CHAPITRE \l
le dos. Hme semble te voir arec un fétement magnifique ; un Mtperfc turban s'Hèrc au-destinde ta tête; un riche manteau <le cachemire, tort *emé de pierres précieuaea, se déploie sur tes épaule* Tons les hommes m rangent sur (on passage , ei disent : C'est un prince! Tooj les cœurs volent su-de?anl de toi , et toutes les femmes disent en te regardant avec amour : Voilà le plus bel homme de la l'nse ! »
A ces mots , le pauvre Bardouc jetre les yeux sur son costume et soupire , il se lève et se remet tristement en chemin avec ses deux compagnons de voyage. Mais à peine a-t-il fait une centaine de pas, qu'il aperçoit un gros paquet enveloppe soigneusement d'un beau tapis de Perse. Il le regarde avec étonnement. L'ouvrira-t-il? La peiite gazelle dit oui; le vieux bouc dit non. ■ Pourquoi ne l'ouvrirait-il pas? dit la gazelle. — Parce qu'il n'est point à lui. — Peut-être est-ce un bienfait du Prophète, et nous ne devons point le dédaigner. — Le Prophète blâme la curiosité, et nous défend de nous approprier le bien d'autrui. — Ce paquet n'est peut-être à personne; d'ailleurs, tais-toi: le scrupule est Gis de la sottise. » Le vieux bouc allait répondre, et il ne manquait certainement pas de bonnes raisons; mais la gazelle donne un coup de corne dans le paquet ; il s'ouvre , et présente aux yeux de Bardouc un riche vêtement tout complet. Il tourne et retourne ('ans ses mains un superbe turban surmonté d'une aigrette de saphirs; il le pose sur sa tète, jette avec dédain son misérable coutume de pâlie, et revêt avec orgueil un manteau écailate semé de fleuis d'or et d'argent. A chaque de.oiation nouvelle, le vieux bouc essaie de murmurer, mais les paroles expirent sur ses lèvres , tandis que la flâneuse gazelle bondit de joie , vante l'élégance et 1j bonne mine de son maître , et l'entrai i.e vers une fontaine voisine. Le \énerab!e bouc ne les suit pas, et s'endort de nouveau. Bardouc ne peut se lasser de s'admirer dans le cristal de la fontaine. « Est-ce
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bien moi? dit- il ; moi , Bardoue? Quoi ! je serais ce pauvre berger du mont ïaurus ! impossible! Je suis au moins un des proches parents du grand-visir. Oh î ma chère petite gazelle , tu avais bien raison de vanter ma beauté. Que ma taille est noble et bien prise! Quelle différence pourtant l'habit met entre un homme et lui même! Je ne me reconnais plus ; je m'admire , je me respecte comme si j'étais une autre personne bien supérieure à moi. Quel effet je vais produire à Ispahan , dans cette ville superbe , la plus riche de l'univers et le digne séjour des rois ! »
A peine achevait-il de se rendre une justice aussi éclatante, qu'il entend rire au fond d'un petit bois dont la fontaine est ombragée. 11 se retourne avec surprise , et voit quatre bergers qui , l'ayant examiné et entendu , s'égayaient à ses dépens. «'Seigneur Bardoue, dit l'un, nous sommes les très-humbles esclaves de votre hautesse...
— Votre beauté, dit un autre, est si éblouissante, que je ne puis la regarder en face : c'est le soleil en plein midi. — Votre grandeur, dit un troisième , est bien modeste ! vous vous dites tout simplement proche parent du grand-visir, et je gage que vous descendez de Mahomet.
