‹ ŒuvresChapitre 33 sur 88 · I.A r.MAI Mli.RF · texte numérisé non relu

I.A r.MAI Mli.RF

gnes d'uni meilleure destinée, moins il peul rapporter la pensée de l'affreuse misère qui tel menace.

Le «M>l<ii venait de se coucher ( le comte attendail impatiemmenl !»■ retour «le Hubert, et bientôt il entend le pas des ehevaux. « Hélas ! dn>il , voilà Robert qui revient comme il étaii parti; il n'a pu vendre mes deui chevaui , si il les ramène. Le malheur me poursuit en tout. ■ Il marche lentement au-devant du vieux serviteur. Quel est s:iii étonuement*, lorsqu'il le voit conduisant deux chevaux d'un prix bien supérieur à ceux qu'il avait envoyés i Nancy! ■ Qu'est-os que cela signifie , Robert? Pourquoi m'amènes-tu cel chevaux? — Parce que vous en avez besoin pour faire valoir votre ferme. Les vôtres ne valaient rien , je les ai bien vendus; et j'ai racheté ceux-ci, qui sont plus jeunes et bien meilleurs. — Eli ! malheureux .

ne savais-tu pas? — Pardonnez-moi, Monsieur) je

savais qu'il fallait vendre vos deux chevaux , c'est ce que j'ai fait, et je vous apporte l'argent — Que vois-je .'

— Il doit y avoir quatre mille francs dans cette bourse.

— Où as-tu pris cet argent, malheureux ! — Tranquillise** vous, monsieur le comte , je ne l'ai pas volé. Il m'est arrivé l'aventure la plus plaisante Ali, ah, ah, ah Je

m'étais établi sur la place publique de Nancy, avec mes deux vieux chevaux que je n'espérais pas vendre bien cher , lorsqu'un homme , vêtu en courrier, et parlant moitié français moitié allemand, est venu directement à moi, et m'a olfert deux cents louis de mes deux chevaux. J'ai cru qu'il voulait se moquer de moi, et je l'ai prié de passer son chemin. « Je ne ris point, nfa-t-il répondu. Mon » maître, qui est un prince allemand, forcé de partir sur-Ie- » champ de Paris, vient de perdre en route deux chevaux » qu'il faut remplacer tout de suite, à quelque prix que ce » soit. Je n'ai pas de temps à perdre ; et si vous ne voulez » pas me donner vos chevaux pour deux cents louis, je vais

» chercher ailleurs. » Quand j'ai vu, continue Robert, que , cet homme ne badinait pas, je l'ai pris au mot. j'ai touche

les deux cents louis, après lui avoir remis vos deux chevaux , et je lui ai souhaité un bon voyage. Quand je me suis vu seul, j'ai fait une réflexion. M. le comte doit quatre mille francs, en voilà huit cents déplus ; il peut donc garder sa ferme. Mais pour la faire valoir il lui faut d'autres chevaux, et j'ai fait l'emplette que vous voyez. Ces deux chevaux-là sont excellents, je vous assure : le plus vieux n'a pas six ans.

— O Providence ! s'écrie le comte , tu viens à mon secours dans le moment où j'osais murmurer contre toi ! — Tu vois, mou ami, dit la comtesse, qu'il ne faut jamais désespérer de la bonté du ciel. — Il veille sur nous, dit Pauline ; nous nous aimons trop pour qu'il nous abandonne. »

Toute l'intéressante famille se rassemble sous le berceau où Robert apporte le souper. Une douce gaieté brille dans tous les regards ; et le comte, dans la joie de recouvrer sa petite ferme, oublie un instant tous les biens qu'il a perdus. « Pour la première fois depuis bien long-temps, dit-il , je commence à sentir le bonheur. Je m'habitue au genre de vie que nous menons ici. Ses douceurs nous viennent, sans doute, de son innocence. C'est ainsi que vivaient ces bons patriarches dont nous parle l'Écriture. » Ces paroles du comte remplissent de joie le cœur de sa femme. Pauline, pressant la main de son père entre les siennes, lui dit : « Vois comme le ciel est pur , comme la nature est belle ! Quelle riante soirée ! Tes paroles ont embelli tout ce qui nous environne. »

Le lendemain , toute la famille se lève , portant encore dans son cœur les douces émotions de la veille, et se livre avec joie à ses travaux accoutumés. La journée était déjà assez avancée, lorsque le jeune d'Oiianges arrive au moment où Ton s'y attendait le moins. Pauline , cependant , l'a vu venir de loin, et, sans prévenir ses parents de la t visite nouvelle de Charles, elle est allée se cacher sous le petiî berceau. Elle hésite, et ne sait si elle doit entrer dan*

