SUR LE CONGRÈS DE PARIS
En apprenant que la prise de Sébastopol était le dernier acte du drame de Crimée, les Italiens éprouvèrent une déception générale. L'affranchissement de Tltalie, comme celui de la Pologne, tombait de nouveau dans le domaine de ces rêves que la révolution seule prétendait être capable de réaliser, et il nous fallait renoncer pour cette fois à voir les traités de 1815 modifiés dans leurs dispositions essentielles.
La politique hardie de la Sardaigne, l'honneur que ses soldats venaient de se faire à Traktir , les sympathies que TEurope manifestait pour elle, avaient, sans nul doute, fortement influé sur les déterminations prises par le cabinet de Vienne dans les derniers temps de la guerre. Cessant enûn de temporiser, le gouvernement autrichien se posa soudainement en médiateur armé, et contraignit la Russie à accepter des propositions de paix présentées, pour ainsi dire, sur la pointe des baïonnettes. Cette attitude allait donner à l'Autriche une grande influence dans les négociations, et rendait extrêmement diflicile la position de la Sardaigne.
Celle-ci n'avait pris aucune part aux conférences préliminaires de Vienne ; le choix de la capitale où allaient s'ouvrir les conférences définitives était chose très-importante , surtout pour elle. L'Angleterre ne se souciant pas de réunir à
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Londres les représentants des puissances intéressées. Ton tomba d'accord sur Paris.
Il restait à voir quelle serait la part des représentants d'une puissance de deuxième ordre au milieu de cette pentarchiequi, depuis 1815, avait donné une forme oligarchique au gouvernement de l'Europe. M. Massimo d'Azeglio, qui venait d'accompagner avec le comte de Cavour le roi Victor- Emmanuel dans sa visite aux souverains de France et d'Angleterre, avait été d'abord désigné pour représenter le Piémont au congrès de Paris. Cependant, soit qu'il craignît de ne pas obtenir pour la Sardaigne un rang convenable parmi les puissances représentées, soit, comme il est plutôt à supposer, qu'il crût devoir laisser au président du conseil la haute tâche de prendre part aux conférences, M. Massimo d'Azeglio resta à Turin, et le comte de Cavour partit pour Paris. A son arrivée, d'accord avec notre ministre à Paris» M. de Villamarina, il eut pour premier soin d'établir nettement sa position : l'on décida , dans une des premières conférences, que les représentants de la Sardaigne siégeraient an congrès à des titres égaux à ceux des autres puissances, et Ton s'en remit à leur prudence quant à la part qu'ils prendraient à la discussion des questions qui ne toucheraient ni directement ni indirectement aux intérêts de la Sardaigne. Ce premier résultat était dû à l'appui loyal de la France et de' l'Angleterre. En réponse à des objections du comte Buol , lord Clarendon avait déclaré que la distinction entre les grandes et les petites puissances n'était point de mise dans un congrès où il s'agissait avant tout d'une paix à conclure entre les États belligérants.
Ce serait empiéter sur l'histoire que d'expliquer la part prise par le comte de Cavour à la discussion des différentes questions qui furent traitées au congrès de Paris. On se bornera donc ici à soulever discrètement un coin du voile qui couvre les négociations purement officieuses auxquelles donna lieu la question italienne.
Disons tout d'abord que la manière franche et dégagée du comte de Cavour , sa conversation spirituelle , son ton à la fois hardi et conciliant, rendirent ses rapports faciles avec les plénipotentiaires de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse et de la Turquie , ainsi qu'avec d'autres hauts personnages. Il eut même avec le nonce des causeries tout à fait amicales. Nous lisons dans une de ses lettres datées de Paris : « J'ai eu une longue conversation avec le nonce sur nos différends avec le saint-siége. 11 a fait appel à mes principes libéraux en faveur de la cause des moines I Je lui ai répondu par des théories du droit canon. Cela vous prouvera que nous avons déraisonné tous les deux. » Les relations des plénipotentiaires sardes avec ceux de l'Autriche étaient naturellement plus réservées : cependant elles furent toujours telles que la convenance pouvait l'exiger. Avec les Russes, et particulièrement avec le comte Orloff, le comte de Cavour se trouva tout de suite dans les meilleurs termes. Comme l'envoyé russe exprimait le regret que la différence de religion eût empêché un mariage entre le duc de Gênes et une princesse de la famille impériale de Russie , le comte de Cavour lui répondit que cela était d'autant plus regrettable, que, si ce mariage se fût conclu, la Russie apparemment n'aurait pas refusé de reconnaître l'avènement de Victor-Emmanuel au trône de Sardaigne. Là-dessus, le comte Orloff donna à entendre que c'avait été pour se rendre agréable à l'Autriche que la Russie s'était montrée si peu aimable pour la Sardaigne depuis 18i!i8, et qu'elle n'avait pas lieu d*être très-satisfaite des conséquences qui s'en étaient suivies. Mais nous ne devons pas céder à la tentation de reproduire toutes les anecdotes racontées dans la spirituelle correspondance du comte de Cavour pendant son séjour à Paris.
