PROJETS DE BONHEUR
J'ai connu dans mes voyages un jeune homme nommé Eugène de Obiierolles i il m'a lui-même raconté son histoire ; et comme dans ce récit il n'y avait rien à gagner pour son amour -propre ni pour sa fortune, je crois qu'il m'a dit la vérité. Si l'intérêt et l'orgueil étaient bannis de la terre , les hommes ne se donneraient pas la peine de mentir.
Eugène de Croizerolles avait vingt ans, une imagination très-vive, et beaucoup d'esprit naturel. Ses parents ne lui avaient laissé qu'une fortune très-modique; il vivait à la campagne, dans sa petite terre située aux environs de Moulins: Eugène, dans sa solitude, faisait souvent des châteaux en Espagne; c'est la richesse du pauvre, et cette richesse a bien son prix. Un jour qu'il avait passé quelques heures à la chasse aux environs d'une terre superbe dont le propriétaire, riche financier, habitait la capitale , il promenait un œil d'envie sur les bois magnifiques, sur les belles avenues de la demeure du financier. « Quel dommage , se disait -il , que je n'aie pas cinq à six cent mille francs ! Cette belle terre est à vendre, j'en ferais sur-le-champ l'acquisition; et dès qu'elle serait à
moi Voyons , que ferais-je , s'il me tombait des nues
trente mille livres de rente ! J'irais d'abord demander en mariage ma jolie petite cousine Emilie d'Orfeuille. Nous nous aimons depuis deux ans-, notre pauvreté seule s'op-
oo2 CONTES NOUVEAUX LT NOUVELLES NOUVELLES, pose à notre bonheur. Plus d'obstacles , je suis riche pour Emilie et pour moi. 11 me vient une idée , ajoute-t-il en souriant : oui, cela serait fort plaisant ! j'épouse ma petite cousine sans lui parler de mon beau château ; elle me croit toujours le pauvre Eugène. Au jour fixe pour la conduire chez moi, je pars avec elle dans une voiture très-simple, le soir, assez tard, et par des chemins détournes : elle croit venir habiter ma petite terre , et ne m'en aime pas moins. Tout à coup elle voit ces belles avenues magnifiquement illuminées; des lampions de toutes les couleurs dessinent agréablement les contours de ce beau château. Quelle surprise ! quelle admiration ! Emilie se croit transportée dans le palais des fées; elle me fait mille questions, et je ne réponds rien. Enfin la voiture s'arrête : deux laquais, en livrée du meilleur goût, viennent nous aider à descendre. Emilie me questionne de nouveau , je suis muet. Je ia fais entrer dans un salon somptueusement meublé , et je me place auprès d'elle sur une ottomane. Elle jette un regard d'étonnement sur tout ce qui l'environne. Où sommes-nous donc enfin ? — Chez toi, ma chère amie. — Chez moi? vous êtes fou, mou cher Eugène. Ce château.... — Il est à toi, je te le donne. — Quelle extravagance! où sont les maîtres de cette maison? nous devons au moins les saluer. Alors je la prends par la main , et la conduisant vers une glace : Les voilà, lui dis-je en faisant une profonde révérence à son image et à la mienne. Dans ce moment, un laquais vient annoncer que le souper est servi : nous passons dans un sallon à manger peint avec beaucoup de goût, et dans lequel nous attend un excellent souper. La surprise d'Emilie est au comble quand elle ne voit que deux couverts mis ; mais comme elle a voyagé, et que mon cuisinier est habile , son étonnement ne l'empêche pas de manger de très-bon appétit. Au dessert les domestiques sont congédiés. Je raconte alors à ma chère Emilie par quel bonheur inespéré je me trouve en possession de cette belle
LES PROJETS DE BONHE1 a.
terre. Elle croyail n'avoir épousé que le pauvre Eu( ci tiuii ,i coup elle <-<i voit dame «le château : quelle joie! quelles caresses ! quelles expressions de reconnaissance et d'amour ! que nous serons heureux! •• Dans le moment <>u le bon Eugène achevait ce discours, son chien tombe en arrêt; il arme son fusil, tue une perdrix, et, après avoir r.ui une chasse fort heureuse, il rentre dans sou modeste ermitage.
