CHAPITRE will. /j.vj
nite i|iii COmptfl l'argent pour rien. Il CélèON partout la
manière affectueuse dont le Tisir accueille see parents; ce qui fait bientôt éclore pour Adib une fouie de contins tant germaine qu'issue do germains, dam l<s rangs les ptm éleréi 'I. la société.
» Il dit au second parent qui se présente : « Pas le moindre doute; noue sommes parents et même trèe-pr
parents; je connais tous les titres dont vous me parlez : n'y avez-vous pas vu que nos deux grands-pères ont eu ensemble un terrible procès? — Oui, seigneur, je crois me souvenir.... — Que le vôtre avait tort dans cette afaffaire, n'est il pas vrai ? Mais comme il était beaucoup plus riche que le mien , il a eu raison devant le tribunal du cadi , et le mien s'est trouvé ruiné de fond en comble. Je veux faire reviser ce procès ; et comme me voilà plus riche et plus puissant que vous , j'aurai ma revanche , à moins pourtant que vous n'aimiez mieux réparer par un petit sacrifice cette injustice révoltante. Le procès perdu par mon grand -père lui a coûté quatre cents bourses; je veux bien partager le différend par la moitié. Donnezmoi seulement deux cents bourses; je vous fais grâce des frais de la procédure et des intérêts.
» Il dit à un autre : « Je me souviens fort bien de tout ce que vous me dites. Vos titres sont incontestables. Vous devez y avoir lu qu'un de mes aïeux avait déposé entre les mains de l'un des vôtres une somme de cent mille tomans, tant il avait de confiance dans la probité de ce parent, qui passait pour le plus honnête homme de la Perse. — Oui , seigneur, je me souviens parfaitement de cette circonstance. — Vous voyez bien que je sais sur le bout du doigt toutes les anecdotes de ma famille ; mais vous ignorez peut-être ce que sont devenus les cent mille tomans déposés chez votre aïeul ? — Seigneur, je crois que.... — Vous croyez que.... mon cher cousin; mais moi , je suis sûr que.... je n'ai rien touché de ce dépôt , dont vous avez sans doute hérité. Ainsi, je vous prie de
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me restituer une somme qui m'est si légitimement due : vous réparerez par là une injustice qui , si elle était connue , nuirait certainement à la réputation de notre famille, dont la probité n'a jamais été mise en doute. »
» Adib accompagne ces discours des plus belles promesses , et jure à tous ses parents que, dans huit jours , il leur accordera toutes les places et dignités qui sont à leur convenance, ou qu'il perdra plutôt sa place de grand visir.
» En peu de temps il se voit un si grand nombre de cousins, qu'il en est embarrassé : car pour prouver il faut payer, et il s'en trouve beaucoup qui ne peuvent faire leurs preuves. Mais il dit à tous ceux dont les titres ne sont pas douteux : « Vous êtes riches , vous avouez que nos aïeux communs ont toujours été riches ; il faut donc que j'aie éprouvé de votre part une grande injustice, puisque, sans la magnificence du calife Haroun-al-Raschild , qui sait distinguer le mérite dans quelque situation qu'il se trouve, je serais forcé de mendier mon pain ou de travailler à la sueur de mon front. »
» Il y avait peut-être quelque réponse à faire à cet argument : mais comme l'argent était la meilleure de toutes , en peu de jours Adib se vit possesseur d'une fortune considérable.
