‹ Œuvre parlementaire du conte de Cavour;Chapitre 72 sur 80 · SÜK LE PROJET DE LOI POUR L’ANNEXION DES PROVINCES MÉRIDIONALES · texte numérisé non relu

SÜK LE PROJET DE LOI POUR L’ANNEXION DES PROVINCES MÉRIDIONALES

La politique du comte de Cavottr dans les affaires de Naples a été sévèrement jugée. On n’a voulu voir que du machiavélisme dans les réponses qu’il fit aux offres d’alliance que MM. Manna et Winspeare avaient apportées à Turin de la part du roi de Naples : on a dit et répété qu’il eût dû les accepter ou déclarer la guerre sans délai. Ceux qui raisonnent ainsi n’ont qu’une idée très-vague de la question telle qu’elle était posée alors. Au jeune roi de Naples comme à son père, le cabinet de Turin n’avait fait entendre que des conseils amicaux de modération et de sagesse. Loin de songer à fomenter des troubles dans les Deux-Siciles, le comte de Cavour s’était abstenu, soit au congrès de Paris, soit plus tard, de suivre l’exemple de la France et de l’Angleterre, qui ne contribuèrent pas peu, par leurs éclatantes démonstrations diplomatiques, à précipiter le cours des événements dans l’Italie du sud. Les instructions données au comte de .Salmour et au marquis de Villamarina, qui ont été livrées à la publicité, prouvent que, même après Villafranca, le gouvernement sarde désirait sincèrement voir la monarchie constitutionnelle se fonder sérieusement et s’affermir a Naples.

Mais deux conditions étaient indispensables pour cela : de

la part du gouvernement de François II, une loyauté au-dessus de tout soupçon ; de la part de ses sujets, une confiance pleine et entière. Les deux conditions manquaient également. Les intrigues réactionnaires se nouaient sans interruption autour du jeune roi; l’on savait que la reine douairière était en correspondance suivie avec Vienne, et que François II ne cessait de demander à Rome l’absolution du péché qu’il avait commis en octroyant une constitution. Les populations, de leur côté, ne voyaient dans la constitution et dans l'offre d’alliance avec le Piémont qu’une répétition de la comédie sanglante de 18f|8.

De plus, d’après certains projets formés précédemment entre le roi de Naples et la cour de Rome, et venus à la connaissance du comte de Cavour, le président du conseil avait eu des raisons de penser que, dans le cas où l’insurrection de Sicile et la descente de Garibaldi à Marsala ne fussent pas venues retarder la retraite des Français de Rome, déjà acceptée par le cardinal Antonelli, la marche des affaires d’Italie eût été probablement modifiée de la manière suivante : François II aurait donné la main au général Lamoricière, et les troupes pontificales et napolitaines auraient entrepris ensemble la conquête desRomagnes pour le compte du sainl-siége.

Enfin les négociateurs napolitains n’avaient pas même le pouvoir de reconnaître le gouvernement avec lequel ils traitaient. Une lettre autographe de François II aurait été jusqu’à leur interdire de rien faire qui put entraîner de la part du gouvernement napolitain une reconnaissance des « usurpations » commises dans les États du pape. Dans ces conditions, les offres d’alliance ne pouvaient être regardées comme sérieuses.

Les fragments suivants d'une dépêche envoyée à Saintl'étersbourg, le 25 juillet 1860, exposent avec vigueur le jugement du comte de Cavour sur cette situation ;

« Le gouvernement napolitain se trouve dans une position

fort singulière. Après avoir persisté, avec une opiniâtreté dont on trouverait peu d’exemples dans l'histoire, dans des errements qui lui ont attiré la désapprobation universelle, après avoir refusé plusieurs fois de s’associer à nous et d’asseoir son autorité sur la large base d’une politique nationale, pressé par des dangers qu’il s’est créés lui-même, il fait un brusque virement de bord et demande notre amitié. Quelles sont les circonstances dans lesquelles se fait cette demande? Une moitié de son royaume s’est déjà soustraite à son autorité; dans l’autre moitié le peuple, que le joug d’une police odieuse et des antécédents déplorables ont rendu méfiant même des institutions libérales qu’on lui octroie, refuse de prêter son appui à des ministres honnêtes et libéraux, et s’attend à voir à chaque instant le canon de la réaction tonner dans les rues de Naples. C'est pour détruire cet incurable sentiment de défiance, pour combler l’abîme qui existe malheureusement entre le peuple et la dynastie, qu'on demande au roi Victor-Emmanuel de se faire garant de la bonne foi du gouvernement napolitain , de l’appeler à partager avec lui cette auréole de popularité qu'une administration ferme et libérale, et surtout le sang versé glorieusement dans de nombreux champs de bataille ont méritée à la maison de Savoie. En attendant, l'armée, la marine napolitaines hésitent entre la fidélité à leur roi et le besoin de se rallier à l’opinion nationale. Des désertions nombreuses affaiblissent les troupes qui combattent Garibaldi , et ce général, avec une poignée d’hommes, s’empare de Païenne, fait reculer des masses énormes de soldats, et réalise une expédition qui paraissait téméraire et impossible... »

