LES PREMIÈRES AMOURS
Quand Bardouc fut entré dans la chaumière de Zélirïa, la jeune fille lui offrit un repas qu'un peu plus tôt il eût trouvé délicieux, non que les mets fussent bien recherchés , mais parce qu'il mourait de faim. A présent Bardouc a perdu entièrement l'appétit ; et quoique les fruits cueillis et offerts par l'amour aient un velouté, une saveur que n'ont point les autres fruits, il n'y touche que du bout des lèvres. Il ne peut se lasser de regarder Zelida , et plus il la regarde , plus il sent le besoin de la voir. Chaque mot que la jeune fille laisse échapper le ravit en extase. « Hé bien, mon vieux grondeur, dit il à son vénérable compagnon, avons-nous si mal fait de quitter notre cabane du mont Taurus pour ce palais enchanté? Tout le bonheur de l'homme est ici. » Le vieux bouc remue l'oreille et ne répond rien. Dans le même instant, la petite q izelle fait remarquer à son maître qu'il n*y a qu'un
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seul lit dam I.» chaumière. Cette remarque fait naîtra mille penaéea f oluptaeoeee dana t*ame exaltée da bercer, qui remplirent sou imagination des pmi aédadaantee espéraneea.
Iprèa le louper , la jeune Zélida m lète , regarde Bardouc avec trist esae, et, laiasanl échapper quelques larmes, elle lui dit : «Cher Bardouc, une cruelle destinée s'oppu-e à notre bonheur mutuel; nous devons nous y soumettre , sans quoi la mort la plus prompte et la plus terrible serait le prix de notre désobéissance. » Bardouc recule épouvanté, et la tendre Zelida continue : « Le jour de ma naissance, un génie ennemi de ma famille m'a condamnée à ne pouvoir faire le bonheur d'un amant, jusqu'à ce que le ruisseau qui murmure derrière cette colline vienne baigner les murs de ma chaumière, après avoir arrosé mes champs, mes prairies et mon verger. Cet ordre est irrévocable; et si je n'obéis, la foudre doit nous frapper tous les deux au même instant. Tu ne peux même passer la nuit sous ma chaumière, jusqu'au jour prescrit par le génie; jour, hélas ! que nous ne verrons peut-être jamais.— Maudit soit ce génie infernal ! s'écrie Bardouc ; pourquoi nous traite t-il avec tant de barbarie ? Je saurai bien tromper sa cruauté, et dès demain, à la pointe du jour, je travaillerai, je chercherai à percer cette co line qui nous sépare du ruisseau ; je le conduirai dans les lieux qu'il doit parcourir, et Zélida sera ma femme. — Bravo ! bravo! s'écrie la petite gazelle ; oui, Zelida sera ta femme. — Cher Bardouc, reprend Zélida, celte colline est élevée ; il faut un grand travail pour parvenir à la percer... — Nous en viendrons à bout, dit la petite gazelle ; mon maître est robuste, il t'aime, et tu dois être sa récompense. — Oh ! sans doute, répond Zélida; mais jusqu'à ce moment fortuné, il ne peut coucher dans ma chaumière : il y va de sa vie et de la mienne. Viens donc, cher Bardouc, viens; je vais étendre dans le jardin, sous un \ieil oranger, une bonne natte de jonc toute neuve ; là tu passeras la nuit entre ton
Zjlti BARDOUC.
bouc el ta gazelle, en attendant que le génie soit satisfait. » Aces mots, elle conduit les trois voyageurs sous le vieil oranger. Le pauvre paire murmure contre le génie qui le force de coucher à la belle étoile , lorsqu'il pourrait passer une nuit si délicieuse dans les bras de sa maîtresse. Il ne dormit guère, car la pluie tomba presque toute la nuit; mais sa petite gazelle ne cessait de lui vanter les charmes de Zélida, et Bardouc oubliait la pluie. Quant au vieux bouc, il disait de temps en temps à son maître : « Ah î si nous avions suivi la petite vieille , nous serions mieux couchés. »