Indiquons seulement en peu de mots les efforts qu'il fit pour améliorer la situation de l'Italie. Dès le mois de janvier 1856 il avait adressé à l'empereur un mémoire sur la situation de la péninsule : après y avoir résumé avec une
éloquente rapidité les maux de l'Italie, le comte de Cavour, reconnaissant qu'il était impossible pour le moment de procéder à des remaniements territoriaux, concluait ainsi : c( L'empereur peut rendre d'immenses services à l'Italie. pour laquelle il a déjà tant fait : 1® en amenant l'Autriche à rendre justice au Piémont et à tenir les engagements qu'elle a contractés avec lui; 2^ en obtenant d'elle un adoucissement au régime qui pèse sur la Lombardie et la Vénétie; 3*» en forçant le roi deNaples à ne plus scandaliser l'Europe civilisée par une conduite contraire à tous les principes de la justice et de l'équité; k^ enfin en rétablissant l'équilibre en Italie tel qu'il a été établi par les traités de Vienne, c'est-à-dire en rendant possible le retrait des troupes autrichiennes des Légations et de la Romagne, soit en plaçant ces provinces sous un prince séculier, soit en leur procurant les bienfaits d'une administration laïque et indépendante. »
Pour bien comprendre ces propositions, il faut se rappeler que ritalie était tombée peu à peu dans une situation dix fois pire qu'elle n'aurait dû l'être d'après le texte même des traités de 1815. Depuis de longues années l'Autriche occupait militairement les Légations, et ses généraux y exerçaient avec toute la rudesse du régime militaire les droits judiciaires et administratifs qui appartiennent à l'essence même de tout gouvernement. Ferrare et Plaisance avaient été fortifiées par elle contre l'esprit des traités, et, de la sorte, ses forces dominaient de tout côté la ligne du Pô jusqu'à la mer Adriatique, devenue à peu près un lac autrichien. Des traités secrets avaient presque réduit les duchés de Parme et de Modène à l'état de provinces autrichiennes, et l'influence du cabinet de Vienne à Florence etàNaples était prépondérante au point que ces deux gouvernements n'auraient pu revenir à des institutions libérales, quand même ils l'eussent voulu.
La France et l'Angleterre reconnaissaient que cet état de choses était contrafre au droit public établi. L'Angleterre surtout était disposée à exiger l'évacuation des Romagnes
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par les troupes autrichiennes. Comme îl était à prévoir qu'aussitôt après le départ de celles-ci les populations des Romagnes s'insurgeraient en masse contre les autorités pontificales, le comte de Cavour imagina pour les Légations un projet de séparation administrative des autres États du saintsiége. Le pape aurait conservé dans les Légations la haute souveraineté : mais il en aurait confié l'administration à un vicaire nommé soit à vie, soit pour dix ans, qui aurait rétabli dans ces provinces le régime dont elles avaient joui avant 1815 lorsqu'elles faisaient partie intégrante du royaume d'Italie. La garnison française, installée à Rome depuis 1849, se serait retirée en même temps que les Autrichiens , et les Français se seraient bornés à occuper provisoirement Bologne jusqu'à ce que le nouveau régime y eût été complètement assis. Ce projet fut vivement approuvé par l'Angleterre. Le gouvernement français se borna à le prendre en considération. Mais les rapports plus intimes qui se formèrent entre l'empereur et le saint-siége, après la naissance du prince impérial, dont le pape fut le parrain, mirent obstacle à l'acceptation des idées de M. de Cavour.
D'autres combinaisons furent proposées par lui, d'après lesquelles les maisons de Parme et de Modène auraient trouvé dans le bassin du Danube des compensations pour la perte de leurs États en Italie. Mais ces combinaisons n'eurent pas l'appui de l'Angleterre, et rencontrèrent chez les autres puissances des difficultés insurmontables.
