I.A CHAI MU RE, S
i i. jeûna homme très-bien rétu entre dini la cabans ; il ael laifj d'un domestique qui rient d'attacher deux cheveux .i l.i porte d<' la farme. Le jeûna bomma croyait voir h* bon EUabard Belmot; il recola oYétonnement i l'aspeetdiieomte; il Aie sou chapeau tout couvert de pluie, al t.iisani une inelination profonds à la comtesse et & sa mit', il leur demanda pardon da son étourdcrieet da son
indiscrétion ; puisse tournant vers le comte : « Je ci' dit-U, antres dans la ferme de Richard Belmot; je venais lui demander un asile contre la pluie et quelques moments de repos, *\oudrez-vous bien me pardonner ma méprise, et m'accorder un moment l'hospitalité? >» Le comte, que le malheur a rendu soupçonneux , hésite pendant quelques instants ; mais il est rassuré par l'air de douceur, de noblesse et de franchise qui se montre sur les traits du jeune homme. Il le prie de s'asseoir et de vouloir bien accepter sa part d'un mauvais souper. Le jeune homme cède de bonne grâce à cette invitation, et la comtesse fait les honneurs du repas avec autant d'aisance et d'amabilité que dans le temps de sa plus brillante fortune. Le jeune homme ne peut revenir de sa surprise, regarde tour à tour le comte, la comtesse et la jolie Pauline , qui rougit toutes les fois que les yeux expressifs du jeune étranger rencontrent ses yeux.
Bientôt cet embarras, cette contrainte que l'on éprouve avec les personnes que l'on voit pour la première fois , font place à la confiance, et même à l'abandon. Le comte se nomme, parle de ses revers qui l'ont réduit à chercher un asile dans cette petite métairie qu'il doit à la fidélité du bon Richard Belmot. « Quoi ! Monsieur, lui dit le jeune homme, c'est le comte de.... qui me donne l'hospitalité ! vous! réduit à vivre sous une chaumière, tandis qu'un vil agioteur possède le château de vos pères!... Ait '. Monsieur, personne n'est plus sensible que moi aux malheurs que vous avez éprouvés. Combien de fois mon pore ne m'a-t-il pas entretenu de vous, de votre famille ! — .
308 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. Quoi ! j'aurais été connu de votre père? — Il était votre ami, Monsieur. Je me nomme Charles d'Orlanges ; ma terre n'est qu'à une demi-lieue d'ici.... — D'Orlanges! dit le comte ; oui, sans doute, il m'honorait de son amitié. Quand le torrent de la révolution m'entraîna loin de la France, vous deviez être encore bien enfant. — J'entrais au collège. — Et, qu'est devenu votre père? je brûle du désir de le revoir. » Charles, à cette question, garde le silence; une larme est sa réponse. «Je vous entends, excellent jeune homme , dit le comte en pressant la main de Charles sur son cœur. Ah ! quel père vous aviez , et qu'il mérite bien tous vos regrets ! — Ils so::t adoucis, Monsieur, puisque je retrouve son ami. Puissé-je un jour mériter et obtenir les sentiments qui vous unissaient à lui! Je vis la moitié de l'année dans ma terre; j'y prolongerai mon séjour, si vous me donnez l'espérance de vous voir quelquefois. Le hasard m'a conservé ma fortune; mais le ciel m'est témoin que je mets au-dessus de toutes les faveurs qu'il a bien voulu m'accorder celle d'avoir fait la connaissance d'une famille aussi respectable par ses vertus qu'intéressante par ses revers. — Ne parlez point de revers, monsieur d'Orlanges, dit la comtesse ; je vous assure que nous sommes très-heureux ici.— Oh ! oui, très-heureux ! dit Pauline.» Puis, rougissant d'avoir parlé, elle jette un regard timide et doux sur sa mère, comme si elle craignait d'avoir quelque chose à se reprocher.