« Le véritable ennemi du gouvernement napolitain, c’est le discrédit où il est tombé. Même sans reposer sur des institutions représentatives, un gouvernement peut compter sur l’appui de son peuple, tant qu’il représente un principe national, qu'il administre et punit avec justice et suivant les lois établies. A ces conditions, les rois trouvent des soldats

qui se battent pour eux, surtout lorsqu’ils savent se mettre bravement à leur tâte : à ces conditions il est facile de trouver des alités empressés et utiles. Lorsque, au contraire, au moment où l’on fête la concession d'une constitution, le peuple est terrifié par la vue de spectres sortant des cachots ; lorsque l’armée a été minée par l’espionnage, mise en défiance de ses olliciers, avilie par des faveurs accordées à des troupes mercenaires; lorsque, surtout, les soldats, depuis deux ou trois générations, n'ont vu d’autres ennemis que leurs concitoyens, l’édifice s’écroule, non par le manque de force matérielle, mais par le défaut absolu de tout sentiment généreux, de toute force morale...

Quant à nous, s’il était en notre pouvoir de donner un peu de ressort moral à une organisation frappée d’une incurable sénilité, nous ne lui refuserions point notre concours, mais nous devons tenir compte des difficultés qui nous entourent et ne pas blesser inutilement le sentiment national. 11 est facile, il est glorieux même d’embrasser son ennemi sur le champ de bataille; malheureusement l’antagonisme qui a existé jusqu’ici entre les gouvernements de Sardaigne et de Naples , n'est pas une de ces luttes où il est également glorieux de vaincre ou d’être vaincu. »

Mais si une alliance était impossible, d’un autre côté, comme la Russie et la Prusse insistaient pour que les offres napolitaines ne fussent pas repoussées, il était également impossible d’y répondre par une déclaration de guerre. Ouvrir les hostilités contre le gouvernement napolitain avant que les populations eussent montré clairement leur aversion pour les Bourbons, c’eût été changer réellement en conquête le mouvement annexionniste italien. L’Espagne, la Prusse et la Russie ont protesté vivement contre l’entrée de l’armée de Victor-Emmanuel dans les provinces napolitaines, bien que François 11 eût alors abandonné déjà sa capitale, et qu’il ne lui restât plus, de tout son royaume, qu’une forteresse pour dernier refuge ; quelle opposition n’eût pas sou-

DU COMTR DR CAVOUR. n.%

levée en Europe une déclaration de guerre faite au roi de Naples, au moment même où il paraissait tendre au gouvernement sarde une main qui pouvait encore être jugée capable de tenir le sceptre?

Le comte de Cavour fut donc forcé de temporiser, contre son inclination, et d’attendre que les populations napolitaines eussent choisi entre le drapeau de Victor- Emmanuel, porté, par Garibaldi dans l’Italie méridionale, et la dynastie de Bourbon. Si elles eussent appuyé le moins du monde le gouvernement napolitain dans sa défense, l’entreprise de Garibaldi n'aurait pas eu plus de succès que celle de Pisacane. 11 dépendait entièrement de l’attitude des populations que la descente de Marsala n’aboutît qu’à une insurrection passagère ou qu’elle devint le point de départ d’une révolution dans le sens national.

Le comte de Cavour ne se cachait pas les inconvénients de cette politique d’atermoiements, fatalement imposée par la situation. 11 savait qu’elle l’exposait à être accusé de duplicité par Garibaldi, aussi bien que par les partisans du roi de Naples. 11 savait surtout qu’on pouvait voir de la faiblesse dans une conduite où il n'y avait que de la prévoyance, et que le prestige du gouvernement du Roi dans le reste de l’Italie pourrait en être diminué au profit des hommes de la révolution pure.

L’expédition rapide des Marches et de l’Oinbrie para bientôt à ce danger. Les provocations n’avaient pas manqué de la part du gouvernement pontifical : le général Lamoricière avait annoncé publiquement que sa mission était de reconquérir les Romagnes; les massacres de Pérugia pouvaient se renouveler au premier moment, et les rapports entre les deux gouvernements ressemblaient si peu à l’état de paix, qu’on devait s’attendre de part et d’autre à un éclat de plus en plus inévitable. L’armée italienne prit les devants avec la célérité nécessaire. Rome et la Comarca étant mises hors de cause par l’occupation française, il fallait en un clin d’œil

débarrasser l’Ombrioet les Marches des zouaves pontificaux, prendre Ancône, et, après avoir de la sorte anéanti les plans de la réaction, aller à Naples empêcher que le mouvement italien, abandonné à de fougueux pionniers, ne changeât de nature et de caractère.

Le danger était réel, imminent. Le coeur rempli d'amertume par la cession de Nice, Garibaldi s’éloignait de plus en plus des vues du gouvernement, tout en continuant à faire du nom du Roi le symbole de l'unité italienne. Enivré de sa victoire, le héros ne s'apercevait pas des intrigues qui se nouaient autour de lui. Il déclarait hautement qu’il ne réunirait l'Italie méridionale à celle du nord que le jour où, après avoir délivré Venise et reconquis Nice, il pourrait proclamer du haut du Capitole l’unité de l’Italie.

