I.K l'HKMII .11 HOI M Ml. M
l'.li quoi ! lui dit Forval. rmore au lit : — l.e jour M Imîl qaand j*ai ferme la paupière, —I HC insomnie! I iihi- \eille; je in y attendais, mon ami : TOUS êttê aniuni < n\. — Moi .' — \ OU ftttt amoiiieiix . fOUS dis j" , et de l'aimable \dele. — \mourru\d' Adèle I. ... < lee motssemblent réveiller le pauvre clainville et le rappeler i luimême. Jl rougit, il balbutie.... « Qui peut vous faire soupçonner? — Et bien ! interrompit Forval , voyez le grand critt€ ! — Non , pas un crime, monsieur de Forval, mats Un grand malheur. — Oui, vraiment, un grand malheur d'être amoureux d'une jeune personne que l'on peut épouser quand on voudra. — Moi , l'épouser '.' Me croyez - VOtM eeen ridicule pour élever mes prétentions jusqu'à elle? — Et moi , Clainville , me croyez-vous assez peu de vos amis pour me supposer le projet de me moquer de vous? Écoulez-moi : je connais beaucoup et depuis longtemps madame de Jumilly ; j'ai même été chargé par elle d'affaires très-importantes ; j'étais avec elle en correspondance réglée. Elle m'entretenait sans cesse de l'avenir de sa fille, et du désir qu'elle avait de la voir bien mariée. Ma lille , me mandait-elle , est assez riche pour deux; ce n'est donc point à la fortune que je m'attacherai dans le choix que je ferai de l'homme à qui je veux confier son bonheur. Mais si je trouve un jeune homme qui joigne à une naissance distinguée toutes les qualités du cœur, une tournure agréable et un esprit solide , c'est lui qui sera l'objet de ce choix important. Elle me priait en même temps d'unir mes recherches aux siennes. Je vous avais promis , Clainville , de m'occuper de votre bonheur , je vous ai tenu parole. Je vous connais mieux que vous ne vous connaissez vous-même; et je ne crois pas avoir trompé la confiance de madame de Jumilly , en vous proposant pour l'époux de sa fille. Vous avez toutes les qualités qu'elle peut désirer. Hier au soir elle m'a parlé avec enthousiasme de votre esprit et de votre caractère, et je suis convenu avec elle que je vous lerais pari d un projet qui,
264 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, pour être exécuté , n'a plus besoin que de votre consentement. — Que de mon consentement ! ô ciel, et je ne puis le donner ! s'écria Clainville. » Tous deux gardent le silence. Forval observe avec attention la physionomie du jeune homme, sur laquelle se peignent mille passions diverses. '« Non . non , répète Clainville en se promenant avec beaucoup d'agitation ; non , je ne puis le donner. J'aime mademoiselle de Jumilly, et... je la refuse. >; Alors il raconte au bon Forval les engagements qu'il a pris la veille avec madame de Mazières. «Je n'ai pu voir, dit-il, je n'ai pu voir couler les larmes de cette femme respectable, sans en être profondément touché. Sur le bord du tombeau, elle voyait sa fille dans le plus affreux isolement, dans l'abandon et la pauvreté. Elle ne demandait au ciel qu'un appui , qu'un protecteur pour cette jeune et malheureuse orpheline. Je n'ai rien calculé ; j'étais trop ému pour raisonner , je n'ai suivi que le premier mouvement de mon cœur. J'ai demandé la main de Sophie. — Ainsi donc vous renoncez!... — A mon propre bonheur pour assurer celui d'une autre. — Décidément? — N'en doutez pas. Youlez-vous qu'après avoir porté l'espérance et la joie dans le cœur de madame de Mazières, j'aille y plonger le poignard? voulez-vous que j'aille lui dire.... — Moi? je ne vous conseille rien. A quoi bon donner des conseils à un homme qui ne suit et ne veut suivre que les premiers mouvements de son cœur? — Ah! vous en auriez fait autant, je gage. — Ne gagez pas, mon ami, vous êtes un fou d'une espèce particulière. Tous les fous n'ont pas l'honneur de vous ressembler; adieu , je suis fâché de n'avoir pu vous rendre service.— Quoi! vous me quittez? vous êtes en colère contre moi? — Non , votre folie est assez belle pour obtenir son pardon; mais il faut que je porte votre réponse à madame de Jumilly. Je vais lui témoigner votre reconnaissance et vos regrets. — Ma reconnaissance, oui, dit vivement Clainville ; pour des regrets, je n'en ai pas. Mon cœur est déchire, sans doute, mais je
LE PREMIER moi vkmkm . 265
ne puis avoir des regrets ■ Forval lui serre affectueuse-
inriit la main et s'éloigne.