Cependant le ciel s'était calmé , le temps était pur et serein. Le domestique du jeune d'Orlanges vient l'avertir qu'il faut songer à se remettre en chemin. Charles se lève tristement, et s'éloigne de ses hôtes après avoir obtenu la permission de venir souvent visiter leur ermitage. Lorsqu'il fut parti , la famille s'entretint de lui pendant quelques instants. « Ce jeune homme parait plein de délicatesse, dit le comte. — Oui, répond la comtesse, j'aime son caractère de douceur et de franchise; ses manières ont de la grâce et de la noblesse, et son langage annonce une
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éducation soignée. — tvea roua m , dît Pauline, ave/. miiis \u une larme couler de ses jreui lorsque vous ivez parlé de son père? — Oui, je l'ai remarqué avec une vive émotion, «lit le (••unie. Sun cœur esl excellent. — 11 a promit de revenir noui voir souvent, poursuit in« génument Pauline, et je n'en suis pas fâchée... . Sa conversation a paru vous intéresser, mon père; il vous donnera des distractions dont vous avez quelquefois besoin.— Ce qui vous fait, plaisir , ma chère Pauline, est précisément ce qui m'afflige. — Pourquoi? — S'il vient nous voir, pourrai-je me dispenser de lui rendre sa visite? moi , pauvre habitant d'une chaumière , je me verrai dans un vaste château, entouré (Tune foule de jeunes gens riche; et dédaigneux. Le malheur, ma fille, doit se cacher dans un siècle où Ton n'estime que la prospérité. — Oh ! mon père! je crois que vous jugez ce pauvre jeune homme avec trop de sévérité. Il ne ressemble point à son siècle.... — Eh! sur quoi le juges-tu donc si favorablement ? dit le comte avec un sourire. — Sur ce que vous venez de dire vous-même, sur tout ce qu'il a dit , sur sa figure si douce... — Ma chère Pauline, dit le comte, les hommes parlent souvent mieux qu'ils ne pensent, et une belle physionomie n'est pas toujours le miroir d'une belle âme. » Pauline ne répondit rien, mais son cœur se serra. Comme elle ne pouvait concevoir la fausseté, elle soupira et plaignit son père de nourrir une prévention qu'elle regardait comme une injustice, et qui détruit les plus douces illusions de la vie. Elle se retira dans sa petite chambre, pensa toute la nuit au jeune d'Orlanges , et pleura sans connaître la cause de ses larmes.
Cette rencontre imprévue avait fait une vive impression sur le cœur de Charles. Pauline l'avait jugé avec cet instinct des belles âmes qui se devinent quelquefois. Non, Chai les ne ressemblait point à son siècle; il n'en avait ni l'egoïsme ni la frivolité : son âme était délicate; il y avait même dans sa délicatesse quelque chose de raffiné ;
310 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, il se cachait pour faire le bien comme un autre pour faire le mal: 11 savait que l'orgueil est souvent compagnon du malheur; que l'homme, dans l'infortune, souffre quelquefois autant de ce qu'on lui donne que de ce qu'on lui refuse, et que lui imposer le, fardeau de la reconnaissance c'est ne lui donner qu'à demi. La situation du comte avait fait entrer dans son cœur une foule de sentiments douloureux. «Quel courage dans sa résolution! se dit-il; quelle noblesse dans ses manières, dans sa figure , dans ses expressions! Et la comtesse, comme elle fait oublier sa position en paraissant l'oublier elle-même ! On la croirait dans un palais ; tout ce qui l'environne semble s'élever comme sa pensée et s'embellir comme son àme. »
Zi\ intérêt plus vif et plus tendre lui représente la jeune Pauline, seul soutien, seule consolation d'une famille infortunée. Il se souvient de cette expression qui s'est échappée du cœur de Pauline : Oh ! oui, nous sommes bien heureux! « Être angélique, dit- il, ton bonheur se compose des plus douces, des plus pures atfections : tu es pauvre , tu vis loin d'un monde que tu devrais embellir ; mais tu aimes, tu es aimée et tu es heureuse. » Jamais, dans les cercles brillants de la capitale, aucune femme n'avait fait sur le cœur de Charles une impression aussi profonde. Au milieu de cet éclat dont la beauté s'environne , il avait cherché vainement un aliment à sa sensibilité. A côté des grâces il avait vu l'affectation, la prétention à côté de l'esprit et la sensiblerie à la place du sentiment. Il se représente le bonheur que goûterait un homme tendrement aimé de Pauline; et son imagination, exaltée par son cœur, se livre aux illusions de la plus pure félicité.