Dans cette situation plus qu’inquiétante, le tact politique du peuple italien, l’immense ascendant du Roi, la fermeté habile du comte de Cavour, surent prévenir la guerre civile.

Conduits par le Roi, les vainqueurs de Castelfidardo et d'Ancône franchirent la frontière napolitaine, et assiégèrent Capoue et Gaëte. Garibaldi , après avoir demandé sans l’obtenir la lieutenance générale de l’Italie méridionale pour une année, refusa les honneurs qui lui furent offerts et se retira à Caprera. En même temps le comte de Cavour réunissait les Chambres et les consultait sur le dissentiment survenu entre le dictateur et le ministère.

La question avait été posée par le dictateur dans des termes très-nets. Il avait protesté publiquement, au mois de septembre, que jamais il ne pourrait s’entendre avec l’homme qui lui avait ôté sa patrie. Il avait envoyé auprès du Roi le marquis Giorgio Pallavicini pour lui demander la démission du comte de Cavour et de ses collègues. Le Roi ne s’était pas rendu à cette intimation peu constitutionnelle; mais il était du devoir des ministres de soumettre la question de cabinet à l'autorité compétente du Parlement.

C'est ce que le comte de Cavour expliqua dans un rapport

qu’il lut lui-même à la Chambre des députés, le 2 octobre 1860. Ce rapport contenait l’exposé des motifs d’un projet de loi dont l’objet était d’autoriser le gouvernement à accepter l’annexion des provinces de l’Italie méridionale, et à la consacrer par des décrets royaux.

On y rappelait que depuis le vote de confiance donné au ministère en juin 1860, onze millions d’Italiens étaient venus se réunir aux onze autres millions qui formaient déjà le royaume; que les succès obtenus étaient dus à l’initiative des populations, à la valeur des volontaires, mais aussi à la politique suivie depuis 1 8fi8 par le gouvernement du Roi ; les événements récemment accomplis obligeaient le ministère à s’assurer qu’en continuant à la suivre il avait l’appui du Parlement. L'Italie, ajoutait le rapport, est libre désormais; Venise fait exception ; mais une agression contre l’Autriche ferait naître présentement une coalition contre l’Italie. Quant à Rome, qui donc voudrait tourner contre les Français qui sont à Rome les forces que nous devons en grande partie aux Français qui étaient à Solferino? On ne peut donc actuellement rien faire pour ces deux provinces, mais on peut faire beaucoup pour les autres, qui ont besoin d’être organisées.

Les tendances de l’Italie à la modération, à la régularité , à l’ordre, lui ont acquis les sympathies du monde. Sortir sans délai du provisoire, telle a été la première pensée de l’Émilie et de la Toscane; telle est celle des provinces du sud, qui sentent combien le désordre qui naît de l’incertitude nuirait à elles et au reste du pays. Le Roi, au nom de qui s’est fait le mouvement du sud, ne peut le laisser s’égarer et se compromettre; il ne veut point disposer arbitrairement de ces populations , mais il doit les mettre en état d’exprimer librement ce qu’elles veulent. Comme Italiens, nous souhaitons que les Napolitains et les Siciliens imitent l’Émilie et la Toscane; comme ministres du Roi, nous leur assurerons la liberté du vote. Le gouvernement vous d -

mande donc la faculté d’accomplir l’annexion des provinces déjà affranchies, lesquelles, consultées par le suffrage universel, se déclareront librement pour la réunion au reste de la famille italienne.

Des patriotes éminents veulent retarder la réunion jusqu’après la délivrance de Venise et de Rome : c’est dire qu’on voudrait entretenir la révolution en permanence pour affranchir l’Italie. Mais au point où nous sommes arrivés, quand nous pouvons former un État fort et compact de vingt-deux millions d'Italiens , la période révolutionnaire doit finir, la période d’ordre et d’organisation doit commencer. Le généreux citoyen qui s’est opposé jusqu’ici à l’annexion du sud ne songe pas que, si son projet s’exécutait, l'autorité passerait bientôt de ses mains, à lui qui a écrit sur son drapeau Italie et Victor-Emmanuel, dans celles des hommes qui ont pris cette mystique et obscure devise : Dieu et le peuple.

L'n homme justement cher au pays a dit qu’il se déliait de nous : c'est au Parlement de décider si nous devons nous retirer, ou continuer notre œuvre.

Tel était le rapport. Après une discussion de quelques séances, le projet fut volé par la Chambre à la majorité de deux cent quatre-vingt-seize voix contre six.

Le Sénat l’approuva par quatre-vingt-quatre voix contre douze.

SUR LA DISCUSSION DU PROJET DE LOI POUR L'ANNEXION DE NOUVELLES PROVINCES.

Séance de la Chambre des députés du 11 octobre 1860.

