DANS LA MÊME DISCUSSION
Séance de la Chambre des députés du TJ mars 1861.
Je dois manifester l’opinion du gouvernement du (loi sur les diverses propositions qui ont été adressées à lu Chambre ; je crois en même temps qu’il est de mon devoir de répondre à quelques reproches qui m’ont été faits, et de donner quelques explications qui m’ont été demandées. Je pense que, dans l’examen même des propositions qu’on a formulées, je pourrai remplir cette double obli-
gation, et répondre sinon à tous , du moins à la plupart des députés qui m’ont adressé la parole. Cependant je dois dire, dès le principe, que j’exclus en grande partie de cette réplique l’honorable député Ferrari; non pas que son discours n’ait étc parfaitement convenable et parlementaire, mais il a porté la question sur le terrain des discussions théoriques, et il me serait difficile de l’y suivre, soit par défaut de connaissances suffisantes, soit parce qu’il faut que je m’occupe du côté pratique de la question.
11 y a néanmoins deux accusations qu’il a dirigées contre le cabinet et contre moi ; je leur dois une courte réponse.
L’honorable député Ferrari, se servant d’une figure de rhétorique, et faisant allusion h un nom qu’il croyait que cette Chambre ne voulût pas entendre, a dit qu’il n’aimait pas les conspirateurs, même quand ils sont sur le banc de la présidence. L’honorable député Ferrari a donc voulu me faire l’honneur de me compter parmi les conspirateurs. (On rit.)
Je l’en remercie , et à cette occasion , je déclare à la Chambre que j’ai été pendant douze .ms un conspirateur. (Oh ! oh! ) Oui, Messieurs, pendant douze ans j’ai conspiré de toutes mes forces; j’ai conspiré pour arriver à donner l’indépendance à ma patrie. Mais j’ai conspiré d’une façon singulière : j'ai conspiré en proclamant dans les journaux, en proclamant à la face du Parlement entier, en proclamant dans les conseils de l’Europe le but de ma conspiration. J'ai conspiré en cherchant des affiliés, des adeptes, et j’ai eu avec moi tout ou presque
tout le Parlement subalpin ; les années dernières, j’ai eu pour adeptes et pour compagnons presque tous les membres de la Société nationale, et aujourd'hui je conspire avec vingt-six millions d’italiens. (Applaudissements.)
L’honorable Ferrari, en outre, a expliqué la politique des annexions d’une manière curieuse; il vous a dit. Messieurs : si le ministère fait des annexions, croyezvous que ée soit pour faire l’Italie? pas du tout; les annexions sont pour lui des expédients politiques, des stratagèmes pour éviter les difticultés intérieures. S’il a annexé Parme, c’est qu’en Lombardie certaines lois du précédent ministère avaient déplu; s’il a annexé Modène, c’est probablement à cause de ces fameux 33 centimes contre lesquels on a tant crié à Milan; s’il a fait l’annexion de la Toscane, c’est parce qu’il n’avait pas le courage de- résoudre la question du mariage civil ; et peut-être, s’il proclame maintenant que nous aurons l\ome, c’est pour différer la solution du problème ardu des régions.
Voilà comment l’honorable député Ferrari juge la politique du ministère. L’argumentation est fort ingénieuse, fort spirituelle; mais on me permettra de ne pas la trouver très-solide.
Ce raisonnement ressemble à celui que ferait un soldat vieilli dans les casernes sans avoir jamais fait la guerre, à un capitaine heureux qui, suivant rapidement l’ennemi, se trouverait forcé de négliger des détails du service militaire; prenez garde, dirait-il, la tenue de votre armée n’est pas parfaite, la plupart de vos hommes sont mal vêtus, leurs armes ne sont pas bien nettoyées, votre ma-
tériel n’est pas complet. Le général ne s’en inquiéterait pas, au retour, quand même, après ses liants faits, il montrerait à ses concitoyens des hommes en habits usés, des bataillons diminués, je crois qu’il n’en remporterait pas moins l’approbation universelle. (Très-bien!)