Cependant il avait formé, par délicatesse, un projet que tant d'autres forment par avarice. Il avait résolu de ne jamais épouser qu'une femme dont la fortune serait, sinon égale à la sienne, du moins indépendante. « Je ne veux point, s'était-il dit, que l'intérêt forme un lien d'où
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dépend toul le bonheur df la fie, et «pi i ne peut être
brise que DV la mort Je jouis d'une fortune eODtidé-
rable ■ -i Je demande en mariage une jeune personne pauvre, l*orgueil ou l'ambition m'accorderont sa main; rien du moins ne pesjt masquer que je l'obtiendrai de l'amour. Si elle a le sentiment de aea devoirs, elle m'ai-" mera comme un bienfaiteur. Ce titre me donnera , sans doute, I tes j eux une supériorité qui ne doit point exister dans le mariage, où tous les droits doivent être égaux de part et d'autre. L'égalité dans les fortunes empêche la balance de pencher. Du mari ne peut se faire un mérite de œ qu'il a donné ; une femme n'a point à rougir des bienîaiis qu'elle a reeus. Le mari qui a fait la fortune de ss femme ne peut raisonnablement compter que sur sa reconnaissance, puisque l'amour ne se commande pas; et je veux être aimé. Lue femme dont la fortune sera indépendante ne m'épousera pas par ambition , puisqu'elle sera libre de faire un autre choix qui satisferait également sa passion favorite. La préférence qu'elle me donnera ne sera due qu'à moi seul, et sera une preuve d'amour,. puisqu'un sentiment étranger à l'amour ne l'aura point déterminée. Elle ne me devra aucune reconnaissance , puisque je ne serai point son bienfaiteur; et si quelque jour elle cesse de m'aimer, je ne pourrai du moins l'accuser d'ingratitude. »
Ces idées paraîtront un peu romanesques peut-être ; mais Charles y tenait avec une sorte d'entêtement , et s'était bien promis de ne jamais s'éloigner de ce système favori. Il est vrai qu'avant de l'adopter, il n'avait pas vu Pauline. Depuis qu'il l'avait rencontrée , il ne s'était pas encore rendu raison de l'impression qu'elle avait faite sur son cœur. 11 y avait dans ses sentiments quelque chose de si pur et de si délicat, qu'il les prenait pour cette tendre pitié que nous inspire le malheur, et pour cette admiration et ce respect que font naître les vertus et l'innocence. Le véritable amour, le seul qui mérite ce nom. s'enveloppe en
naissant d'un voile mystérieux que la réflexion ne pénètre pas tout d'un coup; il se fait sentir avant de se faire connaître.
Depuis le départ de Charles, Pauline n'avait cessé de penser à lui; elle n'interrogeait point son cœur, et se livrait à ces premières et dangereuses impressions avec toute la candeur de l'enfance. Cependant elle n'osait prononcer le nom de Charles devant ses parents. Si quelquefois elle voulait parler de lui , elle s'arrêtait tout à coup en rougissant, tout étonnée d'éprouver un sentiment qui, pour la première fois, la forçait de cacher ses pensées. A chaque instant elle s'attendait à voir reparaître celui dont elle désirait impatiemment le retour. « Il viendra peut-être aujourd'hui,» se disait-elle, et, sans savoir pourquoi, elle cherchait à embellir l'intérieur de la chaumière; elle négligeait moins une parure dont elle n'avait pas encore senti le besoin , et, de temps en temps, une fleur était placée sur ses cheveux noués et relevés avec plus d'art.
Dès le lendemain de l'entrevue, le jeune Charles sentit un vif désir de retourner à la petite ferme. 31ais il pensa qu'un empressement trop marqué paraîtrait extraordinaire aux regards soupçonneux du comte. Il fut indécis toute la journée, le lendemain encore, et prit la détermination d'attendre quelques jours avant de rendre une visite nouvelle aux habitants de la métairie.