Messieurs les députés.

Si jamais j’avais douté que le gouvernement du Iloi eût raison en provoquant la réunion du Parlement pour lui soumettre l’état du pays et lui demander son suffrage, la discussion qui a eu lieu pendant ces quatre jours m’aurait pleinement rassuré. Ce débat, nous devons tous le reconnaître, a dissipé bien des craintes, résolu bien des incertitudes et rapproché beaucoup les esprits. Les différences qui nous séparent sont bien petites, puisque tous, à une brillante exception près1, nous considérons comme nécessaire d’appeler sans retard les populations de l’Italie du sud à manifester leurs vœux.

Je rends justice aux membres de cette Chambre qui ont parlé contre le projet de loi ; ils ne sont en désaccord avec nous que sur la voie que le gouvernement doit suivre pour effectuer ces annexions, et sur la détermination prise par le ministère de vous demander à ce sujet votre jugement sur la direction qu'il a imprimée aux affaires publiques.

On a surtout insisté sur ce point, que le procédé pro-

l. M. Ferrari.

posé par le gouvernement est tout différent de celui qui a été adopté pour l’Emilie et pour la Toscane. Les orateurs qui m’ont précédé ont assez répondu à cette remarque. Mes honorables amis les députés Minghetti et Galeolli vous ont démontré que si l’annexion de la Toscane et de l’Émilie n’a pas été accomplie immédiatement après lu délivrance de ces provinces , la faute n’en fut pas aux populations, ni aux hommes éminents qu’elles se donnèrent pour chefs dans la crise; j’ajoute que ce ne fut pas non plus la faute du gouvernement du Roi, et je parle ici du ministère qui nous a précédés aussi bien que du ministère actuel.

Était-il possible, en effet, qu’iinmédialement après Yillafranea, tandis que le traité de paix se négociait à Zurich, le gouvernement du Roi se prêtât aux désirs de la Toscane et de l’Emilie, qui voulaient l’annexion immédiate? Considérez la situation où se trouvait le pays, je ne dis pas à l’égard de l’Autriche, mais de la France elle-même : vous reconnaîtrez que la réponse faite par le Roi à Turin aux députations de la Toscane et des duchés, et à Milan à celle des Légations, loin d’être un acte de timidité et de modération, était d'une hardiesse extrême; aller plus loin eût été de l’étourderie.

Pas plus le lendemain que la veille de la signature du traité de Zurich, le gouvernement ne pouvait accepter ces annexions. Les temps cependant devenaient plus propices, lorsque survint la proposition fort inattendue, et bientôt acceptée par toutes les grandes puissances , d’un congrès européen où devaient s’établir des conférences sur la base, proclamée par deux de ces puissances, du

DU COMTE DE CAVOUR. Mil

principe de non-intervention, c’est-à-dire, en définitive, du respect des vœux des Italiens.

Pendant que la réunion de ce congrès était attendue, et qu’on en espérait des résultats favorables à l'Italie, il aurait été imprudent, il aurait été insensé de précipiter un acte d’union que les gouvernements les plus sympathiques à notre cause nous conseillaient de différer.

Sur ces entrefaites, la réunion du congrès étant devenue peu probable, le ministère qui était alors au pouvoir se résolut à envoyer immédiatement une mission 5 Paris et à Londres pour hâter l’annexion. C’est une décision que je ne puis désapprouver, puisque j’acceptai alors de représenter le gouvernement dans ces deux capitales. La mission ne put s’effectuer; mais si une crise ministérielle se produisit a ce moment, je puis affirmer ici, sans crainte d’être démenti par personne, qu’elle provenait exclusivement de causes intérieures, et que la politique étrangère n'y avait aucune part. Ces causes, je ne les rappellerai pas; je voudrais que le souvenir en iïlt effacé dans toutes les mémoires. (Applaudissements.)

Le nouveau ministère s’empressa de préparer l’annexion. Comme celle-ci était vue de mauvais œil par la diplomatie , il parut sage d’associer le Parlement à ce grand fait; et en conséquence, après le plébiscite, les dictateurs de l’Kmilie et de la Toscane furent invités à faire procéder sans retard à l’élection des dépulés, et l’on appela les représentants de ces provinces à siéger tous ensemble avec nous dans cette enceinte.

En agissant ainsi, je l’avoue sans réiicence, nous nous

sommes écartés de la légalité stricte, nous avons commis

un acte inconstitutionnel; nous n’avions pas, en droit absolu, la faculté d’inviter les représentants de l’Émilie et de la Toscane à siéger au Parlement, pour délibérer avec les représentants des anciennes provinces (et je compte parmi celles-ci la Lombardie), pour prendre part au vote sur l’annexion des provinces nouvelles.

Votre vote unanime a sanctionné cet acte.

S’il était nécessaire, pour assurer l’annexion du sud de l’Italie, de commettre d’autres illégalités, je suis persuadé que le ministère, malgré la présence dans son sein de deux jurisconsultes éminents, prêtres zélés de Thémis (hilarité), en prendrait la responsabilité; mais, grâce au ciel, on peut s’en dispenser. La réunion de ces provinces rencontre des obstacles’, mais des obstacles différents de ceux qu’on a eu à renverser pour les annexions passées.