\ peine avait-il soupe, qu'on lui apporte une lettre timbrée de Paris. Eugène n'avait pas beaucoup de relations avec les habitants de la capitale; cette lettre le surprend , il l'ouvre et lit ce qui suit :
J'ai long-temps été chargé , Monsieur, des affaires de u M. de Croizeroltes, habitant de la Martinique, et votre » parent. Cethomme respectable, dont vous ignoriez peut- » être l'existence . avait formé depuis long-temps le pro- » jet de réaliser sa fortune, et de venir se fixer en France. » Déjà ses fonds étaient déposés entre mes mains; j'atten- » dais le moment de son arrivée pour les lui remettre à » lui-même , lorsque je viens d'apprendre qu'il est mort » dans la traversée. Il ne laisse ni femme ni enfants; et » son testament donne toute sa fortune à ses parents du » Bourbonnais, dont vous étés, je crois, l'unique rejeton: a cette fortune se monte à sept cent raille francs que j'au- » rai l'honneur de vous remettre lorsque vous voudrez » bien vous présenter chez moi , muni de cette lettre et » des papiers qui attestent que vous êtes Punique héritier » de la famille Croizerolles. Je vous prie , Monsieur, de • partir sans retard , et de me croire votre dévoué ser- » viteur. PtOBERTix, notaire. »
Celui qui pourrait peindre la joie extravagante d'Eugène serait un habile peintre : toutes ses espérances se réalisent dans un instant; ce rêve de son imagination n'est plus un rêve , ses illusions de bonheur ne sont plus des illusions. Partons, dit-il, partons; allons annoncer
SSà CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. cette bonne nouvelle à ma chère Emilie... Mais, non, cela n'est pas possible. Emilie est à Clermont chez sa tante ; il faut un jour pour aller, un jour pour revenir , et les préparatifs du voyage... Yoilà trois jours de retard, et
Von m'enjoint de partir sur-le-champ Écrivons-lui
encore moins; ce serait lui ôter le plaisir de la surprise. Il vaut mieux partir sans délai pour Paris; je ne ferai que toucher barre; je recevrai mes sept cent mille francs, j'achèterai la belle terre du financier, je reviendrai sans dire un mot de cette aventure ; j'irai sur-le-champ demander ma petite cousine en mariage, et , la noce finie, je
la conduirai dans mon dans son château. Ah! de
quelle félicité nous allons jouir ! comme nous nous aimerons î A notre bonheur nous ajouterons encore le bonheur des autres. Nous ferons tout le bien que. nous pourrons. Faire du bien ! faire des heureux! quelle volupté! c'est pour cela que Ton est riche.
Eugène ne ferma pas les yeux de la nuit. L'homme le plus sage n'eût pas mieux dormi peut-être. Il est question du bonheur de sa vie tout entière ; un instant vient de changer tous ses goûts , toutes ses habitudes, toute son existence. Il pense à la considération dont il va être entouré, à l'étonnement, à la petite jalousie de ses voisins riches ou pauvres , il en jouit d'avance. Nous plaindrions les envieux si notre amour-propre n'était plus fort que notre pitié ; mais leurs souffrances sont un hommage qu'ils nous rendent, et nous oublions ce qu'il leur coûte. Eugène d'ailleurs forme des plans fort raisonnables pour son âge. Il règle la dépense de sa maison de manière à ne manger que son revenu. Il ne recevra chez lui qu'une société choisie , que des gens aimables, instruits, qui sauront tout à la fois lui plaire et lui donner de bons conseils : car il se rend justice ; et quoiqu'il n'ait que vingt ans, il pense qu'il peut exister dans le monde des hommes plus sages et plus éclairés que lui. Il a le projet de demeurer toute l'année dans sa terre et de l'améliorer. Il
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partagera son temps entre l'agriculture el h1* lettres : il aime passionnément la Littérature; il a même dans son portefeuille un certain nombre d'opuscules qui ne ^<»nt pas à dédaigner, el qui- des connaisseurs de Moulins <»nt anplaudis avec un enthousiasme très-vif. Les lettres, l'agriculture, une fenime charmante et adorée , de jolis enfants, heureux frnits d'une union si chère : quels éléments de félicitél
Des le lendemain il prend la poste à Moulins , et en deux jours il arrive a Paris. Pour la première fois de sa vie il voyait la capitale. Je ne peindrai point l'effet que produisit sur sa jeune imagination celte vaste étendue d'édifices, ce bruit lumultueux et continuel, cette foule d'équipages qui semblent se multiplier à chaque pas, cette multitude toujours croissante de gens désœuvrés ou affaires, que l'intérêt, le plaisir, la curiosité font mouvoir en tous sens. Il va descendre chez M. Robertin, qui lui avait donné son adresse ; il lui montre les papiers qui le font reconnaître pour Tunique héritier des Croizerolles, et reçoit toute la fortune du bon parent qui, après s'être donné bien de la peine dans ce monde, a bien voulu passer dans l'autre pour enrichir un neveu qu'il ne connaissait pas.
