ET DU DROIT D'ASILE
Le comte de Cavour ne joua pas un rôle important dans les événements de 1849. Regardé comme trop modéré par le paiti démocratique qui triompha aux élections de janvier 1849, il fut, à cette époque, exclu de la Chambre par les électeurs de Turin , et ne redevint député qu'aux élections générales du mois de décembre de la même année , lorsque la Chambre qui refusait d'approuver les conditions de la paix avec TAutriche eut été dissoute par le Roi.
C'est dans la discussion sur les juridictions ecclésiastiques, en mars 1850, que la figure de l'homme d'État commence à se dessiner. La thèse qu'il soutint à ce propos donna sujet de l'accuser d'avoir changé de parti, et cette accusation fut n'pétée plusieurs fois contre lui dans le cours de sa carrière. La vérité est que le comte de Cavour s'était trouvé, en 1 848 et 1849, en désaccord, sur des questions relatives à la guerre, avec des hommes qui partageaient du reste ses idées sur les réformes que le Piémont aurait à accomplir en temps de paix. Le comte de Cavour faisait partie de la droite pendant la crise de 1848, parce que la droite cherchait alors à con-
tenir, à modérer les impatiences et les témérités du parti avancé; il se sépara de la droite après Novare, parce qu'elle voulait empêcher jusqu'à ces progrès élémentaires sans lesquels la Constitution ne pouvait être qu'une lettre morte. <( En iSkS et 18/|9, disait-il plus tard à la Chambre , bien que je ne fusse pas de l'avis de mon honorable ami Rattazzi sur la question de la guerre, nous étions d'accord sur beaucoup d'autres points : la liberté de la presse et la loi électorale, par exemple. Après la paix, il ne s'est plus agi que de questions intérieures : rien ne nous séparait plus. Lorsque le ministre d'Azeglio, dont j'étais le chaud partisan, eut dissous la Chambre et fait un nouvel appel aux électeurs, le résultat des nouvelles élections donna au cabinet une majorité considérable. En ma qualité de journaliste, j'étais un peu au fait de ce qui se passait derrière le rideau de la scène politique ; je vis que le danger le plus grand , pour le ministère et pour le pays, était que le pouvoir cherchât à abuser en quelque manière de cette majorité pour faire un pas en arrière. A peine les élections furent-elles achevées, qu'il parut dans le Risorgimento que je dirigeais un article qui commençait par ces mots : u Ne touchez pas à la presse ! » Cette attitude énergiquement libérale prise dans le journalisme, le comte de Cavour la prit également à la Chambre, notamment dans la discussion du projet dont il s'agit ici.
Le projet de loi pour l'abolition des juridictions ecclésiastiques et du droit d'asile , présenté par le comte Siccardi , répondait aux justes réclamations de l'opinion publique. L'égalité devant la loi et l'abolition des tribunaux exceptionnels, prononcées en principe par le Statut, impliquaient nécessairement cette réforme. De longues négociations avec le pape , continuées avec persévérance , n'avaient abouti à rien. Aussi la proposition du comte Siccardi fut-elle accueillie généralement avec une extrême faveur. La discussion de ce projet s'ouvrit à la Chambre le 6 mars.
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et qu'il faut atlendre une période de calme plus réel. Je réponds aux premiers que c'est justement quand la tranquillité règne que les véritables hommes d'État pensent aux réformes utiles ; celles-ci se font alors beaucoup mieux, et avec plus de dignité de la part du gouverne-
ment, que lorsque le pays est en fièvre et que les partis exploitent l'agitation publique pour les obtenir. (Trèsbien!)
A ceux qui veulent, avec l'honorable Balbo, attendre des jours plus tranquilles, je dirai que, sans être alarmiste, je ne crois pas prudent de renvoyer ces mesures jusqu'à l'époque où le calme serait devenu parfait. Je ne suis pas de ceux qui voient partout des sujets de troubles, et qui pensent que nos frontières soient sans cesse menacées ; mais je ne suis pas non plus de ces optimistes qui se croient entrés dans une ère de paix illimitée; et, selon moi, attendre dans un espoir semblable, ce serait s'exposer à attendre toujours.