Cela dit, que l’honorable Ferrari me permette de prendre congé de lui, et un congé courtois, comme l’ont été les reproches qu’il m’a adressés dans la séance d’hier.
J’arrive maintenant à la discussion des ordres du jour. (Marques d’attention.)
En examinant les trois ordres du jour d’hier et les deux d’aujourd’hui , je trouve qu’ils s’accordent tous dans l'idée finale; ils sont unanimes à vouloir que Rome soit acclamée capitale de l’Italie, et à presser le gouvernement de s’employer à la réalisation de ce vœu universel. Mais qu'on me permette de constater que, tant pour la forme que pour le -fond, aucun de ces votes motivés ne résume, à mon sens, avec plus de précision et de clarté que l’ordre du jour Bon-Compagni les idées exposées si nettement par l’honorable auteur do l’interpellation, adoptées sans réserve par le ministère et favorablement accueillies par celte Chambre.
L’ordre du jour Bon-Compagni est en quelque sorte une réponse complète aux interpellations de l’honorable Audinot. En le démontrant, je donnerai ces explications plus amples qui m’ont été demandées par plusieurs orateurs.
L’honorable député Audinot demandait, de la façon la plus positive, que le gouvernement fit connaître son
opinion, ses principes sur les affaires de Rome. A cela, j’ai répondu précisément comme répond l’ordre du jour Bon-Compagni. J’ai déclaré que Rome devait être la capitale de l'Italie; l’ordre du jour Bon-Compagni proclame cette vérité. J’ai dit que Rome devait être la capitale de l’Italie et qu’on devait le proclamer immédiatement. Cette assertion a donné occasion à l’honorable député Chiaves de me faire, dans un fort beau discours, deux observations. 11 trouve en premier lieu cette déclaration inopportune; il dit ensuite qu'elle est trop explicite, et croit nécessaire de m’interpeller sur la manière dont le gouvernement entend effectuer ce déplacement de la capitale.
L’honorable député Chiaves a pensé qu’une déclaration aussi précise que la mienne pouvait embarrasser les négociations que le gouvernement devra faire pour résoudre la question romaine. Il croit que des motifs de prudence auraient dû conseiller au gouvernement de motiver l’annexion immédiate de Rome à l’Italie non point sur celte considération que Rome doit être notre capitale, mais sur des raisons de justice, d’humanité, sur des principes.
L’honorable Chiaves, qu’il souffre que je le lui dise, commet là une grave erreur. Je tiens ceci pour certain : si nous ne pouvions pas nous prévaloir de ce puissant argument : — que sans Rome pour capitale, l’Italie ne peut se constituer définitivement et la paix ne peut s’établir sur des bases sûres, — nous ne pourrions décider ni le monde catholique, ni la puissance qui croit devoir ou pouvoir représenter plus spécialement le monde
catholique, à consentir à la réunion de Rome à l’Italie.
Pour le prouver, je ferai une hypothèse. Supposez que la résidence du souverain pontife, au lieu d’être à Rome, au centre de l'Italie, dans cette ville où tant de souvenirs historiques sont réunis, fût située sur les confins de la Péninsule, dans une ville importante, si l’on veut, mais à laquelle aucun grand prestige historique ne fût attaché; supposez, par exemple, que l’antique et cléricale Aquilée se soit relevée et que le pontificat y ait son siège; pensez-vous qu’il fût facile d’obtenir l’assentiment des puissances catholiques à la séparation du pouvoir temporel dans ce coin de la terre italienne? Non, Messieurs.
Je sais bien que l’on pourrait faire valoir, dans cette circonstance, le principe de non-intervention, le droit qu’ont les peuples de manifester leurs vœux, toutes les grandes maximes enfin sur lesquelles repose le droit international .
Mais les diplomates vous répondraient qu’en politique il n’est rien d’absolu, que toutes les règles ont leurs exceptions, que nous ne songeons certes pas à appliquer à toutes les parties de l’Italie le principe de nationalité, et que, puisque nous consentons à voir Malte aux Anglais, nous pouvons bien consentir à ce qu’un territoire qui n’est point nécessaire à la constitution de l’Italie demeure soumis au domaine papal.
