LES MARIS BRILLANTS
La belle Zéila était mariée depuis deux ans au bon et modeste Amédan. Ce mariage avait été fait sous les plus heureux auspices ; Amédan , satisfait de la possession de Zéila, s'était bien promis de ne jamais lui donner de rivales, et Zéila, maîtresse absolue du cœur de son mari,
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Triait aiis-i de tOUtOS SOI volontés. \iunlaii ne lui n disait, jamais rlen;pouc lui, les caprices mdmeq de Fa femme étaient des lui-, il notait point jaloux; aussi ne voulait- il point que L'objet <!»■ sa tendresse fût entouré il»' ces gardiens méprisables (l'une vertu qui n'est vertu que lorsqu'elle est libre. Zéila, escortée de ses femmes, ou saule quand elle Le désirait, allait visiter ses compagnes sans en demander la permission, et parcourait les bazars où se trouvaient rassemblées les plus riches marchandises de l'Europe et de l'Inde. Elle achetait tout ce qui lui faisait plaisir. Amédan , sans être riche, avait une fortune aisée, et jamais il ne demandait à sa femme : Combien cela vous a-t-il coûté? Il pensait que tout ce qui fixait un instant les désirs de Zéila ne coûtait jamais assez cher. Telle était le caractère d'Amédan. Combien y a-t-il de maris qui lui ressemblent ?
Toutes les jeunes femmes d'Ispalian étaient jalouses du bonheur de Zéila, qui cependant n'était point heureuse. Depuis quelque temps une sombre mélancolie s'était emparée de son cœur. Elle versait des larmes, et l'ennui couvrait de deuil les riches tapis de ses appartements. Le bon Amédan avait fait de vains efforts pour dissiper les chagrins de cette femme adorée, et pour lui rendre cette douce gaieté qu'elle avait perdue, et qu'il regardait comme le signe du bonheur. Chaque jour il se montrait plus attentif et mettait en œuvre , pour lui plaire, les soins les plus tendres et les plus délicats d'un amour ingénieux. Tout était inutile. Comment contenter les désirs de Zéila? Elle n'en forme plus, hors un seul qu'elle n'ose avouer, et qu'elle voudrait se cacher à elle-même.
Un jour qu'elle était plongée dans une rêverie profonde, Amédan s'approche d'elle et lui dit : « Zéila , une affaire très-importante pour mon commerce va m'éloigner de vous pendant huit jours. Je pars pour Téflis , et j'espère qu'à mon retour je vous trouverai plus heureuse. Puisse Mahomet ramener le sourire sur vos lèvres! Ah ! je don-
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nerais toute ma fortune pour un sourire de Zéila. » Il
dit, l'embrasse tendrement et part.
Il y avait alors à Ispahan une femme très-âgée, qui passait pour posséder de grandes connaissances dans la magie et dans l'ait de prédire l'avenir. Elle habitait cette ville depuis trente ans, et avait eu d'abord beaucoup de vogue. Mais peu à peu la foule l'avait abandonnée, parce qu'à des prédictions rarement flatteuses, elle joignait, tantôt des réprimandes, tantôt des plaisanteries, et surtout des conseils dont elle était plus prodigue que des merveilles de son art. Ce qui l'avait encore decréditee, c'est qu'elle ne recevait aucun salaire de ceux qui venaient la consulter, d'où l'on avait conclu que ses réponses n'avaient aucun prix, puisqu'elle n'osait pas les vendre. Toutes ces raisons avaient empêché Zéila d'avoir recours à elle, quoiqu'elle y eût songé plus d'une fois; mais l'absence de son mari lui fit entrevoir huit jours à passer dans un ennui si insupportable, qu'elle se résolut à aller trouver la vieille, et à lui ouvrir son cœur.
C'était dans les faubourgs d'Ispahan , près des jardins de Zurfa, que demeurait la magicienne. Zéila s'y rendit dès que la nuit fut close, couverte d'un voile épais , et accompagnée d'une seule esclave. Elle fut introduite dans une petite chambre , simplement mais proprement meublée, et fut étonnée de voir que la vieille n'avait rien dans ses traits ni dans son ajustement qui inspirât cette espère d'effroi qu'elle avait craint d éprouver. La vieille s'en aperçut et profita de cette heureuse disposition pour ga • gner, par des questions pleines d'intérêt, la confiance de la belle affligée. Bientôt Zéila, tout en rougissant, lui révéla la cause de ses chagrins. «Je suis bien à plaindre, lui dit-elle, j'ai le meilleur de tous les maris, et c'est lui qui fait mon malheur. Il possède toutes les vertus, c'est la bonté personnifiée, mais il n'a point assez d'éclat. Son caractère est d'une uniformité qui rue fait mourir d'ennui ; jamais il ne s'elèv eau-dessus du commun des hommes.