Il fallait cependant empêcher à tout prix que la question italienne ne restât ensevelie dans l'oubli. Le comte de Cavour n'eut pas de peine à faire sentir que la réunion d'un congrès européen dans lequel le nom de l'Italie ne serait pas même* prononcé , aurait pour l'Autriche la valeur d'une sanction légale donnée à ses usurpations; que le parti révolutionnaire, fortifié par l'insuccès de toutes les tentatives régulières et conformes au droit des gens, gagnerait en influence sur les populations italiennes, et que M. Mazzini unirait par
DU COUtTK DIS CAVOUR. m
devenir auprès d'elles le représentant du sentiment national. A défaut d'autres améliorations dans le reste de l'Italie, et en présence de « l'impossibilité d'une réforme complète du gouvernement pontifical , qui réponde aux besoins du temps et aux vœux raisonnables des populations , » on pouvait parer aux premiers dangers en séparant administrât!'yement des États pontificaux les provinces les plus agitées et les plus malheureuses, a Sans se flatter que cette combi* naison pût durer éternellement, » on pouvait pacifier ainsi les populations et assurer aux puissances alliées une influence bienfaisante au cœur de la péninsule. Ces raisons, éloquemment exposées dans une note verbale du 27 mars, qui a été publiée dans le temps, décidèrent l'Empereur à consentir à ce que le comte Walewski appelât l'attention du congrès sur les afl'aires de l'Italie.
Ce fut dans la séance du 8 avril que cette discussion eut lieu. Le président du congrès fut chaleureusement appuyé par lord Clarendon. Malheureusement on parla en même temps, non-seulement de Naples et des Légations, mais aussi de la situation embarrassée de la Grèce et de quelques intempérances de la presse belge. Il en advint que les plénipotentiaires de l'Autriche purent se retrancher derrière le défaut d'instructions et de pouvoirs, et que les représentants de la Prusse et de la Russie se refusèrent à entrer dans une discussion où venaient s'entremêler d'autres intérêts qu'ils avaient fort à cœur.
Le comte de Cavour voulut au moins protester contre les fins de non-recevoir mises en avant par l'Autriche; il écrivit dans ce dessein la note décisive du 16 avril, qu'il est néces- •saire de placer ici, tant elle jette de lumière sur les événements qui suivirent ^
i. Note adressée à lord Clarendon et au comte Waiewskt
le 46 avril i8S6.
La» BOQMlgnés, plénipotentiaires de S. M. le roi de Sardaigne, pleins de confiance dant le« lentiments de Justice des goiiTerneoienta de Fhmce
Le comte de Cavour fut donc obligé de revenir de Paris sans avoir dans sa poche, ainsi qu'il récrivait à un anû, le moindre petit duché. La conclusion de la correspondance très-active qu'il avait eue pendant le congrès avec ses collégués de Turin, surtout avec M. Rattazzi, était que la guerre avec l'Autriche, et une guerre à mort, the war to the knife, était nécessaire. Un instant, en présence de la difficulté de rien obtenir de positif et d'immédiat « il avait cru qu'il se-
et d'Angleterre et dans Tamitié qu'ils professent pour le Piémont, n'ont cessé d'espérer, depuis l'ouverture des conférences, que le congrès de Paris ne se séparerait pas sans avoir pris en sérieuse considération l'état de l'Italie, et avisé aux moyens d'y porter remède en rétablissant l'équilibre politique, troublé par l'occupation d'une grande partie des provinces de la péninsule par des troupes étrangères.
Sûrs du concours de leurs alliés, ils répugnaient à croire qu'aucune des autres puissances , après avoir témoigné un intérêt si vif et si généreux pour le sort des chrétiens d'Orient appartenant aux races slave et grecque, refuserait de s'occuper des peuples de race latine, encore plus malheureux parce que, à raison du degré de civilisation avancée qu'ils ont atteint, ils sentent plus vivement les conséquences d'un mauvais gouvernement.
Cet espoir a été déçu. Malgré le bon vouloir de l'Angleterre et de la France, malgré leurs efforts bienveillants, la persistance de l'Autriche à exiger que les discussions du congrès demeurassent strictement circonscrites dans la sphère de questions qui avait été tracée avant sa réunion , est cause que cette assemblée , sur laquelle les yeux de toule l'Europe sont tournés, va se dissoudre, non-seulement sans qu'il ait été apporté le moindre adoucissement aux maux de l'Italie, mais sans avoir fait briller au delà des Alpes un éclair d'espérance dans l'avenir, propre à calmer les esprits et à leur faire supporter avec résignation le présent.