Eugène a bonne envie de repartir sur-le-champ pour Moulins. Mais, venir à Paris sans voir tout ce que cette ville renferme de curieux ; pour un jeune homme qui a de l'imagination, de l'esprit, du goût pour les arts, cette idée n'est pas supportable. Eugène est bien aise aussi de voir quelques gens de lettres, de montrer son portefeuille. Il a même apporté une certaine comédie en cinq actes qui peut lui faire une grande réputation. Perdre ainsi le fruit de ses veilles, ce serait un meurtre. Il n'a pas travaillé seulement pour ses bois, pour ses champs et pour les habitants de Moulins. D'ailleurs, il a quelques connaissances à Paris, des amis de collège dont quelques-uns sont riches, mènent un genre de vie très-brillant, et peuvent lui pro-
336 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES . curer les moyens les plus agréables de satisfaire en peu de temps sa curiosité. Il songe cependant à sa petite cousine Emilie , et lui écrit ; il la prie de n'être point inquiète, lui dit qu'une affaire très-importante Ta forcé de faire un voyage à Paris, mais que cette absence sera de courte durée. Il lui parle de son amour, et lui promet une éternelle fidélité.
Cette lettre écrite, il se fait conduire chez le jeune charles de Fouville, l'un des compagnons de son enfance. Fouville est un jeune homme fort riche , fort élégant , d'une jolie tournure, et très répandu dans le grand et beau monde. Il accueille Eugène avec le plus vif empressement et lui demande par quel heureux hasard on le voit à Paris. Eugène lui raconte l'histoire de la succession. Excellente aventure! dit Charles en riant; c'eût été bien dommage , en vérité, que ton mérite n'eût pas de fortune ! Du caractère dont je te connais, tu feras bon usage des bienfaits de la Providence.
Fouville donnait ce jour-là un déjeuner; il invite Eugène , qui bientôt voit arriver une douzaine de jeunes gens à la mode. Le déjeuner est excellent, les vins exquis, la conversation très-enjouée. C'est à qui fêtera l'ami du jeune amphitryon ; c'est à qui lui servira de cicérone dans les excursions qu'il médite. Eugène est dans le ravissement. Quel ton agréable et léger! quelles manières aimables et franches ! quelle complaisance ! Il se livre à toute la gaieté que lui inspire cette société brillante. Charles lui demande de quelle manière il compte employer ses fonds et manger son revenu. Eugène fait part aux jeunes convives de son projet d'acheter une belle terre, de son mariage prochain , et de l'agréable surprise qu'il veut causer à sa petite cousine. Tout le cercle part à la fois d'un bruyant éclat de rire. — Parbleu ! mon cher, tu es bien de ton village, lui dit Fouville, et tu mériterais bien que ton parent revînt de l'autre monde pour te reprendre une succession dont tu veux faire m\ usage
i i- l'i'.n.n.is di. i;<». \iii i i:. ;,:;:
■uni ridicule. Quanl .1 i, je crois de mon devoir de
t'empécher de raire une >»»t t i-c el d'épouser «nie jeune personne sans fortune N'as tu pas de honte] 00 homme comme t<n s'enterrer su fond (l'une province, ayee ta figure, ton esprit et tes talents! k propos de talents, continue Fou vil le, je t'ai ru grand amateur de poésie, \u collège, tu tournais fort joliment des vers. Eugène avoue qu'il 1 toujours conservé ce goût, et qu'il lui doit les moments le» plus heureux de sa vie. Charles le prie de leur réciter quelque morceau de sa composition ; et le bon Eugène, après s'être fait, tirer l'oreille, cède à cette invitation. Les vers qu'il récite sont applaudis avec le plus vif enthousiasme. Le méritaient-ils, je n'en sais rien , et je ne m'y connais guère, mais j'ai toujours eu une mince idée des succès de société. « Allons , allons, lui dit son ami, tu restes à Paris; un homme comme toi est fait pour vivre dans la capitale , c'est le centre du bon goût. L'imagination s'épuise dans la solitude; à Paris, c'est une source féconde dont les trésors se renouvellent sans cesse. — Nous vous ferons connaître les gens de lettres les plus distingués, lui dit l'un des convives. — Si vous avez envie de faire imprimer un recueil , dit un second, j'ai pour amis les critiques les plus célèbres. — Pour votre comédie, lui dit un troisième, c'est moi qui m'en charge. Je connais tous les acteurs et toutes les actrices du Théâtre- Français; ils font tout ce que je leur demande, el, d'après l'échantillon que nous venons de voir de votre talent, vous irez fort loin.
Après le déjeuner, les jeunes gens montent sur de jolis chevaux et vont faire une promenade au bois de Boulogne. Eugène est de la partie, Fouville lui a prêté son plus beau cheval.
Ce cercle brillant et joyeux ne se sépare point de toute la journée. Eugène a déjà vu une partie des objets les plus curieux de Paris; iï a passé la soirée au spectacle et presque toute la nuit au bal, où il a vu des beautés, bien
338 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES. supérieures à sa petite cousine Emilie, déployer des grâces qu'elle n'a pas.
