‹ Œuvre parlementaire du comte de CavourChapitre 31 sur 69 · SUITE DE LA MÊME DISCUSSION · texte numérisé non relu

SUITE DE LA MÊME DISCUSSION

Séance du Sénat dn 22 mai 1835.

Je ne puis laisser passer sans réponse — ou, pour mieux dire, sans une protestation solennelle — ce que vient de dire Thonorable maréchal de Latour. 11 a assuré que les masses s*opposaient de tout leur pouvoir à Tadoption de cette loi. En vérité, je trouve étrange que le représentant de l'opinion ultra-conservatrice dans cette enceinte fasse appel au pouvoir des masses. Déjà une autre fois, au commencement de cette session, en invitant le ministère à proposer Tabolition de la loi sur le libre échange, il m'a menacé de la fureur populaire. Je répondis que , fidèle aux principes que j'avais toujours professés et que le Sénat avait consacrés, je m'inquiétais peu de la colère des masses , et que je saurais au besoin lui résister. Je répète cette déclaration aujourd'hui. Je sais bien qu'il y a une partie de la population qui est opposée à cette loi ; je dirai plus, je sais qu'on cherche à soulever la population contre cette loi, par des moyens légaux et extra-légaux. . . (Applaudissement des tribunes.)

Le sénateur de Latour. Tenez, la voilà la pression des masses 1

Cavour. Je n'ai pas interrompu l'honorable maréchal, je le prie donc de me laisser continuer. Ces excitations

^ OEUVRE PAULEMENTAIRE

n'empêchent pas le gouvernement et n'empêcheront pas le Parlement d'accomplir une réforme qu'ils croient hautement utile aux intérêts du pays. L'agitation présente n'est d'ailleurs que factice, on ne l'a organisée que pour entraver la votation de la loi, et je suis très-assuré que, la loi une fois votée par le Parlement et sanctionnée par le roi, toute agitation disparaîtra à l'instant. (Très-bien I)

J'ai à faire une seconde protestation, plus énergique encore. L'honorable maréchcrl a dit que cette loi pourrait avoir des suites funestes pour nos relations avec l'eitérieur, les puissances européennes devant, selon lui, juger sévèrement notre conduite dans cette circonstance. Les puissances suivront ou ne suivront pas les conseils de l'honorable maréchal ; elles seront dans leur plein droit tant qu'elles désapprouveront notre conduite sans dépas^ ser la limite de la simple désapprobation. Mais l'orateur est allé plus loin ; il a dit que notre politique pourrait provoquer une intervention légitime des puissances étrangères, au nom de la religion catholique. Contre une telle doctrine je proteste de tontes mes forces, et je déclare — la majorité des adversaires mêmes de la loi sera d'accord avec moi là-dessus — je déclare que l'honorable maréchal a commis une hérésie politique en avançant que les puissances étrangères ont le droit d'intervenir, au nom de la religion , dans des questions tout intérieures. (Vifs applaudissements.) Comme ministre des affaires étrangères, je repousse absolument une maxime attentatoire aux droits et à la dignité du pays.

L'honorable maréchal cite la guerre d'Orient,

allumée par une question religieuse; l'txemple ne pou-

vait pas être plus mal choisi. Pourquoi la guerre se faitelle? Parce que la Russie, sous prétexte de religion, a voulu se mêler des affaires intérieures de la Turquie, parce qu'elle a voulu intervenir au nom de la religion grecque comme Thonorable maréchal pense qu'on pourrait intervenir chez nous au nom de la religion catholique. Toute TEurope civilisée , les puissances qui sont restées neutres jusqu'ici aussi bien que les puissances belligérantes, se sont élevées contre une telle prétention, qui serait mortelle pour la liberté et l'indépendance des peuples, et qui doit être stigmatisée par l'immense majorité de cette noble et illustre assemblée. (Bien.)

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