‹ ŒuvresChapitre 35 sur 88 · I \ CHAI HERE · texte numérisé non relu

I \ CHAI HERE

A son arriver dans l.i capitale , Il mmlc vole chez Ali-

ln'ii j mais il ipprend que ce misérable rienl d'être mil en prison , après noir Fait une banqueroute frauduleuse ,

cl. qtlQ Ions se> biens vont elre \emliis polir satisfaire îles

oréanoiere que le seéléral avait voulu dépouiller. L'adjudi» cation des propriétés d'Aiibert doit avoir lieu sous huit jours, et, ce terme oxpirc, le comte rentre dans la terre de ses pères a des conditions très-avantageuses.

Le comte cl sa famille devaient rester eneorc quelque temps à Paris, et acheter tous les meubles nécessaires pour le château, qif Ufbert avait entièrement dévaste. I n jour qu'il était seul dans son cabinet, et que, plongé dans une douée méditation, il jouissait en silence de la riante perspective qui s'offrait à ses yeux, après tant de tourments et d'inquiétude , sa porte s'ouvre tout à coup , et il voit entrer le jeune Charles d'Orlanges. « Quoi ! ltij dit Charles, vous à Paris, mon cher voisin! par quel

bonheur inespéré! — Ah! Charles, lui dit le comte en

l'embrassant, vous m'avez vu bien malheureux; tout est changé pour nous : ma famille jouit d'une fortune indépendante ; un trésor que mou père avait caché , et qu'un ami secret nous a découvert dans un moment où le désespoir s'était emparé de moi , nous a donné la facilité de rentrer dans nos propriétés. — Ah ! quel bonheur ! s'écrie Charles, nous serons encore voisins ; car, sans doute, vous avez le projet d'habiter votre terre? — Oui , mon cher Charles, nous serons encore voisins; mais j'espère (pie nous serons toujours pour vous les habitants de la petite chaumière du bon llichard Belmot. Ah! Charles, pour vous donner une idée du bonheur dont je jouis , il faudrait vous peindre tout ce que j'ai souffert, et c"est impossible ; ce n'était pas pour moi que je souffrais, mais je suis époux et père. Pauvre Pauline, que serait-elle devenue , si elle avait perdu les auteurs de ses jours ? — Son sort est décide ; je vais la marier d'une manière digne de sa naissance et de ses vertus — Ou'entends-jc? s'e-

crie Charles en pâlissant; Pauline — Oui, reprend le

comte, trop vivement préoccupé de ses idées pour remarquer Témotion de Charles; elle va épouser le chevalier de Valvillc, homme extrêmement intéressant. Pauline était encore bien enfant lorsqu'elle Ta connu ; le chevalier de Valville avait, comme nous, quitté la France, et je lui avais promis dans un temps malheureux, que si je rentrais quelque jour dans ma patrie, et recouvrais mes biens , je n'aurais point d'autre gendre que lui : cette promesse fut réciproque; il me donna sa parole que s'il rentrait aussi dans sa patrie et dans ses biens , il viendrait mettre sa fortune aux pieds de Pauline riche ou pauvre. Je viens d'apprendre, par un homme chargé de ses affaires, que le chevalier est en France depuis quelque temps, qu'il a retrouvé toutes ses propriétés intactes ; je vais lui mander que notre situation n'est pas moins heureuse que la sienne, et je ne doute point qu'il ne se rende sous peu de jours à Paris. Ainsi, vous voyez , d'Orlanges , qu'il ne manque rien à notre félicité, et je suis sûr que votre bon cœur la partage. »

Charles reste immobile, dans cet état de stupeur d'un homme que l'on vient de condamner à mort : il cherche une réponse et peut à peine balbutier quelques mots ; prêt à se jeter au pied du comte , à lui faire l'aveu de son amour pour Pauline , il s'arrête. Le comte a donné sa parole , le malheur de Charles est sans remède ; il prétexte une affaire importante , et sort, avec un cœur profondément déchiré.