Le comte Balbo nous cite l'Angleterre, où les changements politiques mûrissent avec lenteur, où la réforme électorale a été débattue cinquante ans. De bonne foi, croit-il notre constitution arrivée déjà à la solidité de la constitution anglaise, et qu'une réforme comme celle qui nous occupe puisse être renvoyée à cinquante ans d'ici? On peut prévoir, je le répète, sinon la probabilité, du moins la possibilité d'orages futurs; eh bien, le meilleur moyen de se préparer à les affronter, c'est de réformer pendant que tout est en paix et qu'il n'existe pas de pression de la part des partis extrêmes. Pour diminuer les forces de ces partis , vous n'avez rien de meilleur à
faire que de leur ôler celte arme puissante qu'ils peuvent trouver dans la conservation d'abus injustifiables. C'est un grand avantage que de se prévaloir d'une cause juste y même quand elle ne.sert que de prétexte. Soit donc qu'on regarde le moment présent comme trop tranquille ou comme trop agité, je dis toujours que c'est s'exposer à se trouver au dépourvu dans des temps beaucoup plus critiques, que de s'arrêter maintenant à de nouveaux essais de négociations avec Rome . ( Approbation générale.)
Certes je m'associerais à ceux qui blâment le ministère si, avant de nous présenter cette loi, il n'avait pas fait des démarches auprès du saint-siége et cherché à obtenir son concours ; mais tout le monde sait que ces négociations durent depuis 1848. Depuis le jour où, à cette époque, le comte Sclopis, alors garde des. sceaux, annonçait qu'elles venaient d'être ouvertes, je ne crois pas qu'elles aient été jamais interrompues. Nous avons eu à Rome bien des envoyés de divers caractères , officiels et non officiels, laïques et prêtres, magistrats et prélats, tous hommes de premier mérite, et qui sont tous revenus sans avoir rien pu obtenir.
Le comte Balbo me permettra de lui dire que, selon ma conviction profonde, il nous serait impossible, dans les circonstances présentes, d'obtenir par des négociations un concordat tel que le comporteraient l'esprit moderne et les principes de notre Statut. Je suis loin, messieurs, d'oublier le respect dû au saint-siége, et si je désapprouve sa politique, je vénère hautement le chef fie la hiérarchie catholique ; mais tout ce que rappor-
tent les personnes venues de Gaête nous force de regarder comme puéril tout espoir de ce genre. Plusieurs de ces personnes, et des plus considérables, pour nous donner une idée de Tesprit qui domine le . sacré collège, disent que le cardinal le plus favorable aux réformes , je dirai presque celui qui occupe Textrême gauche dans cette illustre assemblée, est le cardinal Lambruschini. (Hilarité prolongée.)
A quoi bon recommencer de la même manière des tentatives qui ont tant de fois échoué ? à quoi bon faire ajouter de nouveaux refus à ceux que nous avons essuyés? On propose de signifier à la cour de Rome que, passé tel terme, si elle n'accorde rien, nous ferons les réformes sans elle. Mais de quelques formes que fftt revêtue une pareille intimation, elle serait toujours un ultimatum menaçant, tel qu'on en envoie aux puissances avec qui on est à la veille de se battre. Cette manière d*agir , loin d'amener rien de bon , pourrait accroître au contraire les inconvénients de la réforme, en aigrissant les esprits sans calmer les scrupules des consciences qui se seraient laissé alarmer; et Thono- . rable chanoine Pernigotti aurait plus que jamais raison en disant : « Si vous pensez pouvoir vous passer de Rome, pourquoi vous adresser à elle ? Pourquoi sur^ tout revenir à la charge sans cesse pour vous voir opposer un invariable refus ? »
Sur le terrain politique , la question devient plus délicate, et je m'abstiendrais volontiers de m'y hasarder si je ne me croyais en devoir de présenter quelques considérations, que je crois très-graves, aux membres de
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cette Chambre, et en particulier à ceux de nos amis politiques qui se sont séparés de leur parti dans cette occasion.
