‹ ŒuvresChapitre 34 sur 88 · I.A (Il M Mil T.K · texte numérisé non relu

I.A (Il M Mil T.K

«■ciir fortuné que vous dévies posséder?... — Je n'en ai pas connu lot jouissantes. -- <> rang que tous deviez occuper dan i !<■ monde P - .!<• n'en si pas connu l'orgueil, bonheur donl II révolution a renversé] édifice?... — Le bonheur d'aimer tt d'être siaase Yi remplacé*. — Quelle aine f|U6 la vôtre.' — Non, vous me croyez meilleure que JS ne --uis; je l'avoué, je voudrais être riche parce que mou père le désire : je voudrais posséder tout ce qui peut le rendre heureux ; et ^'il desirait un trône pour moi, je voudrais être reine. Ah ! s'il pouvait se contenter de la douce obscurité où nous vivons, je serais plus heureuse ici que dans un palais; je serais heureuse au (ond d'un désert, entre ma mère, mon père et... et vous. Votre conversation est devenue si nécessaire à mes parents ! » ajoute- t-elle en rougissant, et d'une voix précipitée.

Charles est sur le point de se jeter aux genoux de Pauline, lorsque le comte et la comtesse se font entendre. Il s'approche d'eux, et leur dit : « Je n'ai pas voulu déranger vos travaux, mes bons voisins , je venais aujourd'hui vous faire mes adieux.... » A ces mots , Pauline tressaille et pâlit. « Comment, Charles, dit le comte, vous nous quittez ? — Oui, Monsieur; une affaire importante m'appelle à Paris, et m'y retiendra plus d'un mois. Puisse cette absence , qui me paraîtra bien longue , ne me rien faire perdre de l'intérêt que vous m'avez témoigné .' » A ces mots, il s'éloigne en jetant un regard sur Pauline, qui ne songe pas même à lui dire adieu , et qui cherche à cacher une larme que cette nouvelle imprévue fait couler de ses yeux.

Quelques jours s'étaient écoulés depuis le départ de Charles pour Paris. Le comte commençait à se résigner à son sort. Sa petite métairie prenait un aspect assez riant. Les blés qu'il avait ensemencés approchaient de leur maturité, et tout lui présageait une récolte abondante. Un soir qu'il était retiré avec sa famille , et qu'il se préparait à se reposer des fatigues de In journée, il entend tirer une

,320 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, douzaine de eoups de fusil dans son petit jardin. Il se lève à la hâte, un peu troublé de ce bruit inattendu ; la comtesse sourit, ainsi que Pauline. Il ouvre la porte, et voit tout son petit jardin illuminé; un feu de joie s'élève et brille au milieu de la plaine. Une foule de paysans s'écrient à la fois : « Vive notre bon maître! c'est aujourd'hui sa fête ; que Dieu nous le conserve toujours ! » Alors Pauline et la comtesse arrivent, et couvrent de fleurs la tête vénérable d'un père et d'un époux. Les bons paysans se pressent autour du comte , et se disputent à qui lui présentera le premier son gros bouquet, et lui débitera son petit compliment , que le magister du village n'a point fait. Le comte les embrasse tour à tour ; des larmes de reconnaissance et de joie brillent dans ses yeux. Les bergers avaient amené avec eux leurs femmes, leurs enfants, et n'avaient pas oublié un joueur de violon. Un petit bal champêtre se met en mouvement sur le pàtis de la ferme , à la lueur du feu de joie et des lampions qui pendent aux branches des arbres. La gaieté la plus franche et la plus vive anime cette jolie scène, qui se prolonge jusqu'à minuit ; puis les paysans se retirent en faisant une décharge de toute leur artillerie.

Il était temps qu'ils rentrassent chez eux; car le ciel commençait à se couvrir d'épais nuages , des coups de tonnerre se faisaient entendre dans le lointain , et les étoiles avaient cessé de briller. Bientôt s'élève un tourbillon impétueux; le tonnerre gronde avec plus de force et fait entendre de terribles éclats. Le ciel, sillonné par les éclairs, parait tout en feu. Le comte et sa famille sont couchés, l'orage ne trouble point leur repos. Le tonnerre, avait dit le comte en se mettant au lit, ne tombe jamais sur les chaumières ; et il s'était paisiblement endormi en pensant au bonheur dont il venait de jouir.