point de regrets! Clainville, ta délicatesse t'abuse, et ta générosité t'empêche de mesurer retendue <l»' ton sa crifice. Des larmes cependant s'échappent de ses yeux; il les essuie, el se dit en souriant : «Il faut avouer que je suis bien fou. Quelle raison puis-je avoir de m' affliger ainsi ? Je refuse une jeune personne charmante, il est vrai, mais à laquelle il ne m'est pas permis de prétendre. Ne suis-je pas irrévocablement lié par ma promesse ? La parole donnée au malheur est la plus sacrée de toutes. Je suis marié. Oublions donc une passion qui ne vient que de naître , et dont les racines ne sont pas assez profondes, j'espère, pour troubler mon repos et compromettre le bonheur de Sophie. Pauvre Sophie ! fille infortunée de la plus tendre des mères, mon cœur ne doit plus s'ouvrir que pour toi.
Il emploie tous les instants de la journée à se fortifier dans cette résolution. L'image d'Adèle le poursuit, mais en vain. Les passions peuvent tourmenter la vertu, mais non la séduire. Le soir il dirige ses pas vers la demeure de madame de Mazières, qu'il se promet de ne plus quitter jusqu'à l'arrivée de Sophie. Il croyait la trouver seule, et ne s'attendait pas à rencontrer chez elle madame et mademoiselle de Jumilly. Cependant rien n'était plus simple. Madame de Jumilly, venant habiter la ville, devait faire des visites à toutes les personnes dont elle devait composer sa société. Clainville est interdit, il n'ose proférer une parole ; il reste immobile , ne sachant s'il doit avancer ou se retirer ; il rougit comme s'il avait commis une faute. Madame de Mazières ajoute encore à la difficulté de sa situation lorsque, le prenant par la main et le présentant à madame de Jumilly, elle dit : «Voilà, Madame, voilà cet homme généreux qui, touché de mes inquiétudes et de ma douleur , oubliant son intérêt personnel, s'est offert pour être le protecteur de ma chère
266 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. Sophie lorsque je ne serai plus. Voilà mon gendre , mon fils, mon consolateur. — Je connais Monsieur , répond madame de Jumilly; je sais à quel point il porte le désintéressement , la délicatesse. Quelle femme ne serait heureuse avec un époux capable de si nobles procédés ! Qu'en dites-vous, Adèle ? » La jeune personne baisse timidement les yeux, sourit, et dit en rougissant : « Oui, je crois mon bonheur assuré. » Qui peindrait l'étonnément de Clainville ? «Vous l'entendez , mon ami , lui dit madame de Mazières, vous l'entendez. Eh bien ! embrassez donc votre femme. — Ma femme!... — Quoi! vous hésitez, venez-vous pour retirer votre parole? — Ma parole ! je la tiendrai, même au prix de tout mon sang. — Eh bien! embrassez donc votre femme. — Quoi! mademoiselle?... — Est ma fille , ma chère Sophie ; et madame de Jumilly est l'amie à qui je l'avais confiée. — Juste ciel ! qu'entends-je ? quel bonheur m'était réservé! — Celui que tu mérites, excellent jeune homme. — Quoi ! c'est ainsi que vous me trompiez ! — Je voulais connaître à fond l'homme à qui j'allais confier un trésor si précieux. Le bonheur de mon enfant, voilà mon excuse. Tu me pardonnes, n'est-il pas vrai? Tu ne te repens pas d'avoir écouté le premier mouvement de ton cœur?» Clainville est trop ému pour pouvoir répondre ; ses yeux, offusqués de larmes, se portent tour à tour sur madame de Mazières, sur Adèle, sur madame de Jumilly.