Avant que le roi Charles-Albert eût proclamé la constitution, le pays était divisé en deux partis : Tun désirait ardemment le régime constitutionnel et se montrait disposé à ne pas marchander sur les moyens, pourvu que le résultat fût favorable au progrès civil ; l'autre était satisfait de Tétsrt de choses existant et prêt à tout faire pour le maintenir. Le Statut octroyé par le Roi eut cet effet admirable, de faire disparaître, au moins pour quelque temps, ces deux partis, et de réunir l'immense majorité de la nation autour du trône constitutionnel . Tous les amis du progrès acceptèrent en effet le Statut ; ceux d'entre eux qui ne le trouvaient pas conforme de
tout point à leurs désirs reconnaissaient du moins qu'il
était en rapport avec l'époque et sufGsant pour nous acheminer vers des améliorations plus amples. La plus grande partie des hommes de l'ancien régime, d'autre part, accepta le Statut comme un acte légitime du souverain qui a droit à leur respect. On ne saurait opposer à mon assertion nos luttes parlementaires plus ou moins vives, car les dissidences portaient sur les moyens et non sur le but, et il n'a point existé de parti au sein du Parlement qui ne fût pleinement constitutionnel.
Tant que la politique extérieure et la tentative héroïque du roi Charles-Albert préoccupèrent les esprits, il ne se manifesta point de dissidences graves parmi nous sur les questions intérieures ; ce n'était pas, en effet, des dissidences graves que nos diversité s de vues
sur les lois d'administration et d'organisation du royaume.
Mais lorsque la force des choses nous enleva, au moins pour quelque temps, aux préoccupations de la politique étrangère, Tesprit public se reporta sur les questions de rintérieur, et. le parti dévoué au progrès sentit s'éveiller en lui un désir ardent de voir le Statut appliqué dans toute sa largeur et jusque dans ses conséquences logiques.
La situation politique où nous nous trouvâmes après nos désastres, et dont je ne veux rendre responsable personne dans cette Chambre, a rendu impossible toute réforme pendant près d'un an. Que résulta-t-il de ce temps d'arrêt? Que beaucoup doutèrent, se mirent à se décourager et à croire que nos institutions n'étaient pas propres à l'accomplissement des réformes réclamées par l'opinion publique et par les nécessités de notre époque. On put observer que l'attachement aux formes constitutionnelles s'affaiblissait, non point chez les hommes éclairés qui savent distinguer les causes passagères des causes durables, mais dans les masses, qui jugent surtout d'après les résultats. Cette disposition des esprits me parait incontestable. Ce fait est à mes yeux de la plus haute gravité et mérite toute l'attention du ministère et du Parlement.
D'un autre côté, le parti qui, avant la constitution, avait été content, et qui n'avait accueilli qu'avec résignation le nouveau pacte fondamental, voyant qu'on peut vivre constitutionnellement sans réformes, est arrivé peu à peu à croire que le maintien du Statut peut bien s'accorder avec un petit retour en arrière. (Sensation .) Je
ne veux pas me représenter des périls imaginaires, et croire, avec l'un des préopinants, que ce parti, grandi eh hardiesse sinon en force, nous menace sérieusement, ni qu'il ait la moindre chance de réussir jamais. Le sens élevé de notre souverain, le bon esprit de l'immense majorité du pays nous garantissent contre de tels dangers, et si le peuple piémontais est moins impétueux que celui des autres provinces italiennes, il a pour lui la*tenacité de ses résolutiofls. (Bien!) Mais enfin, sans devenir prépondérant, ce parti pourrait se fortifier assez pour embarrasser le pouvoir, et rendre toujours plus difficiles les réformes que le Parlement, que le gouvernement regardent comme indispensables. Les différer encore, ce serait se préparer dans l'avenir des obstacles bien plus grands que ceux d'aujourd'hui.
Il est donc d'une grande importance que le ministère manifeste dès ce moment et par des actes les intentions positives du gouvernement. 11 est nécessaire, il est urgent que les conseillers de la couronne fassent connaître d'une façon précise la ligne qu'ils veulent suivre, et je ne vois pas de meilleure réforme à opérer pour cela que celle qui est proposée à vos délibérations. (Très bienl à gauche.)