— Quoi! «cigneur, dit le quatrième , voire magnificence voyage à pied sans autre suite qu'un bouc et une gazelle! Sans doute vous aurez laissé votre équipage, vos chevaux, vos esclaves et votre harem sur le mont Taurus. » Tous ces brocards sont accompagnés de longs éclats de rire que la petite gazelle trouve très-indécents. Elle frémit de colère ; « Quoi, Bardoue! lui dit-elle tout bas, un homme comme toi se laisserait insulter par ces insectes! c'est trop long temps souffrir de semblables outrages , et... » Bardoue ne lui donne pas le temps d'achever; il répond aux éclats de rire par des injures qui ne restent pas long-temps sans réponse; il ne se possède plus, et, prenant son bâton noueux à deux mains , il tombe avec fureur sur les impertinents qui ont l'audace de se moquer de lui. Il était jeune et plein de vigueur; mais il était
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seul, el les mauvais plaisants étaient quatre, lia loi arrachent toa liaton , s'eo on venl contre lui-même , l'asi menl el le laissent pour moi t sui la place.
Pauvre Bardouc! quel triste début pour de si ! espérances] queb funestes coups «I unes i ta première vanité : Heureux encore -i ta vanité seule les avait ri Il cherche des yeux la petite gazelle pour l'accabler de reproches. Elle est déjà bien loin; elle a craint, sans doute, les premiers mouvements de son indignation , et elle a pris sagement le parti de la fuite. Mais le vieux boue est revenu soudain vers son maître ; il le regarde d'un œil de pitié , et lui conseille de quitter au plus vite ces vêtements Funestes, et de reprendre son costume de pâtre, qui l'expose à moins d'inconvénients. Bardouc hésite. «Quoi! lui dit le sage, ta sotte vanité n'est pas encore guérie ! Pour corriger de l'orgueil, faut-il donc tuer l'orgueilleux?» A cette verte réprimande, le berger reprend sa peau de brebis, sa ceinture d'écorce , son bàvresac, et remet à leur place les riches vêtements dont il s'était emparé.
A peine a-t-il fait deux cents pas , qu'il se voit arrêté par six hommes grands et vigoureux , qui lui demandent s'il n'aurait point vu par hasard un paquet enveloppé d'un tapis de Perse ?Ce paquet, disent-ils. appartient au fils du Grand Roi , qui l'a perdu près de cette fontaine où il s'est un moment reposé. Bardouc tremble de tous ses membres. Peut-être ces esclaves l'ont-ils aperçu dans le moment où il se pavanait sous ce brillant costume? Peut-être a-t-il été dénoncé par les bergers qui l'ont si maltraité? Il n'ose répondre à celui qui l'interroge. « Ton silence parle contre toi , dit l'esclave d'une voix menaçante et terrible; tu as dérobé ce que nous cherchons, et nous saurons bien te faire avouer ton crime. » En même temps les six esclaves tirent de longs fouets qu'ils tenaient cacbés sous leur robe. La crainte avait empêche Bardouc de parler ; l'excès de la crainte délie tout à coup sa Ian-
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gue. « Ah! seigneurs! dit il , je ne suis point coupable ; je n'ai point touché le trésor que vous cherchez, et vous le trouverez à quelques pas d'ici. Que le ciel me préserve de désirer le bien d'autrui! »
Les esclaves courent vers le lieu qui leur est indiqué, et Bardouc va se cacher dans l'endroit le plus obscur du petit bocage. Avouez, mon cher maître, lui dit le vieux bouc, que je n'avais pas une mauvaise idée lorsque je vous conseillais de quitter ce3 riches vêtements. Vous avez payé bien cher leur jouissance momentanée. Ces vilains esclaves noirs, dont la voix est si rauque et la mine si rébarbative, vous auraient déchiré de coups de fouet, s'ils vous avaient vu profanant les habits de leur maître; et l'héritier présomptif du trône n'eût pas manqué de vous faire empaler pour réparer l'honneur de son cafetan. — Ah ! dit Bardouc en passant une main reconnaissante sur le dos de son vieux compagnon, ne m'abandonne pas. Je n'oublierai jamais le service que tu m'as rendu, et je ne serai plus de l'avis de ma gazelle. »