Le lendemain, assez tard, au moment où il vient de se lever, Charles entre dans sa chambre. « Hé bien ! mon cher, que penses-tu de ta journée? — J'en suis enivré.
— Avoue que Paris est un séjour charmant. — Délicieux.
— Et tu vas le quitter dans huit jours ! — Non, non, je suis déterminé à rester encore deux mois avec vous. — Bon ! et ta petite cousine Emilie, que dira-t-elle de cette longue absence? — Oh ! je lui écrirai. — Elle te grondera. — Nous nous réconcilierons. — Et puis vous vous marierez. Pauvre Eugène ! en vérité, tu me ferais rire, si tu ne me faisais pitié, avec tes amours de province. — Mes amours de province ! ah ! si tu connaissais Emilie ! — Je la connais assez pour me moquer de toi : a-t-elle les grâces de. madame de Rémilly que tu as vue hier au bal?
— Non, mais... — Danse-t-elle comme madame d'Ergeville ? — Non , mais... — Se met-elle avec autant d'élégance et de goût que la jolie madame de Jenissac? — Non, cependant... — Ghante-t-elle comme madame d'Hermini? — Oh non, mais sa voix... — Allons donc, sa voix ! ne parlons plus de cet enfantillage. Tu étais amoureux, je le conçois; en province on n'a rien à faire, et l'oisiveté est la mère... du ridicule. Je veux te parler d'une affaire plus importante, du placement de tes fonds. Tu voulais acheter une terre , c'est un projet extravagant. Il y a ici mille manières bien plus avantageuses de placer son argent. Nous trouvons des banquiers trèssolides qui prennent le nôtre à un intérêt fort raisonnable. Avec sept cent mille francs je me fais fort de te procurer quarante mille livres de rente. Point de frais, point d'impôts , point de réparations , point d'embarras , c'est délicieux ! On n'achète une terre que lorsqu'on a le projet de s'enterrer. Je vais te conduire chez mon banquier, M. Corsanges; c'est un fort honnête homme : j'ai placé sur lui des sommes considérables, et je n'en ai jamais été
LEI PBOJBIfl M BONHEI H.
dupe. ■ Eugène approuve le plan que Cbarlea lui paepose,
< c nV«i pat tout, continue Charles; il faut te mettre au nireau des gêna riehee. Tu m de la fortune, c'esl pour en jouir. Il te foui « I « ■ -^ domestiquée , un équipage dam le dernier goût. Pendant le séjour que lu Paria à Paru qui durera, j'espère, plus long-temps que tu ne l'a* projeté, il (aul que tu liennee ce qu'on appelle un bon méde garçon) c'est le moyeu d'attirer chez soi la meilleure compagnie, et d'être admis dans son sein, c'est le moyeu de voir les gens de lettres et les artistes. Je te conduirai dans les meilleures maisons de Paris , tu donneras des fêtes ; toutes les portes te seront ouvertes, et tu mèneras le genre de vie le plus agréable. »
Eugène ne trouve pas une objection contre des conseils aussi sages. Il se livre à l'expérience de son ami, place son argent sur M. Corsanges , et fait l'acquisition d'un charmant équipage. Il est enivré de sa situation nouvelle. Admis dans les cercles les plus brillants, dirigé par Charles, qui taille en grand et qui d'ailleurs passe pour un homme de goût, il donne des fêtes ruineuses mais qui ne laissent rien à désirer. Il prie à dîner un grand nombre de gens de lettres; il leur lit ses vers au dessert, et ses vers sont trouvés admirables. Il invite aussi des acteurs, leur lit sa pièce, et reçoit des applaudissements dont la sincérité n'est pas suspecte : il a grisé ses juges, et, comme dit le proverbe, in vino veritas.
Eugène est au comble du bonheur, recherché, proné, fêté; une multitude de goûts, de penchants qu'il ne se connaissait pas se développent parla facilité qu'il trouve à les satisfaire. La soif du plaisir et la vanité, mère de toutes les folie-, l'entraînent à qui mieux mieux vers sa ruine. La pauvre petite cousine Emilie est oubliée. Comment auraitil pu garder son souvenir dans les bras de lune des plus jolies danseuses de l'Opéra ; au moment des plus brillants succès; au moment où sa comédie vient d'être reçue avec les plus vifs applaudissements; au moment où son recueil de
poésies fugitives, approuvé d'avance par tous les gens de goût, va paraître aux yeux du public, enlever tous les suffrages, et le placer au rang de nos poètes les plus agréables? Quelle perspective à vingt ans , lorsque les séductions du luxe, du plaisir et de l'amour-propre ont encore tout l'attrait de la nouveauté !
