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Séance <!u Sénat «lu 16 octobre 1860.
Messieurs les sénateurs , quand l’honorable sénateur Brignole a reproché au président du conseil de venir soutenir une politique de révolution condamnée par luimême en d’autres circonstances , je pouvais m'attendre à la discussion la plus animée. Si la politique du ministère eût été révolutionnaire, elle aurait trouvé dans cette auguste assemblée une nombreuse et forte opposition ; car le Sénat est le gardien respecté des grands principes conservateurs, le Sénat réunit les magistrats les plus renommés, les hommes les plus éminents et les plus indépendants, les gloires vivantes enfin de la moitié de l’Italie. Si les intérêts conservateurs étaient menacés, les voix ne manqueraient pas ici pour rappeler le ministère à de plus sages déterminations. Souvent , dans les dernières années, lorsqu’en certaines discussions le ministère se montrait non pas révolutionnaire, mais hardiment réformateur, souvent il a Vu des oppositions considérables s’élever contre lui dans cette enceinte. Aujourd’hui au contraire, tous les sénateurs qui ont pris la parole après l’honorable Brignole ont appuyé la politique du ministère, tout en différant d’appréciation sur les moyens. Ceci prouve que les jugements de l’honorable Brignole ont été trop sévères, sinon injustes. Notre politique, en
effet, à l’examiner mûrement, est en réalité éminemment conservalrice, dans le sens vrai du mot.
S’il est vrai que la politique qu’on appelle révolutionnaire est celle qui s’attaque aux racines de la société, qui a pour but de substituer aux principes fondamentaux de la famille et de l’ordre civil des idées hasardeuses et pleines de périls, vous ne pouvez méconnaître que la marche constamment suivie par le gouvernement du Roi lui a été absolument contraire. Comparez l'Italie de 1848 à l’Italie de 1860; vous reconnaîtrez que les idées extrêmes, qu’on désigne vulgairement sous le nom de révolutionnaires, n’ont plus guère de pouvoir parmi nous.
L’Italie a donné en ces deux dernières années des exemples admirables de sagesse civile, ainsi que de l’empire sur elle des principes d’ordre, de morale, de civilisation; nous pouvons tous dire avec orgueil qu’il n’existe pas de transformation politique dans l’histoire qui ait été accompagnée de moins de désordres, de moins de trouble dans les ressorts sociaux, que n’en a produit le mouvement italien depuis quinze mois.
Un orateur éloquent vient de retracer le tableau douloureux qu’offraient les Romagnes sous le gouvernement pontifical; il n’a rien exagéré. J’ai pu proclamer les mêmes faits en présence de la diplomatie européenne, et la diplomatie, qui est loin de manquer d'indulgence pour les gouvernements établis, n’a point contesté la vérité de mes paroles. Ce mauvais gouvernement est tombé sans qu’une réaction se soit produite. Les Romagnols libres n’ont pensé à se venger ni des castes, ni des hommes de l’oppression pendant les longs mois où l’Europe les
abandonna à eux-mêmes. Le même fait s’est reproduit en Toscane et dans les duchés. L’une des villes de l’Émilie seulement a été la scène d’un altentat très-regrettable1 qui excita partout la réprobation en Italie.
D’où sont venus ces grands résultats? De ce que le seul gouvernement qui soit resté libre, après 1848, de toute influence étrangère, le seul qui ait pris en main le drapeau national, l’a porté haut, ce drapeau, devant tous les Italiens, en déclarant qu’il lutterait par tous les moyens réguliers pour la cause de l’indépendance et du progrès civil. Alors disparut la contradiction qui existait dans les esprits entre l’idée d’un gouvernement régulier et l’idée de la tyrannie, de la force, de la négation des sentiments généreux de la nation; le sentiment de l’ordre, la notion juste d’un véritable gouvernement se firent jour dans les masses. A peine quelques débris des sectes de 1848 ont-ils reparu à Bologne : la population a fait rentrer aussitôt dans le silence ces restes d'une époque de triste mémoire.
Mais peut-être est-ce surtout ce qui se passe à Naples et à Home que blâme le sénateur Brignole-Saies. Messieurs, j’en conviens, les faits qui se sont produits dans l’Italie du centre et du midi ne peuvent pas être jugés d’après les règles que l'on enseignait dans les écoles au temps où le sénateur Brignole les fréquentait. 11 est évident que si l'on veut faire entièrement abstraction du droit des peuples, que si l’on ne veut pas reconnaître à la société le droit de réagir contre une domination deve-