DÉPART DES TROIS VOYAGEURS. LA VANITÉ
La petife gazelle avait écouté cette histoire avec attention ; mais, lorsque sa curiosité fut satisfaite , elle entra dans une violente colère contre le conteur. « Quoi, malheureux ! lui dit-elle , tu oses insulter ton maître , et comparer à un âne le plus spirituel de tous les hommes? » Le vénérable docteur veut répliquer; mais lîarùouc lui impose silence avec humeur • car, avant même de lui demander son avis , il avait formé la résolution d'abandonner le mont Taurus , et de se livrer à la destinée que la petite gazelle lui montrait sous une si riante perspective. Les trois voyageurs se mettent donc en chemin. Les premiers jours se passent sans événements bien remarquables : tantôt ils couchent à la belle étoile , tantôt ils reçoivent l'hospitalité sou* le toit des pâtres et des laboureurs qu'ils rencontrent sur la route. La petite gazelle marche et bondit toujours en avant ; elle est de la gaieté la plus folle, et ne cesse de divertir son maître par sa pétulance et son bavardage. Pour le pauvre bouc, il marche toujours derrière Bardouc sans dire un seul mot ; à sa contenance , on le prendrait pour un bouc ordinaire , et personne ne se douterait de son savoir.
Un jour le pâtre se reposait au pied d'un arbre; le vieux bouc dormait profondément à ses côtés , mais la petite gazelle ce dormait plus depuis le moment du départ. Elle vient se placer aussi à côté de son maître , et le regardant avec admira ion : « Que ta figure, lui dit-elle, est vermeille et gracieuse ! Quel malheur que tant de beauté soit cachée sous des vêtements si grossiers! Hélas, dans le monde , on ne juge les hommes que sur les apparences , et on te jugera sur tes habits. On dira : Ce n'est qu'un pauvre pâtre ; eusses-tu le cœur d'un roi , on te tournera