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la chaumière; une crainte vague enchaîne les pai : mais, enfin, elle le rassure ; elle entre avec uu timide embarras, qui la rend encore plus touchante. < Al»! Monsieur, dit la comtesse, depuis votre absence il s*en esl bien peu Fallu que nous ne fassions obligés de nous exiler de nou veau. Alors elle lui raconte les événements qui ont été sur le point d'achever leur ruine , et comment la Providenceesl venue 4 leur secours. « Madame! dit Charles, je bénis cette Providence et pour vous et pour moi-même. Je vous connais depuis bien peu de temps , mais rien de ce qui peut vous rendre heureux ou malheureux n'est étranger à mon cœur. Sauriez- vous , par hasard, dit le comte, quel est le prince allemand qui vient de passer à rsancy? — Je l'ignore , répond Charles. Mais, Monsieur, pourquoi fout-il (pie, dans vos malheurs, le hasard soit votre refuge ; sans la rencontre imprévue de ce prince étranger, que seriez- vous devenu? Que serait devenue votre famille? Cette pensée m'épouvante pour l'avenir. N'existe- t-il donc pas au monde un seul homme digue de votre estime ? Ma fortune est considérable et ma reconnaissance égalerait

mon bonheur si je pouvais, sans craindre un refus —

Monsieur, interrompt le comte avec fierté, je ne reçois que ce que le ciel veut bien m'envoyer. Pardonnez-moi , dit Charles ; pardonnez-moi des offres indiscrètes. Ce n'est point le titre de votre bienfaiteur que j'ambitionne , mais celui de votre ami ; car ce qui vous vient d'un ami vient du ciel. » Cette réponse désarme le comte : Charles donne un autre tour à la conversation; il entretient le comte des personnes qu'il a connues, des malheurs de la révolution, des espérances que Ton forme pour un meilleur ordre de choses. Tout ce qu'il dit annonce un esprit éclairé, un jugement droit, une imagination vive et brillante, un cœur noble et sensible.

Le comte s'éloigne pour vaquer à ses travaux; la comtesse, obligée de s'éloigner aussi, prie le jeune d'Orlanges de lui pardonner si la nécessite la force à sacrifier aux

soins de son ménage le plaisir qu'elle éprouve à causer avec lui. Pauline suit sa mère; et Charles retourne chez lui, se promettant bien de venir souvent visiter la famille de Pauline.

Il ne se cache pins les sentiments que cette jeune personne a fait naître dans son cœur , où l'amour le plus tendre acquiert tous les jours une force nouvelle. Il oublie toutes ses anciennes connaissances , tous ses anciens plaisirs, tousses anciens projets. La famille du comte est devenue le centre de toutes ses affections. Aussi allait -il le plus souvent possible à la petite ferme. Le comte et la comtesse s'étaient fait une douce habitude de le voir; et lorsqu'il était retenu chez lui par ses occupations et par sa délicatesse , toute la famille s'apercevait et se plaignait de son absence.

Un jour que Charles venait faire sa visite accoutumée aux habitants de la métairie, il vit Pauline seule, assise à l'ombre, sous le petit berceau. Le comte et la comtesse étaient appelés ailleurs par leurs travaux habituels. Pauline avait rempli sa tâche , et se livrait avec toute l'innocence de son cœur aux douces émotions que fait naître un premier amour. Charles s'approche d'elle avec timidité. Elle ne l'avait point encore aperçu ; elle lève les yeux et laisse échapper un cri de surprise et de joie. «Quoi ! c'est vous , Monsieur, je ne vous attendais pas. — Je ne suis pas assez heureux, dit Charles avec émotion; l'aimable Pauline, sans doute, ne m'attend jamais. — Oh! vous vous trompez , j'espère souvent que vous viendrez nous voir! je l'espère surtout lorsque mon père est triste. Yous lui rendez quelquefois un peu de gaieté. — Je donnerais tout au monde pour lui faire oublier ses malheurs ; mais comment pourrais-je le consoler , lorsque la présence d'un ange comme Pauline n'a pas encore opéré ce miracle? comment peut -il regretter quelque chose?.... — Hélas ! ce n'est pas pour lui qu'il regrette, c'est pour moi qui ne regrette rien. — Quoi! vous ne regrettez rien?

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