Il part enfin; il est seul et à pied; il n'a pas même voulu se faire suivre par un domestique. « Ils sont malheureux* se dit-il , et le malheur n'aime pas les témoins, u Bientôt il touche au petit jardin de la ferme; il en fait le tour avant d'entrer dans la chaumière , lorsqu'il entend des plaintes et des sanglots sortir du petit berceau formé par Pauline. Il se glisse le long d'une haie fort épaisse , qui l'empêche d'être vu ; en tournant ses regards du côté du berceau , il voit le comte qui, la main sur le front , parait plongé dans un sombre désespoir. « Mon ami, dit la coin-
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icvsr . ciiinc/ vmis ; prenez courage; nsetlez foire confiance en Dieu qui iH- ooofl a poinl encore abandonnés. — Qu'as»tu donc] lui demande tendrement Pauline en !«■
pressant contre ion cœur; n père! tu n#ui fois
mourir d'inquiétude. Lis-nous celte lettre funeste —
Noue sommes perdus sons ressource, «lit le comte ; nu noui poursuit jusque dans cette chanmière. L'avide Alibert ne veut pas même nous laisser gagner noire pain à la sueur de notre front. Mon père avait contracté une dette avant la révolution : cette dette était alors peu considérable pour nous ; aujourd'hui, elle emporte presque toute noire fortune. Alibert, craignant sans doute que quelque circonstance imprévue ne nous fa>se rentrer dans nos biens, veut ine contraindre à m'exilcr de nouveau. Il a acheté cette dette, et voilà ce que le scélérat m'écrit : « Un créancier » de monsieur votre père m'a cédé un billet de quatre » mille francs, qui lui sont dus par votre famille; c'est à » moi maintenant, Monsieur, que vous devez remettre » cette somme. J'ai l'honneur de vous prévenir que si »> dans quinze jours cette dette n'est pas acquittée, je me » verrai forcé de faire saisir votre ferme et vos meubles. » Tàohez-donc , je vous prie , de faire honneur à cette af- » faire , et ne me contraignez pas à me servir de moyens » rigoureux qui répugnent à ma délicatesse.
» Votre serviteur, Alibert. »
« Ainsi donc , grand Dieu ! voilà ma femme et ma fille réduites à la plus affreuse misère! que ferai-je? implorer
la pitié î Aller ramper bassement! plutôt cent fois
mourir. Demander , quand il n'existe pas au monde un homme de qui je voulusse recevoir un bienfait?... Non, non, jamais. Oh ! pourquoi suis-je père ! — Mon ami. dit la comtesse avec beaucoup de calme et de dignité, j'étais loin de m'attendre au nouveau malheur qui nous accable, mais je te croyais plus de force et de courage. Toutes nos ressources sont-elles donc épuisées? ne nous reste-t-il donc pas le travail, la patience et notre tendresse? Aban-
olà CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, donnons cette ferme à notre persécuteur. Emportons nos débris , retournons au lieu de notre exil , puisqu'il ne nous est pas permis de respirer l'air de notre patrie, où l'espérance nous avait rappelés, et d'où nous sommes chassés par le malheur. — Je brode et je dessine assez bien, dit Pauline ; je vous ferai vivre; comptez sur mon amour. Oui , nous vivrons , et c'est beaucoup lorsqu'on s'aime, n
Cent fois Charles est sur le point d'interrompre ce dialogue ; la crainte d'un refus modère les transports de sa générosité. Ces mots terribles: « Demander! quand il » n'existe pas un homme de qui je voulusse recevoir ! » ces mots arrêtent le premier élan de son âme.
Le comte s'adresse au vieux Robert, muet témoin de cette scène de tendresse et de douleur. « Mon fidèle ami, lui dit-il, lu partiras demain, de grand matin, pour Nancy ; tu y conduiras les deux chevaux qui servent à l'exploitation de notre ferme , et qui désormais vont me devenir inutiles : tu les mettras en vente. Nous vendrons ensuite notre petit troupeau, qui commençait à prospérer; puis nous nous déferons de nos meubles ; et nous quitterons un pays que je ne puis me défendre d'aimer, quoique tout espoir de bonheur y soit anéanti pour moi. »
Après avoir donné cet ordre , Je comte s'éloigne et rentre dans la chaumière, où sa femme et sa .fille le suivent et emploient toute l'éloquence de leur tendresse pour calmer les agitations de ce cœur ulcéré.
Le lendemain, de grand matin, le vieux Robert conduit tristement les deux chevaux à Nancy. Il réfléchit en chemin à la position de ses maîtres; plus ils sont malheureux, plus il les aime, et il se promet bien de ne jamais les abandonner. Le comte passe toute cette journée dans une cruelle anxiété , malgré tous les efforts de sa femme et de sa fille pour adoucir ce nouveau malheur. Leur courage et leur amour ne peuvent le consoler. C'est leur propre infortune qu'il déplore; et plus elles se montrent di-