‹ OEuvre parlementaire du comte de Cavour; traduite et annotéeChapitre 54 sur 69 · La séparation du la Savoie · texte numérisé non relu

La séparation du la Savoie

598 OEUVRE PAF.LEMENTAir.E

jaloux de la dignité nalionale viondrait, au milieu des dillicultés actuelles, soulever si mal à propos une question aussi irritante. Quelle que soit la politique du ministère, fût-elle fallacieuse comme il le croit, et dût-elle conduire le pays à sa ruine, est-ce au moment où va sonner l'heure de la lutte qu'il convient de soulever des questions faites pour diviser les esprits, pour rendre moins efficace devant l'ennemi la résistance commune?

Que l'honorable marquis de Beaui'egard me permette de lui exprimer la douleur profonde que m'ont causée ses paroles... .Je comprends le sentiment qui les a dictées, je partage l'émotion qui l'agitait; mais je le supplie de ne plus soulever d'aussi tristes questions, qui ne peuvent avoir qu'une influence déplorable sur les généreux enfanls des Alpes au nom desquels il a pris la parole. Certes, ces populations, auxquelles tant de liens m'unissent, ont bien montré leur excellent esprit; mais si vous jetez au milieu d'elles des paroles de défiance et de découragement, si vous leur dites que leurs sacrifices peuvent leur être funestes, que résoudront-elles? Oui, en évoquant ce débat, vous faites un mal immense à la patrie commune, parce que vous pouvez être cause que ces populations, une fois appelées à combattre, deviennent moins dignes de leur renommée.

Costa. (En français.) Je proleste contre l'interprétation donnée par M. le ministre à mes paroles.

Le Président du conseil (avec vivacité et en français). Messieurs, je suis sûr que, dans cette circonstance, la Savoie ne parle point par votre organe (MM. Costa et de Yivy se lèvent pour protester), et lorsqu'il sera temps de

DU COMTE DE CAVOCll. 499

le prouver, la Savoie ne viendra pas soulever des questions aussi irritantes; elle pensera à l'ennemi, elle remplira son devoir, elle n'oubliera rien pour être digne de son ancienne réputation ; elle ne viendra pas, comme on voudrait le faire croire, marchander son appui. (Bravo!) Non ! elle est trop généreuse pour refuser au Piémont toute refficacité de son concours! (Très-bien!)

(Il reprend en italien.) J'avais voulu éviter cette discussion, je ne l'avais pas provoquée. Si dans la chaleur du discours il m'est échappé des paroles qui aient pu paraître personnelles à quelques membres de cette Chambre, je les retire. (Non! non! Bravo!)

Je crois, Messieurs, vous avoir prouvé que nous ne provoquons point, que nous ne tentons rien de hasardeux, que nous ne défions personne. Mais nous ne changeons pas de politique, et nous voulons encore moins baisser la voix quand l'Autriche nous menace et accumule les armes et les soldats sur nos frontières.

Cette politique, franchement et loyalement proclamée, sera sanctionnée par le Parlement et approuvée de tous les hommes de cœur de l'FAirope. Votre vote montrera que, quelles que soient nos discussions intérieures, nous sommes unanimes dans nos résolutions quand il s'agit de défendre la sûreté, l'indépendance, l'honneur de la nation. (Longs applçiudissements.)

500 OEUVRE PAHLEMENTAinE

Page 1