» Alors il envoie chercher le père de la belle Agéli , afin de lui commander une paire de babouches. Lorsque le vieux cordonnier Rustaf apprend qu'il vient d'être choisi pour avoir l'honneur de chausser le grand visir, il est prêt de mourir de joie : tant il faut peu de chose pour faire mourir un homme ! Il arrive au palais du visir, après avoir pris ses plus beaux habits et s'être coiffé d'un turban tout neuf. Il entre dans l'appartement magnifique où se tenait Adib , qui était entouré d'une centaine de personnes richement vêtues , couché sur une ottomane , et fumant des aromates. Rustaf tremble comme une feuille agitée par le vent. Il se met à genoux dès la porte de l'appartement , et s'avance ainsi jusqu'aux pieds du visir,
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qu'il n'ose regarder en race, el qni lui ment si jambe sans lui due un seul mot. Quand Rustaf lui a pris mesure d'une paire de babouches, \ « I i I > prend la parole, et lui dit. en déguisant sa ?oix : Tu as une fille, Rustaf ? — Oui , magnifique seigneur. — Est elle belle ? — Oui , seigneur, au servii — Elle aime . dit-on, un jeune homme nommé Adib ? —
Hélas, seigneur.... — Quel estcel Adib? — Lu mauvais sujet, seigneur ; un drôle, un paresseux, qui ne sera toute sa vie que le plus misérable des cordonniers. — J'avais pourtant quelque envie de le prendre potir me faire des babouches. — Ah! seigneur! que votre Magnificence serait mal chaussée ! — Cet Adib dont tu dis tant de mal, a-t-il encore d'autres défauts? — Ils sont innombrables, seigneur; mais quand il serait -ans défauts , je ne pourrais donner nia fille à un homme sans aveu , sans parents.... — Sans parents ! Tien- , lève les yeux et regarde autour de toi ; voilà tous les parents d'Adib. »
» Le vieux Rustaf promène autour de l'appartement des regards ébahis ; mais quand il voit tant de grands seigneurs réunis et si magnifiquement vêtus, il croit que le grand visir veut se moquer de lui : il ose le regarder en tremblant, et reconnaît Adib. A cette reconnaissance imprévue , le pauvre Rustaf tombe à la renverse , et s'écrie : « Allah ! Allah ! je suis mort ! »
» Cette exclamation fit rire Adib et tous les spectateurs. « >on , non, Rustaf, tu n'es pas mort, repond Adib ; tu es mon beau-père , si toutefois tu trouves aujourd'hui ma famille assez nombreuse. Va donc sur-lechamp me chercher ta fille , je vais donner l'ordre au cadi de venir célébrer ce mariage dans mou palais ; demain, peut-être , il ne serait plus temps; car qui a des parents aujourd'hui, peut n'en avoir plus demain. »
» Je ne peindrai point la joie et la surprise de la belle Agéli : de fille d'un pauvre cordonnier, elle devient tout à coup la femme d'un homme qu'elle aime , et d'un grand
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visir ! Son amour et sa vanité sont également satisfaits; et hs personnes qui ne sont pas assez sensibles pour connaître les jouissances de l'amour le sont toujours assez pour apprécier celles de la vanité,
» Le mariage est célébré avec une magnificence digne des deux époux. La cérémonie est suivie d'un repas somptueux auquel sont invités tous les parents du visir. Rien, selon eux, n'est plus beau dans la nature que la belle Agéli. On chante des vers à sa louange; on la compare aux bouris , à cela près que les houris ont moins de charmes, Dans cet encens prodigué par la tendresse des parents, Adib reçoit aussi son tribu d'hommages. C'est le plus grand de tous les visirs qui jusqu'à ce jour ont tenu les rênes de l'État ; c'est le premier politique du monde. On ne sait ce que l'on doit le plus admirer, les grâces et la finesse de son esprit , ou la profondeur de son génie et l'étendue de ses connaissances. Déjà on le gratifie du titre de grand, on célèbre la gloire d\ldib-le- Grand. Le vieux Rustaf m$tie n'est pas oublié, et la flatteuse poésie trouve le moyen d'en faire quelque chose : tant la poésie a de puissance ! tant la tendresse des parents est ingénieuse dans ces circonstances importantes !
«Pendant que cette famille intéressante et nombreuse s'abandonnait aux transports d'une joie si vive , et se livrait sans réserve aux doux épanchements de la confiance et de l'amitié , on annonce un envoyé du calife. Tons les parents ne doutent pas que cet envoyé n'apporte quelque magnifique présent ; leur curiosité est dans Pattente. L'envoyé est introduit; il s'avance d'un pas grave, tire de sa poche un papier, impose silence à l'assemblée , et lit :
« De la part du commandeur des croyants , le grand Haroun-al-Raschild. »
» Aces mots redoutés , les convives se prosternent la face contre terre , et l'envoyé continue :
« Moi, Haroun-al Rasehild , représentant du Prophète, il m'a plu de nommer Adib mon premier visir, après