Il n’y a pas de nécessité actuelle que cette annexion soit consacrée d’avance par les députés de toute l’Italie ; dès lors, il vaut mieux, conformément à l'esprit de nos institutions, procéder légalement, et faire que lorsque les populations du sud seront appelées à délibérer sur l’annexion dans leurs comices, les députés des anciennes provinces (y compris l’Émilie et la Toscane) aient déjà émis leur vole sur cette grande question.

On a tort de dire que, le contrat n’étant pas conclu, la Chambre ne sait pas ce qu’elle vote; car nous ne venons pas vous demander la moindre latitude, le moindre pouvoir discrétionnaire quant à la teneur du pacte d’union. Ce que vous voterez, c’est l’annexion sans condition de l’It&lie méridionale. Nous ne pouvons nous écar-

ter d’une virgule de ce texte inscrit dans la loi. Vous ne sanctionnez donc pas un traité a conclure, vous tracez au ministère une règle positive, invariable pour le conclure.

Ainsi formulé, votre vote aura de grands et heureux résultats. En autorisant le gouvernement à accomplir l’annexion, vous établirez avec solennité que l’annexion ne doit pas être conditionnelle. Je ne m’exagère pas l’importance du parti municipal à .Naples et en Sicile; il ne compte qu’un petit nombre d’hommes, distingués, mais isolés. Pourtant un vote solennel du Parlement rendra plus facile encore et moins contestée cette sentence que les populations du midi vont être appelées à prononcer sur leur sort.

Je crois avoir démontré qu’on ne saurait invoquer en ceci les précédents de l’année dernière. Il me reste à traiter le sujet le plus délicat de celle discussion, à parler du vote de confiance. (Écoutez!)

Quelques orateurs ont donné à entendre qu’en venant vous demander un jugement sur sa politique, le ministère voulait constituer la Chambre juge entre le général Garibaldi et lui. L’honorable Sineo a parlé comme si l’illustre général eût été traîné à la barre de cette Assemblée et qu’il eût besoin, ici d'un défenseur. Non, Messieurs : loin de manquer d’égards envers le général Garibaldi, le ministère, en portant devant la Chambre la question de confiance, a rendu au général l’hommage le plus éclatant qui puisse être rendu à un citoyen.

Un dissentiment profond s’est produit entre le général et le ministère. Ce dissentiment, nous ne l’avions pas

provoqué; l'amiral qui alla opérer auprès du général à Païenne pourrait dire, s’il n'était absent de celle Chambre pour des raisons de service public*, quelles étaient alors ses instructions soit officielles, soit confidentielles. Nous n’avions pas provoqué ce dissentiment; une fois qu’il se fut produit, le ministère fit tout son possible pour le tenir secret. Quand un écrit public, quand une mission solennelle, en quelque sorte, le révéla, le gouvernement du Hoi jugea le cas assez grave pour que son devoir fût de demander au Parlement si la scission survenue ne modifiait point le jugement porté par lui peu de mois auparavant sur notre politique. Il me semble que celte façon d’agir, loin d’être injurieuse au général, est hautement honorable pour lui. (Bien.)

Que pouvait faire le ministère? Passer outre sans savoir si le Parlement ne partageait point les idées de Garibaldi sur sa politique? Si nous avions fait cela, on nous aurait reproché avec raison de n’avoir pas consulté le Parlement dans une circonstance aussi critique.

Vous aviez, nous dit M. Mellana, un autre parti, une noble résolution à prendre : vous deviez vous retirer. Le conseil n’est pas entièrement mauvais, mais ce n’est pas au moment dont parle M. Mellana qu’il pouvait être suivi. Aux derniers jours du mois d’août, quand le désaccord n’était encore (pie latent, le ministère, se préoccupant des suites qu’il pouvait avoir s’il venait à éclater, délibéra à l’unanimité de soumettre le cas à la couronne. I.es hommes qui versaient, comme dit l’ho-

i. L’amiral l'ersano. Ancône venait d’ftrc prise.

Dü COMTE DE CAVOUR. ÎXW

norable Chiaves, le fiel et le vinaigre dans le cœur ldessé de l'illustre général , avaient beaucoup plus d’influence sur lui que ceux de scs amis qui, en bons citoyens, tâchaient de calmer ses ressentiments : nous représentâmes au souverain les perspectives inquiétantes qu’ouvrait un tel état de choses, et nous lui déclarâmes que peut-être fallait-il prévenir des éventualités fâcheuses en changeant, non pas certes de politique, mais de ministres. Après mûres réflexions, le Roi jugea qu’un changement de ministère en dehors de l’action des Chambres, et sans aucun motif politique, ne pouvait qu’affaiblir le gouvernement au dedans et à l’extérieur. Sa Majesté invita donc les ministres à res'er à leur poste. Ils obéirent, espérant que leur désaccord avec le général ne paraîtrait pas au grand jour. 11 éclata sans que nous pussions l’empêcher. Bès lors, il ne nous était plus permis de renouveler l’offre # de notre démission ; car si la couronne fût venue à changer de conseillers à la requête d’un citoyen, quelque illustre et bien méritant qu’il pût être, elle aurait porté un coup mortel à notre système constitutionnel . (Bravo.)

