins et de mineurs-observants, nous ayons de nouvelles congrégations de sœurs de charité, de sœurs de Saint-Joseph, nous croirons avoir accompli l'œuvre la plus sainte qui fût en. notre pouvoir.
Je n'ignore pas que la liberté, en fait de sociétés religieuses, peut faire naiire des abus ; on est allé, à cet égard, en Belgique et en France, au jdelà des bornes de la raison ; mais je n'en suis ni étonné ni effrayé. A une révolution terrible contre les idées religieuses succède une réaction religieuse qui peut excéder les limites du raisonnable; mais je suis certain que la liberté elle-même tempérera les effets excessifs de cette réaction, et qu'avec le temps, bientôt peut-être, celles d'entre les congrégations religieuses qui sont les filles de la liberté rentreront dans des voies où elles seront utiles à la société civile.