La position spéciale occupée par l'Autriche dans le sein du congrès rendait peut-être inévitable ce résultat déplorable. Les plénipotentiaires sardes sont forcés de le reconnaître. Aussi, sans adresser le moindre reproche à leurs alliés, ils croient de leur devoir d'appeler leur sérieuse attention sur la conséquence f&cheuse qu'il peut avoir pour l'Europe , pour l'Italie et spécialement pour la Sardaigne.
Il serait superflu de tracer ici un tableau exact de l'Italie. Ce qui se
passe dans ces contrées depuis bien des années est trop notoire. Le sys-
ème de compression et de réaction violente inauguré en 1848 et 1849,
rait obligé de se retirer du ministère, a Je ne sais, écrivaitil le 17 mars à M. Gastelli, si ma mission aboutira à quelque chose; mais, si cela arrive, ce ne sera pas faute de m'être remué dans tous les sens. Malgré cela , je n'en serai pas moins condamné par tous les partis. J'y suis résigne d'avarice. Les fatigues du grand monde, auxquelles je suis condamné, m'ont admirablement prédisposé à goûter les douceurs de la vie champêtre. Ainsi je vous prie, mon cher
que Justifiaient peut-être à son origine les troubles révolutionnaires qui venaient d*être comprimés, dure sans le moindre adoucissement; on peut même dire que, sauf quelques exceptions, il est pratiqué avec un redoublement de rigueur. Jamais les prisons et les bagnes n*ont été plus remplis de condamnés pour cause politique ; jamais le nombre des proscrits n*a été plus considérable; jamais la police n*a été plus tracassiëre, ni l*état de siège plus durement appliqué. Ce qui se passe à Parme no le prouve que trop.
De tels moyens de gouvernement doivent nécessairement maintenir les populations dans un état d'irritation constante et de fermentation révolutionnaire.
Tel est Tétat de Tltalie depuis sept ans.
Toutefois, dans ces derniers temps, Tagitation populaire paraissait 8*être calmée. Les Italiens, voyant un des princes nationaux coalisé avec les grandes puissances occidentales pour faire triompher les principes du droit et de la justice et améliorer le sort de leurs co-religionnaires en Orient , conçurent Tespoir que la paix ne se ferait pas sans qu*un soulagement fût apporté à leurs maux. Cet espoir les rendit calmes et résignés. Mais lorsqu'ils connaîtront le résultat négatif du congrès de Paris, lorsqu'ils sauront que TAutricbe, malgré les bons offices et l'intervention bienveillante de la France et de l'Angleterre, s'est refusée à toute discussion, qu'elle n'a pas même voulu se prêter à l'examen des moyens propres à porter remède à un si triste état de choses, il n'est pas douteux que l'irritation assoupie se réveillera parmi eux plus violente que jamais. Convaincus de n'avoir plus rien à attendre de la diplomatie et des efforts des puissances qui s'intéressent à leur sort, ils se rejetteront avec l'ardeur méridionale dans les rangs du parti révolutionnaire et subversif, et l'Italie redeviendra un foyer ardent de conspirations et de désordres que l'on comprimera peut-être par un redoublement de rigueur, mais que la moindre commotion européenne fera éclater de la manière la plus violente. Un état de choses aussi f&cheux, s'il mérite de fixer l'attention des gouvernements de la France et de l'An-
^» GEUVRB PARLEMBNtAIRfi
amf , de ne pas vous inquiéter si à mon retour une entorse donnée par la Chambre me force à me retirer. Après cinq ans et demi de ministère et trois ans de journalisme, le repos ne peut qu'être le bien-venu. Je vois souvent Bixio, qui nous est resté bien attaché... » Bientôt cependant il reprit courage. H écrivait à la môme personne le 28 mars : « Les conférences touchent à leur terme. Sans elles seraient
gleterre , intéressés également au maintien de Tordre et au développement régulier de la civilisation, doit naturellement occuper au plus hnnt degré le gouvernement du roi de Sardaigne. Le réveil des passionii révo* lutionnaires dans toutes les contrées qui entourent le Piémont, par Teffet de causes de nature à exciter les plus vives sympathies populaires, Texpose à des dangers d'une excessive gravité qui peuvent compromettre cette politique ferme et modérée qui a eu de si heureux résultats à rintérieur et lui a valu la sympathie et Testime de rEiirope éclairée.