Le général Garibaldi, je le veux bien, est dans une autre condition que les généraux Fanti et Cialdini; mais s’il est dictateur à Naples, il est citoyen comme nous, et il a, comme nous, juré le Statut. (Très-bien.)

Ne pouvant plus donner nos démissions, nous ne pouvions que convoquer le Parlement. Nous l’avons fait, pensant que c’était le seul moyen de faire cesser le désaccord. Oui, en venant franchement vous faire connaître la situation, en vous demandant un jugement non pas sur la conduite du général Garibaldi, mais sur notre po-

liliquc, nous arriverons à ce résultat : que si votre vote nous est contraire, la crise ministérielle s’accomplira, mais en conformité des grands principes constitutionnels; et que s’il nous est favorable, il agira sur l’âme généreuse du général Garibaldi. (Bien.) Nous sommes sûrs (avec force) qu’il en croira les représentants de la nation plutôt que ces mauvais citoyens dont le triste travail est de séparer des hommes qui ont énergiquement et longtemps lutté pour la cause nationale. (Applaudissements.) Si vous nous accordez votre vote, nous, animés toujours d’un égal esprit de conciliation , excités même dans nos désirs de concorde par les nobles paroles qui ont été prononcées ici, nous irons au-devant du général Garibaldi; lui montrant l’ordre du jour proposé par votre commission et auquel nous nous associons de grand cœur, et lui montrant aussi le vole de confiance qui nous aura été accordé par le Parlement, nous inviterons le général, non pas en notre nom, mais au nom de l’Italie, à nous tendre la main. (Vifs applaudissements.)

Je viens de dire pourquoi nous portons devant la Chambre la question de confiance. Je devrais finir ici ; mais je dois donner quelques explications qui m’ont été

1. Ainsi conçu : « La Chambre des dépotés applaudit à l'éclatante valeur de l’armée deterre et de mer et au généreux patriotisme des volontaires; clic atteste l’admiration et la reconnaissance nationales pour l’héroïque général Garibaldi, qui, secourant avec une hardiesse magnanime les peuples de la Sicile et de Naples, rendit aux Indiens, au nom de Victor-Emmanuel, une si grande partie de l’Italie. » Cet ordre du jour fut approuvé à l’unanimité, immédiatement avant la votation de la loi qui autorisait le ministère à effectuer la réunion des provinces du sud. (Il octobre.)

demandées dans les séances précédentes. J’ai d’abord un mot à répondre au député Ferrari, qui a dit qu'en adoptant la proposition du ministère, l’on rendait probable la cession d’une nouvelle partie de Fltalie.

J’ai dit, et je crois inutile de le répéter, que jamais il n’a été question, et d’aucune manière, directement ou indirectement, de rien de semblable. Cependant tenonsnous-en à la possibilité matérielle du fait : il est incompréhensible que pour prévenir une diminution de territoire, on veuille perpétuer la division, pour ne pas dire la discorde, en Italie. Mais faites l’annexion, et toute cession deviendra impossible; faites-la, et le traité du 24 mars ne pourra plus être invoqué comme précédent, car une telle demande ne serait plus faite à un petit peuple de cinq millions, mais à la grande nation italienne, forte de vingt-deux millions de citoyens; faites— la, et si le ministère change , quels que soient nos successeurs sur ce siège, à quelque partie de la Chambre ou du pays qu’ils appartiennent, ils sauront répondre en dignes descendants de Copponi. (Applaudissements prolongés.)

Des doutes ont été soulevés, des explications demandées sur deux points douloureux et délicats : Rome et Venise. Je pourrais me taire et m’envelopper dans la raison d’Élat; mais, en ce siècle de publicité, je crois qu’il vaut mieux que les gouvernements et les assemblées manifestent ouvertement leurs vues. Sur la question présente, pratique, nous sommes tous d’accord. Nous sommes tous d’avis qu’il ne sera ni opportun ni convenable que nous allions à Rome tant que les troupes françaises l’occuperont. Reste la question d’avenir.

C’est une chose grave, pour un ministre, d’émettre son opinion sur les grandes questions qui appartiennent aux temps futurs ; cependant un homme d’État digne de ce nom doit avoir devant lui certains points immuables qui soient comme son étoile polaire, qui le guident dans son chemin et dont il ne détache jamais son regard, tout en se réservant le choix de moyens appropriés aux circonstances.

Durant les douze dernières années, l’étoile fixe du roi Victor -Emmanuel fut l’idée de l’indépendance nationale; quelle sera cette étoile , cette idée pour Rome? C’est que la Ville éternelle, sur laquelle vingt-cinq siècles ont accumulé toutes les sortes de gloire , devienne la splendide capitale du royaume italique. ( Immenses applaudissements.)

