‹ ŒuvresChapitre 16 sur 88 · LES PHYSIONOMISTES. ];;J · texte numérisé non relu

LES PHYSIONOMISTES. ];;J

résister su torrcnl , voua c| votre famille : ( tomment |vezr Mm» pu conserver votre bonheur el vos amis?

» Je me prosternai au pied «lu irône et je <lis : () prudenl Nélador ! que les justes dieux récompensenl \ néreuses intentions! Vous me demandez quel moyen j'ai employé pour rester toujours heureux ? J'ai senti que la science de Te^émantidas ne pouvait rien ajouter à mon bonheur, mais qu'elle pouvail le détruite. Je me suis bien gardé de me faire initier dans un art qui pouvait me faire perdre les plus chères illusions de mon cœur. Je ne suis point physionomiste, et. j'ai conserve me- ami-, parce que j'ai conserve la confiance. Vous me demandez des conseils, el voilà celui que je crois le meilleur : Couvrez votre visage d'un masque, votre exemple sera bientôt suivi ; pour faire renaître que que espoir du retour de la vertu, il faut cacher, à des yeux devenus trop perçants, le hideux aspect du règne de tous les vices.

a Néladoi suivit ce conseil que le ciel m'avait inspiré. Bientôt ses courtisans l'imitèrent. Ils prirent des masques à peu près semblables à celui du roi. La mode de se manquer se répand en tous lieux, et toute la ville adopte des masques faits sur le modèle de ceux de la cour. Tous présentent un caractère de bonté , de bienveillance, de franchise et de loyauté; enfin ils ont la physionomie de toutes les vertus sociales. Ce n'est pas le tout; il fallut conformer ses gestes, ses manières, son langage, à l'air du visage factice que l'on s'était donné , en ?orte qu'au bout de quelque temps les Argénites Curent tous masques depuis la tête jusqu'aux pieds. Ce costume les gêna d'abord un peu; mais ils ont pris insensiblement une telle habitude de porter le masque, qu'il leur est devenu comme naturel. 11 semble qu'ils soient nés ainsi.

» L'effet du conseil que j'avais donné se fit bientôt sentir à tous les habitants de l'île. Il y a encore parmi nous grand nombre de gens qui n'ont pas entièrement perdu le souvenir des leçons de Télémantidas. Voilà pour-

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quoi , dès l'instant de votre arrivée, vous vous êtes vu entouré d1 Argénites qui vous regardaient avec curiosité, et disaient, en vous voyant : C'est un bon homme! c'est un bon homme ! Mais on oublie tous les jours une science dont la pratique est devenue impossible. On commence à croire a la bonne foi , à la franchise, à la probité , à l'honneur, enfin à toutes les vertus dont les hommes portent le masque. INous ne jugeons que les actions. La confiance renaît dans le sein des familles. L'amour, l'amour paternel, tous les sentiments , toutes les affections qui font le bonheur de l'homme, reprennent les illusions sans lesquelles ils ne pourraient exister. Les jeunes gens se marient avec l'espoir d'être heureux, et nous voyons de bons ménages. »>

Ainsi parla mon ami Létoclès. Je lui demandai pourquoi il n'avait point pris de masque comme les autres , et pourquoi sa figure ressemblait beaucoup à tous les masques que j'avais rencontrés. Létoclès rougit ; ma question l'embarrassait, lorsqu'un Argénite, présent à notre conversation, prit la parole et dit : « Pourquoi le sage Létoclès aurait-il pris un masque ? il n'avait rien à cacher. Son cœur est le sanctuaire des vertus , dont ses traits sont la fidèle image. Us ont servi de modèle aux Argénites. Tous , depuis le roi jusqu'au dernier de ses sujets, ont voulu ressembler à Létoclès.

» Ah ! m'écriai-je , en me jetant au cou de mon ami, cet hommage était bien digne de toi. Cher Létoclès, puissent tes compatriotes garder ta physionomie ! Puissent-ils te ressembler toujours !.. Arrêtez, interrompit Létoclès; ne parlez pas de mes vertus ; elles sont bien imparfaites ; car je suis un homme. Les hommes d'ailleurs ne peuvent pas plus se ressembler par le visage que par les qualités de l'âme : il a été bon pour les Argénites de se masquer, puisqu'ils n'avaient que ce moyen de réparer les ravages d'un vain savoir que n'a point voulu nous donner la nature. Mais lorsqu'ils en auront oublié jusqu'à la moindre trace, il faudra qu'ils se démasquent pour jouir de nou-

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veau du droit que le Créateur leur ;i donné, il peu( ie glisser dans les derniers replia du cœur de l'homme tel sentiment honteux <|ui ne fait que | isser, telle [«assion criminelle qui If gouverne nu moment a son insu , mais qu'il réprouve dès qu'il s'aperçoit du motif qui le dirige Voilà ce qu'un autre homme ne doit jamais apercevoir. "Niais il but aussi, pour la sécurité de la vertu et pour l'opprobre du vice , que le regard de l'honnête homme puisse toujours déconcerter l'hypocrite et le scélérat. »

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