On ajouterait que l’intérêt italien, qui est d’un ordre secondaire, ne doit pas prévaloir sur l’intérêt général de l’humanité; et j’affirme à l’honorable Chiaves que devant ces arguments échoueraient les plus belles dis—
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sertations faites au nom des principes el du droit; que le ministre des affaires étrangères, eût-il la bonne fortune d’être assisté de tous les professeurs de droit international qui sont au monde, ne parviendrait point à convaincre les diplomates avec qui il aurait à traiter, et qu’aucune négociation ne pourrait venir à bout d’une question ainsi posée. Je sais qu’en dernière analyse on pourrait penser à se servir de l’argument du canon; mais nous sommes tous d’accord qu’il ne saurait être employé dans celte circonstance.
Je répète donc que proclamer la nécessité où se trouve l’Italie d’avoir Rome, ce n’est pas seulement une chose prudente et opportune, c’est encore remplir une condition indispensable à la réussite des démarches que le gouvernement pourra faire pour arriver à la solution de la question romaine.
Il me reste à examiner la seconde objection de l’honorable Chiaves, qui voit des dangers à déclarer que la capitale doit être transférée à Rome. Si je voulais prendre à la lettre son discours, et particulièrement ce qu’il a dit sur la nécessité de préparer Rome à la haute fonction de capitale de l’Italie, je serais obligé de supposer que l'honorable Chiaves veut qu’on fasse l’éducation du peuple romain avant que ce déplacement s’opère, c’est-à-dire qu’on le retarde d’une ou deux générations.
Or, le différer ainsi, ce serait pour moi chose pire que d’y renoncer, ou du moins que de renoncer à déclarer dès à présent la néoessité de transporter notre capitale à Rome.
Je n’entends certes point, par la déclaration que j’ai
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l'aile, lier le ministère quant à la dale du déplacement et à la manière de l’effectuer. Je n’ai pas entendu qu’en volant l’ordre du jour Ron-Compagni, en acclamant ltouie pour capitule de l’Italie, la Chambre s'obligeât â se mettre eu route le premier jour où la nouvelle capitale sera libre pour aller s’installer dans je ne sais quel palais de Rome. (On rit.)
11 est évident que la translation de la capitale, quand elle sera possible, devra être l’objet non-seulement d’une détermination du ministère, niais encore d’un vote du Parlement. 11 n’est pas dans les prérogatives du pouvoir exécutif de changer la capitale du royaume. Le ministère aura donc alors à étudier les difficultés que présentera le déplacement, a proposer les moyens de les surmonter, à examiner si l’état de l’Italie et celui de l’Europe ne conseilleraient point de différer pour quelque temps. Il appartiendra ensuite au Parlement de décider en dernier appel sur ce qui aura été jugé convenable, et c’est alors que le député Chiaves pourra proposer tout ce qui lui paraîtra être exigé par l’intérêt général.
Puisqu’on a soulevé la question de la possibilité de différer pour longtemps la translation de la capitale à Rome, je crois devoir ajouter une considération.
Les orateurs qui m’ont précédé ont prouvé avec tant d’éloquence et par de si nombreuses raisons la nécessité de celte translation, que je ne veux présentera ce propos qu’une démonstration, une de celles que les mathématiciens appellent démonstration par l’absurde. Imaginons donc qn 1 les choses se passent comme nos adversaires le veulent; voyons quelles conséquences s’ensuivraient.
Pour montrer combien il serait funeste que la capitale ne fût pas transportée à Home sitôt qu’auront disparu les obstacles insurmontables qui existent aujourd’hui, je suppose que Home soit réunie à l’Italie, mais sans être notre capitale.