Elle prouvera à tous les amis du progrès que le progrès est possible avec le régime constitutionnel ; elle les rassurera sur la politique des ministres, sur les volontés de la couronne. Ceci est tellement important pour moi, qu'au besoin je me serais contenté de cette seule considération pour voter en faveur de la loi. Si le ministère eût agi autrement, s'il eût persisté dans un système de
petites améliorations à peine sensibles, le double mouvement des esprits que j'indiquais tout à l'heure aurait continué à les éloigner progressivement des vrais principes constitutionnels; et supposé qu'une secousse révolutionnaire vînt agiter de nouveau l'Europe , le pays en eût ressenti le contre-coup ; des factions s'y seraient levées ; nous aurions pu voir la nation se partager en deux partis extra-légaux, et le parti constitutionnel se réduire à quelques hommes instruits, dépourvus de toute force, raillés et traités de doctrinaires.
Tel est le péril, très-grand selon moi, que le ministère prévient en nous proposant cette loi.
J'en viens au dernier raisonnement des adversaires du projet, relatif à l'influence que cette loi peut avoir sur l'état des esprits. On craint qu'elle ne rebute, qu'elle n'éloigne de notre système actuel une partie notable du clergé et du peuple influencé par le clergé. Je comprendrais de telles appréhensions si ces réformes altaquaien t le moins du monde le principe catholique , ou rabaissaient la condition du sacerdoce ; mais c'est ce qu'aucun orateur n'a même songé à soutenir ici. Au contraire , des hommes d'une grande autorité ont établi et, selon moi, prouvé que ces réformes ne peuvent être que fort avantageuses au catholicisme et à l'influence légitime que nous souhaitons le voir exercer. Le calholicism e a toujours eu le grand oiérite de s'adapter aux temps, desavoir, dans ce qu'il a de changeant, s'accommoder des principes dominants dans le monde. Le député Bon- Compagni a dit fort bien qu'à l'époque où la société reposait sur le privilège, l'Église sut se faire donner sa part,
et une large part de privilèges : aujourd'hui que les sociétés reposent sur l'égalité et le droit commun , je crois que le clergé catholique saura fort bien en prendre son parti, et qu'ainsi il gagnera en influence. (Bravo!)
Je désire appuyer sur un point qui m'a frappé dans cette loi : celui des procès intentés aux prêtres. L'on a voulu voir un scandale dans la présence d'un prêtre devant les tribunaux ; mais l'impunité qui n'était que trop fréquente dans Tancien état 'de choses entraînait des conséquences bien autrement déplorables. La vue d'un prêtre coupable et impuni est quelque chose de beaucoup plus triste qu'un procès intenté selon les lois ; le régime légal a pour les prêtres l'avantage immense de les protéger contre la calomnie.
La loi qui soumet les prêtres à la juridiction commune est donc destinée à accroître la considération due an sacerdoce. J'en dirai autant de l'abolition des immunités ecclésiastiques et du droit d'asile. Je me souviens que dans ma première jeunesse, à Yentimiglia, je vis un moine accusé d'un crime se réfngier dans un couvent, et le couvent entouré pendant un mois de soldats et de carabiniers; l'effet que ce spectacle produisit sur moi, sur la population, ne fut certes favorable ni à la religion, ni au sacerdoce.
Si donc ces réformes ne peuvent nuire à la religion , comment indisposeraient-elles d'une manière durable les prêtres contre nos institutions, contre le pouvoir, contre le Parlement? Supposer que les prêtres puissent en ressentir autre chose qu'un froissement passager, c'est leur faire injure, c'est les croire capables de sentiments
égorstes, puérils et bas. Non, il n'en résultera, j'en suis sûr, aucune animosité contre nous ; quelques bouderies momentanées, quelque irrilation légère n'empêcheront pas l'immense majorité des ecclésiastiques de nous tendre bientôt la main ; et nous la leur serrerons avec plaisir, car nous avons la conviction que le progrès des sociétés modernes a besoin des deux puissances morales les plus fortes aujourd'hui dans le monde, la religion et la liberté. (Bravos à droite.) Je n'ai donc aucune raison de craindre une lutte religieuse.
Je vous ai parlé d'un parti qui a accueilli nos institutions de mauvaise grâce : des prêtres en font partie ; ces prêtres ne constituent, je crois, qu'une partie minime du clergé , mais ils en sont la partie la plus active , ou , si l'on veut les désigner avec un peu d'énergie, la plus intrigante. Ils ont jusqu'ici plus ou moins dissimulé leur hostilité, et n'ont fait à nos institutions qu'une guerre sourde. Cette loi leur offre un motif, un prétexte pour se déclarer ouvertement. Le seul effet qu'elle produira sur la masse du clergé sera donc d'en dégager les éléments secrètement hostiles et de transformer les malveillants en ennemis déclarés. Loin de me paraître fâcheux, ceci me semble être une raison de plus pour voter la loi » car les ennemis les moins dangereux sont ceux qui se montrent à découvert. (Très-bien!)