Mais ce n'est pas là le seul danger qui menace la Sardaigne. Un plus grand encore est la conséquence des moyens que TAutriche emploie pour comprimer la fermentation révolutionnaire en Italie. Appelée par les souverains des petits États de Tltalie, impuissante à contenir le mécontentement de leurs sujets, cette puissance occupe militairement la plus grande partie de la vallée du Pô et de Tltalie centrale, et aon influence se fait sentir d'une manière irrésistible sur les pays mêmes où elle n'a pas de soldats. Appuyées d'un côté à Ferrare et à Bologne, ses troupes s'étendent jusqu'à Ancùne, le long de l'Adriatique, devenu en quelque sorte un lac autrichien; de l'autre, maîtresse de Plaisance que, contrairement à l'esprit sinon à la lettre des traités de Vienne, elle tra* vaille à transformer en place de premier ordre, elle a garnison à Parme, et se dispose à déployer ses forces tout le long de la frontière sarde, du Pô au sommet des Apennins.
Ces occupations permanentes, par l'Autriche, de territoires qui ne lui appartiennent pas, la rendent la maîtresse absolue de presque toute Tltalii^, détruisent l'équilibre établi par le traité de Vienne, et sont une menace continuelle pour le Piémont.
Cerné en quelque sorte de toute part par les Autrichiens, voyant se développer sur sa frontière orientale, complètement ouverte, les forces d'une puissance qu'il sait ne pas être animée de sentiments bienveillants à son égard, ce pays est tenu dans un état constant d'appréhension qui l'oblige à demeurer armé et à des mesures défensives excessivement onéreuses pour ses finances, obérées déjà par suite des événements de 1&48 et 1849 et de la guerre à laquelle il vient de participer.
DO COMtE DB CAVOUR. Ml
finies depuis longtemps. Nous ne gagnerons rien matériellement, mais nous aurons gagné une chose, c*est que la France et l'Angleterre auront reconnu : 1*» que l'état actuel de l'Italie est intolérable; 2® qu'il n'y a que le Piémont qui puisse régénérer l'Italie. Ne voulant pas, pour le moment, faire la guerre à l'Autriche, on ne peut absolument opérer un remaniement territorial quelconque. L'empereur a mis en avant
Les faits que les soussignés viennent d^exposer suffisent pour faire apprécier les dangers de la position où le gouvernement du roi de Sardaigne se trouve placé.
Troublé à Tiotérieur par Taction des passions révolutionnaires suscitées tout autour de lui par un système de compression violente et par Toccupation étrangère, menacé par Textension de puissance de TAutriche, il peut d'un moment à Tautre être forcé par une inévitable nécessité à adopter des mesures extrêmes dont il est impossible de calculer les conséquences.
Les soussignés ne doutent pas qu'un tel état de choses n'excite la sollicitude des gouvernements d'Angleterre et de France, non-seulement à cause de l'amitié sincère et de la sympathie réelle que ces puissances professent pour le souverain qui seul entre tous, dans le moment où le succès était le plus incertain , s'est déclaré ouvertement en leur faveur, mais surtout parce qu'il constitue un véritable danger pour l'Europe.
La Sardaigne est le seul Ktat de l'Italie qui ait pu élever une barrière infranchissable à l'esprit révolutionnaire, et demeurer en même temps indépendant de l'Autriche : c'est le seul contre-poids à son influence envahissante.
Si la Sardaigne succombait épuisée de force?^, abandonnée de ses alliés, si elle aussi était contrainte de subir la domination autrichienne, alors la conquête de l'Italie par cette puissance serait achevée; et l'Autriche, après avoir obtenu sans quMl lui coûtât le moindre sacrifice l'immense bienfait de la liberté de la navigation du Danube et de la neutralisation de la mer Noire, acquerrait une influence prépondérante en Occident.
C'est ce que la France et l'Angleterre ne sauraient vouloir , c'est ce qu'elles ne permettront jamais.
Aussi les soussignés sont convaincus que les cabinets de Londres et de Paris, prenant en sérieuse considération l'état de l'Italie, aviseront, de concert avec la Sardaigne, aux moyens d'y porter un remède eflicace.
Paris, ce 10 avril 1830.