Je ne puis m’empêcher de prévoir que jusqu’à ce que la question eût été définitivement résolue, ou, à défaut de solution définitive, jusqu’à ce que le principe eût été affirmé et que le retard mis à sa réalisation eut été justifié par des raisons tout à fait majeures. l’Italie entière serait dans un état d’agitations et de troubles. Il y aurait une lutte ardente entre ceux qui voudraient aller à Rome tout de suite et ceux qui voudraient différer; et si, dans cet état de choses, il arrivait qu’à l’occasion d’une réunion du Parlement, 18ft ou 200 députés de l’Italie méridionale, en s’acheminant vers la capitale actuelle, se trouvassent par hasard réunis sur l’une des places de l’antique métropole du monde, ne serait-il pas à craindre qu’une force occulte, irrésistible, les empêchât de continuer leur route? J’avoue que cette idée me remue, et que je ne serais pas sans appréhension dans une telle éventualité.
Je prie l’honorable député Chiaves de vouloir bien y réfléchir; peut-être ensuite pensera-t-il avec moi que plus tôt nous pourrons aller à Home, mieux cela vaudra ; pourvu que ce soit sans exposer, bien entendu, la sûreté de l’Klat, sans rendre plus difficile la dernière phase de la résurrection italienne, sans ébranler le gouvernement. Nous sommes bien d’accord aussi que celte translation s’effectuera avec toute la gravité, les précautions que
réclame un acte si considérable. J’espère que, cela admis, l’honorable Cliiaves conviendra que le plus tôt sera le mieux pour l’Italie.
Il me semble donc que l’ordre du jour Bon-Compagni, qui acclame Home capitale de l’Italie, répond pleinement aux sentiments exprimés par tous les orateurs dans cette Chambre.
Jusqu’ici ma tâche a été facile; maintenant me voici de nouveau en présence des difficultés que j’ai rencontrées dans l’avant-dernière séance, quand j’ai dû parler des moyens d’aller à Rome.
L’honorable Audinot m’a paru satisfait des explications que j'avais données, et l’ordre du jour Bon-Compagni, en les résumant, appelle en quelque sorte sur elles la sanction de la Chambre.
J’ai dit quel est le système que le gouvernement se propose de suivre pour résoudre la question romaine, et c’est, j’imagine, ce que désirait particulièrement l’honorable député Audinot; je ne pense certainement pas qu’il ait entendu que je viendrais raconter à la Chambre les détails des négociations qui existent ou qui pourraient exister, soit à Rome, soit à Caris, pour aplanir les dillicullés que ces affaires présentent ; je ne pense pas qu’il ait entendu que je communiquerais des dépêches oflicielles ou confidentielles.
En ce qui concerne les dépêches confidentielles, l’honorable député Petruccelli ne voudrait certainement pas que j'en parlasse à la Chambre, que je vinsse dire : J’ai écrit une lettre confidentielle à Rome, pour tâcher de
faire parler au théologien A, à monseigneur b ; j’ai écrit
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à des personnes influentes, pour essayer d’agir sur l’opinion publique à Rome.
Quant aux dépêches officielles, j’ai déjà dit mon sentiment l’autre jour; mais puisque je suis ramené sur ce terrain, je veux dire un secret à la Chambre (hilarité), un secret bien mal gardé, et dont plusieurs d’entre vous sont instruits tout comme moi.
Au point où en sont les choses, à la façon dont on mène les affaires aujourd’hui , les dépêches officielles répandent bien peu de lumière sur les négociai ions.
Que voulez-vous? Depuis que presque tous les gouvernements , parlementaires et non parlementaires, ont pris l’habitude de communiquer aux Chambres ou de publier dans les journaux les dépêches des agents diplomatiques, ces dépêches ont perdu beaucoup de leur valeur; l’on n’y fait plus aujourd'hui que résumer des faits plus ou moins accomplis. Autrefois, quand ces pièces ne devaient voir le jour qu’après la mort de celui qui les avait écrites, les affaires se faisaient par le moyen de notes à communiquer, de notes à lire, de notes verbales, de toutes les armes que renferme Farsenal de la diplomatie. Maintenant , quand on écrit une dépêche , et j’en ai écrit beaucoup , ie dois dire qu’on est moins préoccupé de l’influence qu’elle aura sur le destinataire que de l’effet qu’elle fera sur le public. européen, qui en sera bientôt juge. 11 est un peu humiliant pour un ministre des affaires étrangères de le déclarer, mais les dépêches publiques ressemblent en général à un « article de journal plus qu’à autre chose. Il est vrai qiie la diplomatie prend sa revanche dans certains discours
parlementaires, qui sont cl excellentes notes diplomatiques.
