HUIT JOURS D'ABSENCE
On était dans la saison brûlante ; Bardouc souffrait beaucoup de la chaleur, il était obligé de traverser des déserts arides. Souvent il avait faim et ne trouvait pas même un fruit sauvage pour se rassasier; il mourait de soif, et pas une humble source ne s'offrait à ses yeux pour le désaltérer: mais sa petite gazelle lui rappelait que dans peu de jours il posséderait les charmes de Zélida, qu'il n'en serait plus séparé. Cette pensée lui tenait lieu de tout et le rendait heureux au milieu de toutes les privations.
Cependant , à force de courir et de babiller, la petite gazelle commence à se fatiguer; et, vers le quatrième jour, tandis qu'elle prenait un moment de repos, le vieux bouc ose faire part à son maître de quelques réflexions assez importantes, et il lui insinue qu'il ne serait pas absolument impossible que Zélida l'eût éloigné pour le tromper. Bardouc est inquiet, il rejette d'abord bien loin cette insinuation perfide ; mais il y revient comme malgré lui , et il voudrait bien trouver un moyen pour s'assurer de la fidélité de sa maîtresse. Mais comment découvrir la vérité ? « Rien de plus facile, dit le vieux bouc : elle ne s'attend pas encore à notre retour, il faut revenir sur nos pas