Je devrais peut-être finir ici mon discours; qu'on me permette cependant de parler d'une objection qui n'a pas été faite à la Chambre, mais qui est de nature à préoccuper certains esprits, partisans trop jaloux du prestige de l'autorité. Quelques personnes voient dans cette ré-
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forme comme un acte de faiblesse, une concession à l'esprit révolutionnaire. Je leur réponds : Observez tous les gouvernements de TEurope ; quel est celui qui a pu résister aux révolutions? On ne le trouve pas chez les princes allemands, dont les capitales ont presque toutes été ensanglantées. Ce n'est pas non plus celui de la France, où un trône a été renversé en quelques heures ; ce dernier pays possédait des hommes distingués , clairvoyants, qui ne contestaient pas Tutilité des réformes, mais qui les renvoyaient toujours, disant qu'elles étaient hors 'de propos. Ils les renvoyèrent tant qu'ils furent surpris par l'insurrection ; alors, au lieu de s'opérer avec l'aide de l'expérience et après avoir été mûries , les réformes se firent violemnient et dans le désordre. Si le ministre Guizot, qui admettait lui-même le bon droit de ceux qui réclamaient ta réforme électorale, ne l'eût pas différée sans cesse comme inopportune, il est probable que Louis-Philippe serait encore sur le trône. Quel est donc le seul pays qui ait su se préserver de la tempête ? C'est l'Angleterre.
En Angleterre, des hommes d'État attachés aux principes conservateurs, et qui savaient faire respecter l'autorité, eurent d'autre part le courage d'accomplir des réformes immenses, auxquelles ne peut être comparé le petit changement qui nous occupe aujourd'hui , et ils le firent malgré l'opposition d'un grand nombre dé leurs amis qui trouvaient ces réformes inopportunes. Le duc de Wellington, dont on ne contestera pas l'énergie et la fermeté, sut se séparer en 1829 de ses amis politiques et appuyer l'émancipation des catholiques , combattue par
toute rÉglise anglicane; c*est ainsi qu*une guerre civile fut épargnée à llrlande en 1830. Lord Grey, en 1839, se séparant de la plupart des hommes qui appartenaient à la même classe que lui, parvint à faire accepter par la couronne et par Taristocratie la loi électorale, regardée comme une loi presque révolutionnaire j et il préserva ainsi TAnglelerre d*une commotion. Un exemple plus récent et plus éclatant encore est celui que donna en 1846 sir Robert Peel, qui mena à bonne fin, en dépit des efforts de toute raristocratie territoriale , une réforme économique où cette aristocratie devait piBrdre non-seulement une juridiction exceptionnelle , mais une partie de ses revenus ; et pour venir à bout de son œuvre, Peel n'hésita pas à se séparer de presque tous ses amis politiques et à s'exposer à l'accusation la plus pénible pour un cœur généreux, celle de trahison et d'apostasie. Il en fut largement récompensé par sa conscience, par la certitude d'avoir sauvé l'Angleterre des mouvements socialistes qui agitaient l'Europe et semblaient devoir agiter son pays plus encore que les autres.
Ainsi, messieurs, les réformes faites à temps n'affaiblissent pas l'autorité, elles la raffermissent, et réduisent à l'impuissance l'esprit révolutionnaire. (Sensation.) Je dis donc aux ministres : Imitez franchement le duc de Wellington , lord Grey et sir Robert Peel , que l'histoire proclamera les premiers hommes d'État de notre époque ; progressez largement dans la voie des réformes, sans craindre qu'elles soient hors de propos; ne pensez pas que le trône constitutionnel en puisse être affaibli, il en sera affermi au contraire, et il jettera dans notre sol des
racines si profondes, que le jour où la révolution se relèverait autour de nous, non-seulement il pourra la dominer, mais encore il groupera autour de lui toutes les Torces vives de Tltalie, et guidera la nation aux destinées qui l'attendent. (Applaudissements; Torateur reçoit des félicitations.)