Le ministère ne vous a pas fait connaître l’état des négociations , si négociations il y a ; mais il vous a indiqué de la manière la plus claire, la plus précise, les principes de sa politique et les applications qu'il en veut faire; il vous a dit qu’il pense résoudre la question romaine en convainquant les hommes de bonne foi de la société catholique que la réunion de Rome à l’Italie ne portera aucun préjudice à l’indépendance de l’Fglise; le ministère vous a dit qu’une fois cette vérité acceptée* par la partie saine du monde catholique, l’accord avec la France, qui dans celle affaire représente et croit devoir représenter le monde catholique, serait plus facile; que, cet accord une fois établi , il y aurait lieu d'espérer que le pontife lui-même reconnaîtrait notre bon droit; et que s’il ne le reconnaissait pas, la responsabilité de ce qui pourrait s’ensuivre ne retomberait pas sur nous.
Il me semble impossible de formuler plus nettement notre programme, que résume parfaitement l’ordre du jour Ron-Compagni. Ne me dites pas. Messieurs, que je me fais illusion. La thèse de la garantie de l’indépendance spirituelle du pape par son pouvoir temporel me parait être désormais une erreur mathématiquement démontrée aux catholiques de bonne foi. Je leur dis ceci ; Le pouvoir temporel est une garantie d'indépendance quand il fournit à qui l’exerce des armes et de l’argent pour garantir celte indépendance; mais lorsque, au lieu d’en fournir, il force à mendier auprès des autres puissances des armes et de l’argent , il est clair qu'il est
une cause non pas d’indépendance, mais de dépendance absolue. (Bravo!)
L’homme qui vit tranquillement chez lui , sans dettes, sans ennemis, me semble mille fois plus indépendant que le riche propriétaire de terres qui a soulevé contre lui tous ses paysans, et qui ne peut plus sortir qu’entouré de gendarmes. (Très-bien!)
Je crois donc que les catholiques de bonne foi doivent être d’accord avec nous sur ce point.
Reste à persuader le saint-père que l’Église peut être indépendante sans le pouvoir temporel. Mais il me semble que quand nous nous présentons au souverain pontife, et que nous lui disons : « Saint Père, le pouvoir temporel n’est plus pour vous une garantie d’indépendance; renoncez-y, et nous vous donnerons cette liberté que vous avez demandée en vain depuis trois siècles à toutes les grandes puissances catholiques; celte liberté, vous leur en avez arraché quelques lambeaux dans des concordats qui vous forçaient vous-même à leur concéder des privilèges, que dis-je! l'usage même des armes spirituelles; eh bien, celte liberté que vous n’avez jamais pu obtenir de ces puissances qui se vantaient d’être vos alliés, vos (ils dévoués, nous venons vous l’offrir dans toute sa plénitude; nous sommes prêts à proclamer en Italie ce grand principe : l’Église libre dans l’État libre. (Très-bien!)
<> Vos amis de bonne foi reconnaissent comme nous l’évidence; ils reconnaissent que le pouvoir temporel, tel qu’il est, ne peut plus exister. Us viennent vous proposer des réformes que, comme pontife, vous ne pouvez
faire; ils vous proposent d’établir des institutions qui, en certains points, ne s'accordent pas avec les maximes dont vous devez être le gardien ; ils insistent, ils vous reprochent votre obstination; vous opposez une résistance inflexible, et vous faites bien; à ceux qui vous reprochent de n’avoir pas une armée basée sur la conscription, vous répondez que vous ne pouvez pas forcer au célibat des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans, l'àge des passions les plus vives : je ne vous en blâme point; vous refusez de proclamer la liberté religieuse, la liberté d’enseignement, je le comprends : vous devez enseigner certaines doctrines, et par conséquent vous ne pouvez pas dire qu’il est bon que quiconque enseigne quelque doctrine que ce soit. Vous ne pouvez donc pas accepter les conseils que vous donnent vos amis de bonne foi, parce qu’ils vous demandent ce qu’il vous est impossible d’accorder; et ainsi vous restez dans cet état anormal où le père des lidèles est forcé de maintenir son peuple sous le joug au moyen des baïonnettes étrangères, au lieu d’accepter le principe de liberté, loyalement, largement appliqué chez l'ainée des nations de race latine, dans le pays où le catholicisme a son siège naturel. »
Il me semble impossible. Messieurs, qu’un tel langage, qu’une telle proposition, faite avec toute sincérité, avec toute loyauté, ne soit pas accueillie avec faveur.