Il est vrai que le bonheur dont jouit Eugène lui coûte un peu cher : les femmes et les fêtes ont un peu dérangé ses finances; il aurait vu dans un an disparaître une grande partie de sa fortune , si le jeu n'était venu à son secours. Il est heureux , il gagne des sommes considérables, et se promet bien de suivre celte veine de prospétité. Mais quel bonheur dure toujours? La vie humaine est un jeu de hasard : tout est chance dans ce monde, tout dépend d'un coup de dé, et l'homme ne cesse de jouer qu'en cessant de vivre!....
Une nuit funeste fait perdre au bon Eugène beaucoup plus d'argent qu'il n'en a gagné dans six mois. La veine épuisée dévore à mesure tout l'or de celui qui veut en tirer quelques paillettes. Eugène , en quinze jours , a perdu plus de cent mille écus.. Cette perte lui fait ouvrir les yeux ; il revient de son éblouissement , et se reproche son extravagance. Avec ce qui lui reste , il peut être encore riche en province ; quoiqu'il ne le soit plus assez pour acheter cette belle terre , premier objet de ses désirs. Mais comment se décider h quitter la jolie danseuse dont il est si tendrement aimé ? comment s'éloigner de Paris dans le moment où il est recherché de tout le monde , dans l'instant où ses poésies vont paraître , où sa première comédie va être représentée sur le Théâtre- Français? On ne renonce pas si facilement à ses goûts , à ses plaisirs, aux jouissances de la vanité, et surtout à ses espérances.
Enfin , le Recueil est publié. Eugène est allé voir tous les critiques ; il leur a donne le dîner le plus exquis. Son ouvrage est recommandé aussi bien qu'ouvrage puisse
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l'être, mais l<^ ingrats journalistes n'ont pas eu L'esprit d'y voir même les traces du talent. Lears oreilles, peu sensibles el peu délicates, n'ont pas trouve dans de si jolis mis le moindre sentiment de l'harmonie. Ib osent
dire, les barbares, que ces vers-là sont de la prose
rimée, encore, encore pas trop bien rimée! Il est
vrai i|ifils ont dit tout cela avec toute la politesse , tout le ménagement possibles; ils ont rendu justice à l'esprit de l'auteur, et se sont plaints seulement de ce qu'il l'avait reserve pour une meilleure occasion. Eugène est furieux. Il attend, avec une vive impatience, que le succès de sa comédie le venge de ces insolents critiques.
Il est enfin arrivé, ce grand jour où sa réputation littéraire ne sera plus douteuse : on va jouer sa comédie; sa cabale est prête , ses amis sont rassemblés en grand nombre. Il a donné vingt dîners splendides pour s'assurer du succès de cette première représentation , si importante pour sa gloire. Il a envoyé cent bouteilles de madère sec à un critique renommé ; il a joint à cet envoi un beau vase en argent dont le couvercle est surmonté d'un oiseau qui , les ailes déployées , semble tout prêt à prendre l'essor. Les acteurs sont dans les meilleures dispositions, et déjà l'on applaudit que la toile n'est pas encore levée. Tout présage le plus brillant succès : et ce présage sans doute n'eût pas été démenti , si , dès le deuxième acte , un ennemi secret de l'auteur ne s'était emparé de l'esprit du plus grand nombre de spectateurs, et n'eût formé contre l'ouvrage une cabale furieuse, à laquelle la pièce ne put résister. Cet ennemi qui joue au pauvre Eugène un tour aussi perfide est l'ennemi juré de presque tous nos auteurs tragiques et comiques , c'est l'Ennui. Dès la première scène , il s'établit dans le parterre , il souffle de tous côtés l'impatience et la révolte. On commence par bâiller ; puis les murmures , puis les sifflets , mêlés de tumultueux éclats de rire, se font entendre de toutes parts. La cabale des amis est réduite au silence ; les acteurs
o42 COMES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES.
troublés oublient leur rôle, et finissent par baisser la toile.
