SUR LE PROJET DE LOI CONFÉRANT AU ROI LES PLEINS POUVOIRS
La pièce suivante marque Tune des dates les plus importantes de la vie du comte de Cavour et de l'histoire de l'Italie.
La brillante guerre de Lombardie a été précédée d'une campagne diplomatique dont il serait trop long de rapporter ici tous les incidents. Voici sommairement ce qui venait de se passer en Europe au moment où les hostilités commencèrent.
L'Angleterre et la Prusse avaient fait tous les efforts imaginables pour les prévenir. Le cabinet de lord Derby, en possession du pouvoir depuis l'affaire d'Orsini, s'était rapproché de l'Autriche autant que le lui avait permis l'opinion du peuple anglais, très-favorable à l'Italie. Après avoir, dans un discours au Parlement, blâmé directement ce qu'il appelait la politique révolutionnaire du Piémont, lord Derby avait fait demander au comte de Cavour quels moyens lui paraissaient pouvoir être adoptés pour améliorer le sort de l'Italie. On mémorandum du i" mars, publié dans le temps, répondit à cette question. Il est à présumer que les conclusions qui y étaient formulées servirent de base à la mission ofllcieuse de lord Cowley à Vienne. A peine ce diplomate était-il
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de reloiir à Paris, que la Russie proposa de soumettre à un congrès les affaires d'Italie. L'Autriche pendant ce temps avait continué ses préparatifs militaires, envoyé en Lombardie ses bataillons de frontières, et rappelé tous les soldats en congé ; la proposition de la Russie ne lui convenait donc en aucune façon. Elle ne négligea rien pour la faire échouer, et alla jusqu'à mettre sur le tapis une évacuation immédiate du territoire du «aint-siége par les troupes françaises et autrichiennes. Le comte de Cavour dut faire remarquer, dans une dépêche adressée au ministre de Sardaigne à Londres , que cette retraite ne devait avoir pour effet que de jeter les provinces pontificales dans un état de désordre qui justifierait des interventions nouvelles.
Voyant que la convocation d'un congrès était acceptée de tout le monde, l'Autriche finit par y adhérer, mais à la condition que le Piémont en serait exclu, ce qui fut admis par les puissances, malgré nos efforts.
Elle prétendit ensuite que le Piémont commençât par désarmer. L'Angleterre appuya cette prétention en offrant au Piémont sa propre garantie et celle de la Prusse contre toute agression de la part de l'Autriche. Mais, comme l'Autriche avait été la première à armer, le comte de Cavour jugea que la dignité du Piémont, entre autres considérations, lui interdisait de désarmer le premier. 11 proposa seulement que les deux armées se tinssent à une distance égale de la frontière pour prévenir toute agression accidentelle. Le cabinet de Vienne n'y consentit pas, et riposta, cette fois, par un projet de désarmement général.
L'Angleterre appuya vivement ce nouvel expédient. La France y acquiesça en principe , réservant au congrès d'en régler l'exécution. Quant à la Sardaigne, si l'on n'eût pas persisté à l'exclure du congrès, elle eût pu suivre l'exemple de la France : mais l'isolement même auquel on la Condamnait lui défendait d'accéder au principe du désarmement. Néanmoins, le comte de Cavour promit que si l'An-
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triche cessait d'envoyer de nouvelles troupes en Italie, lo Piémont n'appellerait pas sous les armes les réserves, ne mobiliserait pas son armée et ne ferait pas quitter à ses troupes les positions purement défensives qu'elles occupaient depuis trois mois.
L'Angleterre en vint alors à admettre qu'un plénipotentiaire sarde assistât au congrès, niais uniquement pour traiter la question de désarmement. Cette restriction injuste et blessante pour le Piémont fut également repoussée par M. de Cavour. Le cabinet de Saint-James proposa enfin le désarmement simultané, à la condition que la Sardaigne et les autres États italiens seraient admis au congrès sur les bases adoptées au congrès de Laybach, c'est-à-dire sur le pied d'une parfaite égalité entre toutes les puissances. Le comte de Cavour accepta. Sa réponse fut adressée le 17 avril aux ministres d'Angleterre et de Prusse à Turin ; elle fut en outre publiée dans le journal officiel ; elle était donc connue à Vienne lorsque le cabinet autrichien, jetant le masque, lança son ultimatum daté du 19 avril, auquel le comte de Cavour répliqua le 26, dans une note remise le soir mCMue à l'envoyé, M. de Kellersperg,
Pendant les trois jours fixés par l'ultimatum, le cabinet anglais fit un dernier effort pour arrêter les hostilités. Après avoir protesté, comme le firent la Prusse et la Russie, contre la détermination de l'Autriche , lord Malmesbury ordonna au ministre anglais à Berne de se rendre au camp du maréchal Giulay pour l'engager à attendre de nouveaux ordres avant de passer le Tessin. Le comte de Cavour craignit un moment que les menaces autrichiennes ne fussent pas exécutées. Ce fut avec une joie indicible qu'il apprit que le territoire piémontais était envahi. L'Autriche avait enfin déchiré elle-même ces traités de 1815 qui , violés maintes fois par elle à son profit, étaient cependant encore, au commencement de 1859, les tables d'airain de la servitude de l'Italie.
DU COMTK DE CAVOUR. MVA