Celle réponse ne suffira peut-être pas aux interpellants, qui demandent quels moyens nous entendons employer. Je pourrais dire : je répondrai si d’abord vous me faites savoir dans quelle situation seront dans six mois l'Italie et l’Europe. (Hilarité et marques d’adhésion.) Si vous ne me fournissez pas ces données, ces termes du problème, je crains que ni moi ni aucun des mathématiciens de la diplomatie ne soit capable de trouver l’inconnue que vous cherchez. (On rit.)

Si pourtant je ne puis indiquer les moyens particuliers à adopter, je puis dire quelles doivent être les grandes causes qui amèneront la solution désirée.

J’ai affirmé et je vous répète que la question de Rome ne peut, à mon avis, être résolue par l’épée. L’épée est nécessaire et le sera encore pour empêcher que des élé-

ments hétérogènes ne viennent se mêler aux éléments propres du problème; mais c’est par des forces morales que celui-ci doit surtout être résolu. Quelles sont ces forces?

Ici, j’empiète un peu sur le terrain de la philosophie et de l’histoire (hilarité); mais puisque je suis entraîné sur ce terrain, je dirai ma pensée tout entière.

Je crois que la solution de la question romaine viendra de la conviction toujours croissante, dans le sein de la société moderne et même dans la grande société catholique, que la liberté est hautement favorable au développement du véritable sentiment religieux. (Très-bien.)

Je crois fermement que cette vérité triomphera avant peu. Nous l’avons vue reconnue par les partisans les plus passionnés des idées catholiques; nous avons vu un écrivain illustre, dans un moment de lucidité, démontrer à l’Europe, en un livre qui a fait du bruit, que la liberté avait été très -propice au réveil de l’esprit religieux. C’est une \érité d’ailleurs dont nous fournissons nousmêmes les preuves. Je n’hésite pas à affirmer que le régime libéral qui se développe dans cette contrée subalpine depuis douze ans est très favorable aux progrès du sentiment religieux ; je me crois en droit de déclarer qu’aujourd’hui ce sentiment est plus vif, plus sincère en Piémont qu’il ne l’était il y a douze ans. (C’est vrai!) Je me crois dans le vrai en assurant que si le clergé a moins de privilèges , si le nombre des moines est bien moindre, la vraie religion a bien plus d’empire sur les esprits qu’à l’époque où l’on montait aux emplois et aux honneurs en flattant une certaine fraction du clergé et en

fréquentant hypocritement les églises. (Applaudissements.)

Ceux d’entre vous qui n’ont pas habité les anciennes provinces sardes peuvent s’assurer du fait au sortir de cette assemblée. II vous sera confirmé par tous les vénérables pasteurs de cette ville, bien que la capitale du Piémont n’ait pas eu la bonne fortune de voir à la tète du diocèse un de ces pasteurs éclairés comme il s’en rencontre dans des cités très-proches de nous, et qui savent concilier les principes de liberté avec les préceptes religieux. (Applaudissements.)

Lorsque celle opinion sera généralement accueillie. Messieurs, et elle ne tardera pas à l’être (la conduite de notre armée, l’attitude de notre prince magnanime y aideront elles-mêmes), quand celle opinion aura pris assez de consistance dans l’esprit îles autres peuples et aura pénétré au cœur des sociétés, la grande majorité des catholiques éclairés et sincères, je l’affirme sans hésitation, reconnaîtra que l’augusle chef de notre religion peut exercer avec plus de liberté, plus d'indépendance son sublime office, entouré de l’amour et du respect de vingt-deux millions d’Italiens, que gardé par vingtcinq mille baïonnettes. (Applaudissements.)

J’arrive à Venise. (Profond silence.)

Quelque ardente que soit l’affection qui nous attache tous à cette grande martyre, tous nous reconnaissons que la guerre contre l’Aulricbe serait impossible en ce moment. Impossible, parce que nous ne sommes pas organisés; impossible, parce que l’Europe ne le veut pas. Je sais qu’il est ici des hommes qui font peu de cas de l’opposition des cabinets; je ne suis point de ce nombre,

DU COMTK DE CAVOUE.

el je leur rappelle qu’il a toujours été fatal aux princes et aux peuples de ne pas tenir compte de ce que veulent les puissances. D’énormes catastrophes sont venues d’un trop grand dédain pour les sentiments des autres nations. Au commencement de ce siècle, le plus grand capitaine des temps modernes ayant mis sous ses pieds l’opinion européenne, tombe, malgré son génie extraordinaire et ses immenses ressources, après quelques années de règne, et retombe une seconde fois pour ne plus se relever, sous les efforts réunis de l’Europe. Plus récemment, un autre empereur, qui comptait, lui aussi, ses soldats par cent mille, et des soldats d’une valeur à nulle autre seconde, méprisa les avertissements des puissances et voulut trancher à lui seul son différend avec l’empire turc : il ne tarda pas à se repentir amèrement de n’avoir pas assez calculé la force des intérêts el des volontés de l’Europe. La même chose pourrait nous arriver si nous nous confiions uniquement à notre bon droit et à nos ressources, si nous ne nous occupions point des conseils qu’on nous adresse du dehors.