La douleur d'Eugène est facile à concevoir. Yoilà toutes les illusions de son amour-propre détruites, toutes ses espérances dissipées. Gloire et fortune, tout lui échappe à la fois. Le lendemain, les journaux achèvent d'accabler l'auteur infortuné : le seul journaliste qui, dans ce concert de sanglantes critiques , cherche à le dédommager de sa chute , est celui à qui la veille il envoya ce beau vase d'argent surmonté d'un oiseau. Le censeur reconnaissant fait le plus bel éloge de la pièce, quoiqu'il ne l'ait pas entendue. Il tonne contre l'injustice du parterre, contre l'indécence et l'effronterie de la cabale. Je me souviens que cet article commençait par ces mots : C'est un oiseau bien rare qu'une bonne comédie en cinq actes , etc
Eugène, après un échec aussi affligeant, ne songe plus qu'à s'éloigner de la capitale ; sans dire adieu à ses nombreux amis, dont il redoute par-dessus tout les consolations. Il forme le projet de réaliser les fonds qui lui restent et de se retirer dans une province éloignée , où son nom même ne soit pas connu. Il va chez son banquier pour lui redemander son argent. C'est là que l'attend un nouveau coup de foudre plus terrible que le premier. Il apprend que l'honnête M. Corsanges vient de partir dans la nuit et qu'il fait une banqueroute complète, après avoir emporté la fortune de quantité de familles qui lui avaient donné toute leur confiance.
A cette nouvelle , Eugène reste comme anéanti. Il remonte dans sa voiture sans dire un seul mot. Rentré dans son appartement , il se livre à toute sa douleur. Il a des dettes; son mobilier, sa petite terre du Bouibonnais , suffiront à peine pour les payer. H se voit sans ressource, obligé de solliciter les secours de la pitié, après avoir reçu les hommages de la flatterie. Dans les premiers transports de sa fureur il vole chez le jeune Fouville , son conseiller perfide. C'est lui qu'il accuse de
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s.\ raine, il brûle d'en tirer vengeance. Hait, rn arrivant chez Charles, il Letrouve lui-même désespéré. Ce jeune étourdi, victime comme lui de son imprudence et de M té, éveil placé presojua toute sa fortune entre les mains de M. de Corsanges. Le malheur de Charles désarma Eugène
Il sort el dil -ivre ses pas vers l'hôtel d'un homme en place qui jouit d'une grande fortune et d'un crédit très-étendu. Cel homme était un de ses amis, et lui avait cent fois offert ses bons offices. Eugène lui fait part de sa déploraMe situation , et le prie en grâce de lui procurer quelque moyen d'existence. « Je puis vous occuper utilement pour votas et pour moi , lui dit cet ami généreux ; j'ai beaucoup de dépêches à faire, c'est vous qui vous en chargerez : mais sous une condition , c'est que vous ne les mettrez pas en vers. »
Désespéré il vole chez Juliette, cette jolie danseuse qui a contribué avec tant de zèle à sa ruine et à ses plaisirs. Il entre dans son appartement et la trouve couchée sur une ottomane , dans le négligé le plus frais et le plus voluptueux. Il lui raconte son malheur. Juliette garde un profond silence. Je n'ai plus rien au monde , ma chère Juliette , lui dit Eugène ; mais le plus grand de tous mes maux, c'est la cruelle nécessité de me séparer de vous. La douleur vous empêche de me répondre... Je comprends ce silence expressif. Chère Juliette! il faut pourtant vous consoler J'y ai pensé , dit Juliette. Tranquillisez-vous , Eugène; monsieur que voilà se charge d'être mon consolateur. »> Eugène étonné tourne les yeux vers le consolateur qu'il n'avait point encore aperçu, et voit dans un coin de l'appartement un petit vieillard borgne, boiteux, et dont la figure représente au naturel celle que l'on prête au dieu Plutus.
Il rentre chez lui, dévoré d'un sombre chagrin; il n'avait tenu qu'à lui d'être riche , heureux et considéré; le voilà critique, si filé , bafoué, ruiné. Que faire: que
346 CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES, devenir? C'est alors que l'image de sa petite cousine Emilie vient s'offrir à sa pensée. Pour ajouter à son malheur, ce premier amour qu'elle lui avait inspiré vient de renaître dans son cœur avec plus de force que jamais. « Emilie! chère Emilie ! se dit-il, pourquoi n'ai-je pas suivi le premier mouvement de mon cœur? il m'entraînait vers le bonheur en m'entraînant vers toi. De folles passions m'ont égaré. De quel front oserai -je me présenter devant toi, femme adorée! quels reproches n'ai-je pas mérités! que tu dois me mépriser !... ah ! je ne puis supporter cette idée. Je ne puis survivre à la perte de ton amour, de ton estime , de mes espérances , de mon bonheur. Je n'ai plus qu'un seul parti à prendre , celui de m'arracher une vie que je traînerais dans l'opprobre , les regrets et la misère » A ces mots , il ouvre son secrétaire , et saisit un pistolet ; il va se brûler la cervelle , quand la porte de son cabinet s'ouvre tout à coup. Il entend pousser un cri , il tourne les yeux , et voit sa petite cousine Emilie elle-même qui vole vers lui, le désarme, et tombe évanouie dans ses bras.