Que ces propositions soient sincères, c’est ce qui ne peut être mis en doute. Je ne fais point de question de personnes; cependant, je pourrais rappeler à ceux de mes collègues qui faisaient partie des Parlements précédents, que dès 1850, peu de jours après avoir été appelé
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dans le conseil de la couronne, je proclamai franchement ce principe, et je repoussai un projet qui avait pour but l’incamération des biens du clergé, l’établissement d’un clergé salarié et sa dépendance de l'État.
Je rappellerai, comme preuve de la sincérité de ces propositions, qu’elles sont conformes à tout notre système. Nous croyons que le principe de liberté ^doit être appliqué à toutes les parties de la société religieuse et civile; nous voulons la liberté économique, la liberté administrative, la liberté de conscience pleine et absolue, toutes les libertés politiques compatibles avec le maintien de l’ordre public ; et, comme conséquence de eet ordre de choses, nous jugeons nécessaire à l’harmonie de l’édilice que nous voulons élever l’application du principe de liberté aux rapports de l’Eglise et de l’État. (Très-bien!)
J’espère que ces déclarations satisferont l’honorable Boggio, et je suis bien aise de me trouver maintenant pratiquement d’accord avec lui , comme je l’étais en théorie quand il publia son remarquable écrit sur les rapports de l’Église et de l’Elat.
> Ces vérités seront accueillies par l’opinion publique, et sans être à même de prévoir le temps qu’il leur faudra pour acquérir une puissance irrésistible, je crois ne pas me tromper en pensant qu’à une époque où le monde intellectuel lui-même se sert de la locomotive, elles ne tarderont pas à être acceptées. Quand cela se sera réalisé, l’accord avec la France, comme je l’ai dit, sera facile.
Une fois les deux grandes conditions remplies, une
DU COMTE de: cavour.
fois les catholiques persuadés et la France consentante, j'espère que nous pourrons nous entendre avec le saintpère. Je ne veux pas prévoir le cas où un arrangement serait impossible; mais je dis que si celte impossibilité ne venait point de nous, la faute ne nous en serait pas imputée, et que, même dans ce cas, Rome pourrait être réunie à l’Italie sans qu’il en résultât des conséquences fatales pour l'Italie et pour l’Église.
Quoi qu’il en soit, Messieurs, il est évident que pour atteindre ce but si important, si glorieux, il est nécessaire que le gouvernement soit investi de la plus gl ande force morale possible. Permetlez-moi donc de faire appel aux auteurs des divers ordres du jour déposés sur le banc de la présidence, ordres du jour qui ne me semblent pas différer en substance; je prierai ces députés d’accepter tous l’ordre du jour proposé par le député Bon-Compagni, qui proclame en termes précis et explicites Rome capitale de l’Italie; qui déclare qu’en même temps que Rome doit être réunie à l’Italie, l’indépendance, la dignité du pontife, la liberté de l’Église doivent être assurées; et qui reconnaît enfin l’absolue nécessité d’un accord avec la France.
Ne nous divisons pas sur des questions secondaires, surtout sur des questions de forme ; unissons-nous en une seule pensée, en une seule volonté. Vote/.. Messieurs, cet ordre du jour, pour nous donner la force de vaincre tant de difficultés; soyez unanimes, et peut-être ainsi nous sera-t-il donné d’arriver dans un avenir prochain à l’un des plus grands résultats qui se soient jamais réalisés dans l’histoire, à la réconciliation de la papauté et
de l'empire, de l’esprit de liberté et du sentiment religieux. (Applaudissements.)