Cependant le comte fait appeler sa femme et sa fille. « Ma chère Pauline , dit-il , je m'occupe de ton bonheur depuis le jour de ta naissance , et je veux aujourd'hui te faire part des mesures que j'ai prises pour l'assurer. Jusqu'ici tu Tas trouvé dans la tendresse de tes parents et dans le retour dont tu as payé nos soins et notre amour ; mais d'autres sentiments, d'autres devoirs, doivent régner dans ton cœur, sans en bannir les premiers. Tu mas

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qnelqui fois entendu parler du chevalier deVaîville; un homme don I j'estime le caractère, et qui rendra safemme extrêmement heureuse •■ Pauline entendit ce discours sans oser interrompre son père; mais .1 peine eut-il cessé de parler qu'elle tondit en larmes. Pourquoi ces pli ma chère Pauline? crois-tu que ton père veuille te cendre malheureuse? — Non, non, je ne le crois pas; mais il se trompe sur les moyens d'assurer mon bonheur. Au nom du ciel . ne me faites pas regretter notre pauvreté : Pétais heureuse dans une chaumière, parce que je mais auprès de vous. Là fortune nous sourit, et vous voulez m'éloigner de tout ce que j'ai île plus cher au monde ! Et pourquoi m'éloignerais-jc du meilleur des pères et d'une mère -1 tendrement aimée pour associer ma vie à celle d'un homme que je ne connais point, qui ne me connaît pas lui-même , et qui ne m'épousera que par intérêt s'il est avare, ou par respect pour ses engagements s'il est honnête homme. — Ah! mon père! ayez pitié de moi! — Quoi ! tu veux que je rétracte ma promesse? One dirait le chevalier de ValviUe? -Vaurait-il pas le droit de se plaindre d'un tel procède ? Si nous étions encore pauvres et réduit- à la petite chaumière de Richard Belmot, notre refus aurait au moins une apparence de délicatesse mais ;. . . — Tous venez , mon ami , interrompt la comtesse, vous venez de me donner vous-même une excellente idée, qui peut nous conduire à connaître le caractère du chevalier,, et à nous dégager honnêtement d'une promesse que vousavez faite avec un peu de légèreté peut-être. Je suis . je vous l'avoue, très-étonnée que vous ayez appris le retour et la situation de M. de ValviUe par un autre que par luimême. Ecrivez-lui, mais cachez-lui l'heureux événement qui nous a rendu nos biens ; faites-lui , au contraire , le tableau de notre détresse, comme si elle existait encore. Sa terre est en ïouraine ; dans trois ou quatre jours vous recevrez sa réponse; s'il accourt pour nous secourir et nous consoler , je rendrai justice à la noblesse et au des-

326 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, intéressement de son caractère. Pauline elle-même ne pourra plus refuser un bonheur certain avec un homme dont la vertu ne sera plus douteuse. »

Le comte se prépare à suivre ce conseil, et Pauline se jette au cou de sa mère avec reconnaissance. « Ah ! se ditelle, pauvre petite ferme du bon Richard ! combien je te regrette ! c'est là que pour la première fois j'ai vu celui que bientôt peut-être il me sera défendu d'aimer.... »

Charles est encore plus malheureux que Pauline; son sort est décidé , le comte a prononcé son arrêt. Il sent qu'il doit renoncer à Pauline , et il forme le projet de ne plus la revoir. En vain il cherche des distractions à la passion qui le tourmente ; il parcourt tous les cercles, assiste à tous les spectacles, est de tous les bals , mais partout il ne voit que Pauline. Sa sairé, naturellement délicate , est encore altérée par les vives agitations de son cœur. Il cède aux sollicitations d'un ami, qui veut l'éloigner de Paris et le conduire dans une de ses terres. Le moment du départ était arrivé , tous les préparatifs étaient faits , lorsque Charles reçoit une lettre du comte ; il l'ouvre et lit :

« Je suis inquiet, mon cher Charles , de ne plus vous » voir, et de ne pas même entendre parler de vous. Est- » ce là ce que vous aviez promis aux habitants de la chau- » mière ? Venez donc chez moi le plus tôt possible , j'ai » une affaire très-importante à vous communiquer. »

Cette lettre jette Charles dans une grande incertitude. Il ne sail s'il doit se rendre à l'invitation du comte. Il craint de revoir Pauline et de ne pas conserver assez d'empire sur lui-même pour garder le secret de son amour. Quelle est donc cetie affaire importante ? Le comte aurait-il pénétre?.... Si quelque obstacle s'opposait au mariage de Pauline et de Val ville ! Un rayon d'espoir passe dans son cœur; il s'abandonne à cette lumière souvent trompeuse, et se rend chez le comte.