Je ne dépeindrai point la joie et l'étonnement d'Eugène. Bientôt Emilie ouvre les yeux, les porte sur son amant avec un doux sourire, et lui dit : « Tu te repens, tout est pardonné. » Eugène est à ses genoux : il baise et baigne de larmes les jolies mains qu'elle lui abandonne ; et, lui racontant l'histoire de sa brillante fortune et de ses extravagances, à commencer par les châteaux en Espigne qu'il avait faits à la chasse, jusqu'au moment de sa ruine complète, il implore mille fois un pardon qui vient de lui être accordé.
L'indulgente Emilie savait par cœur toutes les folies de son cousin. Quelque temps après le départ d'Eugène pour Paris elle avait écrit à une amie intime qu'elle avait dans la capitale, et qui l'informait soigneusement de toutes les démarches du jeune étourdi. « J'étais sans cesse occupée de vous , lui dit-elle. J'avais L'espoir que vous
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reviendriez du jour de toutei roi erreurs T.mî. que vous ave/ été dam une iiiuation brillante, j<' me suis bien gardée <l«- troubler ?oa plaisiri et vos illusions : mes lettres ou m.» présence roua eussent reproché quelque chose, et les passions n'aiment pu 1rs reproches. Mais lorsque j*ai su que vous aviez perdu la meilleure partie de votre fortune, quand j'ai vu dans les journaux la critique de vos ouvrages et la chute de votre pièee, je me suis dit : 11 est malheureux, volons à son secours. M. de S***, l'un de mes oncles, était à la veille de partir pour Paris; il m'offre une place dans sa voiture, me dépose, en arrivant, chez mon amie qui loge heureusement dans cette rue, et prend lui-même un appartement dans un hôtel encore plus voisin de vous ; il apprend ce matin la banqueroute deCorsanges; seul il m'en parle; nous accourons ici ; vous étiez sorti, nous dit-on, et nous prenons le parti de vous attendre. De ce cabinet nous avons tout vu , tout observé. Heureuse de vous avoir arraché au désespoir le plus funeste, je voudrais faire plus, Eugène, je voudrais vous rendre vous-même au bonheur. Vous savez que je n'étais pas riche ; cependant, ma fortune a pris un peu d'accroissement depuis votre départ du Bourbonnais. Une parente m'a laissé quelque chose en mourant. Je vous offre de partager avec moi ce que le ciel a bien voulu me donner, si toutefois ce cœur qui n'a point changé peut vous dédommager des biens que vous avez perdus. »
A peine Eugène avait-il eu le temps de se jeter aux pieds d'Emilie et de lui bégayer une réponse dictée par la reconnaissance et le plus tendre amour, qu'il vit sortir du cabinet M. de S*** qui jusque-là n'avait pas voulu troubler les premiers transports des deux amants. Il les conduisit tous deux chez l'amie de sa nièce, et, quelques jours après, leur mariage fut célébré sans aucun appareil ; l'amour et l'amitié firent tous les frais de la noce. Dés le lendemain les deux jeunes époux reprirent le chemin du Bourbonnais.
oàG CONTES NOUVEAUX ET NOUVELLES NOUVELLES.
Ils n'étaient plus qu'à quelques lieues de Moulins, lorsqu'ils furent surpris par la nuit. Les ténèbres devenant insensiblement plus épaisses , Emilie craignait de continuer plus long-temps sa route dans des chemins que le postillon pouvait à peine distinguer. Elle manifesta le désir de s'arrêter jusqu'au lendemain dans la première ferme. Le postillon exécute cet ordre, et après quelques minutes il entre dans la cour d'une vaste métairie. Eugène et Emilie demandent au fermier de vouloir bien leur donner à souper et à coucher pour cette nuit. Les bons habitants des campagnes sont hospitaliers ; le fermier et la fermière s'empressent d'offrir aux voyageurs un souper frugal, puis on leur donne une chambre dans laquelle est un bon lit. Ils se couchent, après s'être entretenus quelque temps de la bonhomie et de la cordialité de leurs hôtes. c< Chère Emilie, dit Eugène, que j'aime une vie simple et tranquille ! Vois ces bons fermiers, comme ils ont l'air heureux : ils ne sont pas riches, mais ils ont le nécessaire , et peuvent encore donner l'hospitalité. Je travaillerai comme eux, et, près de toi , je serai plus heureux dans la médiocrité que je ne l'étais sans toi au milieu de toutes les supeitluités de l'opulence. » Emilie sourit ; un doux sommeil ferma bientôt leurs yeux, et ils ne se réveillèrent qu'à huit heures du matin.