Mais alors, me demande-t-on, par quel moyen résoudre la question de Venise? — D’une manière bien simple : en faisant changer l’opinion de l’Europe.

Et cela comment? L’opinion de l’Europe doit changer inévitablement. L’opposition que nous rencontrons maintenant n’existe pas dans les gou\ernemenls seuls, mais aussi, il faut le dire, dans une grande partie des populations même libérales de l’Europe. Cette opposition contre l’entreprise de la délivrance de Venise vient de deux causes :

D’abord, l’Europe doule encore que les Italiens soient capables de se constituer en une nation forte et indépendante; elle n’a pas une juste idée des ressources dont nous disposons ; elle nous croit impuissants à accomplir seuls et par nous-mêmes une si grande entreprise. Ces idées, il dépend de nous de les rectifier. Organisonsnous, prouvons qu’il n’existe parmi nous aucun germe funeste de désunion et de discorde; formons un État solide, qui puisse disposer d’une armée formidable, d’une flotte puissante, et qui s’appuie sur le consentement unanime des populations; alors l’opinion changera en Europe, et ils verront enfin la vérité, ces libéraux de divers pays dont la pensée est perplexe ou incrédule louchant les destinées de cette noble et malheureuse partie de l’Italie.

En second lieu, quelques-uns imaginent encore qu’une réconciliation est possible entre les populations vénitiennes et le pouvoir autrichien; mais cette illusion va se dissipant; il est clair qu’il n’est pas de concession, pas de faveur, pas de tentative d’accord qui puisse détourner les Vénitiens des aspirations qui les entraînent vers la grande famille italienne. Si cela a été vrai jusqu’ici, ce sera vrai de plus en plus à l’avenir, car le monde moral est régi par des lois analogues à celles du monde physique; l’attraction est en raison des masses, et plus l’Italie devient forte et compacte, plus l’attraction qu’elle exerce sur la Vénétie est puissante, irrésistible. (Applaudissements.)

Du reste, Messieurs, cette vérité a déjà été avouée par le gouvernement de Vienne lui-même. (Écoutez 1)

A Villafranca, l’empereur d’Autriche, je n’en doute aucunement, désirait sincèrement établir en Vénétie un régime de conciliation et essayer, par des faveurs, de rattacher moralement la Vénétie à l'empire. Il s’y efforça pendant quelque temps, mais il dut bientôt reconnaître qu’il faisait fausse route, et il revint au système de compression. Je ne lui en fais aucun reproche : du moment où l’empire entend garder la Vénétie, une fatalité inévitable lui commande de maintenir le système de la compression et des rigueurs. (Assentiment.)

Quand ces vérités auront pénétré dans les esprits, dans les cœurs en Europe, elles exerceront, je l'espère, une grande influence.

Je sais bien ce qu’on va me répondre : que je caresse des rêves, que la diplomatie n’a point d’entrailles. Avant tout, en raison de ma charge, je repousse cette imputation. (Hilarité.) Mais, fùt-elle juste, je dirais: si les diplomates n’ont pas d’entrailles, les peuples en ont. Par le temps qui court, ce ne sont plus les diplomates qui disposent des peuples, ce sont les peuples qui imposent aux diplomates les travaux à accomplir. (Vif assentiment.)

J’ai donc la confiance que, lorsque la vérité ne pourra plus être sérieusement contestée , le sort déplorable de la Vénétie éveillera une immense sympathie non-seulement dans la généreuse France, dans la juste Angleterre, mais aussi dans la noble Allemagne (bravo !), où les idées libérales acquièrent d’année en année, de jour en jour plus de pouvoir. Je crois que le temps n’est pas loin où la plus grande partie de l’Allemagne témoignera quelle ne veut

plus être la complice du supplice de Venise. (Applaudissements.)

Quand il en sera ainsi, Messieurs, nous serons à la veille de sa délivrance. Celte délivrance s’opèrera-t-elle par les armes ou par des négociations? la Providence seule en décidera.

ïl ne me reste rien à ajouter, Messieurs.

Je ne sais si je puis me flatter d’avoir dissipé tous vos doutes et persuadé tous les membres de cette Chambre de la droiture des intentions du ministère, de l’opportunité de la politique qu’il vous conseille. J’espère toutefois que vous ne me taxerez pas de présomption si je manifeste un ardent désir, une vive espérance que vous donnerez à cette loi un vole unanime; ce vote sera d’un grand effet aux yeux de l’Europe-, il pourra, avec une autorité incontestée, étouffer dans leur germe ces semences de discorde qui sont apparues dans les provinces méridionales, et qui risqueraient, si on les laissait se développer, de rendre irréalisable peut-être l’œuvre la plus grande, la plus merveilleuse qu'il ait été donné à un peuple d’accomplir. (Salves répétées d’applaudissements.)

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