Le comte était seul dans son appartement; il se lève et vient au-devant de Charles, qu'il fait asseoir auprès de

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lui. Tous il n\ gardent un moment lé silence; mais lé comte prend enfin la parole : Won ami , dit-il , j'.ù bien dea reprochée à roui faire ior l'oubli dans lequel roua nom irei laissée depuia quinze joura , maia je lea ri pour 1111 antre moment, el )•■ reui, aana préambule , rona entretenir de l'affaire importante pour laquelle je roua a) prié de passer chez moi. Bief j'ëtaia propriétaire de là terre de...., aujourd'hui je ne le suis pins. » Charles recule étonné. Le comte lire un papier de son portefeuille , le remet entre les mains de Charles, et lui dit: « Je remis celte terre a qui elle appartient. ■> Charles parcourt avec émotion ce papier, et voit un contrat par lequel le comte lui fait l'abandon de tous ses droits sur sa terre. « Que roia-je! Monsieur, s'écrie Chai les , vous dépouillez votre famille pour moi ! Avez-vous pu penser que j'accepterais un bienfait de celte nature, et dont je n'ai pas besoin P — Et vous, dit le comte, avez-vous pensé que j'accep'erais la somme considérable dont il vous a plu de me

faire présent? — Mot, Monsieur ? qui a pu vous dire?

— Il n'est plus temps de garder le secret de votre générosité, Charles ; je sais tout. Hier Robert a rencontré par hasard le domestique du prétendu prince allemand qui donna deux cents louis de mes deux chevaux. Robert a suivi cet homme et a su, à n'en pas douter, qu'il est depuis six ans à votre service. Charles, nous pouvons cacher par délicatesse une action qui nous honore , mais je ne crois pas qu'il soit permis de la nier lorsqu'elle est connue.— Eh bien ! Monsieur, j'avouerai que, touché du malheur que je voyais prêt à fondre sur vous , j'ai cru pouvoir employer ce moyen pour détourner le coup dont

vous étiez menacé, mais — Attendez; ce n'est pas

tout, interrompt le comte : Robert, poussé par une curiosité bien naturelle , a trouvé le moyen de se lier avec James, lr. confident de votre générosité. Ils ont parlé de vous, et votre domestique vous est tellement attaché qu'il n'a pu dissimuler à Robert tout le bien que vous avez fait.

328 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. Il lui a raconté qu'après avoir feint un voyage à Paris pour n'être pas soupçonné, le lendemain du jour où une grêle funeste avait ravagé toutes mes espérances , vous portâtes avec lui , pendant la nuit, un coffre qui renfermait une somme considérable que vous veniez de toucher de la succession de voire oncle ; que vous déposâtes tous les deux ce coffre sous le petit berceau de mon jardin, et que, dès le lendemain, vous prîtes le chemin de la capitale. Robert a trouvé le moyen d'attirer James chez moi, et James a tout avoue. — Ah ! le traître ! s'écrie Charles avec empressement. Eh bien ! oui , Monsieur, c'est moi qui, pour ne point blesser votre délicatesse, ai supposé ce trésor ; ne me le rendez pas, au nom du ciel, ne me le rendez pas ; vous me feriez mourir de honte et de douleur. — Et moi aussi, Charles, je mourrais de honte et de douleur si j'acceptais un tel bienfait sans pouvoir reconnaître tant de délicatesse et de grandeur d'âme ; mais par quel moyen pourrais-je [n'acquitter envers vous? — Hélas ! dit Charles, Pauline est promise.... —-Pauline! il se pourrait?.... — Il faut tout avouer, Monsieur, je ne veux pas que vous supposiez à mes actions plus de mérite qu'elles n'en ont réellement. Sans Pauline , Monsieur, je ne sais jusqu'à quel point j'aurais été touché de vos malheurs et de vos vertus. Je n'ai pu voir Pauline sans l'aimer. Avant d'oser vous demander sa main je voulus lui assurer une fortune indépendante, pour rendre son choix libre et volontaire. Jugez donc de mon désespoir, lorsque vous m'avez annoncé que Pauline était destinée à faire le bonheur d'un autre. J'allais la fuir pour jamais , lorsque vous avez découvert le secret de ce que vous appelez ma générosité. jVaugmentez pas ma douleur, en me défendant d'assurer le sort de la seule femme que je puisse aimer. Ce trésor que vous voulez me rendre, qu'il soit la dot de Pauline. — Oui, s'écrie le comte, âme sublime! tes vœux seront remplis. Je reçois tout ce que tu me donnes, mais pour te le rendre : Pauline est libre, elle est à toi. — Que