Dans cet instant arrive M. de Forval. «Eh bien ! lui dit madame de Mazières, le notaire n'est pas avec vous ! — Non, Madame, il me suit; Le contrat de mariage est dressé; il n'y manque plus.... — Que la dot et vos signatures, ») dit le notaire en entrant. Le notaire se place devant une table. «Voyons, Madame , dit M. de Forval, quelle est la dot que vous donnez à mademoiselle votre fille ? J'aime Clainville, je lui ai promis de lui faire faire un bon mariage , et je dois m'occuper de ses intérêts ; ainsi. .. — 31ais, Monsieur , vous connaissez ma fortune ;
I I IM'.iMIl l; MOI \ FM T. NT. *f]
vous savez MHS! l'irn que moi (pic m.tl Id ni «i i^«-iii«-n r je
ne pois donner .., — Vuiant qoe \<>us le voudriea sans douta, je Btii fort bien eelaî Buis encore faut-il stipuler quelque cboae* — i;h bien ! soit, dit madame de Mazières en se tournant rare le notaire; tarifai . Monsieur . que r donne a dm OUe Sophie de \ erlae la somme de ceol mille écus déposés par moi entre les mains du plus honnête nomme du monda, de mon vieil ami If. de Forval. —
\ous content, Clainville? •• dit Forval au jeune nomme. Clainville se jette dans ses bras, puis pressant dans ses mains la main de madame de Mazières : ■ D^ns les surprises que vous me donnez , lui dit-il , vous n'obserrea eaela gradation. La première était trop délicieuse; elle fait tort à la seconde. — Toutes deux ont leur mérite, dit Forval ; vous le sentirez un jour. — Vous m'avez crue bien pauvre, mon cher Clainville , dit alors madame de Mazières ; je n'en avais que l'apparence. Dépouillée de ma fortune, il m1était resté le fruit de mes économies. 31. de Forval se chargea de le faire valoir. Je réduisis ma dépense au plus strict nécessaire. L'intelligence démon ami, quelques recouvrements inattendus grossirent mes fonds ; j'aurais pu reprendre , en partie , mon ancienne existence , mais j'étais dégoûtée du monde. Accoutumée aux privations, je pensai qu'en laissant la plus grande partie de mon revenu s'accumuler pendant quelques années, je pourrais faire à Sophie une dot assez considérable pour lui permettre de n'avoir égard qu'au mérite dans le choix d'un époux. Cette idée devint l'âme de toute ma conduite , et vous voyez si elle m'a réussi. — Femme admirable! s'écrie Clainville. — Ne me louez pas, mon ami; bientôt sans doute vous serez père, et vous verrez s'il y a tant de mérite dans les privations qu'on s'impose pour ses enfants. »
Je ne chercherai point à peindre la joie de cette intéressante famille, dont M. de Forval et madame de Jumilly font partie; car l'amitié est une seconde parente. Nos bons
268 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. amis nous sont aussi donnés par la nature. Le mariage de Clainville et de Sophie fut célébré sans pompe : le bonheur n'en a pas besoin. Dirai-je qu'il habite avec nos jeunes époux? dirai-je qu'il ne doit jamais les abandonner? On le devine. Quand l'hymen enchaîne deux cœurs également bons, vertueux et sensibles, le bonheur préside à leur union.
Madame de Mazières est rajeunie de dix ans. Sa tendresse inquiète la conduisait au tombeau , sa tendresse heureuse la rend à la vie. Et toi, bon Clainville, devenu riche , tu n'as pas changé de caractère , tu as conservé ta générosité, tu te fais aimer de tout ce qui t'environne. Si tu vois un malheureux , tu cèdes toujours , sans hésiter , aux premiers mouvements de ton âme ; on en abuse quelquefois, on te trompe, mais tu ne le crois pas. Garde toujours cette noble étourderie du cœur. On peut être dupe de l'homme à qui on fait du bien , mais on n'est jamais dupe du bien que l'on fait.