Le lendemain, lorsque le travail le rappelle dans ses champs, il sort de la ferme. Quel est son étonnemeut et sa douleur! toute la plaine vient d'être ravagée par la

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grêle. Leg l»!««., à moitié mur-, ionl déracines el dispersés dans le- champs, Lei l>r.uiclit> dei irbrei même sont brilées, el lei fruits encore rerti oui abandonné leori rameaui dépouillés. Le Mug du conte te glace dam tfa veinée .1 ee spectacle d'horreur ; plm d'espoir de récolte : lei frotta du travail d'une année sont anéantis dans an instant ' ( iomment nourrir sa famille? qui lui donnera dn blé pour ensemencer de nouveau ses terres? Un si grand malheur est d'autant plus accablant pour son àme, qu'abreuvée la veille du bonheur le plus pur, elle ne s'était point préparée à souffrir.

La comtesse et Pauline sont témoins des ravages de cette nuit funeste; elles en sont consternées, mais bientôt elles recueillent toutes les forces de leur tendresse pour consoler le comte. Leur propre infortune est oubliée, elles ne pensent qu'à la sienne. Mais leurs efforts sont inutiles ; pour la première fois le comte est insensible à leur éloquence et à leurs caresses; leur courage ne peut ranimer le sien. Il se promène dans la plaine avec l'égarement du désespoir, sans verser une larme , sans proférer une plainte contre cette Providence qui le traite avec tant de rigueur.

Cette affreuse journée s'écoule tout entière dans la consternation, et, la nuit, sans que le sommeil vienne fermer un instant la profonde blessure d'un père infortuné.

Au lever du soleil, il sort de la métairie, fait le tour de son jardin , et porte machinalement ses pas vers le petit berceau. 11 veut s'asseoir, mais le banc avait été renversé par l'orage. Le comte se préparait à sortir pour continuer sa promenade solitaire, lorsqu'un papier ployé comme une letire , et tout baigné de rosée , frappe ses regards. In mouvement de cHriosite l'entraîne ; il ouvre ce papier, et lit ce qui suit : «Votre père, dans le temps de la h teneur, cacha , sous ce vieil arbre , un trésor ronside- » rable. C'est un ami qui vous donne cet avis important. »

322 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. Comment peindrai-je rétonncmcnt du comte? 11 croit lever; il craint que la douleur n'ait aliéné sa raison. Il lit et relit vingt fois ce billet; son cœur palpite avec une extrême violence : il appelle sa femme et sa fille; elles accourent avec inquiétude. A peine sont-elles près de lui. que, ne pouvant soutenir une émotion aussi vive, il tombe évanoui; on lui prodigue tous les secours, et bientôt il revient à la vie. « Ma femme!... ma fille!... oui, c'est vous, c'est bien vous que je vois !... il me semble que j'ai conserve ma raison. Ne tenais-je pas tout à l'heure une lettre?... — La voici , dit la comtesse. — Quoi ! ce n'est point un songe ! il serait possible!... un trésor, un trésor est caché sous ce vieux pommier. Nous sommes sauvés, si l'homme qui m'écrit ce billet n'a pas voulu se jouer de notre misère. » La comtesse lit la lettre ; on appelle Robert , on fouille au pied de l'arbre : à peine a-t-on soulevé un peu de mousse, que Ton aperçoit un petit coffre de fer ; on l'ouvre avec précipitation, et une somme considérable, en or, se présente aux yeux de la famille immobile de surprise et de joie. « O mon père! s'écrie le comte après un moment d'un silence expressif, mon père ! c'est toi qui, du fond de la tombe, me donnes une seconde fois la vie ! c'est ta prévoyance paternelle qui veilla sur l'avenir de ton fils ; tu m'arraches au désespoir pour me rendre au bonheur.... Portons, portons cet or à l'acquéreur de mes biens; séjour de mes aïeux , asile de mon enfance, je vais vous revoir , je vais vous posséder encore! je vivrai dans les lieux où mes pères ont vécu ! Mon cœur nage dans la joie ; je crains de succomber à tant d'émotions contraires et si vivement répétées. » La comtesse et Pauline partagent la joie du comte; mais elles en redoutent l'excès , et font pour la modérer les mêmes efforts qu'elles employaient la veille pour adoucir sa douleur. Lorsque les premiers transports sout un peu calmes, on forme le projet de partir dès le lendemain pour Paris.

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