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dites Miiis.' — Ma parole esl dégagée.— Est-il possible ? — Le chevalier de Valville noua a cru ruinés; il aretrouvé toute sa fortune; mais il prétend que ses affaires sonl eo fort mauvais état, el qu'il a besoin d*un mariage riche pour les rétablir. — Quelle bassesse ! — Je sois quitte envers lui, el l<- ciel, en me donnanl un gendre tel que toi, me rend le plus heureux des pères. - \ ces mois, ( lharles se jette dans 1rs bras du comte. « A uns me donnez Pauline! dit-il; mais consentira-t-elle a cette union.' roui- qui' je sois heureux, il faut que son choix soit libre. — J'ignore ses sentiments, dit le comte, mais il est facile de les connaître, Elle ne sait pas que j'ai reçu ee malin la réponse du chevalier de Valville, pour qui elle m'a toujours montre une extrême répugnance. Mais voulez-vous lire au fond de son cœur, cachez-vous dans ce cabinet, je vais la faire venir ici. »

Charles suit le conseil du comte, et bientôt Pauline arri\e aux ordres de son père. « Ma fille, dit le comte, je viens de recevoir une lettre du chevalier de Valville; il ne dément point L'opinion favorable que j'avais de son caractère ; il nous croit toujours pauvres et demande ta main. » A ces mots Pauline tombe aux genoux de son père, les embrasse avec force et lui dit : « O mon père I vous voulez que je meure, je vous obéirai. — En vérité > ma lille , dit le comte en souriant, j'ai peine à concevoir cette haine violente que t'inspire le chevalier de Valville. Tu me caches quelque chose , ma chère Pauline; parlemoi franchement : ton cœur se serait-il donné sans mon aveu? — Eh bien ! oui , mon père, dit-elle en versant un torrent de larmes, mon cœur s'est donné sans vous consulter, sans s'être consulté lui-même , j'aimais Charles d'Orlanges.... » A peine ces mots sont-ils prononcés, îa porte du cabinet s'ouvre, et Charles est aux pieds de Pauline immobile de crainte et d'espérance. « Voilà ton époux , ma chère Pauline ! » dit le comte en les pressant tous les deux sur son cœur.

La comtesse est appelée pour jouir de ce tableau touchant. Le comte lui peint avec cette éloquence qui vient du cœur tout ce que Charles a fait pour eux, et de quelle manière sa délicatesse voulait échapper à leur reconnaissance ; la comtesse était cligne d'entendre ce récit , et elle ne fut point étonnée. Les vertus n'étonnent point les vertus, elles s'admirent entre elles.

Dès le lendemain toute la famille partit pour la terre du comte , et, quelques jours après, le mariage de Charles et de Pauline fut célébré dans l'antique chapelle du château. Les bons fermiers du comte assistèrent à la cérémonie, et donnèrent à leurs maîtres tous les témoignages de la joie la plus franche. Le comte rendit au bon Richard Belmot la petite métairie que ce généreux fermier lui avait conservée. Le vieux Robert vit encore ; les années lui ont fait perdre ses forces ; il n'en a conservé que dans son cœur et pour aimer des maîtres si dignes de son attachement. Je viens d'apprendre tout à l'heure qu Alibert est mort dans sa prison, juste récompense de ces hommes méprisables qui, dans le bouleversement de leur patrie, n'ont pensé qu'à s'enrichir des dépouilles de leurs bienfaiteurs. Je ne dirai point que Charles et Pauline sont heureux : le bonheur n'existerait pas sur la terre, s'il ne se trouvait au milieu des plus douces et des plus pures affections que le ciel ait mises dans le cœur de l'homme pour embellir ce passage rapide qu'on nomme la vie.

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