Après s'être levés, les deux époux sortent de la ferme. Emilie a manifesté le désir de faire une petite promenade à pied aux environs de cette belle métairie. A peine sont-ils sortis de la cour du fermier, qu'ils entrent dans une autre cour d'une vaste étendue et plantée d'arbres magnifiques. Eugène aperçoit à droite et à gauche de belles avenues d'ormeaux, et à peu de distance un château élégamment bâti. «Ah! ah! dit-il, quelle est cette jolie terre ? — Ce pays est riant, dit Emilie. — Il est délicieux, reprend Eugène. De beaux arbres , des eaux pures et abondantes, une charmante perspective.... Cette habitation est un séjour enchanteur. Ah! ma chère Emilie!
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vnii.i ce que i auraisdn i offrir ai... — Ne rappelons point topasse? ilii Emilie ; nous nous aimons, nom sommée réunis . nooi n ivons rit n à regretter. Bugi m onrleui de visiter l'intérieur du château. Jl rencontre mi domestique et lui demande li les maîtres de cette maisefl Phabitenl en ce moment, i Pas encore, lai répond !•■ do* mesikpie, mail noue les attendons; ai revu le désire* , Monsieur, il voua est permis d'entrer. »
On les conduit dans an selon tort bien meablé. Emilie lui asseoir Eugène sur nne ottomane j le jeune homme promène un œil admirateur sur l'ameublement, sur les glaces . et répète à plusieurs reprises : ■ Quel est donc rheureui propriétaire de ce joli château? — Et si c'était toi? lui dit Emilie. — Je suie corieui il»- le connaître, » poursuit Eugène, sans avoir l'air d'entendre le peu «le mots qu'Emilie a prononcés; "comment se nomme-t-il ? — Eugène de Croizeroltes, répond Emilie en fixant les yeux sur les siens, pour saisir tout ce qui se passe dans son âme, et elle répète encore son nom ; Eugène se tait. Il interroge à son tour les yeux d'Emilie. Il ne peut concevoir que ce parc, ces avenues, ces bois, ces prairies, cette ferme , puissent appartenir à sa femme ou à lui. Si cependant Emilie plaisante , il trouve le jeu bien cruel. Quelque coupable qu'il ait été , il la croyait trop généreuse pour le punir aussi cruellement. 11 hésite encore : une larme roule dans ses yeux. Mais Emilie ne Ta pas plutôt aperçue, qu'elle se jette dans ses bras. « Oui, mon cher Eugène, lui dit-elle, oui, tout ceci t'appartient, puisque mon amour te le donne. Deux mots feront cesser ton étonnement. Tu sais qu'avant ton départ pour Paris madame d'Otban, ma tante , m'avait fait appeler auprès d'elle. Sa fille unique était dangereusement malade, et ma tante était dans de violentes inquiétudes pour un enfant qu'elle idolâtrait. Malgré tous mes soins et ceux de sa mère, ma jeune courue mourut. Ma pauvre tante, qui ne respirait que pour elle, n'avait cessé de pleurer et de
348 CONTES NOUVEAUX Et NOUVELLES NOUVELLES, veiller pendant la longue et dangereuse maladie qui venait d'emporter ce qu'elle avait de plus cher au monde; elle ne tarda pas à suivre sa fille au tombeau. Madame d'Orban avait une grande fortune; touchée de mes soins et de mon atlachement, elle m'a fait sa légataire universelle. J'ai vendu ses biens, qui m'éloignaient d'un pays où j'ai reçu le jour, où mon amour pour toi a pris naissance, et j'ai acheté cette jolie terre , avec l'espoir de te l'offrir. Pardonne si le plaisir de la surprise que j'ai voulu te ménager... — Ne parle point de pardon , mon Emilie, interrompt Eugène. Tu n'as pas voulu m'affliger, je le sais. A qui la faute, enfin , si cette surprise ne pouvait manquer d'avoir pour moi un peu d'amertume? Ma punition est bien légère ; plût au ciel qu'en voulant te ménager une autre surprise, je ne me fusse pas attiré d'autre châtiment! » Pendant un moment, son front s'obscurcit encore ; mais reprenant bientôt sa sérénité : « Non, dit-il, non, je ne suis point jaloux, ma chère Emilie. Ce triomphe t'appartenait. Toi seule tu méritais de réaliser ces projets riants que j'avais su former , et que des passions développées subitement par une prospérité inattendue m'ont empêché d'exécuter ! Que d'amour ! quelle délicatesse ! Et j'aurais pu... — Brisons là, mon ami, interrompt vivement Emilie. Bien d'autres à ta place n'auraient pas été plus sages que toi. J'ai toujours ouï dire que les heaux projets, formés dans l'infortune, étaient souvent démentis par la prospérité. — Et moi , dit Eugène en l'embrassant de nouveau , je sens qu'on a bien raison lorsqu'on dit que le hasard peut nous procurer une fortune brillante, mais qu'un bonheur pu et durable ne peut nous être offert que par la tendresse et la vertu, »
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